MOINEAUX SANS NID N° 216
Le lendemain matin, brisé de fatigue « Le Boiteux » entra à la pension de madame Bonnet au moment où elle servait le
petit déjeuner à ses pensionnaires dans leurs chambres.
Il n’était pas encore huit heures et « La Grosse » fut très surprise de le voir apparaître sur le seuil de la cuisine.
— J’ai été forcé de passer la nuit dehors pour une affaire très importante, madame Bonnet, s’excusa-t-il. Mais pouvez-vous, s’il vous plait, me donner une tasse de café au lait ?
La logeuse sourit et lui désigna une chaise devant la table de bois blanc. Tandis qu’il s’installait, passant à diverses reprises une main sur son visage pâle et fatigué, aux joues assombries par une barbe de deux jours, elle posa devant lui un grand bol de café au lait fumant et une assiette contenant de larges tranches de pain frais et doré.
— Je dois vous prévenir que monsieur Marius a besoin de vous parler, lui annonça-t-elle, très aimablement.
Il leva la tête et la fixa, étonné.
— Ah ! Fit-il très surpris que quelqu’un de la pension s’intéressait à lui.
— Oui ! Reprit madame Bonnet, il a parait-il, à vous demander des renseignements très importants. Je vais aller voir s’il est réveillé, afin de lui dire que vous êtes de retour.
— C’est que je suis très fatigué ! Protesta « Le Boiteux », mécontent. Je n’ai pas dormi de la nuit et ...
— Il n’en a pas pour longtemps, interrompit la logeuse, qui, sans attendre une réponse, sortit de la cuisine et courut frapper à la porte de Marius.
Ce dernier était toujours dans son lit, se complaisant à paresser tout en faisant mille projets d’avenir extrêmement agréables à en juger à l’expression béate de son visage.
— Qui est là ? S’écria-t-il, en sursautant.
— C’est moi ! Monsieur Marius, murmura « La Grosse » « Le Boiteux » vient de rentrer et il est à la cuisine en train de prendre son petit déjeuner.
— J’arrive ! Cria Marius, en bondissant hors de son lit. Dites-lui de m’attendre, madame Bonnet !
La logeuse s’empressa de regagner sa cuisine et fit la commission.
« Le Boiteux » bien que contrarié fut forcé de se résigner. Trente secondes plus tard, Marius arrivait ayant juste passé son imperméable sur son pyjama, les pieds chaussés de pantoufles. Il donna une petite tape amicale sur l’épaule du « Boiteux »
— Comment va, mon vieux ? Fit-il sans s’émouvoir du regard stupéfait de l’autre. Il s’assit en face de lui, après avoir fait signe à madame Bonnet de lui servir une tasse de café.
— Tu as à me parler ? Lui demanda « Le Boiteux » méfiant.
— Certainement ! Affirma gaiement Marius. Que sais-tu sur « l’Araigne » ?
« Le Boiteux » fronça les sourcils, et murmura après une légère hésitation :
— Que désires-tu savoir sur cette femme ?
— Beaucoup de choses, car tu la connaît depuis très longtemps, je crois, répondit marius.
— Il s’agit d’une grosse somme ? Insista Marius.
— C’est exact ! Et je t’assure que j’aurais préféré ne jamais l’avoir rencontrée !
— Tu as à te plaindre d’elle ? S’exclama Marius ravi, tout en finissant d’avaler son café au lait.
« Le Boiteux » parut hésiter l’espace d’une seconde, puis le fixant très attentivement ébaucha un geste vague de la main.
— Oui ! Admit-il, des questions d’argent nous divisent depuis quelque temps.
— Tu lui dois de l’argent ? Questionna Marius, en se penchant sur la table qui les séparait.
« Le Boiteux » soupira encore pour toute réponse.
L’autre poussa un profond soupir.
— La maudite créature prétend que je lui dois douze mille francs ! Mais elle peut courir ! Jamais je ne lui donnerai une telle somme ! Reprit « Le Boiteux » avec force.
— Tu as l’intention de ne pas la régler ? Insinua l’autre.
— Non ! Réfuta « Le Boiteux » car j’ai l’habitude de payer mes dettes, mais avec beaucoup de retard ! Cette harpie exige des intérêts exorbitants ; figure-toi qu’elle ne m’avait au départ, prêté que six mille francs !
