COMMENT LUTTER CONTRE LA CHALEUR
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COMMENT LUTTER CONTRE LA CHALEUR
La température est torride. On doit imprudemment des boissons glacées, on commet mille imprudences qui font la chaleur plus meurtrière que le froid. Le docteur Toulouse dont chacun connaît la compétence en matière d'hygiène a bien vouloir donner aux lecteurs de Nos Loisirs quelques conseils d'une actualité... brûlante.
On en souffre et l'on en rit, parce que le soleil luit en même temps qu'il nous brûle. Et cependant une chaleur de 30° —si commune en été dès qu'on s'éloigne du bord de la mer —est un fléau qui fait dans chaque agglomération importante quelque victime. Rien qu'à Paris dans une jeune journée on voit jusqu'à dix malheureux succomber au hasard des rues.
Le plus désagréable c'est que rien ne fait pressentir le coup, qui est subit et paraît aveugle ; les hommes comme les femmes, les jeunes gens comme les vieillards, les sujets d'apparence robuste comme les valétudinaires (1) tous paient tour à tour leur tribut. C'est assez pour s'inquiéter des chaleurs extrêmes et suivre à ce moment quelques règles de sage hygiène.
D'abord je détruirai un préjugé. On croit généralement que lorsqu'il fait très chaud, le soleil est seul dangereux. C'est une erreur. A l'ombre et en plein repos, l'individu est exposé au coup de chaleur. Le visage et les mains ne sont pas brûlés par les rayons solaires, mais le cœur se précipite, la respiration halète, le vertige fait chanceler le patient qui tombe dans une stupeur dont le plus souvent on ne peut le tirer.
Ainsi l'on n'est pas à l'abri lorsqu'on est protégé contre un soleil ardent. Et dans ce cas, il vaut mieux si rien n'oblige à rester dehors, aller prendre l'air chez soi.
Certaines conditions favorisent le coup de chaleur. Quand un air est charger d'humidité — l'hygromètre marquant plus de 70° — il transmet mieux la radiation solaire et il empêche la transpiration, qui est notre moyen automatique de nous rafraîchir. On est alors au régime de l'étuve humide. Or, l'homme est incapable de résister quelques minutes dans la vapeur à 51° tandis qu'il pourrait supporter dans un four sec, la température énorme de 130°. L'immobilité de l'air est mauvaise parce qu'elle diminue aussi la transpiration. De même le rassemblement d'une foule qui, en outre, augmente la chaleur puisque chaque corps est un poêle à feu continue chauffé à 37°. Des vêtements trop épais et trop serrés sont nuisibles pour des raisons analogues. Enfin, parmi les conditions favorisantes propres à l'individu, il faut citer les maladies de cœur.
Mais le soleil se lève et échauffe nos maisons et nos rues. Que faut-il faire ?
D'abord fermer les fenêtres, non pas seulement à l'extérieur mais à l'intérieur, sinon l'air chaud pénétrera dans l'appartement dont il échauffera les parois ; et la nuit venue, quand l'atmosphère aura fraîchi au dehors, elles se comporteront comme celle d'un four éteint, qui est encore tiède le lendemain.
Il faut manger modérément, surtout au repas du midi. L'estomac chargé gêne la circulation qui n'est pas déjà si aisée. Évitez les aliments qui s'altèrent vite. La viande doit être fraîche, tant pis si elle alors dure. Les poissons qui ont voyagé, les gibiers, les charcuteries seront examinés et flairés avec soin avant d'être apprêtés. La nourriture la plus saine aux jours caniculaires, est tirée de végétaux qui se conservent mieux et ne laissent pas dans le corps des produits résiduels plus ou moins toxiques. En tout cas, qu'une bonne cuisson tue les mauvais ferments. Pas de lait non bouilli, à peine de la salade crue et surtout pas de bœuf saignant mais plutôt trois fois cuit.
Comment conserver les aliment entre les repas ? Le mieux est de les mettre dans une glacière qu'on peut placer dans la cuisine la plus chaude. C'est là un meuble fabriqué aujourd'hui à bas prix, aussi indispensable que le fourneau à gaz.
L'eau ? Chaude autant que possible et souvent si l'on veut. Les Japonais se rafraîchissent avec des liquides de 40°. Cette pratique est bonne à imiter. Défense surtout de boire de l'eau glacée ou très fraîche qui peut occasionner, quand il fait très chaud des indigestions ou l'inflammation des organes profonds. Récemment, étant en voyage, les garçons d'hôtel s'ingéniaient à m'apporter à table de l'eau frappée — que, régulièrement, à leur stupéfaction, j'envoyais mettre quelques instants sur le bain-marie de l'office. Pendant tout cet été j'ai bu de l'eau tiède qui m'a admirablement réussi ; et — voyez comme tout est habitude et convention — je la trouvais très agréable.
Il faut se vêtir. Ne vous étonnez pas que je donne ce conseil puisqu'il est des gens qui chez eux restent déshabillés. O un vêtement — quel qu'il soit — est un isolant de la température. Le meilleur dans ce but est fait de laine et non de toile ; il est parfait, s'il est ample pour que l'air circule au-dessous et d'une couleur blanche qui absorbe le moins de rayons solaires. Le burnous des Arabes — s'il était un peu moins lourd — un bon vêtement pour les jours chauds. Pour moi quand vient la canicule, je me couvre suffisamment et je vais ensuite plus fraîchement.
Les bains et les douches — tièdes toujours — décapent la peau et la font respirer.
Ne sortez que pour vos affaires. Distrayez-vous à la maison. Quand vous circulez en dehors ayez un large parasol et ne rougissez pas de vous en servir. Évitez le soleil et portez des verres fumés ou jaunes pour protéger vos yeux. Recherchez les rues étroites et fuyez les belles avenues où la chaleur fait rage. Ne courez pas. Évitez vos prochains et passez loin des rassemblements qui sont de vraies chaudières humaines. C'est dans les rangs serrés des troupes que le coup de chaleur frappe le plus durement. Et surtout ayez le ventre libre ; beaucoup de morts subites dans les marches ont lieu après l'ingestion d'aliments. Si vous le pouvez ne voyagez pas en chemin de fer dans la journée car le train reste constamment au soleil et il fait sensiblement plus chaud dans les wagons que dans les rues. Enfin si vous m'en croyez renvoyez au soir les affaires sérieuses. Contentez vous de pouvoir répéter au déclin d'une de ces belles et meurtrière journée, ce qu'un sage disait un soir de la Terreur : « J'ai vécu !»
(1) Personne qui n'est pas en bonne santé
REVUE NOS LOISIRS DU 28 JUIN 1908