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MOINEAUX SANS NID N° 278

5 Juillet 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Aussitôt que le chauffeur freina, arrêtant brusquement sa voiture, le docteur Mollet lança une bordée d’injures.

— Imbécile ! Hurla-t-il rageusement. Je ne vous ai pas payé un prix exorbitant pour satisfaire vos caprices. Je vous répète que j’ai hâte d’arriver chez moi et que je me moque de la police ! Me comprenez-vous ?

— Dans ce cas, docteur, descendez et poursuivez votre route à pied ! Répondit le chauffeur avec le plus grand flegme. Si vous refusez d’obéir aux ordres des agents, tant pis pour les complications que votre attitude ne manquera pas de vous attirer, mais pour ma part, je ne tiens pas à les partager !

Tandis que les deux hommes échangeaient ces propos aigres-doux, trois policiers se rapprochaient rapidement de l’auto.

L’un d’eux s’avança près de la portière dont le chauffeur avait laissé la vitre. Portant la main à son képi, il lui dit :

— Excusez-nous, mais nous avons reçu l’ordre de contrôler toutes les voitures qui passent sur cette route. Dites-nous où vous allez et pour quelle raison vous vous déplacez.

Le chauffeur s’apprêtait à répondre, aussi courtoisement que possible, lorsque le terrible médecin,, qui n’arrivait plus à dominer son extrême nervosité, ouvrit brusquement l’autre portière, sauta sur la route et courut vers le policier en s’écriant, cramoisi de colère :

— Monsieur l’agent, je ne vous conteste pas le droit d’arrêter les voyageurs, mais j’ai de sérieuses raisons pour continuer mon chemin le plus rapidement possible. Puisque vous nous interrogez, sachez que nous nous rendons à Melun, où je possède une propriété et où je suis très pressé d’arriver !

Tout d’abord stupéfait par l’intervention du docteur Mollet, l’agent le dévisagea, sourit avec indulgence et répondit calmement :

— Parfait ! Monsieur. Veuillez regagner votre place pendant que je contrôlerai les papiers de la voiture.

Très docilement, le chauffeur sortit les papiers exigés de la petite case placée près du volant et les remit au représentant de l’ordre, attendant patiemment qu’il les examinât.

L’agent les lui rendit presque tout de suite, puis, levant soudain la tête, il désigna du doigt la grande malle posée sur le toit de la voiture.

— Puis-je savoir ce que contient cette caisse ? Demanda-t-il.

— Je vous ferai observer, Monsieur l’agent, qu’il s’agit d’une malle et non d’une caisse, répliqua vivement le médecin, et qu’elle ne renferme que des effets personnels, indispensables à notre séjour à la campagne.

L’agent hocha la tête, nullement intimidé par le ton peu aimable de l’irascible voyageur.

— Bien, admit-il, il est normal que vous ayez besoin de vêtements et de linge de maison. Combien êtes-vous dans cette voiture ? Mais ... qu’à cet homme ? Il semble souffrant !

Il fixait en disant ces mots, René Tonnerre, qui livide de peur, serrait de toutes ses forces contre lui la pauvre Edwige. Il se demandait avec épouvante ce qui allait se passer si cet agent découvrait qu’il s’agissait d’une femme portant des vêtements masculins.

Tout en se posant cette question, l’ami du docteur Mollet pressait contre son épaule la tête d’Edwige, afin de la dissimuler de son mieux à l’examen de l’intrus.

— Vous avez raison, monsieur l’agent, répondit fort intelligemment le médecin, ce jeune homme est horriblement malade en voiture comme vous pouvez le constater vous-même, et c’est ce qui vous explique ma hâte d’arriver, afin d’écourter son malaise.

Cette explication sembla pleinement satisfaire l’agent. Il échangea un regard d’entente avec ses collègues qui, tout de suite, s’écartèrent pour libérer la route. Il porta la main à son képi en ajoutant :

— Vous pouvez continuer. Excusez-nous de vous avoir retardé !

— Vite ! Vite ! S’exclama le docteur Mollet en s’installant auprès du chauffeur et en se penchant vers lui. Filez avant que l’un de ces imbéciles ait le temps de changer d’avis !

Le chauffeur mit le contact. La voiture démarra et avança rapidement pour bientôt disparaître au tournant de la route.

