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MOINEAUX SANS NID N° 279

8 Juillet 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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En se présentant au général allemand, Valérie Labeille se déclara coupable du meurtre commis dans l’une des maisons de la place de l’église sur la personne du sergent Kirchhof.

L’officier supérieur l’observa perplexe.

— Mademoiselle, lui dit-il, vous ne devez pas ignorer que vous serez fusillée ?

La jeune femme ne baissa pas les yeux. Très pâle, elle répondit d’une voix qui ne tremblait pas :

— Je ne l’ignore pas, Général.

— Bien que nous autres Allemands passions souvent pour des barbares, ricana l’officier, je refuse de croire à vos paroles !

Valérie tout d’abord interdite, murmura doucement :

— Vous avez tort, Général !

Son interlocuteur ébaucha un geste vague d’une main, fixa de nouveau le beau et pur visage de la jeune femme, puis ajouta froidement :

— Dans ce cas, Mademoiselle, expliquez-moi comment se sont déroulés les événements.

La fille de Michel Labeille fixa le sol, cherchant à rassembler ses pensées.

— Je suis une infirmière de l’hôpital militaire comme le prouve mon uniforme, dit-elle avec fermeté. Je venais ce jour-là de terminer mon travail. Je m’étais rendue chez mon père, car je ne l’avais pas vu depuis plusieurs jours, mais il ne se trouvait pas à la maison. Comme je m’apprêtais à repartir, je fus attaquée par ce sergent qui essaya de ... d’abuser de moi et je dus me défendre de toutes mes forces !

Le général eut un petit rire ironique et déclara énergiquement :

— C’est absolument impossible ! Mes hommes sont incapables d’une telle conduite !

— Je regrette de vous contredire, Général, mais c’est la stricte vérité, affirma Valérie avec assurance.

L’officier supérieur haussa les épaules, réfléchit quelques instants puis ajouta :

— Bien ! Je vais essayer de vous croire, Maintenant, dites-moi quelle est l’arme dont vous vous êtes servie ?

Valérie hésita. Cette nouvelle question la troubla énormément. Son embarras n’échappa pas au général.

— Je ne me suis pas servie d’une arme, répondit Valérie en fixant l’officier très calmement. Je l’ai seulement poussé de toutes mes forces et le malheureux, en tombant, a heurté si brutalement sa tête contre les carreaux, qu’il s’est tué sur le coup !

Le général haussa les épaules et murmura doucement :

— Je ne vous crois pas, Mademoiselle, votre explication est trop simple et trop naïve !

— Vous ne me croyez pas ? S’exclama Valérie déconcertée.

— Non ! Affirma-t-il. Il est impossible qu’une femme telle que vous ait la force suffisante pour jeter à terre un homme de la taille et de la corpulence de ce sous-officier.

La jeune femme reprit avec force :

— Pourtant Général c’est la vérité ! Je ne mens pas !

L’officier ne répondit pas et garda longuement le silence. Puis il se tourna vers la porte restée entr’ouverte et cria :

— Max !

Un jeune lieutenant apparut et fixa son supérieur avec un regard interrogateur.

Le général hésita, puis ordonna :

— Arrêtez cette femme, lieutenant !

Le jeune officier resta quelques secondes ahuri. Se ressaisissant il s’approcha de Valérie et lui dit avec douceur :

— Suivez-moi, je vous prie, Mademoiselle !

La jeune femme obéit et tous deux sortirent du bureau.

Le général ne perdit pas de temps et donna des instructions pour la réunion immédiate du Conseil de guerre.

Tandis que se déroulaient tous ces tragiques événements, Robert Montpellier ne quittait plus son colonel, jouant toujours son r^le de sous-officier de l’armée allemande. Il n’avait presque rien à faire, tandis que tous ses nouveaux camarades travaillaient sans relâche et l’enviaient énormément.

Ce matin le colonel le fit appeler.

— Fuchs ! Dit-il au jeune homme qui s’était figé devant lui dans un salut d’une rigidité impeccable, j’ai beaucoup parlé de vous a u général et lui ai vanté votre grand talent ainsi que la précision et la netteté de vos dessins.

Robert protesta modestement.

