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MOINEAUX SANS NID N° 285

26 Juillet 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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La voiture dans laquelle avait été transporté le marquis d’Anselme d’Evreux traversa à toute allure Paris, désert et silencieux à cette heure avancée de la nuit.

Après avoir longé un dédale de rues sinueuses et étroites, elle déboucha sur les boulevards extérieurs et s’engagea dans un quartier ouvrier de la proche banlieue.

Finalement, elle prit une allée bordant un canal encombré de péniches chargées de sable et de matériaux de construction.

Après avoir jeté un coup d’œil sur la banquette arrière où le marquis était assis soutenu par « Bimbo » le bandit ralentit pour prendre un virage dans un sentier bordé de deux rangées d’arbres.

« Le Chauve » devait connaître admirablement le coin, car il recommença à rouler très vite, malgré les tournants nombreux et souvent en « épingle à cheveux » qui se succédaient sans arrêt.

Soudain, il freina et stoppa sa voiture devant la grille d’une modeste villa.

— Nous sommes arrivés ! Annonça-t-il en ouvrant la portière et en bondissant hors de l’auto. Vite ! Sortons-le de là !

Il aida « Bimbo » à descendre le corps du marquis, toujours inerte.

Les deux misérables le transportèrent à l’intérieur du jardin et n’eurent pas à sonner, car « le Chauve » poussa du pied la porte de la maison et l’ouvrit sans faire de bruit. Ils pénétrèrent avec leur fardeau dans un vestibule nu et faiblement éclairé, puis entrèrent dans une pièce. Sur une table se trouvaient des cartes à jouer, des cendriers remplis de mégots, une assiette pleine de charcuterie, ainsi que des verres et des bouteilles de vin.

Les deux complices déposèrent le marquis sur l’unique divan, puis ils prirent chacun une bouteille te se mirent à boire à même le goulot.

— Là ! S’exclama avec une évidence satisfaction « Bimbo » en essuyant ses lèvres du dois de la main. J’avais une de ces soifs !

Brusquement il tourna la tête et ses petits yeux perçants et cruels fixèrent le divan où le frère d’Alice commençait à s’agiter, en laissant échapper quelques soupirs plaintifs.

L’homme s’approcha de lui et le frappa de nouveau pour le replonger dans un état de prostration.

— Imbécile ! S’écria « le Chauve » avec reproche. Ne le tue pas avant qu’on nous l’ait ordonné !

— Va prévenir le chef ! Grogna l’autre, en se laissant tomber dans un fauteuil et en plongeant sa main dans un coffret rempli de cigarettes.

« Le Chauve » fit une grimace, mais ne protesta pas. Il s’approcha de la porte du fond, y colla l’oreille un instant, puis ouvrit le battant et se glissa dans un étroit couloir éclairé par une ampoule accrochée au plafond.

« Bimbo » vautré dans le fauteuil, le regarda s’éloigner jusqu’au moment où il disparut derrière une porte, continuant à fumer avec nonchalance, les yeux à demi fermés.

Soudain, il sursauta en entendant des bruits de pas légers mais décidés. Un homme mince et élégant, aux traits réguliers entra dans la pièce. Il portait une fine moustache et était habillé d’un complet sombre, parfaitement coupé, égayé par un œillet blanc à la boutonnière.

Un gros brillant étincelait à sa main gauche.

« Bimbo » se leva intimidé, et échangea un regard avec « le Chauve » qui suivait le nouveau venu. Son calme le rassura et un sourire stupide se dessina sur ses lèvres.

Le chef ne prononça pas une parole et regarda le marquis d’Evreux toujours évanoui. Il fixa « Bimbo » comme s’il attendait une explication

Le bandit tressaillit, puis murmura :

— Nous avons préféré vous laisser décider. Cet homme joue sûrement un double jeu. Nous le soupçonnons d’avoir indiqué les « Saules » au S.S.D.T.

L’homme approuva imperceptiblement de la tête, puis se pencha et examina plus attentivement le visage pâle du marquis.

— Transportez-le à côté ! Ordonna-t-il. Ce soir, nous sommes presque au complet et comme l’accusation que vous portez contre lui est grave, il vaut mieux que nous discutions ensemble de la décision à prendre.

Les deux misérables semblèrent satisfaits de cette réponse. Ils saisirent le prisonnier, tandis que leur chef regagnait le couloir où ils le suivirent avec leur fardeau.

Dehors, un homme, l’œil collé à la fente d’une persienne, jura sourdement, puis se retira vivement, se cachant là où l’ombre était épaisse. Blotti derrière un arbre, il resta un instant immobile, ne cessant de surveiller la maison.

« Les bandits ! Grogna-t-il, ils m’ont entraîné jusqu’au diable Vauvert et à présent, il va me falloir refaire toute cette route ! »

Il jeta un hâtif regard sur le cadran lumineux de sa montre.