René Tonnerre poussa un long soupir de soulagement et desserra son étreinte autour du corps de la malheureuse Edwige.

— Mon Dieu ! Quel terrible moment nous venons de passer ! S’exclama-t-il tout haut. J’ai senti mon sang se glacer dans mes veines, car j’ai bien cru qu’ils allaient nous demander d’ouvrir la malle ;

Son ami à ces parles, éclata d’un rire sinistre.

— Dans ce cas, mon cher !: Répliqua-t-il l’air goguenard, ils auraient eu une fameuse surprise !

— Comment ? Vous ne réalisez pas ce qui se serait passé ?

— Inutile de se poser une telle question, conclut le médecin avec colère. Au pire, nous aurions eu recours à nos revolvers.

Cette réponse acheva de stupéfier René Tonnerre. Une fois de plus, le docteur mollet donnait la preuve que le plus grand désordre régnait dans sa dangereuse et diabolique cervelle.

Maintenant, tous désiraient que la voiture arrivât le plus rapidement possible à la villa de cet inquiétant personnage.

Heureusement, le but était proche, car ils venaient de laisser Melun derrière eux. Presque aussitôt, la voix autoritaire et rauque du médecin ordonna au conducteur :

— Tournez sur votre droite ! Là !

Le chauffeur s’empressa d’obéir et ralentir vivement ce qui fit crisser les pneus sur l’asphalte de la route !

La « départementale » dans laquelle ils s’engagèrent, était assez étroite, poudreuse et en très mauvais état ... provoquant de très désagréables secousses à l’auto.

Le chauffeur ralentit de nouveau, ce qui remit le docteur Mollet dans une violente colère.

— Reprenez votre vitesse ! Hurla-t-il cramoisi. Combien de fois faudra-t-il vous répéter que je suis très pressé ? Ne craignez rien pour votre voiture ! Elle est robuste et il ne lui arrivera aucun mal !

— Comme vous voudrez, murmura le chauffeur, excédé. Cependant, je tiens à vous prévenir que s’il y a des réparations à faire, je vous adresserai la facture !

La voiture continua sa course au milieu des champs. La route était bordée de peupliers et un nuage de poussière blanche se soulevait sur le passage des voyageurs.

— Nous sommes presque arrivés ! S’écria soudain le médecin d’une vois triomphante. Encore deux virages et nous serons devant la villa !

A cet instant précis, un bruit sec se fit entendre, suivi d’une violente secousse et d’un coup sourd.

Le chauffeur freina brusquement sa voiture qui s’arrêta trois mètres plus loin, après avoir fait une violente embardée.

— Qu’est-ce qui vous prend encore ? Hurla le docteur Mollet.

L’homme ne lui répondit même pas et ouvrit la portière, bondissant sur la route.

Il s’arrêta pétrifié par le sinistre spectacle qui s’offrait à ses yeux

— La malle ? Bégaya-t-il d’une voix étouffée. Elle est tombée et s’est ouverte !

Le médecin sauta à son tour hors de la voiture et se précipita vers la malle qui, en effet, s’était ouverte, tandis que le corps de l’infortuné « Boiteux » gisait à quelques pas d’elle.

— Damnation ! Cria le docteur Mollet en se penchant pour l’examiner.

— Docteur ! Implora le chauffeur. Il faut l’enlever immédiatement quelqu’un pourrait arriver !

— René ! Appela le médecin qui gardait un calme incroyable, René venez vite !

L’autre obéit et les rejoignit. Il ne put réprimer uni mouvement de répulsion à la vue du malheureux.

— Emmenez immédiatement madame Ramier à la villa ! Lui ordonna son ami. Je pense que vous êtes suffisamment fort pour agir sans l’aide de personne. Vous n’aurez à parcourir qu’une cinquantaine de mètres et vous nous attendez devant la grille. Le chauffeur et moi, allons placer « le Boiteux » à l’intérieur de la voiture et nous vous rejoindrons tout de suite.

René Tonnerre revint sur ses pas et, avec d’infinies précautions sortit la pauvre femme de la banquette arrière, sans qu’elle donnât le moindre signe de vie, tant son sommeil était profond !

Il la prit ensuite dans ses bras, jeta un coup d’œil à ses compagnons qui s’empressaient autour du « Boiteux » et avança lentement sur la route.

