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MOINEAUX SANS NID N° 201

16 Novembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-201--.jpegOui, s’écria à haute voix Robert Montpellier, je vais devancer l’appel ! Ainsi, je pourrai au moins servir à quelque chose ! Et si je dois mourir, ce sera pour une noble cause !

Il pensa aussi que, peut-être de cette manière, il pourrait plus facilement découvrir les traces du passage incompréhensible de la jeune femme dans ce secteur du front.

Ayant pris cette résolution, le jeune artiste se sentit plus calme et tout à fait réconforté. Il se leva vivement, fit gaiement signe au chien qui se dressa d’un bond joyeux en jappant et sautant autour de son grand ami, comme s’il avait compris que son maître était moins préoccupé.

— Vite, allons nous-en, Vaillant ! Allons réaliser ce que j’ai décidé et je te promets qu’avant cette nuit tu pourras manger une bonne soupe bien copieuse ! Lui dit Robert en le caressant affectueusement.

Il avançait d’un bon pas, suivi de son fidèle compagnon et, croisant deux jeunes soldats, il leur demanda où se trouvait le centre de recrutement.

Une fois muni du renseignement, il se dirigea vers l’endroit qu’on venait de lui indiquer et il ne tarda pas à y arriver.

Le centre de recrutement était situé dans un immense immeuble qui avait été transformé en caserne et regorgeait d’hommes qui allaient et venaient dans la vaste cour, l’air affairé.

Robert demanda à l’entrée le bureau des engagements et y monta résolument.

Il fut forcé d’attendre fort longtemps. Enfin, on le fit entrer dans une très vaste pièce où un commandant assis à une table placée entre deux fenêtres, examina d’abord son livret militaire, puis lui posa de nombreuses questions, tout en inscrivant certaines réponses sur un grand registre ouvert devant lui.

Inutile de dire que le brave Vaillant était resté dehors, attendant le retour de Montpellier qui lui avait fait comprendre qu’il ne pouvait le suivre en ce lieu.

— Vous vous appelez donc ?... Demanda l’officier.

— Robert Montpellier, mon commandant ! Répondit le jeune homme avec empressement.

— Quel âge avez-vous ?

— Trente-deux ans.

— Où êtes-vous né ?

— A Paris.

L’officier le dévisagea quelques secondes en silence puis continua :

— Quelle est votre profession ?

— Je suis peintre, mon commandant.

L’homme tressaillit légèrement, le fixa de nouveau, mais avec une lueur plus douce dans son regard autoritaire et indifférent à la fois.

— Il est assez curieux qu’un artiste désire s’engager, reprit-il. Je ne veux pas dire par là qu’ils ne le font jamais ... Il y en a de nombreux certes, mais comme vous êtes encore en sursis, d’après votre livret militaire ...

Le jeune homme haussa tristement les épaules.

— Je n’ai pas voulu attendre davantage, mon commandant. Je désire me rendre le plus vite possible utile à mon pays, expliqua-t-il simplement.

— Très bien, Monsieur, je vous félicite, répliqua l’officier. J’aime entendre parler de la sorte et j’apprécie les garçons courageux que le danger n’effraie pas ... car je pense que vous avez envisagé cela en venant ici. Nous sommes en guerre et évidemment ...

Robert l’interrompit en s’écriant :

— Peu m’importe le danger, mon commandant !... D’autant plus que personne ne tremblera pour moi !

A cette réponse inattendue, l’officier le dévisagea de nouveau en fronçant les sourcils.

— Je vois ! Murmura-t-il. Il s’agit peut-être d’une déception amoureuse ?

— C’est possible, répondit doucement Robert, mais cela ne regarde que moi et ...

— Vous avez raison, Monsieur, approuva vivement l’officier, l’empêchant de compléter ses explications. Je n’ai pas voulu être indiscret et je ne me mêle jamais de ce qui ne me regarde pas.

Il se tut un instant, puis, changeant complètement de ton et de sujet, il reprit :

— Je vous juge à première vue apte au maniement des armes et capable de supporter ce qu’un bon soldat doit être prêt à affronter, surtout en temps de guerre.

— J’en suis très heureux, mon commandant, répondit Montpellier

— Parfait ! Maintenant Monsieur, passez auprès de mon secrétaire, ajouta-t-il en lui désignant le sous-officier assis à la table située du côté de la porte. Il se chargera des formalités et vous enverra passer la visite médicale qui décidera de votre engagement. Vous pouvez disposer !

Robert s’inclina et salua militairement puis s’approcha de la table du sergent.

Celui-ci lui fit signe de s’asseoir, puis lorsqu’il eut achevé ce qu’il faisait, il se leva, un papier entre les mains, en disant au nouveau venu :

— Suivez-moi s’il vous plait !

