L'ÉCOLE ET L'ARMÉE
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L'ECOLE ET L'ARMÉE
UN ORGUE EN PAPIER
METIERS DISPARUS
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L'ECOLE ET L'ARMÉE
Depuis 1882 l'instruction primaire est obligatoire en France. En réorganisant à sa base, le législateur s'est flatté de supprimer entièrement l'ignorance. Après un quart de siècle d'expérience, le système peut être jugé à ses fruits. Ils ne répondent pas tout à fait aux espérances qu'on avait conçues et en tout jetant le cri d'alarme, M. Buisson nous indique le moyen de remédier à cette situation.
Il y a vingt six ans révolus que la loi française à rendu l'instruction primaire obligatoire. Et l'armée française d'après le dernier Compte rendu du Recrutement (1907) vient de recevoir dans ses rangs :
11 062 conscrits ne sachant ni lire ni écrire
4 290 conscrits sachant lire seulement
plus 16 017 conscrits dont on n'a pu vérifier l'instruction.
On comprend les inquiétudes que fait naître ce dernier chiffre. En outre plus du tiers des départements le nombre de conscrits illettrés relevé en 1906 ou en 1907 est sensiblement supérieur à celui des années précédentes.
Tels sont les faits dans leur simplicité.
Deux cent députés républicains de toute nuance s'en sont émus. Ils ont déposé une proposition de loi pour mettre fin à ce laisser-aller. Ils se fondent sur l'exemple de deux pays voisins. L'Allemagne et la Suisse. L'une et l'autre avaient il y a une vingtaine d'années, une proportion d'illettrés déjà beaucoup moins forte que ne l'est aujourd'hui la nôtre. Et il leur semble que c'était encore trop que cette honte était intolérable pour une nation civilisée. Le grand Empire et la petite Confédération se sont mis à l’œuvre. Aujourd'hui, la Suisse et la Prusse ont chacune à peu près un homme illettré là ou nous en avons un millier.
Comment s'est fait ce miracle ? Il n'y a pas de miracle. Seulement nos voisins ont compris et voulu deux choses très simples. La première, il faut que l'école primaire soit obligatoire par tout de bon et non pas sur le papier. D'où la nécessité pour l'État d'y tenir la main pour les communes de donner les secours indispensables aux familles pauvres, pour les autorités de sévir contre la négligence et la mauvaise volonté sans excuse, pour l'opinion publique tout entière de s'intéresser à l'application de la loi.
La seconde, un enfant eût-il suivi régulièrement les classes jusqu'à douze ans, s'il cesse totalement à cet âge de lire, d'écrire, d'exercer son intelligence, perdra vite le peu qu'il avait acquis à l'école. Entre l'école et le régiment, entre douze et dix huit ans, il faut qu'il entretienne, ne fut-ce que par quelques heures chaque semaine, sa modeste culture intellectuelle. De là la nécessité d'instituer, à titre obligatoire, pour les apprentis, des cours de répétitions ou de perfectionnement qui leur feront conserver et développer les connaissances de l'école primaire, en les appropriant aux besoins de leurs divers métiers. Dans la plupart des villes allemandes et suisses, on a fixé à quatre heures au moins par semaine, pendant quarante semaine par an de 14 à 18 ans, ces cours d'enseignement complémentaire et professionnel, que les jeunes sont tenus de fréquentés sous peine d'amende pour eux-mêmes et pour leurs patrons, si ceux-ci négligerait de les envoyer, non pas le soir, car il est interdit de faire classe après sept heures, mais a des moments pris sur la journée de travail. Et ces deux remèdes ont suffi à extirper le mal en moins d'une génération. Il suffiront chez nous comme ailleurs. A une condition ; qu'on les applique. Et on ne les appliquera que si le sentiment public les adopte, les sanctionne, les impose.
C'est pourquoi les signataires de la proposition de loi demandent qu'avant tout il soit procédé chaque année, sérieusement à un examen individuel de l'instruction de tous les conscrits à leur entrée au régiment, que les résultats en soient publiés, de manière que l'opinion publique sache à quoi s'en tenir et à qui s'en prendre. Du jour où la question sera posée par département, par canton, par commune, chacun sentira sa responsabilité engagée, chacun fera son devoir, que le pays au besoin lui dicterait. Nul ne prendra la défense ni du droit à l'ignorance pour, l'individu, ni du droit à l'indifférence pour la nation. Réveillons-nous, secouons la torpeur qui nous perdrait vite et en quelques années nous aurons repris notre rang.
UN ORGUE EN PAPIER
Un instrument curieux vient d'être construit à Milan : c'est un orgue en papier. Les tuyaux au lieu d'être en métal, sont en carton-pâte. Pour le reste il ne diffère pas des orgues construites jusqu'à ce jour. Le son en est puissant et doux à la fois.
C'est un père professeur de chimie et d'histoire naturelle qui construisit cet instrument original. Ayant appris que la population de la paroisse où il avait été élevé était privé de musique pendant le service divin, il eut l'idée d'établir un matériel à bon marché pour la construction des orgues, ce qui devait permettre à la plus modeste communauté d'acquérir un de ces instruments. Il eut la chance de rencontrer un ingénieux artiste qui l'aida dans son œuvre.
METIERS DISPARUS
Sait-on qu'il n'y a pas si longtemps, un homme existait à Paris qui faisait un métier assez curieux. En redingote et chapeau de soie presque irréprochable il parcourait certaines rues , portant une boite verte et criant : « L'amateur ! Voilà l'amateur !...
Quelquefois on frappait derrière une vitre, un rideau s'écartait et on faisait signe à l'amateur de monter. Que portait-il dans sa boite enveloppée de lustrine ? De quoi était-il amateur ?
Paul Arène le rencontra un soir à l'heure où l'on allume les lampes dans l'île Saint-Louis, le long des hautes maisons du quai et intrigué, il finit par savoir. L'amateur avait été riche et avait dissipé sa fortune à Monaco. Alors il imagina de transformer en gagne-pain ce qui avait été la cause de sa ruine. En prenant sous son bras une petite boite recouverte de lustrine, couleur d'espérance, il s'était mis à débiter, à prix modique cette marchandise nouvelle ; la consolation et l'oubli. Sa boite contenait oh ! Tout simplement un jeu de cartes, un damier et des dominos.
Proprement vêtu, de formes parfaites, discret et se présentant bien, l'amateur, moyennant une juste rétribution montait dans les maisons et faisait la partie des malades qui voulaient bien l'honorer de leur confiance. C'était à sa manière un bienfaiteur de l'humanité et tel que les drogues ne soulagèrent guère, se sentait tout ragaillardi quand venait l'heure ou passa l'homme à la boite verte. Et voilà. Pour un métier curieux, c'en était un certainement.
REVUE NOS LOISIRS DU 11 OCTOBRE 1908