Comme le lui avait dit le médecin, une cinquantaine de mètres plus loin, après un tournant presque à angle droit, il découvrit un mur entourant un grand parc dont on apercevait la cime des arbres.

Leur feuillage épais, agité par un vent léger, formait un rideau très touffu, ne permettant à aucun regard indiscret de voir ce qui se passait à l’intérieur de la propriété.

Une lourde et large grille de fer forgé, artistiquement ouvragée, laissait voir une longue allée mal entretenue et dont le gravier était recouvert de mauvaises herbes.

Avec un soupir de soulagement, René tonnerre assit Edwige sur une des grosses bornes placées de chaque côté de la grande porte, l’appuyant contre lui pour l’empêcher de tomber.

De sa main libre il sortit un mouchoir de sa poche et essuya son front moite de sueur.

Il ne put s’empêcher de grogner en songeant au docteur Mollet.

Ensuite ? il se pencha sur la pauvre femme, examina avec une attention émue son visage pâle et remarqua que ses lèvres étaient presque exsangues. Effrayé, il se demanda brusquement si elle n’avait pas une syncope.

Alors, il arracha le chapeau qui était enfoncé jusque sur ses oreilles et la magnifique chevelure noire d’Edwige se répandit sur ses épaules, en larges ondes soyeuses et sombres.

Il s’aperçut avec réconfort, que sa poitrine se soulevant imperceptiblement, mais avec régularité.

Très délicatement, il la souleva de nouveau et l’installa sur l’herbe l’adossant au mur de la propriété. ¨Puis, après s’être assuré qu’elle ne pouvait pas glisser, il revint sur ses pas, inquiet du retard des autres.

Il avait à peine avancé— de quelques mètres qu’il entendit le bruit du moteur et vit arriver la voiture.

Cinq minutes après, elle stoppait devant la grille de la villa du docteur Mollet.

René Tonnerre jeta un coup d’œil à l’intérieur et vit son ami assis sur la banquette arrière, soutenant le « Boiteux ».

Le docteur Mollet lui lança une clé à travers la portière dont la vitre était restée baissée.

— Vite ! Cria-t-il ... ouvrez la grille. Dans un instant, nous serons enfin en sûreté !

L’autre s’empressa d’obéir, mais dut s’y prendre à deux reprises pour faire tourner la clé dans la serrure rouillée. Il poussa violemment les deux battants qui grincèrent bruyamment.

La voiture avança, franchit la grille et s’arrêta de nouveau, sans que le chauffeur stoppe le moteur.

Pendant ce temps, René Tonnerre avait porté Edwige près de la portière que le médecin avait largement ouverte.

— Allez refermer la grille, mon ami ! Dit ce dernier. Le chauffeur m’aidera à installer madame Ramier.

Son ami obéit sans répondre. Après qu’il eut refermé la lourde porte, il revint et s’assit près d’Edwige.

La voiture avança alors dans l’allée qui s’enfonçait dans un grand parc, ombreux et silencieux.

Si quelqu’un s’était approché de la grille, il n’aurait même pas pu entendre le bruit du moteur de la voiture s’enfonçant dans les profondeurs du parc.

Au tournant de l’allée, la villa leur apparut. Elle avait ses murs entièrement recouverts de lierre ; ses fenêtres hermétiquement closes lui donnaient un aspect mystérieux, du plus sinistre effet.

René Tonnerre eut une idée subite qui le fit frissonner d’effroi. Se penchant en arrière, il demanda au docteur Mollet.

— Avez-vous ait disparaître la malle ?

Le médecin haussa les épaules et répondit, agacé :

— Nous n’avons pas eu le temps de le faire ; nous nous sommes contentés de la pousser dans le fossé. Tout à l’heure, j’enverrai le jardinier et il agira de elle sorte que rien n’en subsistera.

Pendant qu’il prononçait ces dernières paroles, la voiture stoppa devant une grande porte de bois sombre très robuste, à laquelle on accédait par six larges marches de pierre.

Elle s’ouvrit lentement et un homme apparut.

Il était bossu et des cheveux entièrement blancs encadraient son visage en lame de couteau, à l’expression hébétée. Il les dévisagea d’un air méfiant, mais reconnaissant le docteur Mollet qui le premier avait quitté la voiture, il lui adressa un large sourire.

 

( A SUIVRE LE 8 JUILLET )

 

 

JEAN PAUL

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