— Vous êtes beaucoup trop indulgent pour moi, mon colonel !

— Pas du tout, insista l’officier. J’affirme que vous êtes un véritable artiste et j’ai la prétention de m’y connaître.

Le jeune homme ne répondit pas.

— Fuchs ! Reprit le colonel, à la suite de mon entretien avec le général, notre Etat Major a décidé de profiter de vos connaissances et de votre habileté.

— Mais je ne vois pas du tout ! Murmura Montpellier stupéfait.

— Si ! Si ! Affirma l’officier. (Il fixa longuement le visage ouvert et franc de Robert et demanda) : Etes-vous déjà monté en avion, Fuchs ?

— Certainement, mon Colonel, et ayant séjourné durant un certain temps en Amérique, j’ai souvent utilisé ce moyen de transport pour aller de Boston su Texas.

— Parfait ! Vous allez donc monter dans un avion militaire !

— Je dois vous prévenir tout de suite, mon Colonel, que je ne suis pas pilote !

— Vous y monterez comme observateur, répondit l’officier en souriant.

Robert Montpellier le regarda, très surpris.

— Mais, mon Colonel, je n’ai aucune capacité— pour occuper un tel poste ! Protesta-t-il.

— Je pense malgré ce que vous avancez, Fuchs, que vous pourrez nous être très utile, poursuivit l’officier. Nous voudrions que vous nous exécutiez des dessins en couleurs des lieux que vous survolerez avec le maximum de netteté et de précision.

— Je ... j’essayerai, mon Colonel, répondit le soi-disant Fuchs.

— Très bien ! Je vais donner des ordres pour que vous partiez sans tarder. Vous utiliserez notre avion de liaison. Nous n’avons pas le temps d’en demander un autre car le général est très pressé en ce qui concerne l’exécution de ce travail.

— Vous serez très attentif, Fuchs, afin de bien reconnaître ensuite, les diverses fortifications édifiées dans le secteur, par l’ennemi — Il me faudra beaucoup de temps pour exécuter un travail de ce genre, mon Colonel, expliqua Robert.

— Voici comment vous procéderez, Fuchs ; de l’avion vous prendrez une série de photos des lieux qui vous seront demandés. Une fois de retour, aidé des vues que vous aurez prises et des observations que vous aurez faites, vous établirez les plans qui nous seront nécessaires

— Bien, mon Colonel !

— Alors, nous sommes d’accord, Fuchs ?

— Certainement, mon Colonel.

— Parfait, mon ami ! vous pouvez disposer. Je vous ferai prévenir dès que l’appareil sera prêt.

Montpellier claqua les talons et quitta le bureau de son supérieur. Il alla s’asseoir sur un tas de sable, non loin duquel des soldats, commandés par un sergent, déchargeaient un camion.

Le sous-officier au bout d’un instant, s’approcha de Robert.

— Fuchs, que dirais-tu d’un verre de bière et d’une paire de saucisses ?

— C’est une excellente idée ! Répliqua robert toujours attentif à bien jouer son rôle, afin de n’éveiller aucun soupçon sur sa véritable identité.

Il se leva vivement et suivit l’Allemand. Dis minutes plus tard, ils pénétraient dans une buvette située à quelques centaines de mètres du village.

— Servez-nous de la bière et des saucisses, commanda l’Allemand au patron.

Les deux camarades s’installèrent à une table, proche de la fenêtre d’où l’on apercevait le village, et mangèrent et burent tranquillement.

L’Allemand avalait gloutonnement ce qui lui avait été servi tandis que Robert mangeait et buvait lentement, ne cessant de penser à la mission aérienne qui allait lui être confiée.

La perspective de survoler les lignes françaises lui rappelait le temps de son séjour aux Etats-Unis, où si souvent il pilotait son petit appareil de Boston à San Antonio du Texas.

Se servir de cet avion pour s’enfuir et regagner son régiment, voilà à quoi pensait Montpellier !

« Oui, c’est ce que je dois faire, décida-t-il. Je menacerai le pilote de mon revolver et je le forcerai à atterrir à l’endroit que je lui indiquerai »

Soudain, une expression douloureuse assombrit ses yeux. Le souvenir si vivant et si cher de Valérie s’imposa à son esprit. Fuir, c’était la laisser seule avec l’ennemi !

