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MOINEAUX SANS NID N° 263

21 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-263--.jpegConstatant que leur camarade ne bougeait toujours pas, l’un des sous-officiers allemands — le moins ivre sans doute ! — se pencha sur lui et le secoua. Dans ce geste, il découvrit une petite tache rouge qui allait s’élargissant sous la tête de l’homme.

Epouvanté, il se redressa aussitôt, blanc comme un linge.

— Il est mort ! dit-il. Sa tête a sûrement porté contre l’angle de la cheminée lorsqu’il est tombé, ajouta-t-il.

— Vous ne pourrez pas dire que je l’ai tué volontairement, n’est-ce pas ? S’écria robert Montpellier, bouleversé.

— Non ! Non ! Affirmèrent-ils tous en chœur.

— C’est la fatalité qui a voulu qu’il heurte ce marbre ! Constata l’un d’eux. Tu n’as pas frappé fort, mais il avait tellement bu ...

— Maintenant, vous ne pouvez plus nier que cette femme m’appartient ! Reprit Robert, toujours inquiet pour Valérie.

— Nul d’entre nous n’a l’intention de le contester ! Lui fut-il répondu.

— Et surtout que personne ne se hasarda à l’importuner ! Continua Robert, menaçant.

Son aspect résolu et décidé en imposa à tous.

— Après tout, objecta un sergent, c’est lui qui est allé volontairement au-devant de son destin.

— Il était ivre mort, ajouta un autre.

— C’est lui qui m’a forcé à le repousser, lorsqu’il s’est jeté sauvagement sur moi, rappela le peintre.

— Ce que vous avez tout de même pu être bête de jouer une femme aux cartes ! Ce sont des choses qu’on ne fait pas ! S’exclama un autre sous-officier en hochant la tête avec réprobation.

— Pourtant aucun de vous n’avait protesté contre ce jeu ridicule, fit remarquer Robert.

— C’est vrai ...

L’un des sergents se dirigea vers la porte puis se tourna vers ses camarades et proposa, après une légère hésitation.

— Si nous décidons tous de ne rien dire, les choses pourront facilement s’arranger.

— Tu crois ? Dit un de ses camarades.

— J’en suis absolument convaincu, affirma Montpellier.

— Alors, parle, nous t’écoutons !

Le sous-officier les dévisagea les uns après les autres, puis poursuivit :

— Auparavant, nous allons tous jurer de nous taire ! Nous devons faire serment de dire que nul d’entre nous n’a pénétré dans cette maison.

— Je le jure ! Déclara solennellement un Allemand.

— Je le jure ! Répéta un autre.

— Moi aussi !

Tous les imitèrent instantanément. Robert prêta serment le dernier.

— Maintenant, partons immédiatement d’ici, dit-il.

Les Allemands ne se le firent pas répéter et sortirent les premiers. Puis saisissant le bras de Valérie, robert quitta à son tour la maison de Michel Labeille dont il ferma la porte sans bruit.

Lorsqu’il fut seul avec la jeune femme, il lui demanda :

— Pourquoi avez-vous quitté l’hôpital, ma chérie ?

— Je ne l’ai pas abandonné, Robert, j’en ai été chassée par le major allemand, répondit amèrement Valérie.

— Jean Marigny s’y trouve-t-il toujours.

— Non ! Il a été évacué juste à temps par une ambulance.

— Et où est votre père, ma chérie ?

— Je n’en sais rien, répondit tristement Valérie.

— Vous n’en avez aucune idée ? Insista-t-il étonné.

— Non !

— Peut-être aura-t-il quitta le village en apprenant l’approche des Allemands, murmura Montpellier.

— Il n’a pas pris une telle décision sans m’en parler ! Déclara énergiquement Valérie.

— Qui sait ? Cela a pu lui être impossible, insinua doucement le jeune homme.

Valérie ne répondit pas, tandis que de grosses larmes roulaient le long de ses joues.

— Mais ... mais vous être un soldat allemand ? S’exclama-t-elle en le dévisageant plus attentivement.

— Jamais de la vie ! dit Robert.

— Que signifie alors cet uniforme ? Reprit-elle. Je ... j’ai failli vous en parler tout à l’heure, mais je n’ai pas osé vous en faire la remarque devant les autres !

