MOINEAUX SANS NID N° 223
Pierrot, notre sympathique et jeune héros, après plus de quinze jours de lutte contre la mort, commençait à mieux se porter, grâce aux soins dévoués de sœur Anne et à sa nature robuste, habituée aux intempéries.
— Diable ! S’exclama l’enfant, un matin, en se réveillant de sa léthargie et en regardant tout autour de lui, éberlué. Que se passe-t-il ?
Remarquant un homme entre deux âges allongé dans le lit voisin, il lui demanda faiblement :
— Où suis-je ?
— A l’hôpital, mon petit gars, répondit le malade.
— A l’hôpital ? Répéta l’enfant, stupéfait.
— Tu ne te souviens donc plus de ce qui t’es arrivé ? Tu as oublié l’incendie ? Questionna avec douceur l’inconnu.
— Oui ! J’y suis à présent ! S’exclama Pierrot. Je me souviens du petit garçon qui pleurait à fendre l’âme !
A cet instant, sœur Anne s’approcha de son lit.
— Dieu soit loué ! Murmura-t-elle en souriant. Tu te sens mieux, n’est-ce pas, mon cher enfant ?
— Oui, ma sœur, répondit-il en levant sur elle ses grands yeux francs et limpides.
— Ta tête te fait-elle encore souffrir ?
— Un tout petit peu.
— Surtout, mon cher fils, ne t’agite pas trop ! Recommanda-t-elle.
— Mon Dieu ! S’exclama Pierrot.
— Qu’as-tu, mon enfant ? S’enquit la sœur alarmée.
— rien ! Ma sœur, seulement ça me fait quelque chose de vous entendre m’appeler mon fils, car je n’ai jamais connu ma mère, expliqua-t-il à vois basse.
Sœur Anne ne répondit pas, et l’enveloppa d’un regard tendre et ému.
— Est-ce que quelqu’un est venu me voir ? Demanda Pierrot.
— Oui ! Mon enfant, répondit la religieuse, l’abbé Louis est passé prendre de tes nouvelles, ainsi qu’une dame.
— Une dame ? Répéta Pierrot intrigué.
— Oui ! La mère de l’enfant que tu as si courageusement sauvé.
— ah !
— Je crois aussi, ajouta la religieuse après un léger silence qu’une jeune fille est venue prendre de tes nouvelles.
— Je ne me souviens de rien, soupira Pierrot.
— C’est naturel, car tu étais trop malade pour te rendre compte de ce qui se passait autour de toi.
— Est-ce qu’une petite fille est venue ? Hasarda Pierrot.
— Non ! Répondit sœur Anne — Mais elle ajouta tout de suite en souriant — je sais de qui tu veux parler.
— Ah ! Murmura Pierrot, perplexe.
— Tu veux parler de Mireille, n’est-ce pas ?
— Vous la connaissez ? S’écria-t-il les yeux soudain brillants de joie.
— Tu n’as pas cessé de la réclamer pendant ton délire, mon enfant et l’abbé Louis m’a appris l’affection fraternelle qui vous unit.
— Vous ne savez pas si Monsieur l’abbé reviendra ? S’enquit l’enfant.
— Je pense qu’il passera dans le courant de l’après-midi.
— J’ai tant envie de lui parler ! S’exclama Pierrot.
— Bien ! Mon petit. Maintenant tais-toi, sinon tu auras de nouveau mal à la tête et ta fièvre recommencera à monter. D’ailleurs, le médecin interdit que tu te fatigues.
— Je me tairai, promit l’enfant ;
— Je crois qu’il ne va pas tarder à revenir et nous verrons s’il trouve que ton état s’améliore.
Après un dernier sourire, sœur Anne s’éloigna.
Pierrot ferma les yeux et essaya de dormir, mais ne put y parvenir. Des malades gémissaient non loin de lui et cela attristait le cœur sensible et pitoyable du petit garçon.
Vers le milieu de l’après-midi, le médecin pénétra dans la salle suivi de son assistant.
— Eh bien ! S’exclama-t-il, après avoir examiné Pierrot, notre jeune garçon va réellement mieux. J’en suis ravi pour toi, car tu nous as fait très peur !
Il défit les pansements qui enveloppaient le corps du blessé.
— Tes brûlures se cicatrisent, ajouta-t-il. Je pense que d’ici un mois tu pourras quitter l’hôpital.