Il hocha tristement la tête. Non ! C’était impossible ! Il en était incapable ! Valérie était son seul et unique amour ; il ne pouvait l’abandonner après avoir eu tant de peine à la retrouver. S’enfuir avec elle était, hélas, une chose irréalisable !

Robert s’enfonçait dans ses sombres réflexions lorsqu’il sentit qu’on lui touchait l’épaule. Il sursauta, leva la tête et s’exclama en reconnaissant le sergent qui venait d’arriver :

— Tiens ! Paul !

— Fuchs ! Je te cherche partout depuis une demi-heure. J’ai à te parler !

— Ah ! De quoi s’agit-il ? Questionna Montpellier.

Le sous-officier lui fit un signe de la tête.

— Pas ici, Fuchs, expliqua-t-il. C’est personnel.

Montpellier se leva après s’être excusé auprès de son autre compagnon, et suivit Paul dans la pré qui entourait la petite bâtisse.

— tu peux parler tranquillement ici, nul ne nous entendra, dit Robert.

— Tu n’as pas oublié la mort de Kirchhoff, n’est-ce pas, Fuchs ? Questionna Paul.

— Evidement pas ! Pourquoi me parles-tu de ce malheureux ? S’étonna Montpellier.

— Un homme a été accusé de l’avoir assassiné.

— Ah ? Et qui donc ? Demanda Montpellier, en pâlissant.

— Un vieil homme, m’a-t-on dit.

Robert fronça les sourcils.

— Un vieil homme ? Répéta-t-il douloureusement. Le malheureux est pourtant innocent !

— Je le sais bien ! Reprit l’autre, mais ça n’empêche pas qu’il a été bel et bien condamné à mort !

— Ciel ! Ce n’est pas possible ! S’exclama Robert bouleversé, en fixant avec incrédulité son camarade.

— On dirait que cette nouvelle t’ennuie ? Répliqua Paul. Tu devrais au contraire, en être ravi.

— En être ravi ? Répéta Montpellier, stupéfait.

— Mais oui ! Si c’est lui qui est accusé de ce meurtre, tu n’auras plus rien à craindre, car, après tout le sergent est mort par ta faute !

— C’est absolument faux ! S’écria Robert indigné, car Kirchhoff m’avait contraint à me défendre. Vous en avez tous été témoins ! Il est mort accidentellement !... Et puis, n’oublie pas qu’au-dessus de la justice des hommes, il existe celle de Dieu !

Paul haussa les épaules.

— Ne dis pas de sottises ! Que t’importe que ce vieil homme meure à ta place. D’ailleurs, tu ne le connais même pas ! Conclut-il.

— Jamais je ne pourrai tolérer une telle injustice ! S’écria Robert avec fermeté. Ce serait un véritable crime !

— Je regrette de t’avoir prévenu, fit le sergent, que la tristesse de Robert surprenait. Si j’avais cru te bouleverser à un tel point, j’aurais gardé le silence.

— Tu aurais très mal agi ! Répliqua Robert.

— J’ai appris tout cela par les hommes qui ont surpris le vieil homme transportant Kirchhoff hors de la maison, poursuivit le sergent.

Ces paroles frappèrent Montpellier.

— Sais-tu pourquoi l’accusé a sorti le sergent allemand de cette maison ? Demanda Robert Montpellier.

— Oui ! Il en était le locataire et ne tenait naturellement pas à le garder chez lui.

— Qu’est-ce que tu dis ? Cet homme était le locataire de la maison ? S’écria Montpellier.

— Oui, mais il n’est pas du pays.

Robert n’en écouta pas davantage ; il partit dans la direction du village, suivi par le regard ahuri du sergent.

Le Conseil de guerre était de nouveau réuni. Il avait décidé de questionner les deux accusés et de les confronter, afin d’arriver à éclaircir le mystère qui enveloppait la mort du sergent Kirchhoff.

Plusieurs soldats assistaient au procès qui se déroulait dans la grande salle des fêtes de la Mairie.

