VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
VOTRE OPINION ET LA NOTRE 1/3
La profession de critique littéraire ou dramatique devient très dangereuse. Les auteurs mécontents qui se bornaient jadis à vouer aux dieux infernaux les Philistins et des bourgeois, passent maintenant aux voies de fait. Il y a quelques semaines, un auteur de comédie légères obligeait une courriériste de théâtre à essuyer le feu de son pistolet pour le punir d'une insuffisante admiration. Cette semaine, l'heureux époux d'une poétesse veut pourfendre un rimeur boulevardier, coupable d'avoir plaisanté les bas-bleus.
Messieurs les auteurs et messieurs les maris de femmes auteurs se rendent un peu ridicules aux yeux du public. Tout le monde sait avec quelle insistance ils sollicitent des journaux la réclame gratuite et des éditeurs la réclame payante. Ils se plaignent de la fameuse « conspiration du silence » quand on a la charité de ne pas mentionner leurs œuvres ou les œuvres de leurs compagnes. Mais ils ne souffrent pas qu'on en pare autrement qu'avec éloge. Même accordé l'éloge leur paraît toujours trop pâle. Ils exigent des épithètes plus fortes, un enthousiasme plus chaud... Ah ! Les conjoints des femmes de lettres font bien du tort au féminisme.
Au spectacle une rangée de femmes placées à l'orchestre bouchait la vue à tout un parterre ; la même chose à l'amphithéâtre et mêmes dans les loges. C'était un vrai désespoir pour les spectateurs ; on murmurait tout haut ; mais les femmes en riaient et la politesse parisienne se contentait de gronder mais n'allait point au delà. Il n'y eut qu'un homme, Suisse de nation et fort impatienté qui tirant une longue paire de ciseaux fit mine dans une loge de vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de voir ; alors pour s'y soustraire, la dame fut obligée de se mettre derrière et de laisser sa place l'homme qui s'y consentit très bien.
Ce passager est tiré du Tableau de Paris, à la fin du XVIIIe siècle. Rien de nouveau sous le soleil... ni sous le lustre ! Dès le paradis terrestre, Ève qui n'avait pas de vêtement, devait avoir un panache.
Une croisade s'organise contre les grands chapeaux. Mais les femmes, bonnes stratégistes font une diversion. Elles demandent qu'il soit interdit de fumer dans les music-halls. Au bon chat bon rat. Qui capitulera ?
REVUE NOS LOISIRS DU 22 DÉCEMBRE 1907