— Peut-on commencer à l’alimenter un peu ? Demanda sœur Anne.
Le médecin ne fit pas d’objection à la proposition de la religieuse.
— Oui, dit-il, mais vous ne lui donnerez que du lait, des purées de légumes très liquides et des jus d’oranges. Demain si sa température continue à baisser, vous pourrez ajouter un peu de viande. Surtout, continuez à lui faire absorber les ampoules que j’ai prescrites.
— Très bien, docteur, répondit la sœur, et elle l’accompagna au chevet des autres malades.
« Bon ! Songea Pierrot, maintenant il faut que je sois très patient »
Il sourit en apercevant un rayon de soleil briller sur le fer de son lit.
A midi sœur Anne lui donna un grand bol de lait tiède qu’il avala avidement.
— Tu as faim, mon pauvre enfant ! Remarqua-t-elle.
— Oui, ma sœur, répliqua Pierro— Aujourd’hui, je ne puis t’apporter que ce lait et un peu de purée de légumes très liquide.
— Ca ne fait rien ! Ma sœur, murmura Pierrot, j’ai l’habitude des privations.
— Tâche de guérir vite et tu verras toutes les bonnes choses que tu pourras manger, reprit la sœur en souriant.
L’enfant lui rendit son sourire. La bonté de la sainte femme avait conquis son jeune cœur, assoiffé de tendresse.
« Dire qu’il y a des gens qui n’aiment pas les religieux, pensa-t-il alors qu’il n’existe personne de plus charitable sur la terre ! »
Le temps passa et les premiers visiteurs commencèrent à envahir la salle où l’abbé Louis arriva quelques minutes plus tard.
— Comment vas-tu, mon cher enfant ? Demanda-t-il en se penchant sur Pierrot, et en caressant sa tête aux cheveux bouclés et soyeux.
— Monsieur l’abbé ! S’écria Pierrot, très ému.
— Te sens-tu un peu mieux ?
— Oui ! Merci, Monsieur l’abbé.
— Si tu savais combien j’en suis heureux !
— J’ai été très malade, n’est-ce pas Monsieur l’abbé ? Questionna l’enfant.
— Oui ! Mon cher petit, répondit le prêtre, mais le Bon Dieu t’a arraché à la mort, afin que tu puisses continuer à secourir et aimer ton prochain.
— J’aime, en effet, tout le monde, Monsieur l’abbé, à l’exception cependant de trois personnes.
— Il ne doit y avoir aucune haine dans ton cœur, mon enfant, déclara le prêtre.
— Pourtant, je déteste le marquis, sa sœur et « l’Araigne » ! J’espère les voir tous morts le plus vite possibles ! S’exclama le gamin.
— Pierrot, gronda le prêtre, je n’aime pas t’entendre parler de la sorte !
— Impossible pour moi d’aimer ces trois ignobles personnages, mon père ! Ils sont trop méchants et ne savent faire que du mal !
— Dieu se chargera de les punir, s’il le juge nécessaire, soupira l’abbé.
— En sortant d’ici, j’irai leur jeter des pierres, reprit Pierrot d’une voix menaçante.
— Allons ! Allons ! Tu sais bien que nous ne devons jamais faire du mal à notre prochain, protesta le prêtre, en hochant la tête.
— Ecoutez, mon père, c’est plus fort que moi, et je suis furieux lorsque je pense à ces trois misérables !
— Peut-être, répliqua l’abbé en soupirant, mais tu ne dois pas chercher à leur faire volontairement du mal !
— Ils ne se sont pas privés de m’en faire à moi ! S’exclama Pierrot qui avait réponse à tout.
Un léger silence suivit, puis, Pierrot fixa anxieusement le prêtre et lui demanda tout bas :
— Avez-vous des nouvelles de Mireille, Monsieur l’abbé ?
— Non ! Mon petit.
Il n’osa pas lui dévoiler sa tentative infructueuse auprès de « l’Araigne » lorsqu’il était allé lui demander de lui confier la fillette pour la conduire près de lui.
— Si vous saviez, Monsieur l’abbé, comme je désire la revoir ! Soupira Pierrot.
— Pour le moment, tâche de guérir le plus vite possible, conseilla affectueusement le prêtre.
— Mes brûlures ne me font presque plus souffrir, dit le jeune garçon.
