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MOINEAUX SANS NID N° 281

14 Juillet 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Il est aisé d’imaginer la terreur du marquis d’Evreux lorsqu’il fut arrêté par la police, avec tous ses compagnons, à la sortie du souterrain. L’obscurité de la nuit, l’empêcha de distinguer les traits de l’homme qui l’avait saisi par le bras.

— Laissez-moi ! Protesta-t-il furieux. Comment osez-vous ? Je suis le marquis Anselme d’Evreux.

L’agent le secoua avec une telle rudesse qu’il lui coupa le souffle. Anselme n’osant plus ajouter un seul mot, se résigna à suivre l’homme qui le traînait vivement vers le car de police qui attendait à quelques mètres plus loin.

Là, les visages de tous ces hommes peu recommandables étaient tour à tour, éclairés par les faibles lueurs des torches électriques, promenées sur eux par les agents. Le marquis dut subir le sort commun.

Sur l’ordre bref et impérieux d’un brigadier, tous furent poussés à l’intérieur de deux camions.

Anselme alla s’asseoir au milieu de six dévoyés qui proféraient des injures, affirmant ne rien comprendre à ce qui leur arrivait.

Le marquis réalisait, en tremblant, qu’il venait de tomber dans un vaste coup de filet, organisé par la police et préparé depuis longtemps avec la plus grande minutie, à en juger par le résultat obtenu.

En effet, Anselme, dévisageant attentivement ses compagnons eut la preuve qu’aucun de tous ceux qui consommaient à l’intérieur de la taverne, n’avait pu s’échapper. Il s’agissait bel et bien d’un piège !

Tandis que la voiture démarrait, Anselme s’aperçu tout à coup que « Bimbo » ne s’y trouvait pas. Il demanda alors à voix basse à son voisin s’il l’avait vu monter dans le second camion.

— Non ! « Bimbo » et « le Chauve » ont réussi à filet !

— Ce n’est pas possible ! Affirma le marquis, ils étaient à mes côtés en sortant du souterrain !

— Quelqu’un a dû parler, poursuivit l’autre, car jusqu’ici, la police ignorait complètement l’existence du souterrain.

La conversation cessa et une demi-heure plus tard, les prisonniers descendirent des cars arrêtés dans une immense cour dallée et plongée dans l’obscurité.

Encadrés de nombreux policiers, ils furent conduits et enfermés dans une vaste salle, comme un troupeau de moutons dans une bergerie.

Anselme d’Evreux, bien que furieux, était persuadé qu’il se justifierait dès qu’il serait interrogé.

Il attendait avec une impatience fébrile d’être conduit devant un fonctionnaire ... Mais les heures s’écoulaient et nul ne venait.

Le marquis s’était assis sur un banc, le dos appuyé au mur, comme tous ses compagnons.

La pièce était très faiblement éclairée par une petite veilleuse bleue fixée au mur et Anselme dévisageait avec répugnance, les visages de ces hommes qui semblaient n’attacher qu’une importance très relative au sort qu’ils subissaient, ne cherchant qu’à trouver la position la plus commode pour dormir.

Alors le frère d’Alice se replongea dans ses réflexions et réalisa soudain, que ce qui lui arrivait l’empêchait de mettre à exécution le projet qu’il aurait tant voulu terminer.

« Maudit Pierrot, il est réellement protégé par le diable en personne ! A qui s’adresser à présent pour le supprimer ? »

Voilà à quoi songeait le misérable au lieu de s’inquiéter de son propre sort, car à n’en pas douter, il aurait à donner de sérieuses explications aux autorités, concernant sa présence dans un tel tripot !

Mais Anselme d’Evreux ignorait la moindre activité du restaurant des « saules » ! Le coup de filet de la nuit avait été organisé par le Service de Sécurité du territoire qui considérait cet endroit comme un dangereux nid d’espions.

Anselme s’aperçut, en fixant avec plus d’attention ses compagnons qu’ils s’étaient presque tous endormis, les uns assis sur le banc, les autres étendus à même le sol.

Ils étaient pour la plupart des malheureux habitués à la dure et n’ignorant pas qu’en de tels cas le silence s’imposait.

Une colère soudaine s’empara du marquis.

Décidément ce « Bimbo » était une véritable canaille. Il aurait affaire avec lui lorsqu’il le retrouverait ! N’avait-il pas été assez sot pour lui verser un acompte !

Comment se faisait-il que tous trois, « le Chauve » le patron du restaurant et « Bimbo » aient réussi à échapper à la police ?

Puisqu’ils n’étaient pas parmi les hommes enfermés à ses côtés, ils se trouveraient certainement au rendez-vous fixé le lendemain devant le cinéma « Le Gaumont Palace ».

« Pourvu que je suis rapidement remis en liberté ! se dit Anselme, Alice rirait bien de moi si elle pouvait me voir en ce moment ! Naturellement je ne lui soufflerai jamais mot de ce ridicule incident. »

Son immobilité commença à lui provoquer des fourmillements insupportables dans les jambes, aussi il se leva et se mit à arpenter la pièce de long en large, évitant de heurter les hommes allongés par terre. Mais le bruit de ses pas réveilla quelques dormeurs et des grognements menaçants se firent entendre.

