MOINEAUX SANS NID N° 27
27 – ROBERT COMMENCE SON ENQUETE
Dans son atelier, Robert Montpellier semblait préoccupé. Son travail n’avançait pas ; le souvenir de Valérie le hantait à tel point qu’il ne pouvait se concentrer. Il aimait cette femme. Il ne pouvait échapper à la passion qu’elle lui avait inspirée.
Pourtant sa conduite était si étrange ! Elle était certainement au mieux avec un homme ; celui qu’il avait vu entrer chez elle.
Devait-il donc renoncer à elle pour toujours ? Sa raison lui répondait oui, mais son cœur ne voulait rien entendre. Toutefois, si tout ce qu’elle lui avait raconté était vrai elle était donc la plus innocente du monde.
Devait-il comme toute la société la rejeter ; ou bien ne devait-il écouter que sa conscience ? Il était encore en train de réfléchir à ce grave problème quand son domestique entra et lui annonça la visite du détective privé : Eugène Michonneau.
— Pas moyen d’être tranquille ! grommela le peintre pour lui-même (Puis il dit à haute voix) : Faites entrer !
Quelques instants plus tard, un homme apparut ; la lèvre rasée de près, le visage large aux traits puissants.
— Asseyez-vous, monsieur Michonneau, invita Robert en lui désignant un siège. Je vous ai fait venir, parce qu’on m’a dit que vous étiez le détective le plus habite de Paris.
Visiblement très satisfait de cette appréciation, l’autre sourit et répondit :
— Je vous remercie, ainsi que celui qui vous a donné ces références. Voulez-vous m’expliquer en quoi je puis vous être utile, monsieur Montpellier.
— Il s’agit d’une affaire infiniment délicate, répondit le peintre.
— Tout ce qui parait difficile est en réalité d’une étonnante simplicité,, affirma le détective en souriant. Je vous écoute, Monsieur.
— Il s’agit de retrouver un petit garçon disparu dans des circonstances assez étranges, expliqua Robert Montpellier.
— Depuis combien de temps ? interrogea le détective.
— Dix ans.
— En effet, cela fait bien du temps ! observa Eugène Michonneau en secouant la tête. Mais dites-moi tout ce que vous savez. Racontez-moi ce qui s’est passé sans omettre le moindre détail. Dans ce genre d’affaire, il n’y a pas de superflu.
Robert Montpellier se mit alors à lui raconter l’histoire telle qu’elle lui avait été narrée par son vieil ami Julien Delorme. Le détective l’écouta jusqu’au bout sans l’interrompre, puis il dit :
— Je dois avouer que cette affaire est l’une des plus difficiles qu’il m’ait jamais été donné de résoudre. Tout d’abord, on ne connaît même pas le nom de famille de cette Anne. Si l’on retrouvait cette femme le problème serait résolu, mais les « Anne » sont nombreuses à Paris et en France ! Il va falloir emprunter un autre chemin qui, habituellement donne de bons résultats.
— Lequel ? demanda Robert.
— Tâcher de savoir s’il n’existerait pas une personne ayant intérêt à la disparition de l’enfant. Ce Monsieur a-t-il un autre fils ?
Le peintre secoua la tête négativement.
— Des héritiers ?
— Ses neveux.
— Ah ! Savez-vous comment ils s’appellent ?
— Je ne me souviens que du nom de la nièce ; elle s’appelle Alice. Mais ils doivent venir me voir aujourd’hui et, ainsi je connaîtrai ce nom tout à l’heure.
— Très bien ! s’écria le détective, visiblement satisfait. (Il réfléchit un petit moment et reprit) : N’y aurait-il pas ici quelque endroit où il me serait possible de voir et d’écouter sans être vu moi-même ?
— Si monsieur Michonneau, mais je ne pense pas qu’ils soient coupables, ce sont des gens respectables
— Dans ces cas-là, il n’y a pas de respectabilité qui tienne ! répondit le détective. Tous sont présumés coupables ; C’est pourquoi j’aimerait connaître ces neveux.
Il sourit et révéla non sans une pointe d’orgueil dans la voix :
— En ce moment, je suis en train de suivre l’affaire de la rue Lakanal. C’est vraiment un cas extraordinaire.
Le peintre demanda visiblement très intéressé
— Quelle est votre opinion ? Que pensez-vous de Jean Marigny
Michonneau haussa les épaules.