— Vraiment ? S’enquit l’abbé, avec intérêt.
— Oui ! Monsieur l’abbé, affirma l’enfant.
— Lorsque tu sortiras de l’hôpital, tu viendras habiter chez moi et tu y resteras annonça affectueusement le prêtre.
— Non ! Monsieur l’abbé. Vous savez que je suis un « moineau sans nid » et il faut que j’essaye de me reconstruire celui que je viens de perdre, protesta Pierrot.
— Et où iras-tu en attendant, mon pauvre enfant ? S’enquit l’abbé.
Pierrot ne répondit pas. Il ne voulait pas inquiéter le brave homme.
Ils bavardèrent encore un peu, puis, comme les visiteurs commençaient à s’éloigner le prêtre se leva de son siège, se pencha sur l’enfant et l’embrassa :
— Au revoir, mon garçon.
— Au revoir, Monsieur l’abbé, répondit Pierrot, et revenez me voir, je vous en supplie !
— Je le ferai sûrement dès que mes obligations me le permettront, affirma le brave homme.
L’abbé Louis quitta la salle.
Resté seul, Pierrot murmura :
— Que le temps passe lentement dans un hôpital !
Peu à peu, la nuit envahit l’immense pièce où étaient allongés de nombreux malades. Un infirmier s’approcha du lit du jeune garçon. C’était Théodore.
— Alors, mon petit gars, ça va un peu mieux, aujourd’hui ? S’enquit-il.
— Oui, Monsieur, je vous remercie, répondit poliment Pierrot.
— J’en suis ravi pour toi, répliqua Théodore.
— Mais qui êtes-vous, Monsieur ? Je n’ai pas le plaisir de vous connaître, répondit l’enfant.
— Je suis ... le ... le chef, répondit l’homme.
— Le chef ? Répéta Pierrot, étonné.
— Je veux dire que, jouissant d’une grande autorité, je me considère comme le chef de cette salle, expliqua Théodore.
Pierrot le fixa attentivement, se demandant où son curieux interlocuteur voulait en arriver.
— N’as-tu pas une petite sœur qui s’appelle Mireille ? Reprit l’infirmier.
— Oui, Monsieur, fit Pierrot, en tressaillant.
— Sais-tu où elle se trouve en ce moment ? Demanda encore Théodore.
— C’est madame Picquet, ajouta Pierrot.
— Tu n’es pas bien renseigné, mon garçon ?
— que voulez-vous dire ? S’exclama Pierrot de plus en plus surpris.
— Que la petite n’est plus chez cette femme !
— Ah ! Fit Pierrot, et où serait-elle alors ?
— Ici ! Répondit l’infirmier.
Pierrot sursauta et dévisagea avec incrédulité son interlocuteur.
— Ici, à l’hôpital ? Murmura-t-il en essayant de s’asseoir sur son lit.
— Ne bouge surtout pas ! Tu sais qu’on te l’a défendu, gronda à voix basse Théodore.
— Vous avez bien dit, Monsieur, reprit Pierrot avec inquiétude, que Mireille était ici ?
— Oui, mais ne t’effraye pas !
— Racontez-moi je vous en supplie, ce qui lui est arrivé, murmura Pierrot d’une voix implorante.
— Ce n’est pas grave, je te l’affirme.
— Pourtant, elle est à l’hôpital ? Insista Pierrot très inquiet.
— Je t’ai dit que son état n’était pas grave !
— si vous ne me parlez pas plus clairement, déclara résolument le jeune garçon, je quitterai mon lit et ferai le tour de toutes les salles !
— Tu me menaces ? S’indigna Théodore.
— Ayez pitié de moi ! Supplia Pierrot.
— Bien ! Je vais tout te raconter, à la condition que tu te souviennes que nous autres, infirmiers, gagnons bien mal notre vie !
L’enfant leva sur lui un regard perplexe.
— Je ne comprends pas, murmura-t-il, hésitant.
— Pour te raconter ce qui s’est passé, je ...
— Ne me faites pas languir, je vous en conjure, interrompit Pierrot, très énervé.
— Je crois que tu m’as compris ? Insista l’infirmier en le dévisageant.
— C’est sûr, répliqua Pierrot avec impatience, vous aurez un bon pourboire, lorsque vous m’aurez raconté ce qui est arrivé à Mireille.
— Tu as de l’argent ? S’enquit Théodore, les yeux brillants.