Furieux, le marquis fut forcé de regagner sa place. La tête entre ses mains, il sentit au fur et à mesure que les heures s’écoulaient, une grande angoisse lui serrer la gorge.

Avec le retour de l’aube, un peu d’espoir se glissa dans l’âme sordide du misérable. Il pensa que bientôt il serait interrogé et il finit par se convaincre qu’il serait relâché dès que la police connaîtrait son identité.

Aussi, voyant que ses compagnons commençaient à se réveiller, bâillant et s’étirant, en échangeant quelques paroles, Anselme eut soin de s’en écarter, pour bien montrer, au cas où on les surprendrait qu’il n’avait rien de commun avec cette racaille !

Cependant les heures passaient et personne ne s’occupait d’eux !

Le frère d’Alice sentait l’inquiétude le regagner. Que signifiait cette indifférence ? Pourquoi ne venait-on pas encore les interroger ?

Finalement vers dix heures du matin la porte s’ouvrit et deux inspecteurs en civil entrèrent et dévisagèrent attentivement les détenus. Après avoir échangé quelques mots à voix basse, ils se dirigèrent vers deux d’entre eux.

Anselme se précipita aussitôt à leur rencontre.

— Excusez-moi d’intervenir, s’écria-t-il avec la plus grande amabilité. Je suis le marquis d’Evreux et désire être entendu le plus rapidement possible afin que cesse, au plus tôt, cette pénible équivoque.

L’un des hommes lui lança un regard ironique et répliqua durement :

— Marquis ou non, vous attendrez votre tour !

Et sans plus écouter les protestations indignées d’Anselme, il lui tourna le dos pour s’occuper des autres. Quatre des prisonniers furent emmenés par les inspecteurs et la porte se referma derrière eux avec un bruit sourd !

Anselme fou de rage se mit à maudire les deux hommes, jurant de leur attirer mille désagréments dès sa sortie de prison.

Ses propos amusèrent beaucoup ses compagnons qui commencèrent à le taquiner, afin d’alimenter sa colère.

— Ainsi, lui demanda l’un des individus, tu es un important personnage ?

— Certainement ! Répliqua Anselme, j’ai été victime d’une lamentable erreur, mais dès que j’aurai la possibilité de dévoiler mon identité, on me libérera immédiatement en me présentant, par-dessus le marché, les plus plates excuses.

— Tiens ! Tiens ! Dit l’autre, en s’adressant un coup d’œil amusé à ses camarades, dommage qu’on ne l’ait pas su plus tôt ! Au lieu de nous enfuir comme nous l’avons stupidement fait, à l’arrivée des agents dans la sale des « saules », nous serions venus nous placer sous ta haute protection !

— Certainement, renchérit un autre en riant, et comme ça on se serait bien amusés en voyant la tête qu’auraient alors fait les agents !

Un grand garçon maigre et au visage cruel et faux, murmura quelques mots çà l’oreille de celui qui venait de parler, en fixant bizarrement Anselme. Ce dernier, craignant qu’il ne cherchât à lui jouer un mauvais tour, recula lentement vers la porte, décidé à appeler au secours au premier geste suspect de l’un d’eux.

Mais il ne se passa rien. Tous témoignèrent soudain d’un grand respect à l’égard du marquis et celui qui lui avait le premier adressé la parole reprit aimablement :

— Pourquoi ne nous avez-vous pas dit que vous étiez u ami de « Bimbo » ?

Comprenant que quelque chose changeait la situation, Anselme sans chercher à en deviner la raison, se dit qu’il devait en profiter.

— Je n’ai pas l’habitude de faire mes confidences à tout le monde ! Répondit-il sèchement.

— Bon ! Grogna l’autre, comme vous voudrez !

— A propos de « Bimbo » reprit le marquis, vous êtes sûr qu’il n’a pas été arrêté ?

— Je le crois, murmura l’autre mais comme dans la cellule voisine, il y a des camarades nous pouvons le leur demander !

Et devant le regard ahuri d’Anselme, il s’approcha du mur sur lequel il frappa de petits coups, suivi de brefs intervalles.

Le silence le plus absolu se fit dans la pièce.

Dès qu’il eut terminé des coups lui répondirent de la même manière.

L’homme se tourna vers Anselme.

— Non ! Annonça-t-il, « Bimbo » et « le Chauve » ont réussi à échapper à la police.

Le marquis poussa un soupir de soulagement à cette réponse. Tant mieux ! Dès qu’il serait libre, il pourrait les rejoindre et leurs demander d’exécuter la terrible besogne qu’ils avaient accepté d’accomplir.

Pour le moment, il était d ans l’obligation d’attendre de son tour arrivât d’être interrogé. Mais au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, son impatience augmentait au point d’en être insupportable.

 

( A SUIVRE LE 17 JUILLET )

 

 

 

JEAN PAUL

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