— Je n’ai pas encore pu me faire une opinion très précise, mais je crois que le juge a agi avec quelque légèreté en relâchant cet individu.
— Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ?
— Sur le fait que son voyage à Marseille a tout à fait l’allure d’un alibi préparé d’avance. Il existe tout un laps de temps dont il n’a pas fournir l’emploi. Il est vrai que les agents qui sont entrés dans la maison du crime ont trouvé la porte et la fenêtre fermée de l’intérieur. La question est de savoir comment l’assassin a pu réaliser ce tour de force.
— Et il est possible de la savoir ?
— C’est assez difficile, mais ce n’est pas impossible.
— Comment ?
— Je vais vous l’expliquer ; avant de sortir de la maison on attache à la poignée ou à l’espagnolette une corde qui, fixée par un système ingénieux, permet une fois à l’extérieur, de fermer la porte à clef et de laisser la clef à l’intérieur. La clef une fois tournée de cette façon il ne reste plus qu’à ramener la cordelette et sa fixation vers l’extérieur et le tour est joué. La seule indice qui puisse être relevé c’est dans la porte, le trou laissé par le clou qui a servi de poulie.
Le peintre resta pensif et remarqua :
— C’est ingénieux, mais cela doit être difficile à réaliser.
Le détective sourit :
— En effet ; pourtant après quelques jours d’entraînement on peut y arriver avec une aisance relative.
Robert se rembrunit tout à coup à la pensée que la femme qu’il aimait pouvait avoir des relations avec cet assassin.
— Alors, vous pensez que ce Jean Marigny pourrait être l’assassin ? demanda-t-il.
— C’est possible, et même presque certain ! répondit le détective calmement. Mais avant de rendre tout ceci public, je veux avoir une preuve formelle. Il est bien entendu que je vous livre mes impressions à titre strictement confidentiel.
— Je vous promets le silence. Dites-moi une chose encore ; avez-vous déjà vu des crimes commis par suggestion ?
L’autre le regarda fixement.
— Pourquoi me posez-vous cette question ?
— J’aimerais savoir quel peut être le rôle de l’hypnotisme dans la délinquance, répondit le prêtre.
— Très grande ! Enorme ! Les crimes commis sous l’effet de l’hypnotisme sont beaucoup^plus nombreux que les gens ne le croient habituellement. Dans la plus grande partie des cas, ni l’hypnotiseur et l’hypnotisé ne se rendent très bien compte… Ils ignorent la force du magnétisme. Les tribunaux eux, n’entrent pas dans ces considérations ; sinon, ce serait tout le code pénal qui serait à refaire. Beaucoup de coupables seraient déclarés innocents par les médecins comme ayant agi en état de non responsabilité. C’est un point très dDans son atelier, Robert Montpellier semblait préoccupé. Son travail n’avançait pas ; le souvenir de Valérie le hantait à tel point qu’il ne pouvait se concentrer. Il aimait cette femme. Il ne pouvait échapper à la passion qu’elle lui avait inspirée.
Pourtant sa conduite était si étrange ! Elle était certainement au mieux avec un homme ; celui qu’il avait vu entrer chez elle.
Devait-il donc renoncer à elle pour toujours ? Sa raison lui répondait oui, mais son cœur ne voulait rien entendre. Toutefois, si tout ce qu’elle lui avait raconté était vrai elle était donc la plus innocente du monde.
Devait-il comme toute la société la rejeter ; ou bien ne devait-il écouter que sa conscience ? Il était encore en train de réfléchir à ce grave problème quand son domestique entra et lui annonça la visite du détective privé : Eugène Michonneau.
— Pas moyen d’être tranquille ! grommela le peintre pour lui-même (Puis il dit à haute voix) : Faites entrer !
Quelques instants plus tard, un homme apparut ; la lèvre rasée de près, le visage large aux traits puissants.
— Asseyez-vous, monsieur Michonneau, invita Robert en lui désignant un siège. Je vous ai fait venir, parce qu’on m’a dit que vous étiez le détective le plus habite de Paris.
Visiblement très satisfait de cette appréciation, l’autre sourit et répondit :
— Je vous remercie, ainsi que celui qui vous a donné ces références. Voulez-vous m’expliquer en quoi je puis vous être utile, monsieur Montpellier.
— Il s’agit d’une affaire infiniment délicate, répondit le peintre.
— Tout ce qui parait difficile est en réalité d’une étonnante simplicité,, affirma le détective en souriant. Je vous écoute, Monsieur.