— Mazette ! La garce, elle demande du cent pour cent ! S’indigna avec raison Marius.
— Le malheur est que je lui dois cet argent depuis des mois ... Car presque aussitôt mon emprunt, la guerre a éclaté et je n’ai pu arriver à la régler. Toutefois, elle peut attendre encore, car je lui ai procuré ses affaires très intéressantes !
— tu veux dire que cette vieille sorcière t’a roulé si je ne me trompe ? S’exclama Marius, de plus en plus ravi.
— Et comment ! Soupira de nouveau « Le Boiteux », et ce n’es pas « l’Araigne » que je l’appelle, moi, mais Vampire » car lorsque cette méchante femme tient quelqu’un dans ses griffes, elle le suce jusqu’à sa dernière goutte de sang.
Madame Bonnet tout en faisant sa vaisselle ne perdait pas un mot de l’entretien, feignant de s’en désintéresser complètement.
— Que dirais-tu ? Reprit Marius, après un bref silence, si je t’offrais le moyen de te venger de cette sorcière ?
« Le Boiteux » le dévisagea, étonné.
— Je ne comprends pas et ne vois surtout pas de quelle façon je ...
— Eh bien ! Ecoute-moi, interrompit vivement l’autre. J’ai un plan auquel j’ai très longuement réfléchi. J’ai pensé que cette sorcière ne devait s’occuper que d’affaires très louches et en ai conclu que si nous arrivions à découvrir ce qu’elle voudrait garder si secret ... Tu vois ce que je veux dire, n’est-ce pas ?
« Le Boiteux » tressaillit, puis hocha la tête.
— Ce serait, évidemment, une excellente idée si la vieille ne s’entourait pas de toutes les précautions nécessaires. Elle est loin d’être une sotte et elle ne se laissera jamais prendre.
— Pourtant ! Insista Marius avec obstination, si habile et rusée qu’elle soit, il est impossible de ne pas découvrir dans sa vie un fait qui pourrait lui occasionner un grand préjudice.
« Le Boiteux » se mit à rire.
— Je suis sûr ! S’exclama-t-ii, que toute son existence est remplie de choses malhonnêtes. Mais comment les prouver ? Et puis, je l’ai souvent aperçue en compagnie d’agents de police ! Elle a réussi à se faire des relations parmi eux !
Un long silence suivit. « Le Boiteux » fixait Marius qui, de son côté, réfléchissait intensément.
— Ainsi, tu ne sais rien qui puisse compromettre « l’Araigne » ? Reprit ce dernier, en levant la tête vers son interlocuteur.
L’autre haussa les épaules.
— Je ne sais que ce que savent tous les gens et ne pense pas que ça puisse beaucoup intimider cette vieille sorcière.
— Ca me parait impossible ! Murmura Marius, déçu et perplexe.
Madame Bonnet alors intervint :
— Ne pouvez-vous tous les deux aller discuter ailleurs de vos affaires ? Je vous ai déjà dit, monsieur Marius, que je ne veux rien savoir de ce que vous ferez contre madame Picquet. Après tout, je la connais et ce que vous dites-là me gêne !
Les deux hommes échangèrent un coup d’œil étonné, puis quittèrent vivement leurs sièges.
— Très bien ! Madame ! Fit Marius, nous allons dans ma chambre continuer cet entretien pendant que je m’habillerai.
C’est ce qu’ils firent. Mais ils furent rejoints par Edwige Ramier, anxieuse et impatiente de savoir ce qu’avait décidé son cher Marius.
Elle arriva au moment où, ayant fini de s’habiller, il était debout devant son miroir en train de faire son noeud de cravate.
— Et alors ? S’enquit-elle, en entrant dans la pièce.
— Bonjour, ma chérie ! Lui répondit Marius en lui souriant avec tendresse. Assieds-toi dans l’unique fauteuil en ma possession ... Je crois que vous vous connaissez tous les deux, n’est-ce pas ?
— En effet ! S’exclama Edwige en tendant une main au « Boiteux » qui la prit sans trop d’enthousiasme, nous nous connaissons depuis même assez longtemps.
— Nous parlions de madame Picquet, reprit Marius, en allumant une cigarette. Mais as-tu déjeuné, ma chérie ? Veux-tu que je demande à madame Bonnet de te servir une tasse de café ?