Robert obéit et les deux hommes après avoir parcouru un très long couloir arrivèrent devant la porte d’une très grande salle où avaient lieu les examens médicaux.

Le sergent lui remit le papier et le poussa à l’intérieur de la pièce. Robert recommença à attendre. Une demi-heure après, son tour arriva. Le médecin qui l’examina conclut en souriant :

— Vous avez un cœur magnifique et des poumons excellents, mon ami ! Bon pour le service !

Le lendemain après avoir dormi dans la chambrée composée d’une cinquantaine d’hommes, tous volontaires comme lui, Robert fut envoyé au magasin d’habillement dont il sortit une heure plus tard, complètement transformé.

Il alla ensuite à la soupe, sans oublier le bon Vaillant qui était resté toute la nuit dans la cour, avec l’assentiment des plantons, et se présenta ensuite à la compagnie à laquelle il avait été affecté.

On lui indiqua son escouade. Un lit lui fut désigné dans une autre chambrée, et on lui ordonna de se trouver sur les rangs à quinze heures pour le début de son instruction.

Ce même après-midi, comme tous ceux qui suivirent Robert dut exécuter toutes sortes d’exercices militaires avec ses nouveaux camarades. Puis par une matinée glaciale, son régiment reçut l’ordre de départ.

Quant à Vaillant, il n’avait jamais voulu s’éloigner de son ami, malgré les coups de pieds et les cris des uns et des autres, mais, bien vite, tous avaient fini par apprécier et aimer ce chien si brave et si intelligent, et la bonne bête fut considérée comme étant la « mascotte » de la section à laquelle appartenait Robert. C’était à qui le gâterait le plus et jamais Vaillant ne connut de pareilles agapes !

— C’est un excellent toutou, disait Montpellier avec orgueil.

Mais à cause de lui, il lui arriva un jour une très désagréable aventure, où il eut à subir les poings de trois colosses sénégalais.

Un soir que le régiment s’était arrêté dans un petit bois peu éloigné des lignes allemandes et que Robert était en train de grignoter un morceau de chocolat en lisant un journal il entendit le jappement plaintif de Vaillant.

Il jeta le quotidien et se précipita vers l’endroit d’où lui était parvenu l’appel de son ami.

Il ne tarda pas à le découvrir au milieu de quelques soldats sénégalais ; l’un d’eux l’avait attaché au tronc d’un arbre à l’aide d’une corde et s’amusait à le piquer cruellement de la pointe de sa baïonnette chaque fois que le pauvre chien essayait de saisir un morceau de viande qu’il avait placé devant lui.

Le sang de Robert ne fit qu’un tour à la vue de cet affreux spectacle. Il se précipita en courant au secours de son fidèle compagnon.

— Détache ce chien tout de suite ! Ordonna-t-il à celui qui jouait si méchamment avec le bon Vaillant.

— Non ! Répliqua le noir. Tu n’as pas d’ordres à me donner !

— Ce chien ne t’a fait aucun mal et il m’appartient ! Déclara Robert furieux. Et même s’il était le tien, je ne te permettrais pas de le torturer de la sorte.

Sortant son couteau de poche, Robert trancha vivement la corde qui retenait Vaillant lui permettant ainsi de se sauver.

Alors le sénégalais, un véritable colosse, lança un regard haineux au jeune peintre qui l’approcha, nullement effrayé.

— Tiens-tu à ce que je te brise les os ? Rugit le noir dont les yeux étincelaient de colère.

Comme Robert lui avait saisi un bras, celui qui s’appelait Moulouk s’élança sur lui. Robert le ceintura et les deux hommes étroitement accrochés l’un à l’autre, roulèrent à terre, mais les autres Sénégalais intervinrent pour aider leur camarade et le pauvre Robert, malgré sa force et son courage, commençait à être débordé, lorsque des soldats de sa section, attirés par les hurlements des noirs, accoururent, si bien que la bagarre devint générale.

Elle fut heureusement arrêtée par l’arrivée du capitaine qui leur lança un ordre d’une voix métallique.

— Je ne veux pas sévir pour cette fois, dit-il sévèrement après que le calme fut rétabli, parce que nous sommes ici pour combattre l’ennemi. Qu’une chose pareille ne se répète surtout pas, car cela vous coûterait beaucoup plus cher que vous ne pouvez l’imaginer !

Tous se turent et l’incident fut considéré comme terminé ! Pourtant, un peu plus tard, le sergent interpella Montpellier.

— Le capitaine te demande, ainsi que toi, dit-il en s’adressant au Sénégalais qui avait torturé le pauvre Vaillant.

Quelques secondes après, les deux hommes se présentaient à l’officier, assis sous un arbre à une centaine de mètres de là occupé à lire une lettre.

Robert et son compagnon le saluèrent et se mirent au garde-à-vous attendant qu’il leur adressât la parole.