— Il s’agit de retrouver un petit garçon disparu dans des circonstances assez étranges, expliqua Robert Montpellier.
— Depuis combien de temps ? interrogea le détective.
— Dix ans.
— En effet, cela fait bien du temps ! observa Eugène Michonneau en secouant la tête. Mais dites-moi tout ce que vous savez. Racontez-moi ce qui s’est passé sans omettre le moindre détail. Dans ce genre d’affaire, il n’y a pas de superflu.
Robert Montpellier se mit alors à lui raconter l’histoire telle qu’elle lui avait été narrée par son vieil ami Julien Delorme. Le détective l’écouta jusqu’au bout sans l’interrompre, puis il dit :
— Je dois avouer que cette affaire est l’une des plus difficiles qu’il m’ait jamais été donné de résoudre. Tout d’abord, on ne connaît même pas le nom de famille de cette Anne. Si l’on retrouvait cette femme le problème serait résolu, mais les « Anne » sont nombreuses à Paris et en France ! Il va falloir emprunter un autre chemin qui, habituellement donne de bons résultats.
— Lequel ? demanda Robert.
— Tâcher de savoir s’il n’existerait pas une personne ayant intérêt à la disparition de l’enfant. Ce Monsieur a-t-il un autre fils ?
Le peintre secoua la tête négativement.
— Des héritiers ?
— Ses neveux.
— Ah ! Savez-vous comment ils s’appellent ?
— Je ne me souviens que du nom de la nièce ; elle s’appelle Alice. Mais ils doivent venir me voir aujourd’hui et, ainsi je connaîtrai ce nom tout à l’heure.
— Très bien ! s’écria le détective, visiblement satisfait. (Il réfléchit un petit moment et reprit) : N’y aurait-il pas ici quelque endroit où il me serait possible de voir et d’écouter sans être vu moi-même ?
— Si monsieur Michonneau, mais je ne pense pas qu’ils soient coupables, ce sont des gens respectables
— Dans ces cas-là, il n’y a pas de respectabilité qui tienne ! répondit le détective. Tous sont présumés coupables ; C’est pourquoi j’aimerait connaître ces neveux.
Il sourit et révéla non sans une pointe d’orgueil dans la voix :
— En ce moment, je suis en train de suivre l’affaire de la rue Lakanal. C’est vraiment un cas extraordinaire.
Le peintre demanda visiblement très intéressé
— Quelle est votre opinion ? Que pensez-vous de Jean Marigny
Michonneau haussa les épaules.
— Je n’ai pas encore pu me faire une opinion très précise, mais je crois que le juge a agi avec quelque légèreté en relâchant cet individu.
— Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ?
— Sur le fait que son voyage à Marseille a tout à fait l’allure d’un alibi préparé d’avance. Il existe tout un laps de temps dont il n’a pas fournir l’emploi. Il est vrai que les agents qui sont entrés dans la maison du crime ont trouvé la porte et la fenêtre fermée de l’intérieur. La question est de savoir comment l’assassin a pu réaliser ce tour de force.
— Et il est possible de la savoir ?
— C’est assez difficile, mais ce n’est pas impossible.
— Comment ?
— Je vais vous l’expliquer ; avant de sortir de la maison on attache à la poignée ou à l’espagnolette une corde qui, fixée par un système ingénieux, permet une fois à l’extérieur, de fermer la porte à clef et de laisser la clef à l’intérieur. La clef une fois tournée de cette façon il ne reste plus qu’à ramener la cordelette et sa fixation vers l’extérieur et le tour est joué. La seule indice qui puisse être relevé c’est dans la porte, le trou laissé par le clou qui a servi de poulie.
Le peintre resta pensif et remarqua :
— C’est ingénieux, mais cela doit être difficile à réaliser.
Le détective sourit :
— En effet ; pourtant après quelques jours d’entraînement on peut y arriver avec une aisance relative.
Robert se rembrunit tout à coup à la pensée que la femme qu’il aimait pouvait avoir des relations avec cet assassin.
— Alors, vous pensez que ce Jean Marigny pourrait être l’assassin ? demanda-t-il.
— C’est possible, et même presque certain ! répondit le détective calmement. Mais avant de rendre tout ceci public, je veux avoir une preuve formelle. Il est bien entendu que je vous livre mes impressions à titre strictement confidentiel.
— Je vous promets le silence. Dites-moi une chose encore ; avez-vous déjà vu des crimes commis par suggestion ?
L’autre le regarda fixement.