— Non ! Non ! Merci, répondit Edwige avec impatience. Je tiens surtout à savoir si vous êtes arrivés à conclure quelque chose tous les deux.
Marius secoua négativement la tête.
— D’après ce que m’a dit notre ami, il ne peut me fournir de renseignements utiles sur « l’Araigne ».
— C’est vrai, affirma « le Boiteux », car jamais la mère Picquet ne m’a fait de confidences concernant ses affaires et sa vie, et moi, je n’ai jamais songé à m’en préoccuper.
— Et vous avez eu tort, grandement tort ! Lui reprocha Marius.
— Mais comment aurais-je pu prévoir ! S’exclama « le Boiteux » agacé.
— Ne te fâche pas, voyons ! S’écria Marius en riant.
Edwige les fixait tour à tour, visiblement déçue.
— alors, il n’y a vraiment rien à faire ? Tu vois, j’avais raison hier, Marius !
— Je ne suis pas de ton avis ! Protesta-t-il en haussant les épaules. Je vais encore poser quelques questions à notre ami et si je n’obtiens pas ce que j’espère, alors je tâcherai de m’adresser à quelqu’un d’autre.
— Mais que veux-tu que je te dise de plus ? Reprit « le Boiteux ». Je pense avoir déjà répondu à tout ce que tu m’as demandé. Et puis, comme je n’ai pas dormi de la nuit, je tombe de sommeil et désire aller me coucher.
Tu iras dans quelques minutes dormir tout son saoul, affirma Marius, qui avait recouvré sa bonne humeur. Et maintenant, dis-moi un peu, puisque tu fréquentais « l’Araigne », si quelque chose ou quelqu’un ne t’a pas particulièrement frappé.
— Je ne vois pas, répliqua « le Boiteux ». Je n’ai même jamais cherché à savoir quelles étaient ses fréquentations. D’ailleurs, en général, il ne s’agissait que de malheureux de mon espèce, et ...
— Mais moi, je peux te citer quelqu’un d’assez connu, interrompit vivement Edwige.
Marius se tourna vers elle.
— Ah ! Et de qui veux-tu parler ?
— Tu ne connais pas Paul Macaire ? Poursuivit madame Ramier. C’était un usurier sans scrupules, qui fréquentait un tas de gens et dans tous les milieux. Un homme très astucieux et très rusé.
— Paul Macaire ? Répéta Marius, songeur. Ce nom ne m’est pas inconnu.
— C’est vrai ! S’exclama à son tour « le Boiteux », et ce type était digne de faire la paire avec « l’Araigne ». Je crois qu’il pourrait en révéler très long sur cette odieuse sorcière.
— Tu connais son adresse ? Demanda Marius en ne se démordant pas de son idée.
— Moi, je la connais ! S’écria Edwige.
— Dans ce cas, tu m’accompagneras, fit Marius. Nous l’interrogerons et verrons s’il peut nous apprendre quelque chose d’intéressant.
— Ne te fais pas trop d’illusions, lui fit observer « le Boiteux ». Je suis certain que ce damné Macaire est bien trop malin pour se compromettre. Il ne prononcera pas un mot contre la mère Picquet, car il est certain que cette sorcière a conclu ses plus louches affaires avec le secours de ce bandit !
— C’est également ce que je pense, reprit tranquillement Marius, et c’est précisément pour cette dernière raison que je tiens à voir cet individu.
— Mais sous quel prétexte irons-nous chez lui ? Fit observer Edwige, légèrement inquiète. Il refusera certainement de nous recevoir si nous n’avons pas à lui offrir une raison valable.
— J’y songerai et la trouverai, affirma Marius. Mais ne perdons pas de temps et allons-y tout de suite.
— C’est ça ! Allez-y tous les deux. Pendant ce temps, moi, je dormirai, ajouta « le Boiteux » en bâillant à se décrocher la mâchoire.
— D’accord ! Reprit Marius en riant, ensuite je te tiendra au courant, car j’aurai probablement besoin de toi ... à moins que tu refuses de t’associer avec nous, acheva-t-il en le fixant d’un air interrogateur.
— Qu’est-ce que me rapportera cette histoire-là ? Demanda « le Boiteux » ?
— De l’argent, naturellement, lui expliqua toujours souriant son interlocuteur. Je ne puis dès à présent, t’en fixer le chiffre, mais nous déciderons de ce détail plus tard. Et puis, nous nous offrirons le luxe d’attirer des ennuis sans nombre à cette femme. Tu ne trouves pas ça merveilleux ?
