LA POUSSIERE DES RUES
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LA POUSSIÈRE DES RUES
Chronique scientifique par le docteur TOULOUSE
Elle vole subtile comme l'air qui la porte, tout autour de nous quand nous traversons les voies prestigieuses de la belle capitale. Et prompte comme une flèche, elle entre en nous, par la bouche, par le nez, par les fentes de nos yeux. Nous la croyons à pleines dents, nous la mouchons, elle devient le cendre de nos larmes. La voilà qui s'installe dans les cryptes de nos amygdales qui passe avec la salive, jusque dans notre intestin, où elle est absorbée qui filtre dans les alvéoles du poumon et par là dans notre sang. Elle est partout dans notre corps, et avant que nous retournions à la terre, la poussière nous prend tout vivants.
Et quelle est-elle ? Un mélange innommable de déjections et de détritus de toutes les matières, vivantes ou inertes, véhicule des poisons les plus virulents. Devant elle nous sommes tous égaux, pauvres et riches, pétons et automobilistes, car nous nous prenons notre nourriture d'air à la grande écuelle de l'atmosphère, nous le repassant bouche à bouche sans façon. Et, alors que nous sommes devenus si délicats pour les aliments solides et liquides, nous absorbons les autres — les gazeux — avec une indifférence complète pour leur malpropreté. Nous sommes encore à l'égard de l'air comme les sauvages — que dis-je — les animaux sont en face de leur pâtée qu'ils engloutissent sans être écœurés des excréments qui peuvent la souiller.
C'est cette situation désagréable, répugnante, dangereuse au sujet de laquelle je voudrais émouvoir l'opinion, qui si docilement se laisser agiter par des problèmes moins graves et d'une solution plus malaisée.
Les faits d'abord. La poussière existe partout. Elle se multiplie dans les grands centres — et Paris en cela, ne fait que tenir la tête. Il est des rues — les plus passantes — qui sont a certaines heures plongées dans un véritable brouillard pulvérulent. Vers sept heures du soir, en été, quand on suit les boulevards, on la voir se dorer aux rayons du soleil couchant ; on l'aspire et on la déglutit. Les yeux en sont les plus incommodés. Il y a longtemps que je puis traverser ces rues en voiture découverte sans tenir mes paupières à moitié fermées.
Le nombre des particules de poussière varie avec la hauteur du lieu ; car lourdes elles tentent à tomber sur le sol. Les rez-de-chaussée, sans davantage empoussiérés que les étages supérieures ; aussi ces derniers sont-ils moins visités par la tuberculose. De même on en rencontre plus dans les vallées que sur les montagnes. On n'a compté, au sommet du Righi que 200 particules par centimètres cube, alors qu'on en ta trouvé 210 000 à Paris.
La composition des poussières est complexe. Il y a surtout du sable, du charbon et de la suie, un grand nombre de métaux, du fer, du nickel et même à Paris — d'après l'excellente monographie du docteur Courmont à laquelle je me réfère ici — de l'or.
Les matières organiques constituent les deux tiers de ces amas ; ce ont les débris de notre peau, qui se desquame sans cesse, des poils d'animaux, les pollens des fleurs, des débris de paille, de laine, de bois, enfin des germes, des microbes... et tout ce que l'analyse n'a pas encore décelé. Ainsi on en connaît pas l'agent figuré de la variole, qui doit cependant être transporté dans les poussières de l'air, ainsi que le prouve la marche des épidémies.
Le docteur Miquel a relevé le nombre de microbes par mètre cube d'air en divers endroits de paris et il a trouvé les chiffres suivant :
Air de la rue Rivoli................ 5500
Air du parc Montsouris.......... 760
Air du Panthéon …................ 28
Cette proportion diminue considérablement sur les hautes montagnes (10 au glacier d'Aletsch à 3000 mètres) et sur le bord de mer ; elle se réduit à 0 au niveau de la pleine mer. Il faut retenir que l'air n'est pas un milieu favorable pour les microbes ; il n'en contient que par l'intermédiaire des poussières.
Les causes de poussière sont facile à expliquer. Toute matière se désagrège et tombe sur le sol, d'où le vent, le piéton, le véhicule la soulèvent.
