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MOINEAUX SANS NID N° 243

22 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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Un quart d’heure s’écoula.

Edwige s’assit au chevet de Marius, dont elle surveillait la respiration et les moindres gestes, attendant avec impatience le retour de madame Bonnet.

« Que fait-elle ? Se demandait-elle folle d’anxiété. Pourquoi tarde-t-elle ainsi ? Ne l’aurait-elle pas trouvé ? »

Finalement, la porte de la chambre s’ouvrit et madame Bonnet apparut sur le seuil, le visage radieux.

— Je ramène le médecin, Edwige ! Annonça-t-elle d’une voix triomphante.

La maîtresse de Marius se leva vivement, fixant la porte. Derrière la « Grosse » elle aperçut en effet, un homme grand et très maigre, au regard perçant et dur, âgé d’une cinquantaine d’années, qui entra, l’air désinvolte. Il portait une serviette de cuir jaune.

— Le docteur Mollet, présenta madame Bonnet.

Après avoir refermé la porte de la chambre, l’homme inclina légèrement la tête devant Edwige, posa sa sacoche sur la chaise et s’approcha du blessé, qu’il examina sans prononcer un seul mot.

Il fronça les sourcils en lui prenant une main et ensuite le pouls. Les deux femmes le fixaient impatientes et anxieuses.

— Une bouteille de cognac ! Demanda le docteur Mollet.

Madame Bonnet sortit vivement de la chambre.

— Vous croyez pouvoir le tirer d’affaire, docteur ? Hasarda Edwige, d’une voix mal assurée, tandis que le médecin tâtait doucement le corps douloureux de Marius.

— Rassurez-vous, Madame, murmura-t-il froidement, ce genre d’homme ne meurt pas facilement. Il a généralement l’âme chevillée au corps !

Bien que furieuse d’une telle réponse, Edwige garda le silence, réalisant que la vie de son amant dépendait de ce curieux et inquiétant personnage, et ne voulait pas l’irriter.

Pendant ce temps, le docteur Mollet s’était lavé les mains dans la bassine d’eau encore chaude.

— Que fait madame Bonnet ! S’exclama-t-il avec impatience.

— Me voici, docteur, j’arrive ! Répondit « la Grosse » qui entrait au même moment dans la chambre, tenant la bouteille demandée. Tenez, voici le cognac !

Edwige et madame Bonnet avaient supposé que l’alcool devait servir à stimuler Marius afin de mieux supporter la douleur au moment de la réduction de sa fracture. Elles furent littéralement sidérées en voyant le docteur Mollet porter la bouteille à sa bouche, et en boire une large rasade !

Elles ne purent s’empêcher d’échanger un coup d’œil ahuri.

L’étrange médecin posa ensuite la bouteille, dont il venait de vider une bonne partie sur une table et s’exclama guilleret :

— Et maintenant, passons aux choses sérieuses ! Madame Bonnet, veuillez tenir cette lampe au-dessus du malade, j’ai besoin de beaucoup de lumière !

— Vous voulez dire qu’il me faut rester près de vous ? S’écria « la Grosse » effrayée. Jamais je ne pourrai supporter un tel spectacle, je me trouverai certainement mal !

— Moi, je vais le faire ! Intervint résolument Edwige, en prenant la lampe qu’elle éleva de manière à en projeter la clarté sur son cher Marius.

— Vous êtes courageuse et dévouée, Madame, observa le docteur Mollet, en l’enveloppant d’un regard étrange.

Il commença alors à réduire la fracture que Marius avait effectivement à l’épaule.

— Ne bougez surtout pas ! Dit le praticien avec autorité.

L’ami d’Edwige avait recouvré toute sa lucidité. Dès que le médecin eut posé ses mains sur lui, il poussa un cri de douleur.

— Vous me faites mal, grogna-t-il.

— Ce n’est évidemment pas une caresse ! Répliqua sèchement le médecin. Je n’y peux rien ! Surtout ne bougez plus. Je me retirer si vous m’empêchez d’opérer. Compris ?

Cette brutale déclaration intimida Marius qui cessa de se plaindre. Il pâlit d’une manière impressionnante, mais parvint à se dominer.

Edwige fut forcée de détourner son regard et de faire appel à toute sa volonté pour ne pas s’évanouir.