Le tribunal militaire était présidé par un lieutenant-colonel et quatre capitaines représentaient l’accusation et la défense.

Le président ordonna que l’on introduit le premier accusé ». Un instant après, Michel Labeille entra, flanqué de deux soldats.

Le malheureux était d’une pâleur impressionnante.

— Asseyez-vous ! Ordonna le lieutenant-colonel.

Le père de Valérie se laissa tomber sur le banc des accusés.

L’accusateur s’adressa immédiatement à lui.

— Jurez-vous de dire la vérité sur toutes les questions qui vous seront posées, Michel Labeille ? Demanda-t-il d’une voix cassante et sévère.

— Je le jure ! Répondit Michel Labeille.

— Bien ! Reprit l’accusateur. Il résulte de vos différentes déclarations que vous affirmez ignorer qui est le meurtrier du sergent Kirchhoff que vous avez sorti de chez vous, aidé par un domestique qui a réussi à nous échapper. Maintenez-vous v os affirmations ?

— Oui ! Répliqua Labeille d’une voix ferme. Je répète et jure ignorer qui a tué ce sergent.

— Ainsi, vous seriez totalement étranger à ce crime ? Reprit l’accusateur.

— Oui, Monsieur.

— Et vous n’avez vu personne ?

— Non ! Pendant que se déroulaient ces événements, je me trouvais ainsi que mon domestique dans la seconde cave de la maison.

— Vous n’avez entendu rien de particulier ? Demanda encore l’avocat général.

Michel répondit après un léger silence.

— A diverses reprises, j’ai entendu des bruits de bottes, des éclats de voix et ensuite des coups sourds provoqués sans doute, par des chaises renversées et par la chute d’un corps sur le parquet..

— Avez-vous entendu aussi une voix de femme ? S’enquit l’accusateur.

— Non ! Répondit Michel Labeille étonné, il n’y avait que des hommes. En tout cas, ce sont les seules voix que j’ai entendues.

— Bon ! Poursuivez !

Monsieur Labeille hocha la tête et ajouta :

— Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai déjà déclaré. En remontant de la cave avec mon serviteur, nous avons découvert le corps de ce malheureux et nous l’avons transporté dans la rue pensant, ainsi éviter d’être inculpés d’un meurtre auquel nous étions totalement étrangers.

— Vous êtes certain de ne pas désirer modifier votre déposition ? Insista l’accusateur.

— Non ! Monsieur, répondit Michel Labeille. Je n’ai aucune raison pour le faire.

— Etes-vous prêt à le jurer ?

— Certainement, et de la façon la plus solennelle ! Déclara avec assurance le père de Valérie.

Le président fit un signe de la main et deux soldats emmenèrent l’accusé hors de la salle des débats. Alors, il ordonna de nouveau : — Faites entrer la femme !

Valérie Labeille, très pâle mais le regard assuré, ne tarda pas à apparaître à son, tour, entre les deux mêmes soldats qui avaient accompagné son père hors de la salle.

Un long murmure d’admiration parcourut l’auditoire, vivement frappé par la beauté de la jeune femme.

— Jurez de dire la vérité, toute la vérité ; ordonna le lieutenant colonel en la dévisageant avec sévérité.

Valérie eut une imperceptible hésitation.

Le président lez remarqua tout de suite et échangea un rapide coup d’œil avec les autres juges.

— Voulez-vous jurer de dire la vérité, Mademoiselle ? Répéta l’officier supérieur.

— Je le jure ! Balbutia avec effort la pauvre fille.

— Est-il exact que vous étiez seule dans cette maison lorsque vous avez tué le sergent ?

Elle fit un signe de tête affirmatif, et murmura :

— En effet, Monsieur, j’étais seule avec cet homme.

— Vous êtes-vous servie d’une arme pour vous défendre ? Quelqu’un vous a-t-il aidé à tuer le sergent ? Poursuivit l’officier supérieur en fixant toujours sévèrement le beau et pur visage de la fille de Michel Labeille.

— Je ne me suis servie d’aucune arme, affirma-t-elle et personne ne m’a aidée à accomplir ce meurtre.

— Saviez-vous qu’au même instant, votre père se cachait dans l’une des caves de la maison ? Reprit le président.