Le sol s'émiette plus ou moins facilement selon sa composition ; le macadam et le pavé en bois sont moins résistants que le pavé en grès et l'asphalte. Les murs s'effritent ; pareillement les meubles et les tapis de nos maisons, même les ferrures employées dans la construction. Notre corps aussi, puisqu'on retrouve dans l'atmosphère les cellules de nos épidermes.
Tout va au sol qui est le plus grand égout des infiniment petit. D'abord les déjections des animaux et à paris, en abondance, le crottin de cheval qui forme par endroits une couche jaune uniforme. Les végétaux apportent leur continent de souillure. Les fumées des usines et des foyers domestiques jettent du charbon , des parties goudronneuses, des hydrocarbures, des substances minérales nombreuses. On a calculé que ces fumées laissaient tomber à Paris au cours d'une année, un manteau de suie pesant environ 150 tonnes.
Plus la circulation est intense, plus les poussière soulevées sont nombreuses. Elles croissent dans des proportions énormes à mesure que les véhicules se multiplient et accélèrent leur vitesse. Le nettoyage des intérieurs se révèle par l'augmentation des poussières où il s'opère, entre six ou neuf heures du matin ainsi que le docteur G. Roux l'a constaté à Lyon.
Le vent est le puissant agitateur des poussières surtout par les temps secs. Au contraire la pluie les abat sur le sol, et les averses si fréquentent sur les bords de la Seine qu'elles font le désespoir des Méridionaux émigrés sont la Providence de Paris qui sans elles, serait inhabitable. D'autre part les brouillards retiennent en suspension dans l'air les poussières qui rendent si malsaines les atmosphères d'hiver.
Les mauvais effets de ces poussières sont assez variées. Elles salissent le visage et les mains; Elles irrites les muqueuses oculaires et peuvent entretenir ou même provoquer des conjonctivite. Certaines inflammations du conduit de l'oreille n'ont pas d'autre cause que des saletés qui y pénètrent et incite le patient à s'en débarrasser avec le doigt. De même pour les narines. Mais le grand danger est l'irritation que ces poussières vont subir à la muqueuse de l'appareil respiratoire, au larynx, aux bronches, aux pommons.
Quelques-uns de ces corpuscules sont pointus comme des petits poignards capable de déchirer la muqueuse et d'ouvrir ainsi la porte à des germes, à des microbes qui provoquent des infections sur place ou en un autre point de l'organisme. Sans ces véhicules, les germes morbides resteraient sur le sol et s'y détruiraient. Grâce à cet intermédiaire le microbe de la tuberculose peut pénétrer en nous à la faveur d'une bronchite qui a rendu la muqueuse respiratoire plus vulnérable, ou encore — comme le docteur Calmette le montrait récemment — par son mélange à la salive et son absorption par l'intestin.
On croit généralement que l'air de Paris manque d'oxygène et est trop chargé d'acide carbonique. C'est une erreur. L'habitant d'une ruelle du marais en se mettant à la fenêtre aspire un air qui pour la composition des gaz fondamentaux est sensiblement le même qu'au bois de Meudon. Cette fixité de l'atmosphère est assez déconcertante, étant donné les facteurs nombreux de la viciation.
Il y a certainement dans l'air de Paris des corps en moins grande quantité, comme l'ozone, et d'autres en plus comme l'ammoniaque et le formol. Mais on a — dans les proportions régulières — les gaz nécessaire à la vie. Et si cet air était propre le citadin n'aurait pas à souffrir d'y respirer toute l'année.
Les remèdes sont connus ; avec quelque argent et un peu d'énergie on arriverait à nettoyer l'atmosphère parisien. Il faudrait d'abord s'attacher à diminuer les causes des poussières.
On peut supprimer les fumées en obligeant à les brûler. Il existe à leur sujet une ordonnance de police qui n'est pas suffisamment obéie. Il y aurait lieu de trouver les moyens pratiques et peu coûteux de faire opérer cette destruction par tous les foyers domestiques.
Les chevaux produisent aussi une poussière spéciale qui est bien la plus répandue et la plus dégoûtante. Espérons que le progrès de l'automobilisme permettra au Préfet de police un jour —mais quand ? — d'interdire les rues e Paris à tout animal employé comme force motrice. Quel beau rêve que vivront sûrement nos neveux !