« Le Boiteux » éclata de rire à son tour.
— Je voudrais la voir agonir là devant moi ! S’exclama-t-il. D’accord ! Je suis des vôtres ! Tu me raconteras en rentrant ce qui se sera passé.
— Très bien ! Et à tout à l’heure, mon vieux. Repose-toi ; conclut Marius ravi.
« Le Boiteux » s’empressa de regagner sa chambre pour dormir quelques heures.
— Et maintenant, allons nous-en ! Reprit Marius, en s’adressant à Edwige. Ne perdons plus une secondes, et comme « le Boiteux » est décidé à nous aider, battons le fer tant qu’il est chaud.
— As-tu trouvé un prétexte pour tâcher d’être reçus par Macaire ? Demanda Edwige.
— Pas encore ! Ca viendra certainement en route, répondit Marius.
Ils quittèrent vivement la pension de madame Bonnet pour se diriger vers la maison du vieil usurier qui n’habitait pas très loin de là.
Vingt minutes après, ils sonnaient à la porte de Paul Macaire.
Ce fut lui qui ouvrit. Il les examina, méfiant, sans reconnaître Edwige à cause de sa toilette, ne l’ayant vue que très misérablement mise.
— Que désirez-vous ? Demanda-t-il aux visiteurs.
— Bonjour, monsieur Macaire, dit Edwige en lui souriant très aimablement. Vous ne me reconnaissez pas ?
Le son de cette voix réveilla la mémoire du triste personnage qui ne put retenir une exclamation d’étonnement :
— Vous, madame Ramier ? En effet, je ne vous ai pas reconnue tout d’abord. Entrez, je vous prie, et excusez le désordre de ma maison. Ma vieille bonne m’a quittée à cause de cette maudite guerre, et vous ne pouvez imaginer combien un homme seul a du mal à se débrouiller en ce qui concerne le ménage.
— Mais, cher monsieur Macaire, nous ne sommes pas venus vous voir pour passer l’inspection de votre intérieur, reprit fort gracieusement Edwige Ramier, qui avait décidé de s’attirer la sympathie et la confiance de cet astucieux et méfiant individu.
Macaire s’empressa de les aire entrer dans son bureau, leur avança deux fauteuils et alla se placer derrière sa table de travail, toute encombrée de dossiers poussiéreux.
— Alors ? Enchaîna-t-il en souriant, voyant qu’aucun des deux visiteurs ne prenait la parole, en quoi puis-je vous être utile, chère Madame ?
— Monsieur Macaire ! Commença Edwige, légèrement hésitante, permettez-moi de vous présenter monsieur Marius, un excellent ami.
— Ah ! Remarqua l’usurier en fixant le nouveau venu d’un regard perçant, c’est Monsieur qui a besoin de mes services ? Dans ce cas, je vous écoute avec la plus grande attention. Toutefois, je dois vous prévenir tout de suite que je ne sais s’il me sera possible de vous donner satisfaction ... s’il s’agit d’argent ... les temps sont particulièrement durs. C’est la guerre, et je ...
Un geste de Marius l’interrompit.
Ce dernier, saisissant au vol l’argument offert par Macaire lui-même, déclara très finement :
— Je ne suis pas venu vous demander de me prêter de l’argent, cher Monsieur, mais tout au contraire vous en offrir !
Le visage de Paul Macaire exprima alors, la plus vive stupeur et une lueur cupide passa dans ses yeux.
— Très bien ! Je vous écoute, répondit-il d’une voix mielleuse.
— J’irai droit au but, reprit Marius, vous connaissez madame Picquet, n’est-ce pas ?
Macaire tressaillit.
— En effet, reconnut-il prudemment. Mais que vient-elle faire dans ce que vous avez à me proposer ?
— Elle y compte pour beaucoup. Pouvez-vous me répondre franchement, monsieur Macaire, et me dire ce que vous savez sur cette femme ?
Cette fois, l’usurier parut effrayé.
— Je n’ai rien à dire, déclara-t-il fermement.
— Pourtant, insista froidement Marius, je suis certain que vous êtes au courant de ses affaires et de ses secrets.
— Qu’est-ce qui vous fait supposer cela ? Demanda l’usurier craignant un piège.