— Pour quelle raison vous êtes vous battus tout à l’heure, créant une véritable rixe entre au moins une douzaine d’hommes ? Questionna-t-il sévèrement en fixant le noir.

— J’ai été provoqué par lui, mon capitaine, expliqua le noir, et mes camarades ont essayé de lui donner une bonne leçon, mais les siens sont intervenus et se sont jetés sur nous.

— Pourquoi ? Reprit l’officier en s’adressant cette fois à Robert.

— Ces Sénégalais torturaient un pauvre chien, mon capitaine, et je les ai empêchés de continuer, répondit le jeune peintre.

— je l’admets ... mais une fois le chien délivré, pourquoi avez-vous frappé cet homme ? Interrogea de nouveau le capitaine.

— C’est lui qui s’est jeté sur moi, mon capitaine, répliqua Robert.

— C’est vrai, reconnut le noir, mais lui m’avait fait très mal, et même blessé à la tête.

— Je ne l’ai pas fait volontairement, enchaîna Montpellier en cherchant à me dégager, je l’ai poussé avec force et il a heurté de la tête le tronc d’un arbre.

— Et après ?

— C’est tout, mon capitaine. Cinq ou six Sénégalais se sont jetés sur moi, et mes camarades, entendant les hurlements terribles qu’ils poussaient sont accourus à leur tour et ont cherché à me défendre.

L’officier garda un moment le silence, puis reprit :

— Vous ignorez sans doute tous les deux qu’un incident semblable sur le front est passible des plus graves sanctions ?

Robert baissa la tête.

— Eh bien ? Reprit l’officier.

— Mon capitaine, répondit le jeune artiste, je suis prêt à subir le châtiment que vous m’infligerez !

Le capitaine le dévisagea attentivement, sourit, puis poursuivit :

— Vous me semblez bien orgueilleux, mon ami !

— Mon capitaine, s’empressa de répliquer Robert, je n’ai surtout pas voulu manquer de respect à mon supérieur mais ...

— Bien, bien ! Interrompit avec brusquerie l’officier et je ne vous en veux nullement. Toutefois ajouta-t-il après un silence de quelques secondes, durant lequel il eut l’air de réfléchir intensément pour vous donner une leçon, je vais vous confier à tous deux une mission difficile que vous aurez à remplir cette nuit.

— A vos ordres, mon capitaine ! Répondit Montpellier.

— Approchez et écoutez-moi très attentivement, continua l’officier en les fixant tous deux à tour de rôle, comme pour évaluer leurs capacités respectives ; pas très loin d’ici, après le second petit bois, les Allemands ont installé un dépôt de munitions.

— Ah ! Fit Robert qui suivait cette déclaration avec le plus grand intérêt.

— Nous attaquerons ce dépôt demain à la fin de la nuit, afin de le détruire, mais pour le succès de cette opération j’ai besoin de savoir approximativement le nombre d’hommes qui le gardent.

— Très bien, mon capitaine, dit Robert.

— Il faut que je le sache dès cette nuit. J’ai donc décidé que tous deux, votre approcherez ce dépôt pour m’apporter ensuite les renseignements nécessaires. Tâchez d’agir de manière à ce que l’un de vous deux au moins revienne ici ; autrement cette reconnaissance ne servirait à rien !

— C’est entendu, mon capitaine, répliqua calmement Montpellier. — De cette façon, l’incident de tout à l’heure sera oublié conclut l’officier. Maintenant vous pouvez disposer !

Robert et le Sénégalais saluèrent puis s’éloignèrent du capitaine.

Durant tout le reste de la journée, les deux hommes n’échangèrent pas un seul mot ni ne confièrent à d’autres la mission dont on venait de les charger. Ils gardèrent le plus grand calme, comme s’ils ne se souciaient pas de la gravité de ce qu’ils devaient accomplir.

La nuit ne tarda pas à tomber, lourde d’un inquiétant mystère et un grand silence enveloppa la nature. Tous les hommes semblèrent dormir, alors qu’au contraire ils demeuraient attentifs au moindre bruit, car, à tout instant, une attaque ennemi pouvait se déclancher.

Robert et Moulouk commencèrent à se préparer pour la reconnaissance qu’ils devaient effectuer. Silencieusement, ils contrôlèrent leurs armes, se munirent de grenades et vérifièrent minutieusement leur équipement.

Ensuite, et pour la première fois après leur querelle, ils échangèrent quelques paroles à voix basse afin de se mettre d’accord. Robert consulta l’heure à sa montre de poignet ; il était un peu plus de minuit.

— Il ne nous reste plus qu’à recevoir les dernières instructions du capitaine, dit-il à son compagnon.

Le Sénégalais répondit par une sorte de grognement ...

 

( A SUIVRE LE 19 NOVEMBRE )

 

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