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MOINEAUX SANS NID N° 274

23 Juin 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-274--.jpegAnselme d’Evreux quitta le commissariat de police dans un état de rage indescriptible.

Le misérable n’arrivait pas à réaliser ce qui s’était passé, et il était hors de lui à la pensée de savoir Pierrot de nouveau en liberté.

Le marquis d’Evreux était surtout en colère parce qu’il haïssait l’enfant qui était un obstacle dangereux pour garder cette fortune qu’il avait accaparée, aidé par Alice.

Ce qui le contrariait beaucoup aussi, c’était de savoir que sa sœur ne partageait pas son avis, persuadé »e que le jeune garçon surtout après l’incendie, ne pourrait plus faire valoir ses droits, ni produire le fameux testament détruit dans le désastre.

Cependant, Anselme se sentait très préoccupé parce que Pierrot, plus d’une fois, lui avait occasionné de gros ennuis et était bien capable de recommencer.

Qu’allait-il mijoter encore contre lui maintenant qu’il avait recouvré la liberté ?

La trop grande et incompréhensible indulgence que lui témoignait ce ridicule commissaire, l’inciterait à persévérer dans l’idée de continuer à faire valoir ses droits à l’héritage de Julien Delorme.

En plus, une autre personne devenait aussi très dangereuse : Ginette Flandier, l’ex-concierge.

Cette femme bavarde et remuante avait formellement reconnu en lui le soi-disant Ernest Dubois, l’accusant ouvertement, d’être l’incendiaire volontaire de l’immeuble !

Evidemment, une telle déclaration ne suffisait pas pour prouver avec certitude que le marquis Anselme d’Evreux et le petit commerçant insignifiant, Ernest Dubois, n’étaient qu’une seule et même personne. Toutefois, cette accusation représentait un nouveau et très grave danger qu’il fallait écarter sans tarder.

Mais comment ?

Telle était la question que se posait avec angoisse, le frère d’Alice. Sa colère se transformait en terreur.

Que faire ? Quelle décision prendre dans les circonstances actuelles créées par l’intervention de Pierrot et de cette stupide femme ?

Si le commissaire n’avait pas été si indulgent envers ces deux va- nu-pieds, l’affaire aurait été déjà classée, car si cette femme avait été condamnée à quelques jours de prison, elle n’aurait plus osé renouveler ses accusations.

Mais au contraire, de nouveau libre, cette bavarde représentait un grand péril.

Et maintenant, Anselme qui avait pensé liquider Pierrot une fois pour toutes, se demandait s’il n’était pas plus urgent d’éliminer la malheureuse Ginette.

Cette perspective lui procurait toutefois une vive inquiétude, car ce n’était pas très facile à réaliser, d’autant plus que la concierge avait déclaré formellement reconnaître en lui le mystérieux Dubois.

Le fait en lui-même n’offrait pas de difficultés insurmontables, mais c’étaient les conséquences qui pouvaient être périlleuses, car si quelqu’un procédait à des recherches à la suite de la disparition de cette femme, l’accusation portée par elle ne serait pas négligée … et pouvait finir par faire découvrir sa double identité !

Anselme frémit à cette seule pensée !

Non ! Cette dernière solution était impossible pour le moment et il valait mieux pour lui ne pas avoir affaire à cette femme compromettante. Cependant il fallait agir sans tarder contre Pierrot, et cette fois d’une manière décisive.

De retour chez lui, plus calme, mais encore très inquiet, Anselme s’enferma dans la bibliothèque, continuant à réfléchir à sa situation.

Finalement, il décida d’écrire à Alice pour lui demander conseil. Tant pis si elle se moquait de ses craintes et de ses inquiétudes ! Et lui écrire le soulagerait un peu. D’ailleurs sa sœur saurait lui indiquer la meilleure solution à prendre en si dangereuse circonstance.

Cette fois encore, il commença une lettre, mais ne put réussir à trouver les mots qui convenait. Furieux, il déchira les feuilles, puis résolut de ne lui écrire qu’après le dîner.