— C’est Dieu qui vous a inspirée, ma chérie. J’ai dû me camoufler ainsi pour sauver ma vie, lui expliqua-t-il.

Et il lui dévoila sa terrible et incroyable aventure.

— Ne m’avez-vous pas dit tout à l’heure, reprit Robert, que vous aviez été chassée de l’hôpital ?

— Oui et ça s’est passé ce matin, affirma la fille de Michel Labeille.

Montpellier réfléchit quelques instants.

— Aimeriez-vous y retournez, Valérie ?

— Oh ! Oui ! S’exclama-t-elle tristement.

— Alors, suivez-moi, ajouta-t-il.

Ils marchèrent silencieusement vers l’extrémité du village et pénétrèrent dans un café. Ils s’installèrent tout près l’un de l’autre et s’entretinrent longuement des événements qui s’étaient passés ces derniers mois. Ils n’omirent ni leurs tourments ni leurs angoisses.

— veuille le Ciel que cette maudite guerre finisse bientôt ! Soupira Robert en enveloppant la jeune femme d’un regard rempli d’une intense adoration, et que bientôt nous puissions revoir notre cher Paris !

— Je me demande s’il me sera possible d’y retourner ! Murmura Valérie.

— Pourquoi, ma chérie ? Vous désirez abandonner Paris ? Questionna le jeune homme douloureusement surpris par ces paroles.

— Oh ! Non, Robert, mais j’y possède trop d’ennemis ! Expliqua-t-elle d’une voix mal assurée.

— Pensez aussi, Valérie, que vous y avez des amis qui vous aiment tendrement ! Dit Montpellier avec un accent de reproche.

— Vous voulez sans doute parler de mes deux jeunes amis ...deux pauvres gosses des rues !

— Vous aimez beaucoup Mireille ? S’enquit Robert, après une légère hésitation.

— J’aime beaucoup Pierrot également et ...

— Mais Mireille ? Interrogea Montpellier avec insistance en la fixant d’un regard interrogateur.

— Que voulez-vous dire, robert ? Questionna-t-elle en saisissant sa main et en levant sur lui ses beaux yeux attentifs et anxieux.

Un léger sourire éclaira le visage franc du jeune homme qui se demandait comment dévoiler ce qu’il savait sans lui donner une trop violente émotion. Mais l’impatience qu’il lut dans le regard de celle qu’il aimait, le décida à parler.

— Valérie, dit-il tout bas, avec une douceur infinie dans la voix ... Mireille est ... est votre fille !

— Mon Dieu ! S’exclama-t-elle en chancelant, et elle serait tombée si Robert ne l’avait soutenue à temps.

— Votre père ne vous a rien dit ? S’étonna le jeune artiste.

Bouleversée par cette incroyable et merveilleuse nouvelle, Valérie bredouilla :

— Non !

— Je le lui ai confié il y a quelques jours poursuivit Robert.

— C’est que nous ne nous sommes pour ainsi dire pas vus ces derniers temps, expliqua Valérie en sanglotant.

— Et moi, je n’ai pas pu vous en parler en arrivant ici, ajouta Montpellier. Marigny était au courant et aurait dû vous révéler la vérité.

— Nous n’avons échangé que quelques mots, précisa Valérie.

— Je comprends !

Un silence s’établit entre ces deux êtres qui s’aimaient avec toute l’ardeur de leurs cœurs.

— Ma petite Mireille, est-elle toujours chez madame Picquet ? Reprit la jeune femme.

— Elle y était lorsque j’ai quitté Paris, répondit Montpellier.

— Savez-vous si cette mégère continue à la maltraiter ? Poursuivit Valérie d’une voix angoissée.

— Non ! D’après les propres affirmations de Mireille.

— Vous avez parlé à ma fille ?

— Tous ces renseignements m’ont été rapportés par Pierrot, expliqua Robert.

Et il lui narra toutes les méchancetés que le pauvre garçon avait eu à supporter de la part du marquis d’Evreux et de sa sœur Alice ainsi que l’existence tourmentée de Mireille.

Valérie ne put s’empêcher de s’écrier, le visage inondé de larmes.

— Ma pauvre petite chérie, tu suis le même chemin qu’un destin cruel à tracé à ta malheureuse mère !

Montpellier se tut, bouleversé par les souffrances morales endurées par Valérie et très impressionné par les récents événements.

