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MOINEAUX SANS NID N° 193

23 Octobre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-193--.jpegDans sa nouvelle demeure, madame Picquet menait la vie d’une paisible bourgeoise et ne maltraitait plus du tout la petite Mireille.

Pourtant, même mangeant désormais à sa faim et dormant dans un lit bien douillet, l’enfant regrettait le temps passé, lorsqu’elle courait librement les rues de Paris avec son ami Pierrot, l’estomac souvent vide et couchant parfois à la belle étoile ... Naturellement, elle ne se sentait pas heureuse.

« Pierrot m’a oubliée ! Il ne m’aime plus ! » Se disait-elle tristement.

Mais Pierrot pensait toujours à sa chère petite compagne. Il l’aurait bien volontiers arrachée d’entre les griffes de « l’Araigne », mais il n’osait le faire, sachant que les autorités l’auraient vite reprise pour sans doute l’envoyer cette fois, dans un orphelinat.

Mireille après tout, était à l’abri auprès de la vieille femme et Pierrot n’ignorait pas qu’elle y vivait en paix. Souvent il l’apercevait de loin, ne voulant pas approcher du pavillon, de crainte d’être découvert par la vieille mégère.

Madame Picquet, à présent, avait engagé un vieux ménage à son service ; la femme, Técla, s’occupait de la maison, tandis que son mari, Arnold prenait soin du jardin et faisait les plus gros travaux pour épargner trop de fatigue à son épouse.

Ils se contentaient de très modestes gages, heureux de manger à leur faim, d’être chaudement habillés et de vivre sous un tel toit, eux qui avaient toujours vécu dans une cabane sur la zone !

— Arnold, lui avait dit un jour la maudite « Araigne » si jamais un gamin — oh ! Un vrai gosse des rues ! — essayait de s’approcher de la maison, tâchez de l’attraper et de lui flanquer une bonne correction. Je vous donnerai un solide pourboire si vous y parvenez ...

— Je ferai de mon mieux, Madame, s’était empressé de répondre l’homme, allécher par la perspective d’un gain supplémentaire.

Depuis cet instant, le vieux jardinier ne cessait de guetter le sacré gamin ... mais pas plus que « Sœur Anne », il ne voyait rien venir !

Un matin, madame Picquet se leva plus tôt encore que de coutume.

« Aujourd’hui, pensa-t-elle, j’irai voir les Barbier, et je suis sûre que je passerai une journée très agréable »

Les Barbier étaient de vieux amis de « l’Araigne » qui tenaient un petit café à deux pas de la Bastille, et où, selon madame Picquet, on buvait le meilleur Beaujolais de Paris.

Vers midi, ayant fait toilette, la nouvelle rentière était prête à s’en aller.

— Je sors, petite, dit-elle en embrassant Mireille. J’ai quelques affaires à conclure et ne rentrerai qu’après dîner. Sois bien sage et obéis en tout à Técla !

— Oui, Madame, répondit gentiment la fille de Valérie Labeille.

— Tu peux aller jouer dans le jardin si tu en as envie, autorisa la vieille femme ;

— Merci, Madame !

— Au revoir, mignonne !

— Au revoir, répondit l’enfant en soupirant espérant de tout son cœur que quelque chose de merveilleux arriverait peut-être et empêcherait pour toujours « l’Araigne » de revenir !

Dès qu’elle fut partie, la fillette sortit dans le jardin, et aperçut le vieil Arnold le sécateur à la main, qui taillait les rosiers grimpants sur un côté du petit pavillon.

L’enfant se mit à jouer, mais n’ayant personne pour partager ses jeux, elle eut vite fait de commencer à s’ennuyer.

« Ah ! Si Pierrot était là ! » Pensa-t-elle en se laissant tomber découragée, sur le banc de pierre situé près de la grille d’entrée.

Mireille fixait la petite pelouse toute roussie par le brûlant soleil de ces derniers jours, songeant à Valérie et à son cher compagnon de jeux dont l’absence lui était si pénible à supporter.

Soudain elle tressaillit ; un homme venait de s’arrêter près de la grille et la dévisageait avec insistance. La fillette leva les yeux sur l’intrus, mais ne put retenir une exclamation de joie.

— Monsieur Robert Montpellier ! S’écria-t-elle.