— Oui, parlez !
— Eh bien ! Ta sœur s’est enfuie de chez cette vieille femme.
— Elle a rudement bien fait ! S’écria Pierrot, avec énergie.
— Elle a agi, comme tu peux l’imaginer, dans l’intention de venir te voir. Mais lorsqu’elle arriva devant l’hôpital, ce n’était pas encore l’heure des visites ...
Il s’interrompit, et Pierrot, qui était littéralement suspendu à ses lèvres, insista, impatient :
— Et après ?
— Je l’ai renseignée sur l’heure à laquelle elle pouvait revenir — ce qu’elle fit d’ailleurs — mais, la vieille femme qui doit être aussi terrible que la peste, j’attendait devant la porte en compagnie d’un agent de police, avec l’intention bien arrêtée de s’en emparer.
— Que le diable emporte cette odieuse sorcière ! S’écria le petit malade.
— Naturellement la petite leur a échappé. Mais, affolée, elle s’est mise à courir si vite qu’elle a été renversée par une voiture, en traversant la rue !
— Mon Dieu ! S’exclama Pierrot, d’une voix étouffée.
— Ne t’effraye pas ! Elle s’en est tirée avec quelques ecchymoses sur le corps et à la tête. Rien de sérieux, précisa Théodore.
— Quand donc a eu lieu cet accident ?
— Il y a à peu près une huitaine de jours.
— Alors, ça doit être plus grave que ce que vous m’affirmez ! Conclut Pierrot, alarmé.
— Mais non ! Mais non ! Je te l’assure, répéta l’infirmier.
— Est-ce que je pourrai la voir demain ? Questionna le petit malade, après un léger silence.
— Non ! Pas demain, mais dans deux ou trois jours, répondit Théodore.
— Pourquoi pas demain ? S’étonna Pierrot.
— Parce que tu ne peux pas bouger de ton lit, et que d’ici deux ou trois jours, c’est elle qui se lèvera et viendra te voir, expliqua l’infirmier.
— Si la mère Picquet le lui permet ! Soupira Pierrot.
— Pour ça, je ne peux rien affirmer, évidemment, répondit Théodore, car elle est justement venue prendre de ses nouvelles aujourd’hui.
— Dans quelle salle se trouve-t-elle ? Interrogea Pierrot.
— Dans la salle de gauche, sur ce même palier, juste du côté opposé à celle-ci, répondit l’infirmier.
L’enfant sourit ; il savait maintenant ce qu’il désirait.
— A demain, lui dit l’infirmier, et n’oublie pas que je suis très mal payé dans cet hôpital !
— Soyez tranquille, répliqua le petit malade, je vous donnerai un bon pourboire !
— A ta disposition si tu as besoin de quelque chose, reprit Théodore, à voix basse. Puis il s’éloigna rapidement et disparut dans le couloir.
Resté seul, Pierrot se mit à réfléchir intensément. Mireille était donc ici ! A quelques pas de lui !
Mireille ! Sa chère petite Mireille avait été renversée par une voiture, alors qu’elle venait le voir !
Elle l’aimait encore plus que lui ne l’aimait !
Pierrot ne cessait de songer à tout cela.
« Je ne suis sans doute plus le même Pierrot qui avait blessé le bohémien à coups de cailloux » songea-t-il.
Il essaya de bouger ses bras et ses jambes.
« Je me traînerai par terre s’il le faut », décida-t-il avec fermeté.
Il venait de prendre une décision qu’il exécuterait quoi qu’il arrive
Au même instant, l’horloge de l’église voisine sonna deux coups. Il était deux heures du matin.
« Je pense que c’est le moment » murmura-t-il.
Tous les malades dormaient autour de lui. Il glissa hors de son lit et essaya de marcher. Bien que très faible, il parvint, toutefois, à se tenir sur ses jambes.
Apercevant une robe de chambre posée sur le lit près du sien, il s’en saisit sans hésiter et l’enfila, bien qu’elle fut trois fois trop grande pour lui. Ensuite, il prêta l’oreille ... N’entendant aucun bruit, il avança vers la porte sur la pointe des pieds, titubant par instants, à cause de sa grande faiblesse.
Ayant atteint le palier, il s’arrêta et s’adossa au mur pour reprendre son souffle. Puis, au bout de quelques secondes, il se dirigea vers la salle opposée à celle qu’il venait de quitter. Il vit qu’elle était occupée uniquement par des femmes.