Même si tous les sous-officiers allemands avaient juré de garder le secret, il ne pouvait oublier le tragique accident dont il avait été l’involontaire instrument.

A présent les étoiles commençaient à pâlir dans le ciel. L’aube n’allait pas tarder à se lever.

Un souffle de vent glacé fit soudain frissonner la jeune femme.

— Vous avez froid ma chérie ? S’inquiéta tendrement Robert.

— Oui, un peu.

Maintenant le village s’animait. Le son d’un clairon retentit et rapidement les soldats allemands envahirent les rues.

Lorsque Robert aperçut le colonel du régiment, il s’approcha de lui et lui apprit que la jeune infirmière qui l’accompagnait avait été chassée de l’hôpital.

L’officier, séduit par le beau et doux visage de Valérie, traça rapidement quelques lignes.

— Remettez ce papier au major, Mademoiselle, lui dit-il aimablement, et je suis certain que vous serez réintégrée dans vos fonctions.

Montpellier accompagna Valérie à l’hôpital, où effectivement son poste lui fut immédiatement rendu.

— Je vous prie de chercher un blessé nommé Esposito et de prendre grand soin de lui, demanda Robert à celle qu’il aimait.

— Je vous le promets, d’autant plus que vous paraissez beaucoup tenir à lui !

— Merci, ma chérie.

— Ne me remerciez pas ! Il est tellement naturel de secourir les blessés et de faire plaisir à ceux que l’on aime, répondit tendrement la fille de Michel Labeille.

Les jeunes gens se séparèrent et Valérie se dirigea vers son ancienne salle. Là, la jeune femme se sentit plus en sûreté.

Tout en vaquant à ses multiples occupations avec son activité et son dévouement habituelle, elle se demandait avec inquiétude ce qu’était devenu son père.

Il avait dû s’enfuir avec les autres habitants du village. Cependant ce qui tourmentait Valérie, c’est qu’il eut pris cette décision sans penser à la prévenir.

Elle ne pouvait s’empêcher de regretter qu’en agissant ainsi, il l’avait exposée à aller chez lui et à assister à des scènes dramatiques au cours desquelles Robert avait dû la défendre.

Robert !

Ce nom prenait dans son esprit des proportions fantastiques, démesurées, s’emparant de toutes ses pensées, comme jamais nul ne l’avait fait jusqu’à présent !

Alors que tous l’accusaient, il avait été le seul à prendre sa défense. Même son père se détournait d’elle !

Simplement, généreusement, il lui avait offert son cœur et tendu une main secourable alors qu’elle était seule et abandonnée.

Il l’aimait avec passion et désintéressement.

Comment ne pas répondre à de si nobles et de si admirables sentiments ?

« Doux Jésus ! Murmura-t-elle avec ferveur en levant les yeux vers le grand crucifix de bois ornant la salle où elle se trouvait, protégez-le ! »

Légèrement réconfortée, elle s’empressa de donner ses soins aux blessés.

Durant la nuit qui suivit la jeune infirmière ne s’accorda pas une minute de repos. Elle était sans cesse sollicitée par tous ces malheureux dont la plupart souffraient atrocement.

Le major un jeune Berlinois, ne tarda pas à apprécier la jolie infirmière.

« C’est une femme très consciencieuse », se dit-il en remarquant son dévouement et son adresse, ainsi que la patience dont elle faisait preuve en administrant les médicaments qu’il ordonnait.

Bientôt le joli surnom de « Sœur Bonté » fut sur toutes les lèvres. La douce Valérie allait à l’un à l’autre, s’assurant que nul ne manquait de rien.

Pourtant, le lendemain, le major lui adressa un léger reproche :

— Il me semble, lui dit-il avec sévérité, que vous témoignez infiniment plus de sollicitude à vos compatriotes qu’aux miens !

— Mais docteur ! Protesta-t-elle, je ...

— Je sais ce que je dis, dit-il avec entêtement.

— Et moi docteur, affirma énergiquement Valérie, je vous affirme que vous vous trompez !

— Comment ?

— Vous pouvez si vous le désirez interroger vos compatriotes et vous verrez qu’aucun blessé ne m’accusera de ce que vous avancez !

Le major hésita, puis s’approcha des lits occupés par des blessés allemands. Il n’entendit que des éloges sur la jeune infirmière.

