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MOINEAUX SANS NID N° 190

14 Octobre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE 190Alice ! Appela le marquis en se précipitant dans le boudoir de sa sœur qui était occupée à écrire, assise devant son ravissant secrétaire en bois de rose. Sais-tu que Robert Montpellier a été relâché ? Son procès a finalement eu lieu hier, et comme aucune preuve n’a pu être retenue contre lui, il a été remis séance tenante en liberté… — Je le savais déjà depuis hier soir, répliqua Alice en se tournant vers lui.

— Moi, je viens de l’apprendre à l’instant ; aussi je suis venu tout de suite te le dire.

— Si tu savais qu’elle joie me procure cette décision ! S’exclama la jeune femme.

— Je m’en doute !

— Maintenant, il ne te reste plus qu’à attendre la réhabilitation de ta chère Valérie Labeille ! Reprit ironiquement sa sœur.

— Anselme soupira tristement et répondit :

— Même si cela était, désormais je ne pourrais espérer obtenir son amour.

— Et pourquoi ?

— Parce que Valérie est de nouveau très riche, expliqua le marquis.

— Je connaissais ce détail aussi, dit Alice.

— Par conte, il a quelqu’un que nous connaissons et qui est complètement ruiné, révéla Anselme.

— Ah ! Qui donc ?

— Tu ne vas pas te fâcher si je te dis son nom ?

— Pourquoi me fâcherais-je, puisqu’il ne s’agit pas de nous !

— Eh bien ! C’est Robert Montpellier.

— Comment ? S’exclama-t-elle d’un air incrédule.

— Tu ne me crois pas ? Demanda Anselme. Mon homme d’affaires vient de me confier qu’il avait placé la majeure partie de sa fortune dans une entreprise qui s’est écroulée à cause de la guerre.

— Tant mieux ! Murmura la jeune femme.

— Quoi ? Ca te fait plaisir ? S’étonna Anselme, déconcerté.

— Oui, je l’avoue !

— Tu me surprends beaucoup ! Ajouta Anselme.

— J’espère ainsi qu’il finira par haïr cette femme qui est la cause de tous ses maux, expliqua Alice les yeux pleins de haine.

— Je ne vois pas comment Valérie peut être tenue pour responsable de sa ruine, murmura le marquis.

— Elle l’est bien, pourtant ! Affirma Alice. N’est-il pas resté en prison à cause d’elle ? Cette détention injustifiée l’a empêché de s’occuper de ses intérêts.

— Je n’y avais pas songé ! S’exclama anselme.

— Tu vois bien que j’ai raison d’être ravie, ajouta Alice avec méchanceté.

— Maintenant que Valérie est riche, elle voudra sûrement aider Montpellier, observa le marquis.

— Orgueilleux comme il l’est, il refusera, sois-en certain, s’écria Alice.

Un silence suivit, Alice paraissait réfléchir ; peut-être une nouvelle idée venait-elle de germer dans son diabolique cerveau ?

— As-tu des nouvelles de Pierrot ? S’enquit-elle brusquement.

— Non.

— Tu ne sais pas quel a été le résultat de notre envoi à cet enfant ? Demanda-t-elle encore.

— J’ai seulement appris qu’hier il est allé chercher ses journaux comme d’habitude.

— Qu’a-t-il donc fait de notre « cadeau » ? Murmura la jolie femme songeuse.

— Je n’en sais rien, répondit son frère perplexe.

Alice réfléchit encore, puis déclara avec un sourire cruel :

— Eh bien ! Valérie lui en enverra un autre !

— Tu ne crois pas qu’il se méfiera ? Hasarda Anselme timidement.

— Il est beaucoup trop petit, voyons ! Protesta-t-elle.

— Tu le connais mal, A lice ; ce gamin est très malin.

Les grands yeux sombres de la jeune femme étincelèrent.

— Malgré son intelligence, je t’affirme que, cette fois, il mourra ! Trancha-t-elle durement.

— Tu as raison, soupira Anselme ; il faut éliminer cet enfant avant qu’il devienne trop dangereux pour nous. Je te laisse le soin de trouver une solution, et lorsque tu te seras décidée, je m’empresserai de t’obéir.