— Pourquoi me posez-vous cette question ?
— J’aimerais savoir quel peut être le rôle de l’hypnotisme dans la délinquance, répondit le prêtre.
— Très grande ! Enorme ! Les crimes commis sous l’effet de l’hypnotisme sont beaucoup^plus nombreux que les gens ne le croient habituellement. Dans la plus grande partie des cas, ni l’hypnotiseur et l’hypnotisé ne se rendent très bien compte… Ils ignorent la force du magnétisme. Les tribunaux eux, n’entrent pas dans ces considérations ; sinon, ce serait tout le code pénal qui serait à refaire. Beaucoup de coupables seraient déclarés innocents par les médecins comme ayant agi en état de non responsabilité. C’est un point très délicat ; le temps peut-être aidera à réformer le code sur ce point.
— Pour nous résumer, vous croyez possible que quelqu’un influence un individu au point de lui faire commettre un crime ?
Le détective fit un signe affirmatif et continua en souriant :
— Bien sûr. Je me souviens d’un cas caractéristique qui est arrivé en province. Un de ces drames ruraux qui revêtent une particulière férocité. Un médecin amoureux d’une femme mariée, laquelle était un modèle de vertu, recourut à l’hypnotisme pour se faire aimer. Il la contraignait ainsi à le rejoindre la nuit…
— Le mari finit par avoir des soupçons ; alors le médecin obligea sa maîtresse à l’assassiner pendant qu’il dormait. Tout fut bientôt découvert, la femme avoua son crime et ses relations avec le médecin. Le tribunal et les jurés ne virent là qu’un crime affreux et les condamnèrent tous deux à la peine de mort.
— Mais le médecin qui aimait toujours son innocente complice finit par déclarer que celle-ci était innocente. Le tribunal se refusa à admettre cette déclaration. Il pensait que le médecin essayait ainsi de sauver cette femme… Il voulait une preuve.
— Sans hésiter, le médecin demanda au président du tribunal de lui indiquer une action qu’il devrait commander à cette femme « Contraignez là par exemple, à aller attaquer le greffier dans son box » L’accusée fut amenée de la prison au tribunal où à la surprise générale, elle se précipita sur l’huissier et essaya de l’étrangler… Elle avait fait cela uniquement sous le pouvoir hypnotique du médecin… la preuve fut décisive, déterminante.
— Et la femme fut relâchée, demanda le peintre que l’histoire avait passionné.
— Oui, elle n’était pas responsable. Moralement elle n’avait pas cessé d’être innocente. Malgré cela, quinze jours après sa mise en liberté, elle s’est tuée.
— Ses voisins, ses connaissances, tout le monde la méprisait ; nul ne voulait admettre la puissance de la suggestion.
— Peut-on savoir si un individu est doté d’un semblable pouvoir ? demanda encore Robert Montpellier.
— Non, à moins qu’il n’en fasse lui-même l’aveu. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’hypnotisme est un fait reconnu ; il a fait l’objet des études les plus sérieuses et…
— Pardonnez-moi, coupa Robert, mais j’entends des pas… Ce sont certainement les gens que j’attends. Si vous voulez vous cacher, faites-le bien que ce genre de procédé ne me plaise guère…
Le détective se leva vivement.
— Si vous voulez que je retrouve ce pauvre gosse, rétorqua-t-il, il faut que vous suiviez exactement mes instructions.
— Vous avez raison, répondit robert en souriant. Je me fie à vous. Mais je vous avoue que c’est la première fois que j’ai une semblable conduite envers des visiteurs !
— Oui, je comprends… Mais il n’y a pas de temps à perdre. Où puis-je me cacher ?
— Venez…
Le peintre le fit passer dans un petit cabinet encombré de toiles de chevalet et de tubes de couleurs.
— D’ici vous pourrez entendre et voir tout ce qui va se passer dans mon atelier, dit-il. Inutile de vous recommander le silence le plus absolu. Si vous vous manifestiez, je me sentirais vraiment très gêné.
— Discrétion ! Discrétion ! Telle est la devise de notre métier, assura Michonneau en souriant. Soyez tranquille.
Robert jeta un dernier coup d’œil sur la réduit, comme pour s’assurer que son hôte n’y était pas trop mal et il se retira. Il alla jusqu’à la porte, s’attendant à se trouver en face d’Alice et de son frère. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il ouvrit le battant de se trouver en présence de Mireille.
