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MOINEAUX SANS NID N° 259

9 Mai 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE 259 En proie à une angoisse indicible, Edwige Ramier vécut les heures les plus terribles de sa vie. Elle avait l’impression de faire un épouvantable cauchemar.

Prisonnière dans cette chambre confortable, elle s’ennuyait à mourir, n’ayant pour toute distraction, que le mouvement de la rue sur laquelle s’ouvrait la fenêtre.

Evidemment, elle avait bien songé » à demander secours aux passants, mais elle connaissait le risque que comporterait l’accomplissement d’un tel geste.

Il était impensable que ce diabolique médecin ne la surveillât pas.

Il venait la voir régulièrement deux fois par jour pour lui porter les repas. En dehors de ces visites, et bien qu’elle l’entendit aller et venir dans l’appartement, il semblait totalement oublier sa présence. Edwige avait l’impressionnante sensation d’être rayée du nombre des vivants.

Le docteur Mollet d’ailleurs lui avait nettement fait entendre que la moindre tentative d’évasion lui coûterait très cher, et l’amie de Marius n’ignorait pas que cet homme, dangereux et redoutable, n’hésiterait pas à la supprimer.

Ne désirant pas courir un tel risque, l’infortunée n’osait pas attirer sur elle l’attention des passants, pas plus que celle des locataires de la maison d’en face qu’elle voyait à travers la fenêtre, persuadée qu’au premier appel le docteur Mollet se précipiterait sur elle pour la supprimer ... ou pire encore ; il n’hésiterait pas à la faire passer pour folle aux yeux de tous, car personne ne pourrait imaginer qu’il la séquestrait.

La pauvre femme connaissait aussi la réputation et l’estime dont le médecin jouissait dans le quartier et nul ne mettrait en doute sa parole s’il affirmait qu’elle avait perdu la raison.

Réfléchissant à tous ses risques, Edwige préféra les éviter, se souvenant également de la promesse du docteur Mollet de la libérer dès ses expériences terminées.

La pauvre femme se demandait, anxieuse et impatiente, combien de temps il lui faudrait attendre, tout en comprenant que, pour elle, la seule solution était de patienter.

Petit à petit, elle se calma, car l’attitude du médecin à son égard était moins odieuse que les premiers jours.

« Evidemment, il s’entoure de précautions et je ne peux l’en blâmer, mais, mon Dieu ! Combien de temps me faudra-t-il supporter un tel calvaire et rester cloîtrée, alors que mon cher Marius est sans nouvelles de moi ! »

Deux longues et interminables journées s’écoulèrent encore.

Cette nuit-là, avant de se coucher, Edwige décida que le lendemain matin elle demanderait au docteur Mollet, lorsqu’il viendrait lui porter son déjeuner, combien de temps approximativement allait durer sa séquestration.

Effectivement, lorsqu’il entra dans la chambre, toujours avec un énigmatique sourire aux lèvres, elle lui posa la question qui lui tenait tant au cœur.

— Savez-vous docteur, commença-t-elle, qu’en me gardant chez vous, vous commettez une action répréhensible aux yeux de la loi ?

Le médecin posa le plateau sur la table, se tourna vers la malheureuse et répondit froidement :

— Je n’ignore pas, chère madame, que la séquestration en effet, sévèrement punie, mais dans votre cas, ce n’est pas le terme qui convient. Je vous ai déjà dit que, seul un concours de circonstance m’a forcé à protéger le secret dont je tiens à entourer mes expériences, et ce n’est pas de ma faute si vous vous êtes présentée chez moi à une période très défavorable pour vous.

— Et puis, que me reprochez-vous ? Vous ne manquez absolument de rien et croyez bien que je vous garde contre mon gré ! Pour vous dédommager de cette situation qui semble tant vous déplaire, je vous promets que, dès que mon expérience aura réussi comme je l’espère, je vous récompenserai de manière à vous faire oublier ces journées et ces nuits qui vous sont si pénibles.

Lorsque le médecin se tut, Edwige ne put s’empêcher de lui demander une fois de plus :

— Réellement, docteur, vous est-il impossible de me dire combien de temps va encore durer mon séjour ici ?