Le nouveau venu posa un doigt sur ses lèvres en lui désignant des yeux le jardinier toujours occupé à la taille du rosier. Mireille obéit, mais son visage, maintenant, resplendissait de plaisir, car elle avait aperçu, derrière Robert, Pierrot, son cher Pierrot, fort correctement habillé.

— Tu ne nous connais pas ! Lui souffla Montpellier.

— Madame Picquet n’est pas là ! L’informa Mireille, à voix basse, elle aussi.

— Je le sais. Je viens de la voir sortir d’ici, murmura robert en souriant.

— Vous a-t-elle vus ? S’enquit l’enfant, inquiète.

— Non, non ! La rassura Montpellier.

— Mais, je ne suis pas seule, reprit Mireille, toujours sur le même ton ; il y a maintenant un jardinier et sa femme.

— Ne te fais pas de souci ! Conseilla le jeune homme. Tout se passera bien, tu verras.

Alors, à deux reprises, il agita la clochette de la porte du jardin.

Arnold, qui était allé boire un verre de vin à la cuisine, accourut le plus vite que le lui permettaient ses vieilles jambes.

— Ouvrez ! Lui ordonna Robert, de l’autre côté de la grille.

— Que voulez-vous ? Questionna le jardinier avec méfiance.

— Je suis un inspecteur de police et j’ai besoin de m’entretenir avec la propriétaire de ce pavillon.

— C’est que Madame est sortie, répondit vivement Arnold.

— Ca ne fait rien ! Ouvrez, puisque vous êtes là !

— Vous voulez entrer ? Demanda l’homme, hésitant.

— Vous auriez déjà dû m’ouvrir, répondit sévèrement le faux policier.

— Excusez-moi, Monsieur ! S’empressa de répondre Arnold en sortant une grosse clé de sa poche et en ouvrant immédiatement la grille à Robert qui entra, suivi de Pierrot.

Le peintre tenait un petit carnet et un stylo dans ses mains. Il demanda au jardinier sur un ton assez cassant :

— Quel est le nom de la propriétaire de ce pavillon ?

— Madame Picquet.

— Voulez-vous me conduire à un endroit où il me soit possible d’écrire les réponses que vous ferez à mes questions.

L’homme le dévisagea, effrayé.

— Pourquoi voulez-vous m’interroger, Monsieur ? Aurais-je donc fait quelque chose de mal ?

— Non, répondit robert, mais je suis chargé d’établir une statistique demandée par la municipalité de Pantin.

Arnold ouvrit de grands yeux.

— Je ne comprends pas, Monsieur, mais entrez, je vous prie.

Et il le conduisit dans la salle à manger. Robert s’assit devant la table, fit venir également Técla et posa toute une série de questions les concernant personnellement, tandis que Pierrot était resté au jardin avec Mireille.

— Ma Mireille ! S’écria-t-il en l’embrassant tendrement une fois seul avec la fillette.

— Oh ! Pierrot, soupira-t-elle très émue. Je croyais ne plus jamais te revoir !

— Tu m’aimes toujours autant ? Lui demanda-t-il en fixant avec admiration les merveilleux yeux d’un bleu violet de la petite fille, si pareils à ceux de Valérie Labeille.

— Mais je n’ai pas changé, Pierrot ! Affirma-t-elle avec élan. C’est plutôt toi qui m’oublies et qui ne viens jamais me voir !

— Mireille ! S’exclama-t-il avec un accent de reproche dans la voix.

— Oui, tu ne penses plus à moi ! Vous m’avez tous bien oubliée, toi et jusqu’à maman ! Ajouta-t-elle en fondant en larmes.

— C’est complètement faux ! Se défendit Pierrot. Jamais je n’ai cessé de penser à toi et de t’aimer comme je le ferai toujours !

— Pourquoi alors, ne viens-tu jamais me voir ? Lui dit-elle observer avec amertume.

— C’est ce que tu crois, répondit le petit garçon, mais je passe très souvent par ici et je me contente de regarder de loin.

— Tu sais pourtant bien que tu me ferais beaucoup plus plaisir en t’approchant, ne serait-ce que pour me dire bonjour de temps à autre, protesta Mireille.

— Je préfère être prudent à cause de « l’Araigne » ; autrement, elle te punirait, expliqua-t-il.

— Gare à elle si elle osait ! S’écria Pierrot d’une voix menaçante.