— C’est une sainte, Monsieur le major, affirma l’un.

— Elle est d’un dévouement exceptionnel, ajouta l’autre.

— Elle sait, non seulement admirablement nous soigner, mais elle trouve toujours un mot gentil, un sourire pour nous réconforter, précisa un troisième.

— Et elle parle admirablement notre langue !

— Elle accourt à la moindre plainte, au plus petit appel !

Le major revint vivement vers Valérie et s’inclina devant elle.

— Je reconnais m’être trompé, Mademoiselle. Je vous prie de m’excuser d’avoir douté de vous !

Valérie répondit à ces paroles par un sourire.

Un jour après sa visite habituelle, le major confia à Valérie avec laquelle il aimait échanger quelques mots :

— J’ai appris tout à l’heure que demain matin un homme sera fusillé dans la cœur de l’hôpital. Je vous préviens afin de vous éviter une trop grosse émotion.

Valérie leva un regard effrayé sur son interlocuteur.

— Il s’agit d’un homme d’un certain âge, précisa l’Allemand.

— Et de quoi est accusé ce malheureux ? Demanda la jeune femme le cœur soudain étreint d’une grande angoisse.

— Il a été accusé d’avoir tué un de nos sous-officiers, déclara le major.

— Que dites-vous ? Balbutia-t-elle.

— Ce drame s’est déroulé dans le village.

Pâle comme la mort, Valérie fut incapable de répondre tandis que l’officier ajoutait :

— Cet homme nie sa culpabilité, mais il a été surpris sortant le corps du sous-officier aidé d’un domestique.

— Mon Dieu ! S’écrit l’infortunée jeune femme, ne réalisant pas encore toute l’immense gravité de la situation.

Le major la fixa interdit.

— On dirait que ce fait vous bouleverse, Mademoiselle, ne put-il s’empêcher de remarquer.

— Major ! Balbutia la malheureuse.

— Qu’avez-vous ?

— Je vous supplie de me donner de plus amples détails si vous le pouvez, reprit Valérie d’une voix altérée.

— Je n’en sais pas davantage !

— Ne pourriez-vous me dire l’endroit où ce ... cela est arrivé ? Insista l’infirmière.

— Je crois que c’est dans une maison située place de l’Eglise, répondit le major.

— Ciel ! S’écria Valérie.

— Qu’avez-vous, Mademoiselle ?

— Connaissez-vous le nom de l’homme qui est accusé ? Murmura Valérie d’une voix blanche.

— Il vous intéresse donc tellement ?

— Oui, beaucoup !

— Attendez un instant !

L’Allemand s’éloigna vivement et s’enferma dans son bureau d’où il téléphona. Quelques minutes plus tard, il rejoignit l’infirmière qui l’attendait sur le seuil de la salle, plus blanche que sa blouse.

— Je connais le nom du coupable ; il s’appelle Michel Labeille, annonça-t-il à la malheureuse qui fixa sur lui de grands yeux exorbités.

Un gémissement échappa à l’infortunée Valérie dont le visage devint d’une lividité impressionnante.

— Mon père ! Bégaya-t-elle d’une voix rauque.

— Votre père ? S’exclama le major en attachant sur l’infirmière un regard stupéfait.

— Oui, c’est mon père, et il n’est pas coupable ! Sangla-t-elle.

— Mais ...

— Je veux le voir tout de suite ! S’écria-t-elle.

— Je crains que ce ne soit pas possible, Mademoiselle, dit doucement l’Allemand consterné par cette révélation.

— Je vous répète que mon malheureux père est innocent, reprit-elle avec violence.

— Comment pouvez-vous affirmer une chose pareille, Mademoiselle ? Reprit le major, bouleversé par la douleur poignante de la jeune femme.

— Parce que je le sais !

Ahuri, il la fixa attentivement puis demanda :

— Connaîtriez-vous le nom du coupable, Mademoiselle ,

Valérie hésita, puis répondit avec énergie.

— Je le connais.

— Vous n’essayez pas d’accuser un innocent pour sauver votre père ?

— Dieu m’en garde ! S’écria Valérie avec élan.

La pauvre femme leva ses beaux yeux noyés de larmes sur le crucifix, comme si elle cherchait à invoquer son secours.