— Répondez-moi d’abord, monsieur Macaire. Avez-vous été souvent en rapport avec cette vieille sorcière ?
— Mais à la fin que signifient ces questions ? Je suis un homme d’affaire et m’occupe également de Droit. Il est donc logique que je sois en contact avec des tas de gens ; ça découle de ma profession. Quant à dévoiler ce qui concerne mes clients ...
— Je vais vous expliquer, monsieur Macaire, interrompit Marius, nullement intimidé. N’oubliez pas qu’il s’agit de gagner beaucoup d’argent. Je suis certain que vous serez dans un instant, entièrement de mon avis ... mais laissez-moi achever.
— Alors, parlez, Monsieur, je vous en prie.
— Madame Picquet qui est une femme abominable, est très riche, ce n’est un secret pour personne et vous ne pouvez pas le nier.
— C’est exact, admit l’usurier en souriant, mais je ne vois pas du tout ...
— Un peu de patience, interrompit de nouveau Marius. Vous serez peut-être étonné que je vous parle d’elle dans des termes peu flatteurs. Mais si on sait qu’elle est riche, nul n’ignore combien elle est mauvaise et son manque de cœur mérite une bonne leçon.
— Ce sont là es choses qui ne me regardent pas, remarqua Macaire, et je n’ai pas à juger mes semblables.
— Il ne s’agit pas de juger vos semblables, répliqua sèchement Marius, et ne soyez pas trop surpris d’apprendre que j’ai décidé de la punir, en l’allégeant d’une respectable somme d’argent. Me comprenez-vous à présent ?
Les petits yeux de Macaire étincelèrent de cupidité et il sourit.
— Personnellement, je n’ai pas à me plaindre d’elle, car elle a toujours agi régulièrement avec moi ... mais je dois reconnaître que je m’entourais de précautions.
— Et vous faisiez très bien, approuva Marius. Ce n’est pas comme ma pauvre amie, qui est ici avec moi ! elle a subi toutes sortes d’humiliations de la part de cette mégère qui ne s’est pas, non plus, privée de l’exploiter au maximum et lui a refusé tout secours bien que la sachant en butte à de graves ennuis. Ce motif ne vous semble-t-il pas suffisant pour désirer se venger d’elle ?
— Vous m’avez dit qu’il s’agissait d’affaires et non d’une vengeance, protesta Macaire sévèrement.
— Mais cela en est une, insista Marius, car si vous réussissiez à faire débourser de l’argent à cette odieuse femme, vous auriez votre part.
— Dans ce cas, c’est différent, murmura l’autre.
— Alors inutile de perdre encore du temps. Vous êtes disposé à nous aider, n’est-ce pas ?
L’usurier réfléchit, évitant de croiser les regards de ses visiteurs puis répondit en soupirant :
— Je regrette, mais je ne pense pas pouvoir vous satisfaire. Je ne m’occupe que d’affaires nettes et simples et non de ce genre de choses.
— Mais je n’ai pas du tout l’intention de supprimer la vieille, protesta Marius.
— Peut-être ! Cependant vous voulez la faire chanter, et ça ne regarde que vous, répliqua froidement Paul Macaire. Je ne veux absolument pas être mêlé à votre projet.
— Vous avez tort, insista Marius. Réfléchissez à ce que vous pourrez empocher sans courir le moindre risque.
— Mais que dira madame Picquet lorsqu’elle saura que je me suis associé à vous pour lui causer du tort ?
— Elle n’en saura rien. Je ne vous demande que de me donner les renseignements me permettant d’agir comme je l’entends.
— Vous m’affirmez qu’elle ne connaîtra jamais ma participation dans cette affaire ?
— Vous pouvez en être sûr, et en plus, vous encaisseriez une jolie petite somme.
— Combien compteriez-vous m’offrir au cas où j’accepterais ajouta Macaire, les yeux brillants.
— Je ne peux préciser encore. Tout dépendra de vos réponses et des possibilités qu’elles m’offriront ! Répliqua Marius.
— Alors, questionnez-moi, reprit l’usurier, avec décision.
Marius lança un regard triomphant à Edwige qui écoutait très attentivement l’entretien des deux hommes.
— Très bien ! Monsieur Macaire. Permettez-moi de me recueillir quelques instants.
— Je vous en prie, fit en souriant l’usurier.
( A SUIVRE LE 3 JANVIER )