— Parfait ! Conclut-elle. Viens donc me trouver demain matin vers dix heures.

— Je serai ponctuel. A demain, ré »pondit-il.

Il quitta vivement sa sœur qui se replongea dans ses diaboliques pensées.

— Robert ruiné ! Murmura-t-elle et cette chipie de Valérie, très riche !...

Elle sonna sa femme de chambre et lui demanda de lui préparer une très élégante toilette d’après-midi ; un deux pièces de velours écaille qui lui seyait particulièrement bien. Elle s’habilla rapidement et prévint sa soubrette avant de s’en aller qu’elle ne rentrerait pas dîner.

Elle employa la première partie de l’après-midi à faire quelques emplettes, puis, vers dix-huit heures arriva dans la rue ou se trouvait le petit hôtel particulier de Robert Montpellier. Elle hésita avant de sonner, mais sa passion pour le jeune artiste l’emporta sur sa dignité et sa rancune.

Robert était installé devant son chevalet, en train de commencer l’esquisse d’une nature morte, lorsque son valet de chambre lui annonça la visite de mademoiselle d’Evreux.

— Faites entrer, ordonna Robert, après une imperceptible hésitation.

Lorsque le domestique s’éloigna pour obéir, Montpellier ne put réprimer un geste de contrariété. Pourtant, cela ne l’empêcha pas de se diriger vers la jeune femme en la voyant apparaître sur le seuil de la pièce. Après lui avoir serré la main sans trop de chaleur, il lui avança un fauteuil.

— Je te remercie de cette visite, que, réellement, je n’attendais guère, commença-t-il avec embarras.

— Ah ! Dit-elle simplement en souriant. Et pourquoi ?

— Hélas !... Je ne suis plus désormais qu’un malheureux qui a été accusé » de vol et de rapt d’enfant, même si la justice n’a rien pu retenir contre moi.

Alice répondit en haussant les épaules :

— Jamais un seul instant je n’ai douté de ton entière innocence en ce qui concerne le vol.

— Tandis que tu penses que j’ai pu contribuer à l’enlèvement de la fillette, n’est-ce pas ?

— Cela oui, je l’ai cru, avoua la sœur du marquis.

— Oh ! S’indigna le jeune homme.

— On est capable de tant de choses par amour ! Continua-t-elle. Tu as pu, toi aussi, perdre la tête ! Mais parlons d’autre chose ; depuis quand es-tu rentré chez toi, Robert ?

— Depuis avant-hier soir, répondit Montpellier.

— Cette enfant n’a-t-elle pas déclaré que ce n’était pas toi qui l’avais enlevée ? Questionna de nouveau la visiteuse.

— Si, mais la vieille sorcière ayant affirmé le contraire c’est elle que l’on a préféré croire pour commencer, répondit robert avec amertume.

— Tâche d’oublier, puisque c’est fini à présent, conseilla Alice.

— Facile à dire, mais j’ai tout de même fait de la prison ! Grommela Robert avec colère.

— J’ai appris, poursuivit la jeune femme, que tu avais également un autre genre de soucis…

Robert baissa tristement la tête.

— C’est exact, admit-il ; j’ai par-dessus le marché perdu une grande partie de ma fortune. Ce n’est pas pourtant cela qui me préoccupe le plus…

La jeune femme l’enveloppa d’un regard ardent.

— Je n’en doute pas !

— Je suis rentré chez moi avec l’intention de travailler dur, expliqua le jeune artiste.

— Mais il est difficile de gagner de l’argent avec la peinture en ce moment, observa Alice.

— Je le sais, hélas !

Il y eut un silence ; puis mademoiselle d’Evreux demanda brusquement :

— As-tu reçu des nouvelles de Valérie Labeille ?

— Non, répliqua-t-il d’une voix sourde.

— J’ai appris que, de nouveau, elle est très riche.

— Tant mieux pour elle ! Murmura Robert.

— En tout cas, elle ne s’est pas beaucoup souciée de toi, insinua perfidement Alice.

— Je n’ai besoin de personne ! Trancha Robert furieux.