— Je ne puis préciser, car je n’en sais rien moi-même. Croyez que moi aussi, je désire en finir au plus vite. Tâchez de comprendre que mon impatience et mon anxiété dépassent de beaucoup les vôtres, car pour moi, il s’agit d’une découverte qui profitera à l’humanité entière.

— Et maintenant, chère Madame, essayez de vous calmer et je vous prie de ne pas ajouter à mes préoccupations. Je vous répète que vous serez largement récompensée des moments désagréables que vous traversez.

Nullement rassurée par ces paroles, Edwige se sentit au contraire envahie par une angoisse plus grande.

Les sourires et les regards du docteur Mollet l’effrayaient. La fraction d’une seconde, elle faillit lui répondre avec violence en exigeant sa liberté immédiate, mais la crainte d’une réaction brutale, et peut-être meurtrière, l’arrêta.

L’infortunée amie de Marius soupira et se résigna à subir son triste sort.

Un sourire de satisfaction éclaira l’inquiétant visage du médecin qui la fixa quelques secondes avec indulgence, s’inclina et sortit de la pièce, après avoir fermé la porte à clé.

Une fois de plus Edwige se retrouva seule et profondément découragée.

Le souvenir de l’homme qu’elle aimait la hantait de plus en plus.

Que faisait-il en ce moment ?

Comme il devait se torturer à la pensée de l’inexplicable absence de sa chère Edwige. Et dire qu’elle se trouvait deux étages au-dessus de lui, dans le même immeuble alors que, sans doute, il la cherchait dans tout Paris !

Enfin, la pauvre femme réussit à se calmer, s’efforçant à se convaincre que le docteur Mollet était sincère dans ses promesses, et que lorsque ses curieuses expériences seraient terminées, il lui rendrait la liberté.

Brusquement, une peur terrible l’envahi.

Et s’il mentait ? S’il ne lui avait dit cela que dans le seul but de l’apaiser !

De nouveau, la malheureuse fut en proie au plus noir désespoir et le désir de se pencher à la fenêtre pour demander du secours se présenta à son esprit.

Elle quitta vivement le lit sur lequel elle s’était jetée après le départ du médecin, et s’approcha de la fenêtre. Elle allait l’ouvrir, mais un obscur pressentiment l’en empêcha. Elle songea une fois encore qu’il était préférable de patienter et de ne se résoudre à cette dernière tentative que dans le cas où le docteur Mollet se montrerait dangereux.

Ce raisonnement finit par lui rendre un peu de calme et d’assurance et comme la nuit était tombée depuis un certain temps, Edwige se coucha. Epuisée pare toutes ses émotions, elle ne tarda pas à s’endormir profondément.

Elle se réveilla soudain en sursaut, et, ouvrant les yeux, elle essaya de percer l’obscurité. Elle avait l’impression qu’elle venait tout juste de s’endormir.

Elle frissonna et étouffa un hurlement d’épouvante en distinguant la silhouette de quelqu’un de l’autre côté du lit.

Edwige alluma l’électricité et, pétrifiée de stupeur, s’aperçut qu’il ne s’agissait pas du docteur Mollet. Elle se dressa sur son lit, remontant pudiquement ses couvertures jusque sous le menton et fixa l’intrus avec effroi, tandis qu’il la regardait en souriant.

— Qui êtes-vous ? Réussit-elle à balbutier.

L’homme esquissa un geste de la main pour la calmer puis, jetant un coup d’œil furtif vers la porte, comme pour s’assurer que personne ne l’écoutait, il expliqua à voix basse et très aimablement :

— Je vous prie de m’excuser, Madame, et surtout n’ayez pas peur. Je m’appelle René Tonnerre et suis un ami du docteur Mollet.

L’accent de cette voix tranquillisa légèrement Edwige qui lui répondit sans parvenir toutefois à dissimuler son hostilité :

— Le fait d’être un ami du docteur Mollet ne vous autorise pas, Monsieur, à entrer dans cette chambre et je vous prie de sortir tout de suite.