Soudain, elle tressaillit. N’avait-elle pas fait le serment de ne pas prononcer un mot pouvant accuser robert, alors qu’elle s’apprêtait à y manquer pour sauver la vie de son père !

Elle se trouvait dans l’horrible obligation d’accabler l’homme qu’elle adorait et qui s’était mis dans une situation critique pour la sauver ! Et elle allait le récompenser en l’accusant !

D’autre part, son malheureux père ne pouvait pas être fusillé !

Ce dilemme était réellement effroyable !

Pour sauver la vie d’un être chéri, il lui fallait sacrifier celle d’un être également aimé.

— Mon Dieu ! Mon Dieu ! Gémit-elle épouvantée.

— Mademoiselle, reprit le major, vous allez immédiatement vous rendre auprès de l’officier ayant présidé le conseil de guerre et vous lui direz tout ce que vous savez ! Ne perdez pas une minute !

Il appela un infirmier et lui ordonna d’accompagner Valérie à la Mairie où se trouvait le général.

Quelques instants plus tard, Valérie Labeille et l’Allemand quittèrent l’hôpital et se dirigèrent vers la petite place où se trouvait l’état-major ennemi.

Arrivés devant la mairie, l’infirmier laissa la jeune femme et rentra rapidement selon les ordres donnés par son chef.

Valérie perplexe, ne savait que faire. Elle tremblait de tous ses membres.

Elle aurait voulu entrer, mais n’osait avancer. Il lui semblait que son cœur ne résisterait pas au coup qui allait l’atteindre ... de par sa propre volonté !

Des hommes ne cessaient d’entrer et de sortir, dévisageant cette jolie infirmière.

Finalement, faisant appel à tout son courage, elle franchit le seuil de la mairie.

— Je voudrais parler au général ! Dit-elle à un jeune lieutenant qui sortait d’une pièce en portant de volumineux dossiers.

L’officier manifesta une évidente surprise.

— Vous voulez voir le général ?

— Oui.

— Bien, Madame, répondit après une légère hésitation. Suivez-moi s’il vous plait.

Quelques secondes après, la jeune femme fut introduite auprès du général commandant les troupes cantonnées dans la région.

— Que désirez-vous, mademoiselle ? Demanda le général ennemi favorablement impressionné par la beauté de la jeune infirmière.

— Je vous supplie de m’accorder quelques minutes d’entretien général ... et de m’aider ; balbutia Valérie dont les beaux yeux se remplirent de larmes.

L’officier fronça les sourcils et n’osa refuser ce que lui demandait cette femme si jolie. Il s’inclina légèrement en lui faisant signe de s’asseoir.

— Allons, Mademoiselle, calmez-vous, murmura le général avec un imperceptible mouvement d’impatience, et racontez-moi le motif de votre visite.

Valérie frissonna ferma les yeux et murmura d’une voix basse :

— Je vous supplie de me croire, général !

— comment est-ce possible, si vous ne vous décidez pas à vous expliquer, reprit l’officier.

Alors l’infortunée jeune femme murmura d’une voix qu’elle s’efforça vainement d’affermir :

— Voici mon général ... C’est moi le coupable ! J’ai tué un sergent dans la maison située sur la place de l’église ! Et je ne puis supporter qu’un innocent soit condamné à ma place !

Le général la regarda, ahuri et incrédule. Puis fronçant les sourcils, il s’approcha de la jeune femme dont il saisit un bras.

— Qu’est-ce que vous dites ? C’est vous qui avez tué le sergent ? S’exclama-t-il d’une voix très dure.

— Oui ! Général murmura l’infortunée Valérie dans un souffle.

— Asseyez-vous et racontez-moi très exactement comment les choses se sont passées ! Ordonna l’officier.

Valérie tressaillit, baissa la tête et essaya de rassembler ses idées ...

Pour tout dire, elle ne savait trop comment s’y prendre pour donner un air de vraisemblance à ce qu’elle allait déclarer. Elle savait bien « comment les choses s’étaient passées » selon l’expression de l’officier mais elle ne pouvait donner cette version.

Elle avait décidé cette folle démarche pour sauver son père sans préparer la moindre déclaration.

Elle soupira, triturant nerveusement son mouchoir de ses doigts tremblants.

 

( A SUIVRE LE 24 MAI )

 

JEAN PAUL

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