— Lorsqu’on est dans l’ennui, une simple pensée d’êtres que l’on aime fait beaucoup de bien, insista la sœur du marquis.

— Je n’intéresse personne, reprit Robert avec amertume. Sur terre, on ne trouve qu’ingratitude et méchanceté.

— Il y a pourtant des exceptions protesta doucement Alice.

— Je n’y crois guère…

— Tu as tort… Pourtant je comprends ton pessimisme après ce qui vient de t’arriver à cause de cette femme.

— Je ne la crois pas mauvaise, la défendit Montpellier.

— Peut-être, admit très astucieusement Alice. Cependant elle s’est montrée assez indifférente envers l’homme qui, par sa faute, vient de passer de longs mois en prison.

— Sans doute ne lui a-t-il pas été possible de venir, s’entêta à soutenir Robert.

— Elle aurait pu au moins écrire, suggéra la sœur du marquis.

Cette fois Montpellier ne répondit pas ; la logique d’Alice était indiscutable.

Evidemment, Valérie aurait pu lui écrire ! Sûrement, elle ne l’aimait pas et ne voulait plus rien savoir de lui. Brusquement, il décida que, le lendemain, il se rendrait au modeste logis qu’elle occupait avant ces tristes événements pour tâcher d’apprendre quelque chose.

Alice de son côté, ne cessait de le fixer, comme si elle essayait de deviner ses pensées. Que n’aurait-elle donné pour les connaître !

— Mon frère, enchaîna-t-elle pour rompre le silence qui commençait à devenir insupportable m’a chargée de mille choses pour toi.

— Merci. Tu le salueras de ma part, répliqua-t-il très froidement.

Un nouveau silence s’établit, et, une fois de plus, Alice reprit la parole la première.

— Cette toile que tu viens de commencer, demanda-t-elle, est-ce une commande ?

— Hélas ! Non ! Répondit amèrement Robert.

— Refuserais-tu une proposition de ma part ?

— C’est selon, Alice…

— Voici… Mais sans doute tu vas trouver mon idée un peu trop originale, dit-elle en hésitant.

Robert la fixa, perplexe, puis conseilla en souriant :

— Dis toujours…

— J’aimerais que tu reproduises la « Maya » de Goya, mais sous mes traits.

Le jeune homme garda le silence ; un léger sourire errait encore sur ses lèvres.

— Alors, quelle est ta réponse ?

— J’accepte, mais a la condition de pouvoir présenter cette toile au salon, déclara Robert.

— Entendu ! Quand commenceras-tu ? Demain ?

— Non, pas demain. Dans deux ou trois jours si tu veux bien.

— Parfait ! Pour le prix, permets-moi de le fixer. Je…

— Non, Alice interrompit énergiquement le jeune artiste, c’est moi seul qui établis le prix de mes œuvres.

— Je ne partirai pas d’ici sans connaître tes conditions.

— Mais, ma chère, répondit très gentiment Robert, je n’ai nullement l’intention de te faire payer ce tableau !

— Jamais de la vie ! Protesta la sœur du marquis. Il n’y a aucune raison pour que…

— Si, au contraire. Et bien que je sois presque ruiné à présent, insista Montpellier, je peux encore me permettre de faire un cadeau à mes amis.

— Je ne suis pas d’accord, rétorqua Alice. Si tu as des amis riches, ils peuvent aussi désirer jouer les mécènes.

— Peut-être, Alice, mais pour le moment, je n’ai besoin de rien et je refuse absolument de te faire payer cette toile !

— Et si je te disais que je t’ai demandé ce tableau dans le seul but de te faire gagner un peu d’argent ? Expliqua la jeune femme tout à fait déconcertée.

— Dans ce cas, je serai forcé de refuser !

Ils continuèrent encore à discuter sur ce point, pour, finalement, décider de reparler de la question financière après l’exécution du tableau.

— Je reviendrai poser jeudi au début de l’après-midi… Au revoir, Robert.

« Ah ! Se dit-il une fois seul. C’est une véritable sirène que cette femme !... Mais jamais elle ne réussira à chasser Valérie de mon cœur ! 

 

( A SUIVRE LE 17 OCTOBRE )

 

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