« Trois heures et demi ! Il doit dormir profondément. Il va me maudire lorsque je le réveillerai ! Tant pis ! Je n’ai pas le choix ! »

Et sans faire de bruit, s’évertuant à ne pas quitter l’ombre, il s’éloigna de la villa, dépassa la voiture des bandits, arrêtée un peu plus loin et avança la tête penchée de façon à ne pas dépasser la haie du sentier.

Il parcourut ainsi plus d’une centaine de mètres et poussa un soupir de soulagement en reconnaissant au tournant voisin, la silhouette de la Citroën dans laquelle il avait suivi la voiture conduite par « le Chauve »

Une seconde après, il s’installa au volant et s’éloigna rapidement en marche arrière jusqu’à ce qu’il trouvât un espace assez large pour manœuvrer librement.

Ensuite, pressant à fond l’accélérateur, il partit comme un bolide en direction de Paris.

Vingt minutes plus tard, après avoir traversé les rues complètement désertes de la capitale, il pénétra dans la cour pavée du S.S.D.T. freinant à un mètre de l’énorme bâtisse.

— C’est vous, inspecteur ? S’écria l’agent de service, avant que le policier n’ait eu le temps de quitter son volant, pour bien s’assurer que c’était bien celui qu’il guettait. Toujours pressé !

—Il y a des moments où je voudrais bien être à ta place, mon vieux ! Répliqua l’inspecteur Granier en sautant à terre.

Il courut vers l’escalier en lui criant :

— Fais immédiatement examiner le moteur, et contrôler l’eau, l’huile et l’essence. Je redescends tout de suite :

En quelques secondes, il rejoignit son bureau et se précipita sur le téléphone, forma un numéro, tout en consultant de nouveau l’heure.

Une voix endormie lui répondit. Granier expliqua brièvement à son directeur ce qui se passait :

— Patron, acheva-t-il, je crois tenir le chef du réseau. Je regrette beaucoup de vous déranger, mais il faut que vous veniez. Je vais vous laisser l’adresse et repas là-bas, car je crains que le marquis d’Evreux n’y laisse la vie !

— Bon sang de bon sang ! Grogna la voix de son supérieur. Je ne m’attendais pas à avoir de vos nouvelles à cette heure ! Vous êtes impossible, Granier ! Naturellement, je viens tout de suite. Surtout soyez prudent, mon vieux ! Ne vous exposez pas !

Il prononça ces derniers mots amicalement, presque affectueusement.

L’inspecteur Granier sourit, touché et répondit :

— Entendu, patron ! Cependant je ne peux laisser tuer le marquis ! Il faut arrêter ces bandits. En attendant, rejoignez-moi avec du renfort le plus vite possible. Mais n’intervenez pas avant mon signal ! Sinon le pauvre homme le payerait de sa vie ! Je suis convaincu à présent qu’il est des nôtres !

— J’arrive dans dix minutes, répondit la voix de son chef.

Granier raccrocha, quitta son bureau dégringola l’escalier et courut dans la cour rejoindre sa voiture près de laquelle deux hommes s’empressaient, après avoir fait le plein d’essence, vérifié l’huile et l’eau.

L’inspecteur s’installa au volant, puis leur tendit une feuille de papier qu’il venait d’arracher à son carnet, sur laquelle il avait tracé une adresse et un plan sommaire de l’itinéraire à suivre.

— Remettez-la au patron dès qu’il arrivera, leur recommanda-t-il en démarrant.

Il manoeuvra, sortit de la cour et gagna la rue. Pour la deuxième fois, il traversa paris désert et silencieux.

Cette fois, il fit le parcours en un temps record.

Granier descendit de voiture après l’avoir stoppée à plus de deux cent mètres de la ville servant de repaire aux bandits, et avança dans le sentier sans faire le moindre bruit.

Brusquement, une pensée le fit tressaillir :

« Pourvu que j’arrive encore à temps ! » Murmura-t-il.

Il s’approcha de la maison, ayant soin de rester dans les endroits où l’ombre était la plus épaisse et commença à examiner soigneusement les portes et les fenêtres. Finalement, il découvrit un mince filet de lumière filtrant à travers la latte légèrement courbée d’une persienne. Il y colla immédiatement un œil.

Il lui aurait été très facile d’enfoncer ce faible obstacle et de bondir à l’intérieur, mais il se serait alors heurté à des bandits, résolus à tout. Non ! Il fallait choisir un autre moyen.

L’inspecteur leva les yeux et remarqua qu’une corniche courait autour du premier étage. A l’angle droit de la maison, un bel arbre étendait ses branches touffues contre le mur.

Après un instant d’hésitation, le policier se décida.

Il glissa son arme dans la poche droite de son veston, après avoir retiré le cran de sûreté et prêté l’oreille pour s’assurer que personne n’approchait. Il longea le mur et rejoignit l’arbre sur lequel il grimpa avec une agilité surprenante, mais s’arrêta immédiatement, retenant son souffle.