— Je l’ignorais totalement, Monsieur, répondit spontanément la jeune femme.

— L’aviez-vous reçu après la mort de cet homme ? Interrogea encore l’accusateur.

— Non ! Je croyais qu’il s’était enfui du village, expliqua Valérie.

— Enfui ? Répéta le lieutenant-colonel.

— Oui, comme presque tous les habitants.

Un pénible silence suivit ces paroles. Le président consulta le dossier placé devant lui puis, levant les yeux sur l’accusée, il lui demanda :

— Après le meurtre, avez-vous cherché à effacer vos empreintes ?

Valérie haussa les épaules.

— Non ! Répondit-elle, je n’ai rien fait de tel. Je me suis dépêchée de rentrer à l’hôpital pour reprendre mon service.

— N’en aviez-vous pas été renvoyée ? Interrogea encore le président.

— Si, mais j’ai été réintégrée presque tout de suite après, expliqua calmement Valérie.

L’homme se tut il ne semblait pas croire à la déclaration de la jeune femme depuis que Michel Labeille avait affirmé que seuls des hommes se trouvaient dans sa maison. Ce détail cachait certainement un mystère.

Après avoir échangé quelques propos avec les autres officiers le président ordonna aux soldats.

— Faites revenir cet homme !

L’infortuné Michel Labeille ne tarda pas à réapparaître. En apercevant sa fille, il poussa un cri de surprise et de frayeur.

La pauvre Valérie pâlit davantage tandis que deux grosses larmes mouillaient ses yeux et roulaient lentement sur ses joues.

— Michel Labeille, reprit le lieutenant-colonel, cette femme ayant déclaré être coupable du meurtre dont nous nous occupons actuellement, la Cour reconnaît son erreur à votre égard et vous acquitte, ordonnant votre mise en liberté immédiate !

— Mon Dieu ! Dit monsieur Labeille, ahuri et ne réalisant pas très bien ce qui se passait. (Quittant brusquement son siège, il se leva en s’écriant) : Messieurs ! Je vous conjure de ne pas écoute cette insensée ! Elle est innocente ! Le vrai coupable c’est moi !

— C’est faux ! C’est faux ! Hurla Valérie avec une voix désespérée, c’est moi qui ai tué le sergent !

Un sourd murmure se fit entendre dans la salle, tandis que Michel Labeille étendait une main dans la direction des juges et affirmait avec force :

— Messieurs, cette femme est ma fille. Elle cherche à sauver son vieux père ! Ne l’écoutez pas, car je suis le seul et véritable coupable de ce crime !

— Vraiment ? Murmura sévèrement le lieutenant-colonel.

— Oui, Monsieur, affirma avec force le vieil homme. Ce sergent avait voulu abuser de ma fille et c’est la raison pour laquelle je l’ai tué !

— C’est faux ! Cria soudain une voix qui venait du fond de la salle. Aucune de ces personnes n’a tué le sergent Kirchhoff.

Une profonde stupeur se lut sur les visages des assistants, tandis que le président du tribunal voyait s’avancer vers lui, un sous-officier.

Valérie tourna la tête dans sa direction en poussant un cri déchirant. Tous les regards fixèrent l’homme qui venait d’interrompre si dramatiquement les débats. Il s’agissait de robert Montpellier !

Le président du tribunal ordonna impérieusement le silence et fit signe à celui qui maintenant portait le nom de Fuchs d’approcher tandis qu’un sourd murmure parcourait l’auditoire.

— Silence ! Tonna le lieutenant-colonel d’une voix de stentor. Si quelqu’un ose troubler les débats, je fais immédiatement évacuer la salle et arrêter les responsables !

Un silence de mort suivit ces menaces.

Alors le président s’adressa au jeune artiste, debout devant lui.

— Sergent ! Commença-t-il, voulez-vous répéter ce que vous avez crié à l’instant alors que vous étiez dans la salle ?

— Certainement, mon Colonel, répondit immédiatement Robert, j’affirme que ces deux personnes sont innocentes. C’est moi qui suis coupable de la mort du sergent Kirchhoff découvert, il y a deux jours dans la maison de monsieur Labeille.

— Vraiment ?