— C’est terminé ! Annonça le docteur Mollet.

Il lança une injure et se mit à bander fortement et habilement l’épaule de Marius dont le visage exprimait, à présent, un immense soulagement.

— Ca va mieux, n’est-ce pas ? S’écria gaiement le médecin. Maintenant, reposez-vous et bougez le moins possible. Vous resterez couché jusqu’à la fin de la semaine.

— Et après, demanda Edwige, qui s’empressait pour apporter au praticien une cuvette remplie d’eau et une serviette.

— Il devrait faire bien attention à son épaule, surtout ne pas porter de colis. Comme il est très faible, vous lui donnerez une nourriture saine et vous l’engagerez à beaucoup dormir.

— Quand pourrais-je sortit de la chambre, intervint marius.

— D’ici à trois à quatre semaines. Alors, tout cela ne sera plus que de l’histoire ancienne, fit le médecin, en le lavant les mains.

Il reprit sa serviette de cuir et annonça ironiquement :

— Je m’en vais !

L’amie de Marius s’approcha de lui, le visage rayonnant.

— Je ne sais pas, docteur, comment vous exprimer ma reconnaissance ?

— Ce n’est pas la peine ! Dit-il brusquement.

Le docteur Mollet ajouta :

— Je tombe de sommeil, je vais dormir, moi aussi.

« La Grosse » effondrée sur un fauteuil et, encore toute retournée d’avoir assisté à la réduction de la fracture de l’épaule dont souffrait Marius, se leva avec l’intention de le reconduire, mais il l’arrêta, d’un geste.

— Ne vous dérangez pas, je connais le chemin.

— Docteur ... et vos honoraires ? S’écria Edwige.

Le médecin avait déjà atteint la porte de la chambre, il se tourna vers elle, l’enveloppa d’un regard bizarre et, avec un petit rire qui la glaça, il murmura :

— Ce n’est pas pressé. Nous nous retrouverons plus tard.

Et il disparut précipitamment.

Edwige fixa « la Grosse »

— Quel homme bizarre ! dit-elle.

— C’est un original ! Soupira madame Bonnet, mais heureusement que nous l’avons eu sous la main ! Il a cessé d’exercer sa profession depuis un certain temps. Vous avez pu le constater, il sait se montrer discret !

— Oui ... et c’était très important pour nous, reconnut Edwige.

Elle s’approcha de Marius, se pencha sur lui et s’aperçut qu’il s’était endormi. Elle lui adressa un regard amoureux et murmura :

— Dors, chéri, je veillerai sur toi !

Pendant ce temps, madame Bonnet enlevait la bassine. Puis, se tournant vers Edwige, elle lui demanda tout bas :

— Avez-vous besoin de quelque chose, Edwige ?

— Vous seriez très gentille si vous pouviez me donner une tasse de café. J’en ai réellement besoin !

— Je vais aller vous en faire une, ma pauvre amie. D’ailleurs, le jour ne va pas tarder à se lever et je n’ai aucune envie d’aller me recoucher. Je ferai une petite sieste cet après-midi.

Et l’obligeance femme se retira.

Edwige demeura assise, silencieuse et immobile près de celui qu’elle aimait. Brusquement, elle pensa au docteur Mollet.

« Quel homme curieux, se dit-elle intriguée. Madame Bonnet m’a dit qu’il avait cessé toute activité, cependant il est accouru tout de suite lorsqu’elle est allée le chercher ... Je me demande aussi pourquoi il n’a pas tenu à être payé après son intervention ... »

Elle se rappela son regard ironique et cruel et frissonna à se souvenir.

« Cet homme a quelque chose de démoniaque dans les yeux, pensa-t-elle troublée. J’ai la nette impression qu’il n’est pas seulement un original, mais qu’il est aussi dangereux. Il nous faudra éviter de le revoir. Quant à ses honoraires, je chargerai madame Bonnet de bien vouloir les lui régler ... Oui ! Décidément, je préfère de plus rencontrer cet homme, il me fait peur ! »

A cet instant, madame Bonnet revint et l’arracha à ses sombres pensées.

— Voici un bon café ! Lui annonça-t-elle en lui souriant avec gentillesse. Buvez-le pendant qu’il est chaud, ça vous remontera !

 

( A SUIVRE LE 25 MARS )

 

 

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