Les paroles d’Edwige n’émurent nullement ce visiteur inattendu. Il sourit et au lieu d’obéir, il s’assit dans un fauteuil. Fixant Edwige avec une évidente sympathie, il poursuivit :

— Je suis certain, Madame, que vous cesserez de me considérer comme un intrus lorsque vous saurez que c’est le docteur Mollet lui-même qui m’a fait entrer dans votre chambre et cela avec une telle insistance que je n’ai pas pu refuser.

Cette explication stupéfia littéralement Edwige. Elle réfléchit quelques secondes, perplexe, puis bredouilla :

— C’est ... c’est le docteur Mollet qui ...

— Oui, Madame, affirma doucement René Tonnerre et surtout je vous supplie de ne pas m’en vouloir. A vrai dire, j’ai été plus surpris que vous et très déconcerté au premier abord, n’ignorant pas combien ma présence ici était insolite mais mon ami s’est montré si catégorique que j’ai dû obéir.

Edwige fronça les sourcils puis murmura :

— C’est réellement lui qui vous a obligé à pénétrer dans cette chambre ? Et pour quelle raison, s’il vous plait ?

L’homme élargit les bras dans un geste d’ignorance .

— Je ne puis vous l’expliquer, Madame, répondit-il. Mais je suppose être arrivé dans cet appartement à un moment inopportun, alors que le docteur Mollet achevait une expérience à laquelle il ne voulait pas que j’assiste. C’est pour cette raison qu’il m’a poussé dans votre chambre. Vous ne devez pas ignorez combien il est jaloux de ses découvertes ! Il n’admet personne près de lui lorsqu’il procède à une expérience importante.

— Je trouve inadmissible qu’il vous ait fait entrer dans ma chambre ! S’exclama Edwige, indignée. Il aurait été beaucoup plus logique de vous demander de revenir un peu plus tard.

— C’est très juste, reconnut René Tonnerre ; mais s’il ne l’a pas fait, c’est qu’il m’avait justement demandé de venir l’aider à je ne sais quoi. C’est pour cette raison que je suppose qu’il ne m’a pas renvoyé ... Je dois ajouter qu’il m’avait prévenu de votre présence.

— Ah ! Il vous a dit que j’étais chez lui ?

— Certainement, Madame. Je ne puis vous exprimer combien je me suis senti gêné en constatant que vous dormiez. J’avais pensé vous trouver en train de lire ou de rêver.

— Comment avez-vous pu constater que je dormais puisque la chambre était plongée dans l’obscurité ? Questionna Edwige avec ironie.

— Le docteur Mollet a éclairé la chambre en me faisant entrer, Madame, reprit patiemment le nouveau venu, et alors que je ne savais quelle attitude prendre tant j’étais embarrassé, il a disparu en m’enfermant avec vous. Pourquoi vous le cacherais-je ? Je me suis perdu dans la contemplation du ravissant spectacle qui s’offrait à ma vue.

Edwige s’exclama avec indignation.

— Vous auriez dû me réveiller tout de suite !

— Je vous supplie de ne pas m’en vouloir, Madame, protesta-t-il en souriant. Vous regarder dormir si paisible et si sereine était bien agréable pour moi !

La jeune femme répéta qu’il aurait dû l’éveiller.

— Je n’en ai pas eu le courage, vous dormiez trop bien, Madame.

— Comment se fait-il qu’à mon réveil la chambre était plongée dans l’obscurité ? Reprit Edwige, stupéfaite d’entendre les propos de ce curieux visiteur.

— Parce que, Madame,n après avoir goûté à la joie de vous admirer pendant quelques minutes, j’ai préféré éteindre, afin de ne pas vous affoler.

— Et vous êtes resté tout ce temps-là debout et immobile ? Demanda Edwige incrédule.

— Non ! Madame, je me suis assis. Quand j’ai compris que vous étiez réveillée, je me suis levé pour vous expliquer la raison de ma présence, craignant que vous ne soyez terriblement effrayée.

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de l’amie de Marius.

— Je dois admettre que j’ai eu très peur, déclara-t-elle. (Après un très bref silence, elle ajouta) : Voudriez-vous avoir l’obligeance de vous retourner quelques instants, pour me permettre de me lever et de m’habiller.