— Je le jure, mon Colonel. Si vous ne me croyez pas, je peux trouver une vingtaine de témoins pour l’affirmer !

— Vous avez des témoins ? S’écria l’officier stupéfait.

— Oui, mon Colonel ! Reprit Robert. Il s’agit de tous les sous-officiers du régiment dont faisait partie le sergent Kirchhoff.

— Tachez de vous expliquer clairement et exposez-nous les faits avec précision.

Robert obéit et rapporta très calmement tout ce qui s’était passé cette fameuse nuit, sans oublier le moindre détail. Lorsqu’il se tut, le président le fixa durement :

— Ainsi, vous étiez ivre ! Observa-t-il.

— Nous j’étions tous, y compris le sergent Kirchhoff dont j’ai bien involontairement causé la mort, mon Colonel, déclara Robert sans hésiter.

— Vous l’avez lâchement assassiné ! S’écria l’accusateur méprisant.

— Non, mon Capitaine, répliqua Montpellier sans baisser les yeux, je l’ai poussé alors qu’il se jetait sur moi.

— Etant ivre, cet homme se trouvait dans des conditions physiques inférieures aux vôtres, insista le lieutenant-colonel.

— Je répète que nous étions tous dans le même état, mon Colonel !

— Bien ! Coupa le président. Après l’interrogatoire des témoins, vous vous entretiendrez avec votre défenseur.

— Ce n’est pas la peine, déclara Robert.

— Comment ce n’est pas la peine ? S’écria le président.

— Non, mon Colonel, car je sais bien ce qui m’attend !

— La défense pourra peut-être trouver des circonstances atténuantes !

— Elle n’empêchera pas ma condamnation à mort, fit Robert.

— Cela regarde le tribunal ! Répliqua sèchement l’officier.

Une demi-heure plus tard après l’audition des témoins qui d’ailleurs répétèrent les déclarations faites par le sergent Fuchs, ce dernier fut condamné à mort les sous-officiers ayant assisté au drame envoyés immédiatement sur les lignes de feu.

Valérie et son père furent remis en liberté.

Ce soir-là, Robert Montpellier coucha dans une cellule, en attendant d’être fusillé à l’aube. C’est ce que vint lui annoncer un jeune lieutenant.

— Ca n’a aucune importance ! Murmura l’infortuné garçon d’une voix lasse, en se laissant tomber sur le banc de sa cellule.

— Vous n’avez pas de souhait à exprimer ? S’enquit timidement l’officier.

Robert hésita, puis murmura :

— Si, mon Lieutenant !

— Parlez !

— Je voudrais m’entretenir avec la jeune femme dont j’ai pris la défense il y a quelques instants, lui confia Robert.

— Vous voulez faire allusion à la personne qui s’attribuait le meurtre de Kirchhoff pour défendre son père ? Demanda l’Allemand.

— En effet, mon Lieutenant.

— Bien ! Je vais faire l’impossible pour vous satisfaire, lui répondit-il en le quittant.

Une fois seul, Robert le cœur rempli d’angoisse, adressa une fervente prière au Ciel.

Soudain après la joie ressentie à la pensée d’avoir arraché à la mort celle qu’il aimait, il réalisait toute l’horreur de sa propre situation Ce n’était pas de la peur qu’il éprouvait, mais sa jeunesse se refusait à renoncer à la vie, à ses joies et surtout à l’amour.

Sa prière lui apporta un léger réconfort, puis sa pensée se tourna vers Valérie.

Elle seule l’intéressait ! Il n’avait plus de parents et avait perdu sa fortune, comme il allait perdre, dans quelques heures sa vie si précieuse tout à coup ! Il leva les yeux et fixa le petit coin de ciel qu’il pouvait apercevoir de la fenêtre fermée par de solides barreaux et se replongea dans ses terribles pensées.

Bientôt il allait mourir ! Il était vrai qu’un homme était mort ! Mais sa conscience ne lui faisait aucun reproche, sinon d’avoir été trop impulsif ...

Soudain, il tressaillit !

Il venait d’entendre prononcer son nom derrière la porte.

 

( A SUIVRE LE 11 JUILLET )

 

 

JEAN PAUL

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