Il sonna son valet de chambre.

— Monsieur le marquis désire quelque chose ? S’enquit le domestique en fixant son maître avec ennui car il n’avait pas été sans remarquer son extrême agitation et craignait qu’il ne déversât sur lui sa mauvaise humeur …

Tout au contraire, Anselme lui parla aimablement.

— Voulez-vous dire à la cuisinière de préparer le dîner que vous servirez ici. J’ai besoin de travailler ce soir et je me sens fatigué.

— Bien, monsieur le marquis.

— Autre chose !: Ne me dérangez sous a aucun prétexte, et si quelqu’un venait me voir ou me téléphonait, vous répondrez que je ne suis pas chez moi.

— Oui, monsieur le marquis.

Le frère d’Alice lui fit signe de la main qu’il pouvait se retirer.

Lorsque le valet de chambre eut quitté la pièce, Anselme se leva, prit un livre sur un des rayons de la bibliothèque, alluma une cigarette et revint s’installer dans son fauteuil préféré devant la grande cheminée.

Il désirait rester seul non certes, pour s’enfoncer dans ses propres pensées, car au contraire, il désirait oublier ses ennuis et ses craintes.

Il eut beau essayer de lire, il ne comprenait rien à ce que parcouraient ses yeux. Il posa avec lassitude son livre sur une petite table et alluma une seconde cigarette.

Il quitta son siège et alla fermer les volets, car la nuit été complètement tombée. Il revint au centre de la pièce, éclaira la lampe posée sur son bureau qui répandait une lumière très douce et s’installa de nouveau dans son fauteuil, la tête renversée sur le dossier, tandis que sa pensée recommençait à vagabonder.

Soudain, le souvenir de Valérie s’offrit à son esprit.

Il écrasa rageusement sa cigarette dans le cendrier et poussa un long soupir.

Valérie ! Qu’était devenue cette femme dont il s’était si totalement et éperdument épris ! Où était-elle, alors que la guerre menaçait de s’étendre à toute l’Europe ?

Oui, où était Valérie Labeille ? Peut-être toujours en Espagne, comme il avait fini par l’apprendre quelque mois plus tôt, où était-elle réfugiée dans un coin perdu et ignoré de France ?

Le marquis d’Evreux aurait payé très cher pour retrouver la trace de la jeune femme.

Brusquement, il pensa que sans doute Pierrot serait capable de le renseigner, mais il ne pouvait lui parler lui-même, d’autant plus que certainement l’enfant refuserait de répondre à ses questions.

Qu’était devenu aussi Robert Montpellier ?

Anselme le haïssait de toutes ses forces pour avoir soutenu Pierrot contre lui et contre Alice, cette sotte qui continuait et à être éprise du jeune artiste.

Elle non plus n’avait aucune nouvelle de Robert. Elle n’ignorait pas son acquittement bien sûr, mais depuis la sortie de prison de ce dernier elle l’avait totalement perdu de vue. Et tout comme Valérie, Montpellier semblait s’être effacé de la surface du globe.

Toutes ces pensées se pressaient dans la tête d’Anselme et augmentaient son extrême nervosité.

Et lorsque le valet de chambre entra dans la pièce, poussant devant lui la table roulante sur laquelle était posé le dîner, il ne put retenir un mouvement de colère.

— Remportez tout ! Ordonna-t-il sèchement. Je n’ai pas faim et je désire rester seul !

Le pauvre garçon écarquilla des yeux stupéfaits.

— Mais, Monsieur, essaya-t-il de protester, regardez ce qui vous a été servi ; un beau poulet cocotte et aux cèpes que la cuisinière vous a mijoté avec soin … Peut-être qu’en le voyant vous changerez d’avis ?

— Je vous ai dit de me laisser tranquille ! Hurla Anselme, et je vous interdis de discuter mes ordres !