« Non d’un chien ! Grogna-t-il furieux. Quelle guigne ! Voici quelqu’un ! »

Il se dissimula de son mieux dans le feuillage, tourna légèrement la tête et aperçut un rai de lumière se projetant sur l’allée devant la maison. Une porte s’ouvrit et se referma aussitôt.

Il attendit une minute, puis sourit.

« Fausse alerte ! Murmura-t-il en soupirant de soulagement. Ils ne se doutent de rien. En attendant, ils viennent de m’indiquer un chemin moins difficile. Voyons, si ça vaut la peine de l’utiliser »

Il se laissa doucement tomber à terre, regarda à gauche et à droite, puis se dirigea vers l’ouverture qui laissait passer ce rai de lumière

Il tâta la porte et réalisa qu’elle n’avait été que poussée. Il prêta encore l’oreille, mais ne perçut aucun bruit.

« Ca doit être une entrée de service, pensa-t-il. Décidément ces bandits se sentent en parfaite sécurité pour témoigner d’une telle négligence ! Bah ! Profitons-en ! »

Il enfonça sa main dans la poche droite de sa veste et serra son arme dans sa main. Le contact froid de l’acier augmenta son courage. Il sourit et résolument poussa le battant.

A l’intérieur, c’était le silence.

Granier franchit le seuil et referma la porte derrière lui, avançant à tâtons avec infiniment de précautions.

« Dommage que je n’aie eu le temps d’étudier le plan de cette maison ! Soupira-t-il. Je dois continuer à marcher à l’aveuglette, car il serait dangereux de se servir de la lampe électrique ! »

L’inspecteur avait l’habitude de ce genre d’entreprise.

Après quelques difficultés, touchant de sa main gauche étendue devant lui, les obstacles qu’il rencontrait sur son passage, il réalisa qu’il s’était introduit dans une cuisine. C’était une pièce spacieuse où il pouvait se mouvoir aisément, malgré l’obscurité.

Il découvrit une porte conduisant certainement à l’intérieur de la maison.

Il évita de l’ouvrir, désirant avoir une idée exacte de la disposition des meubles.

Toujours de sa main, il toucha une surface lisse et métallique. Suivant son contour, il comprit qu’il s’agissait du frigidaire. Tout près, il y avait une armoire et entre les deux meubles un espace d’environ un mètre.

L’inspecteur Granier s’y blotti, gardant une immobilité absolue, prêtant l’oreille. Avant de continuer ses recherches, il s’assura que personne ne se trouvait dans le voisinage immédiat. Il n’ignorait pas que, si on le découvrait, il serait abattu sans pitié, car certains de ces misérables savaient qui il était et ils n’auraient pas hésité à décharger leurs armes sur lui.

Sous certains aspects, sa situation n’avaient rien à envier à celle du marquis, pour lequel il venait de se glisser dans ce guêpier.

Mais l’inspecteur était un homme d’une trempe, peu commune et d’un courage exceptionnel. Sa longue carrière lui avait appris beaucoup de choses et surtout que souvent il est nécessaire d’agir sans trop s’inquiéter des risques !

Il était convaincu qu’Anselme avait dit la vérité en déclarant ignorer l’activité de « Bimbo » et « du Chauve » mais il continuait à se demander pour quelle raison le marquis d’Evreux avait rencontré de tels individus. Il ne croyait pas qu’il s’ »était rendu par hasard au restaurant des « Saules ».

Et en admettant même que ce fut vrai, pourquoi s’étaient-ils retrouvés de nouveau le soir même ?

Il fallait çà tout prix, qu’il découvrit la vérité !

Après une attente de quelques minutes, le silence qui continuait à l’environner l’encouragea ; il sortit de son refuge et se rapprocha de la porte.

L’ayant rejointe il l’ouvrit sans bruit. Il aperçut alors une entrée légèrement éclairée par une ampoule fixée au milieu du plafond. Plusieurs portes fermées donnaient sur ce petit vestibule. A gauche, une verrière recouverte d’un rideau occupait tout un côté

« Je ne crois pas m’être trompé de direction » se dit-il, en avançant avec décision.

Maintenant il avait atteint le milieu de l’entrée et ces doigts serraient la crosse de son revolver, car il pouvait avoir à s’en servir à tout moment !

Arrivé à la verrière, il écouta encore et eut l’impression que de l’autre côté, il n’y avait personne. Il l’ouvrit. Il découvrit un couloir recouvert d’un épais tapis cloué ; un bruit de voix se fit entendre.

Il continua à marcher, les nerfs tendus à l’extrême, les mâchoires contractées.

Il atteignit ainsi une porte, y colla l’oreille et sourit aussitôt ; il venait de reconnaître la voix tremblante de frayeur du marquis Anselme d’Evreux.  

 

( A SUIVRE LE 29 JUILLET )

 

 

JEAN PAUL

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