On doit rechercher le paysage qui résiste le plus ; le pavé en bois me paraît défectueux, si l'on ne trouve pas le moyen où le rendre moins fragile. Et c'est la question des revêtements qu'il faut découvrir et appliquer non seulement au sol des voies publiques mais aussi au parquet de nos maisons et peut-être même aux matériaux de construction et du mobilier qu'on enduit déjà aujourd'hui d'amiante pour les préservez du feu.
La poussière est produite ; il faut la supprimer. Pour les intérieurs, il n'est qu'un seul moyen satisfaisant, c'est de la brûler et je trouverais bien que nous y soyons tous contraints, au lieu de la jeter — avant huit heures du matin — au dehors et — toute la journée — dans des couettes infectes. Ce travail sera simplifié le jour où les procédés de l'aspiration pourront se généraliser. Ce dernier système est applicable à nos rues pour les poussières les plus nuisibles comme le crottin. Il restera encore la destruction insensible du sol.
La plus ai-je dit, réalise une opération de voirie presque parfaite. Et c'est pourquoi on l'imite avec l'arrosoir. Ce moyen pourrait être perfectionné. L'eau devrait tomber de plus haut, verticalement et en très fines gouttelettes. De la sorte, on réaliserait le rabattement des poussières sans incommoder plus les passants qu'une légère ondée. Enfin, si nous remplaçons l'eau par un corps gras — pétrole ou goudron — nous formons sur le sol une couche qui agglutine la poussière au fur et à mesure de sa formation. Les Américains nous ont précédés dans cette voie ; et plusieurs tentatives très encourageantes ont été faite en France avec divers produits sur le conseil du Touring-Club et de la Ligue contre la poussière des rues, dont le but est tout à fait louable.
Voilà le programme de travail. Il comprend des mesures immédiatement réalisables et aussi des essais, des encouragements à la mise au point de certains procédés. Je voudrais convaincre tous que cette question est, pour les trois millions de Parisiens, absolument générale et de première importance.
La poussière à Paris — et dans les centres très populeux — s’infiltre en nous, nous irrite, nous infecte par tous nos pores. Quand voudra-t-on résolument en nettoyer l'atmosphère de nos rues, où tous nous venons nous désaltérer ? Il est temps que après avoir affiné nos autres aliments, nous puissions enfin nous nourrir d'un air purifié, d'un air propre.
ON FAIT DES FAUX CHEVEUX AVEC DU VERRE
Les chauves désormais pourront mettre des perruques non plus en cheveux humains mais en verre filé. Jusqu'à présent les acheteurs de cheveux parcouraient certains villages au moment des foires et obtenaient facilement par l'appât du gain, que les jeunes filles leur livrassent leurs chevelures blondes ou brunes.
Mais dans les divers pays les gouvernements se sont émus. Des lois ont été votées qui interdisent ce commerce. La chevelure se fait rare et les vrais cheveux ont atteint des prix très élevés. On a essayé de leur substituer de la jute, sorte de plante que l'on tisse et dont on fait des étoffes, puis des crins de cheval. L'imitation a été très peu satisfaisante.
Mais voici qu'après une série d'expériences heureuses on est arrivé à donner à du verre filé toute les nuances qui permettent d'imiter la chevelure humaine et de plus, le nouveau produit à l'avantage de peser très peu. Les perruques obtenues de la sorte sont prodigieusement légères, les « cheveux » sont doux, soyeux, d'un éclat magnifique et ils ne se salissent pas.
LA COMMUNE DU PAYS BLEU OÙ LES IMPOTS
SONT INCONNUS
Aller tous habiter à Seebergen en Thuringe. C'est un pays bleu des contes de fées. Il n'y a pas de prince charmant. Mais les habitants de payent pas d'impôts communaux et les revenus de la commune sont suffisants pour qu'on puisse faire tous les ans aux villageois une distribution d'argent. Malgré la construction d'une nouvelle mairie et d'une maison d'école, 4000 marks ont été répartis l'an dernier. Si l'on envoyait là-bas une mission d'études composés de quelques conseillers municipaux français !...
La Thuringe est des seize Länder allemands. Appelée Thürinen en allemand, sa capitale est Erfut. Sa population est d'environ 2,5 millions du XXIe siècle.
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REVUE NOS LOISIRS DU 13 SEPTEMBRE 1908