René Tonnerre s’empressa d’obéir.

Edwige bondit hors de son lit et s’habilla en un tournemain puis annonça plus sûre d’elle :

— Vous pouvez me regarder, à présent, Monsieur.

L’homme la fixa avec une très évidente admiration.

— Permettez-moi de vous dire, Madame, que vous êtes une jolie femme ! S’exclama-t-il avec un accent de profonde sincérité, et je suis très heureux d’avoir eu la joie de vous connaître.

Edwige sourit flattée. Elle n’était pas insensible aux compliments.

Edwige n’était pas précisément jolie, mais comme beaucoup de femmes, elle avait un certain charme et une finesse de traits qui faisaient oublier son âge.

L’amie de Marius possédait un physique assez personnel. Ses yeux noirs et allongés vers les tempes savaient attirer et retenir l’attention des hommes. Son corps était harmonieusement proportionné. Depuis sa liaison avec Marius, elle avait appris à s’habiller avec un goût qui mettait en valeur sa féminité.

En outre et surtout, elle représentait le genre de femme qui plaisait à René Tonnerre qui, littéralement conquis, ne se donnait pas la peine de dissimuler son admiration.

Cette rencontre qui avait tant contrarié Edwige, commençait à présent à l’amuser, bien qu’elle se méfiait toujours, craignant que cet homme ne lui jouât la comédie afin de la rassurer.

Elle saisit son sac, l’ouvrit et en sortit un étui à cigarettes. Elle alla s’asseoir dans un fauteuil, assez loin de son visiteur qu’elle surveillait tout en fumant, tandis qu’il la fixait, sans essayer de lui cacher son admiration.

— Vous m’avez dit que vous étiez ici pour aider le docteur Mollet, dit Edwige d’une voix calme et presque indifférent, vous êtes donc au courant de ses expériences ?

— Non, Madame, ré »pondit sans hésiter René Tonnerre, mais comme j’ai fait des études médicales, mon ami me demande souvent mon concours ... Oh ! Il ne s’agit que d’expérience théorique sur des souris, des cobayes ou des lapins.

Edwige restait quelque peu sceptique et incrédule.

— Vous voulez dire que vous ignorez l’expérience actuelle du docteur Mollet ? Ajouta-t-elle.

— En effet, Madame, répondit le nouveau venu, mais quelle qu’elle soit, j’en suis très heureux car elle m’a donné l’occasion de faire votre connaissance ... et j’espère que nous serons de très bons amis un jour !

Edwige eut un geste de protestation puis poursuivit :

— Que savez-vous du docteur Mollet, Monsieur ?

Cette fois, l’homme ne sut pas dissimuler l’étonnement provoqué par cette question.

— Que vous dirais-je, Madame, sinon que je le considère comme un excellent médecin, un chercheur et un savant !

Edwige se décidé à lui demander :

— Croyez-vous qu’il soit normal et bien équilibré ? Pensez-vous que l’on puisse avoir confiance en ses diagnostics ?

L’homme la dévisagea stupéfait et répondit, hésitant :

— Je ne comprends pas bien votre question, Madame. Cherchez-vous à insinuer que le docteur Mollet a perdu la raison ?

— Oui ! S’exclama Edwige franchement.

Au lieu de le voir s’indigner comme elle s’y attendait, l’ami du docteur Mollet éclata de rire.

— C’est drôle ! Reprit-il en hochant la tête. Je n’ai jamais pensé à une chose pareille ! Qu’est-ce qui vous le fait supposer, chère Madame ?

— Naturellement, je peux me tromper, mais je trouve que ce médecin a agi bien bizarrement à mon égard ! Ses expériences curieuses me font penser qu’il n’a pas son entière lucidité.

— Comment ? S’étonna René Tonnerre, incrédule. Vous êtes au courant de ses expériences ?

Edwige frissonna et une grande terreur apparut dans ses grands yeux sombres.

— Oui, répondit-elle en essayant de se dominer, et si je vous confiais ce dont il est question, je suis certaine que vous partageriez entièrement mes craintes et mes soupçons.