Il y pénétra prudemment. Il craignait d’être surpris et ensuite sévèrement puni. Il essaya de découvrir Mireille dans cette immense pièce, faiblement éclairée par deux veilleuses qui permettaient tout juste de discerner les corps dans les lits.
Il avança dans la travée de droite, fixant attentivement chaque lit, le cœur battant à coups précipités à cause de sa faiblesse et de l’émotion qui l’étreignait. Soudain, une voix murmura son nom.
— Pierrot ! Pierrot ! Répéta tout bas la voix fraîche et jeune.
— Mireille ! Balbutia-t-il, les yeux brusquement remplis de larmes.
Il tourna la tête vers la droite et aperçut la fillette assise sur son lit. Elle lui fit signe d’approcher.
Il se précipita et tomba littéralement dans ses bras.
Ce fut pour les deux pauvres enfants un moment d’émotion indicible.
— Mireille ! Bredouilla-t-il, d’une voix brisée.
— Pierrot, répondit la petite fille, non moins bouleversée.
Ils restèrent ainsi quelques secondes sans pouvoir parler. De grosses larmes coulaient de leurs yeux.
Mireille se ressaisit la première.
— Ne pleure plus, Pierrot, supplia-t-elle, ne pleure plus !
En achevant ces mots, elle saisit la tête du garçon entre ses deux mains et murmura :
— Mon Pierrot, que t’est-il arrivé ?
— Et à toi ? Répliqua-t-ii en souriant.
— Rien ! Répondit-elle tout bas, je me suis jetée sous une voiture.
— comment ? Tu veux dire que tu l’as fait exprès ? S’exclama-t-il incrédule et ahuri.
— Oui ! Affirma-t-elle, je l’ai fait exprès pour être près de toi !
— Oh ! Mireille ! Murmura-t-il, en proie à une immense émotion — Il la serra éperdument contre son cœur ... Puis, s’écartant il la gronda tendrement : — Je n’approuve pas ton geste insensé, Mireille. Et si tu étais morte ?
La fillette baissa la tête et garda le silence.
— Oui ! Reprit Pierrot, la voiture aurait pu te passer dessus et te tuer, insista-t-il, douloureusement.
— J’ai pensé que c’était le seul moyen de te rejoindre, expliqua-t-elle timidement.
— Pourquoi n’as-tu pas tout simplement essayé d’entrer ici ? Questionna Pierrot en le fixant, étonné.
— C’était impossible, répondit Mireille, « l’Araigne » était devant la porte de l’hôpital.
— La maudite sorcière ! Fit Pierrot en serrant les poings.
— elle me forcera à rentrer chez elle, dès que le médecin me dira de partir d’ici, ajouta Mireille, avec des larmes dans la voix.
— Tu n’y tiens pas, bien sûr ? Demanda Pierrot.
— Oh ! Non ! S’empressa-t-elle de répondre.
— Sois tranquille ! Ca ne se fera pas, affirma le garçon, après un court silence.
— Mais elle viendra me chercher avec la police si j’essaye de lui résister, objecta-t-elle avec inquiétude.
— Tu ne retourneras pas chez elle-même si elle venait te chercher accompagnée du Préfet de Police en personne !
— Et toi ? Reprit Mireille, un peu calmée, te sens-tu mieux ?
— Mes brûlures me font encore un peu mal, répondit-il avec franchise, mais j’espère tout de même quitter sous peu l’hôpital.
— Et où iras-tu en sortant d’ici ? Demanda-t-elle n’ignorant pas que le cher petit nid laissé par Valérie, avait été détruit par l’incendie.
— Ne te tourmente pas, dit-il en riant, j’ai tout Paris à ma disposition !
— Mon pauvre Pierrot, te voilà une fois de plus sans toit pour t’abriter !
— Il n’en existe pas de plus beau que le ciel du Bon Dieu ! Répondit-il avec indifférence, nullement préoccupé par ce genre de problème.
Mireille caressa tendrement la joue de Pierrot, mais levant les yeux, elle poussa un cri de frayeur ... Un infirmier avait saisi son jeune camarade par le bras, et disait sévèrement :
— Suis-moi ! Je vais te conduire chez l’interne de service.
( A SUIVRE LE 24 JANVIER )