— Je … je disais ça pour votre bien, Monsieur, bredouilla le domestique, interdit, car depuis quelques jours vous ne mangez presque plus et vous allez finir par tomber malade !

Le marquis haussa les épaules et ajouta moins brutalement.

— Mon ami, je vous demande de tout enlever, mais de me rapporter cependant une bouteille de cognac. Ce sera suffisant pour ce soir.

Le valet de chambre ne protesta plus. Il repartit, tirant la table roulante recouverte de mets succulents, puis revint quelques instants après portant sur un grand plateau d’argent, une bouteille de cognac de grande marque, un verre de cristal taillé et un petit seau rempli de carrés de glace.

Il posa le tout sur la table voisine du fauteuil favori du marquis où ce dernier venait de se laisser tomber après avoir allumé un cigare et demande respectueusement :

— Monsieur désire-t-il autre chose ?

— Je vous ai déjà dit de me laisser tranquille ! Répliqua Anselme énervé et surtout ne revenez plus m’importuner ! Compris ?

Le valet de chambre rougit vexé et se retira sans ajouter une parole.

Une fois seul, Anselme déboucha la bouteille et en remplit le verre, y ajouta un glaçon et absorba le cognac à petites gorgées gourmandes.

L’alcool fort et généreux ne tarda pas à produire ses effets bénéfiques, répandant une chaleur euphorique dans tout son corps. Très vite, ses papillons noirs s’envolèrent et lorsqu’il se versa un second verre de cognac, le marquis commença à sourire voyant soudain la vie sous un tout autre angle.

Il se leva une fois de plus et commença à arpenter la grande pièce fumant cigarette sur cigarette. Maintenant il était de fort bonne humeur.

Soudain il alla s’asseoir à sa table de travail, plaçant devant lui un troisième verre de cognac et commença à réfléchir à la lettre qu’il désirait adresser à sa sœur.

— J’aimerais voir la tête qu’elle fera en la lisant ! S’exclama-t-il en riant, et cette fois, elle ne se moquera certainement pas de moi en me traitant de pauvre froussard !

— Je crois même qu’elle sera plus effrayée que moi à la pensée qu’à cause de cette satanée concierge, la justice pourrait s’intéresser à ce mystérieux Ernest Dubois qui a séjourné si peu de temps dans on immeuble !

— Et puis, poursuivit-il après avoir interrompu quelques secondes son monologue, lorsque Alice saura que cette maudite Ginette Flandier affirme qu’Ernest Dubois et moi sommes le même personnage, elle en sera terrorisée. Je pourrai alors lui reprocher de m’avoir poussé à jouer cette malheureuse comédie. Voilà le triste résultat de certaines initiatives ! Maintenant elle ne pourra plus me traiter d’imbécile, ni prétendre que des riens m’effrayent. Elle réalisera que la situation peut brusquement devenir périlleuse.

— Je pense qu’elle partagera mon avis et comprendra la nécessité de nous débarrasser le plus vite possible de cette femme, même au prix de gros sacrifices, sinon ses propos pourraient tout simplement nous conduire au bague !

Anselme écrivit à sa sœur, lui exposant les faits avec beaucoup de justesse et de précision.

Il y ajouta une infinité de détails et d’explication,s rédigeant cette lettre avec un humour qui ne lui était pas habituel.

Très satisfait de lui, il plia la feuille et la glissa dans une enveloppe sur laquelle il traça l’adresse de sa sœur.

Cela achevé, il se versa encore une grande rasade de cognac en murmurant :

— Alice me répondra immédiatement et cette fois, elle ne me conseillera certainement plus de continuer à être patient vis-à-vis de Pierrot. Elle pensera comme moi que ce maudit garnement et cette dangereuse concierge doivent cesser de faire partie des vivants …

Et Anselme éclata d’un rire sinistre. Il était complètement ivre. L’alcool avait réussi momentanément à faire disparaître ses craintes et ses angoisses.

 

( A SUIVRE LE 26 JUIN )

 

 

JEAN PAUL

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