— C’est incroyable ! Dit-il comme s’il se parlait à lui-même. Je ne peux comprendre comment mon ami, habituellement si secret et si jaloux de ses recherches, a pu vous mettre au courant ...

— Il y a été forcé par un concours de circonstances, précisa Edwige avec un petit rire nerveux. J’étais venue frapper à sa porte à un moment tout à fait malencontreux pour lui. Je ne sais pour quelle raison il m’a fait une prise de sang indispensable, disait-il, pour fabriquer le sérum qu’il a inventé.

Ce fut cette fois au tour de René Tonnerre de frissonner. Il interrogea Edwige.

— Savez-vous à quoi lui a servi ce ... cette prise de sang ?

Elle eut un petit rire cassé et répondit d’une voix qu’elle cherchait à affermir :

— A ranimer un homme.

A ces mots, il poussa un cri étouffé et ouvrit la bouche pour parler, mais Edwige ne lui en laissa pas le temps, reprenant sur un ton qui voulait sarcastique, mais laissait entrevoir toute sa terreur.

— C’est peu banal, n’est-ce pas ? Il s’agit d’un homme auquel votre ami a injecté ce fameux sérum, fruit de nombreuses années de travail et d’études incessantes. Je suis arrivée alors que ce malheureux é »tait sur le point de trépasser.

— Et après ? Bredouilla anxieusement René Tonnerre.

— Après ! Rien, sinon que le docteur Mollet, craignant que je ne divulgue son secret m’a littéralement séquestrée, me promettant de me libérer dès que son expérience serait terminée !

Un lourd et pénible silence suivit ces explications.

Enfin, l’ami du docteur Mollet posa la question qui semblait brûler ses lèvres :

— Vous avez vu ce ... cet homme, Madame ?

La maîtresse de Marius pâlit.

— Oui, répondit-elle dans un souffle, je l’ai vu et même reconnu et c’est sans doute la raison pour laquelle je suis enfermée ici, car il craint, certainement, que je l’accuse d’avoir assassiné ce malheureux s’il vient à mourir.

— Je trouve que c’est très exagéré, Madame, observa René Tonnerre, après quelques instants de réflexion, car mon ami peut toujours prouver qu’il a essayé au contraire, de secourir un malade. Il arrive souvent à un médecin que l’un de ses patients meure malgré ses soins les plus dévoués.

— A mon avis, ce cas est différent, affirma Edwige, car il est très possible que cet homme soit victime de l’expérience du docteur Mollet.

— Ce sera difficile à établir, déclara René Tonnerre, avec brusquerie ; cependant, j’ignorais cela. Jusqu’à présent, je n’ai aidé mon ami que pour des recherches faites sur de petits animaux.

— Cette fois, cher Monsieur, déclara Edwige avec une moue de dégoût, il en est autrement.

Le visage de l’homme s’assombrit. Cette explication était loin de lui sourire !

— Je suis certain que le docteur Mollet me mettra au courant dit-il, essayant de calmer son interlocutrice. De toutes manières, il ne faut pas vous tourmenter.

— Mais si cet homme meurt, nous sommes compromis ! S’exclama Edwige, effrayée. Ne croyez-vous pas que le fait de nous trouver chez lui, alors que se déroule cette diabolique expérience, ne nous attire déjà de graves ennuis ?

— S’il est vrai que vous éprouvez un peu de sympathie pour moi, cher Monsieur, je vous supplie de m’aider à fuir le plus vite possible.

Ces paroles impressionnèrent fortement René Tonnerre.

— Calmez-vous ! Calmez-vous, chère madame, murmura-t-il avec douceur. Laissez-moi auparavant essayer de juger la situation. Ensuite nous déciderons ensemble ce qu’il faudra faire.

— C’est qu’il n’y a pas de temps à perdre ! Insista Edwige, dont les nerfs cédaient à présent et qui était en proie à une terreur indicible. Croyez ce que je vous ai confié ! Je vous jure que le docteur Mollet est un fou ou un maniaque.

— Vous n’avez pas vu son regard lorsqu’il m’a fait une prise de sang pour son sérum !