— Tu me défendrais ? Questionna Mireille, timidement.

— Bien sûr ! Car je ne suis plus un enfant, mais un homme ! Affirma-t-il orgueilleusement.

— J’aime mieux qu’il n’arrive rien, ajouta la fillette.

Les deux enfants se turent un instant, puis Pierrot poursuivit tout en regardant autour de lui :

— Ca fait réellement bien mal au cœur de penser que c’est à présent cette odieuse sorcière qui habite cette charmante maison !

— Elle appartenait avant à ma maman, n’est-ce pas ? S’informa Mireille d’une voix mal assurée.

Elle se tut de nouveau en proie à des pensées qui ne devaient sûrement pas être très gaies, car son joli sourire s’était effacé.

— tu n’as jamais reçu de nouvelles de maman, Pierrot ? Demanda-t-elle.

Le petit garçon fit semblant de ne pas avoir entendu cette question afin de ne pas trop l’attrister. Alors Mireille reprit douloureusement /

— Maman est peut-être morte !

— Oh ! Ne dis pas une chose pareille ! S’exclama Pierrot.

— Comment alors, Pierrot, peux-tu expliquer un tel silence ? Continua-t-elle. C’est la question que je me pose sans cesse, enfermée dans cette cage dorée, durant des journées qui me paraissent plus longues que des siècles, tant je m’ennuie !

— Veux-tu que je t’en sorte ?

— si je veux ?...

— Tu n’as qu’à le dire, Mireille !

— Je le désirerais de tout mon cœur, soupira la pauvrette, mais tu sais très bien que c’est impossible !

— Pourquoi ?

— Parce que, reprit-elle avec des larmes dans la voix, toi tu serais envoyé en prison et moi, on n’hésiterait plus à m’enfermer dans un orphelinat ; et en plus de tout cela, monsieur robert serait accusé d’avoir tout organisé, comme l’autre fois ?

Pierrot se tut, furieux contre lui-même de n’avoir pas maîtrisé son impulsion alors qu’il savait que Mireille avait raison.

— Tu vois bien ; il faut nous résigner et tout supporter jusqu’à notre majorité, acheva tristement Mireille.

— Ce jour-là, s’écria vivement Pierrot, c’est moi qui viendrai te chercher ! Je serai certainement en possession de mon héritage et nous irons très loin d’ici nous faire le nid que nous n’avons jamais pu avoir jusqu’à présent.

Les beaux yeux de Mireille brillèrent tels des escarboucles.

— Oh ! Oui ! Approuva-t-elle toute joyeuse, et je ...

Mais elle s’interrompit ; à cet instant, Robert Montpellier sortait de la maison, il rejoignit les enfants caressa la joue fraîche de la fillette, puis, suivi de Pierrot, quitta le pavillon et gagna la rue.

Les mains accrochées aux barreaux de la grille, Mireille les regarda s’éloigner, les yeux remplis de larmes, tandis que le vieil Arnold, après avoir refermé la porte de fer du jardin à clé, recommençait à tailler ses rosiers.

L’enfant continuait à fixer les deux chères silhouettes, lorsqu’elle vit soudain Pierrot tourner la tête et lui adresser un salut amical de la main, auquel elle répondit vivement, alors que de grosses larmes roulaient sur ses joues.

Lorsqu’elle les eut perdu complètement de vue, une immense tristesse l’envahit et pesa sur son jeune cœur, trop privé de tendresse ...

Elle revint lentement s’asseoir sur le banc de pierre et demeura ainsi immobile et silencieuse en proie à de nombreuses pensées douloureuses et sombres qu’elle cherchait vainement à chasser.

Sa mère était-elle morte ? Sinon, ne serait-elle pas revenue la prendre pour la bercer dans ses bras, la réconforter de tendres paroles, de sa voix si douce et si mélodieuse ! Pierrot évitait de parler d’elle, elle l’avait bien remarqué ... Oui, elle ne se trompait certainement pas ...C’était la dure, la plus cruelle des vérités ; sa mère était morte !

Elle songea ensuite à Pierrot, à sa chaude affection toujours fidèle ... Un jour — et de cela elle ne doutait pas — ils seraient réunis pour vivre ensemble des jours paisibles et très doux ...

 

( A SUIVRE LE 26 OCTOBRE )

 

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