— Ma chérie ! s’exclama le jeune homme. Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je vous avais dit que je viendrais vous voir ! répondit la petite avec un rire malicieux.
— C’est vrai, mais je ne t’attendais pas si tôt… Eh bien !
Il la fit passer et il la conduisit à l’atelier. Mais la petite s’installa au milieu de la pièce, la tête basse, sans ouvrir la bouche…
élicat ; le temps peut-être aidera à réformer le code sur ce point.
— Pour nous résumer, vous croyez possible que quelqu’un influence un individu au point de lui faire commettre un crime ?
Le détective fit un signe affirmatif et continua en souriant :
— Bien sûr. Je me souviens d’un cas caractéristique qui est arrivé en province. Un de ces drames ruraux qui revêtent une particulière férocité. Un médecin amoureux d’une femme mariée, laquelle était un modèle de vertu, recourut à l’hypnotisme pour se faire aimer. Il la contraignait ainsi à le rejoindre la nuit…
— Le mari finit par avoir des soupçons ; alors le médecin obligea sa maîtresse à l’assassiner pendant qu’il dormait. Tout fut bientôt découvert, la femme avoua son crime et ses relations avec le médecin. Le tribunal et les jurés ne virent là qu’un crime affreux et les condamnèrent tous deux à la peine de mort.
— Mais le médecin qui aimait toujours son innocente complice finit par déclarer que celle-ci était innocente. Le tribunal se refusa à admettre cette déclaration. Il pensait que le médecin essayait ainsi de sauver cette femme… Il voulait une preuve.
— Sans hésiter, le médecin demanda au président du tribunal de lui indiquer une action qu’il devrait commander à cette femme « Contraignez là par exemple, à aller attaquer le greffier dans son box » L’accusée fut amenée de la prison au tribunal où à la surprise générale, elle se précipita sur l’huissier et essaya de l’étrangler… Elle avait fait cela uniquement sous le pouvoir hypnotique du médecin… la preuve fut décisive, déterminante.
— Et la femme fut relâchée, demanda le peintre que l’histoire avait passionné.
— Oui, elle n’était pas responsable. Moralement elle n’avait pas cessé d’être innocente. Malgré cela, quinze jours après sa mise en liberté, elle s’est tuée.
— Ses voisins, ses connaissances, tout le monde la méprisait ; nul ne voulait admettre la puissance de la suggestion.
— Peut-on savoir si un individu est doté d’un semblable pouvoir ? demanda encore Robert Montpellier.
— Non, à moins qu’il n’en fasse lui-même l’aveu. Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’hypnotisme est un fait reconnu ; il a fait l’objet des études les plus sérieuses et…
— Pardonnez-moi, coupa Robert, mais j’entends des pas… Ce sont certainement les gens que j’attends. Si vous voulez vous cacher, faites-le bien que ce genre de procédé ne me plaise guère…
Le détective se leva vivement.
— Si vous voulez que je retrouve ce pauvre gosse, rétorqua-t-il, il faut que vous suiviez exactement mes instructions.
— Vous avez raison, répondit robert en souriant. Je me fie à vous. Mais je vous avoue que c’est la première fois que j’ai une semblable conduite envers des visiteurs !
— Oui, je comprends… Mais il n’y a pas de temps à perdre. Où puis-je me cacher ?
— Venez…
Le peintre le fit passer dans un petit cabinet encombré de toiles de chevalet et de tubes de couleurs.
— D’ici vous pourrez entendre et voir tout ce qui va se passer dans mon atelier, dit-il. Inutile de vous recommander le silence le plus absolu. Si vous vous manifestiez, je me sentirais vraiment très gêné.
— Discrétion ! Discrétion ! Telle est la devise de notre métier, assura Michonneau en souriant. Soyez tranquille.
Robert jeta un dernier coup d’œil sur la réduit, comme pour s’assurer que son hôte n’y était pas trop mal et il se retira. Il alla jusqu’à la porte, s’attendant à se trouver en face d’Alice et de son frère. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il ouvrit le battant de se trouver en présence de Mireille.
— Ma chérie ! s’exclama le jeune homme. Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je vous avais dit que je viendrais vous voir ! répondit la petite avec un rire malicieux.
— C’est vrai, mais je ne t’attendais pas si tôt… Eh bien !
Il la fit passer et il la conduisit à l’atelier. Mais la petite s’installa au milieu de la pièce, la tête basse, sans ouvrir la bouche…
(A SUIVRE LE 15 JUIN)