— A cet instant, ses yeux étaient réellement ceux d’un dément ! Et si j’ai accepté, c’est parce que j’ai réalisé que mon refus le rendrait furieux !

En achevant ces paroles, Edwige se précipita vers son interlocuteur, lui saisit le bras, et reprit d’une voix hachée de sanglots :

— Pour l’amour de Dieu, Monsieur, aidez-moi à sortir d’ici ! Ne vous illusionnez pas ! Nous sommes en danger tous les deux, car le docteur Mollet n’aura aucune pitié pour vous. Pour quelle raison vous a-t-il enfermé dans cette chambre, si ce n’est pour vous séquestrer comme moi ? (Elle s’interrompit, leva sur lui des yeux éplorés, puis poursuivit, haletante) : Si cela lui semble nécessaire, il vous obligera à vous plier à sa volonté. Songez-y ! Je vous répète que, tout comme moi, vous courez un terrible danger. Aidez-moi, je vous en conjure et sauvons-nous. Nous n’avons pas une seconde à perdre !

A cet instant précis, un léger grincement leur fit tourner la tête du côté de la porte ... elle était grande ouverte et dans l’encadrement, le docteur Mollet les dévisageait souriant et ironique.

— Madame ! Dit-il en s’adressant à Edwige sur un ton de reproche, j’espère que vous ne pensez pas réellement ce que vous dites ! Je ne comprends pas votre agitation.

Edwige étouffa le cri qui montait à ses lèvres, tandis que René Tonnerre s’avançait résolument vers le diabolique médecin.

— Mollet ! S’écria-t-il, est-ce que tout ce que vient de me révéler cette femme est exact ? Est-il vrai que vous vous livrez à de curieuses expériences sur un homme ?

L’autre répondit sur un ton de parfaite tranquillité :

— En effet, mon cher tonnerre ! Mais pourquoi manifestez-vous soudain une pareille inquiétude ? (Il regarda Edwige et ajouta sévèrement) : Ma dame ! Comment osez-vous vous permettre de critiquer mon travail, alors que vous ignorez tout de mes capacités professionnelles. Pour votre gouverne, sachez qu’il y a deux ans, j’occupais une chaire en Sorbonne. Ce détail ne vous semble-t-il pas suffisant pour m’autoriser à expérimenter les essais les plus audacieux, si périlleux qu’ils puissent vous paraître ?

— Cette réponse confondit à l’extrême la pauvre femme. Ne sachant que répondre, elle baissa la tête et rougit humiliée.

Le docteur Mollet s’adressa de nouveau à son ami.

— quant à vous mon cher, vous me sidérez ! Vous me connaissez depuis longtemps et vous auriez dû interdire à Madame de prononcer de tels propos à mon sujet !

Très gêné, René Tonnerre bredouilla :

— Excusez-moi ! Elle m’a décrit la situation avec des détails tellement dramatiques que j’en ai été, je le reconnais, vivement impressionné. Jamais, vous devez l’admettre, vous ne m’aviez parlé de vos expériences actuelles sur un être humain ! De plus, je ne me suis pas permis de vous critiquer. Madame peut vous rapporter ma réaction lorsqu’elle m’a fait part de ses craintes.

Le docteur Mollet le regarda avec un léger mépris.

— Peu importe, reprit-il, et n’en parlons plus ! Ce qui compte avant tout à mes yeux, c’est la réussite de mon expérience ... expérience qui a pleinement réussi.

Il sourit l’air triomphant, et conclut :

— Suivez-moi. Je vais vous montrer une chose qui me emplit d’orgueil et suscitera certainement votre admiration.

Edwige voyant les deux hommes se diriger vers la porte, leur emboîta le pas. Mais le docteur Mollet tourna la tête vers elle et lui dit d’une voix impérieuse :

— Non ! Pas vous, Madame. Restez ici ! Vous êtes beaucoup trop impressionnable pour assister à ce spectacle !

Edwige se mordit les lèvres et s’arrêta instantanément.

Les deux hommes sortirent de la chambre dont la porte fut refermée à clé …

 

( A SUIVRE LE 12 MAI )

 

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