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MOINEAUX SANS NID N° 185

29 Septembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE-185--.jpegMichel Labeille, Valérie et Henri Lefort furent tout de suite entourée par les soldats français revenus occuper ce village enlevé aux Allemands ; ils furent conduits devant un sergent qui leur posa toute une série de questions auxquelles ils s’efforcèrent de répondre de leur mieux.

Ces explications ne semblaient pas satisfaire complètement le sous officier qui ne parvenait pas à comprendre comment ces trois personnes — dont une femme par-dessus le marché ! — pouvaient se trouver dans ce secteur agité où venaient de se dérouler de si violents combats. Aussi décida-t-il de soumettre la solution d’un tel problème à ses supérieurs.

Nos amis furent donc emmenés jusque chez le lieutenant-colonel, commandant le régiment.

— Voulez-vous me montrer vos papiers, demanda assez sèchement l’officier.

Michel Labeille se dépêcha de lui tendre son passeport ainsi que celui de sa fille, puis il lui montra également les laissez-passer délivrés par les Allemands pour prouver qu’ils disaient bien la vérité.

— Et qui est cet homme ? Ajouta le lieutenant-colonel en désignant Henri Lefort.

Henri Lefort s’approcha en souriant de l’officier.

— Mon colonel, déclara-t-il en saluant militairement, je suis le capitaine Lefort, du quarante-troisième régiment de tirailleurs sénégalais. Je viens d’être gravement blessé au cours d’une patrouille de reconnaissance et j’ai été recueilli et soigné par monsieur et mademoiselle Labeille qui habitaient une maison toute proche du lieu ou je me suis battu avec mes hommes. Je dois ajouter que je leur dois la vie, autrement, je ne serais certainement pas ici à cette heure.

— Vous avez été blessé ? fit l’officier incrédule.

— Oui, mon colonel, affirma Lefort. Tenez : voyez vous-même, ajouta-t-il en déboutonnant sa chemise et montrant à son supérieur sa blessure encore toute fraîche.

Ce dernier la regarda à peine.

— Je voudrais vous croire, répliqua-t-il assez froidement, mais tant que je n’aurai pas la preuve de vos déclarations, il ne me sera pas possible de vous laisser repartir.

— Mais mon colonel, protesta vivement Lefort, téléphonez à mon régiment afin qu’il vous soit possible de contrôler que je dis vrai et qu’ils soient également informés que je ne suis pas mort et prêt à reprendre mon poste !

L’officier eut un léger sourire et répondit :

— C’est exactement ce que j’ai l’intention de faire dès demain.

— Pourquoi pas à présent mon colonel ? S’étonna le jeune capitaine.

— Tout laisse supposer que les Allemands s’apprêtent à attaquer dans ce secteur. Je ne puis m’occuper d’autre chose.

Lefort se mit au garde-à-vous.

— Mon colonel, reprit-il, si vous avez besoin de moi, je suis à vos ordres et je désire de tout mon cœur reprendre le combat !

— Je suis désolé, murmura-t-il mais je n’ai pas le temps de régler cette question pour l’instant et je ne peux vous confier un commandement sans être certain de votre identité.

Quelques minutes plus tard, Michel Labeille, Valérie et Lefort étaient conduits sur l’ordre du colonel, dans une petite maison qu’ils ne devaient quitter sous aucun prétexte. Une heure après deux soldats leurs apportèrent à manger et à boire, ainsi que trois couvertures en prévision de la nuit. Résignés, ils durent s’installer de leur mieux. Lefort, surtout enrageait de l’obstination de son supérieur.

En pleine nuit, alors qu’il faisait une obscurité totale, une terrible canonnade les réveilla en sursaut, accompagnée par le bruit effrayant et si particulier des tanks avançant à travers champs et sur la route.

— Que se passe-t-il ? Demanda Valérie, toute tremblante.

Lefort s’empressa d’éteindre la bougie qu’elle venait d’allumer et expliqua d’une voix inquiète.

— C’est certainement l’attaque dont a parlé le colonel !

Une mitrailleuse commença à crépiter non loin d’eux ; en effet, les Allemands essayaient d’enlever la position et le combat s’annonçait terrible.

Valérie à demi morte de peur, se réfugia dans les bras de son père qui la pressa tendrement contre lui, tandis que Lefort inquiet, sentait sa nervosité augmenter sans cesse.

— N’ayez pas peur ! Murmura-t-il ému par la grande frayeur qu’on pouvait lire dans les yeux de la pauvre jeune femme. Vous verrez que les nôtres réussiront à tenir.

— Dieu le veuille ! Soupira Valérie. Vous ne craignez pas que les Allemands arrivent jusqu’ici ? Que se passerait-il s’ils enfonçaient nos lignes ?

— Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une attaque massive, car, dans ce cas, le colonel nous eût fait partir d’ici, expliqua-t-il.

Mais en son for intérieur, il savait bien que ce n’était pas exact, et que dans une pareille éventualité, nul n’aurait pensé à s’occuper d’eux. Il cherchait uniquement à réconforter la pauvre Valérie.

A cet instant le colonel entra dans la chaumière.

— Ne bougez surtout pas d’ici ! Leur recommanda-t-il. Je pense que vous avez compris que les Allemands attaquent et que la lutte sera dure. Tâchez de ne pas avoir trop peur, Mademoiselle. Vous devez du reste avoir une certaine habitude de la guerre.

— Hélas ! Oui ! S’exclama Valérie, mais je ne vous cache pas que je préférerais être très loin d’ici !

— Gardez votre calme et bonne chance ! Dit l’officier en s’éloignant

A cet instant précis, la maison tout entière fut ébranlée par une terrible explosion ; un obus venait d’éclater tout à côté et Valérie poussa un hurlement de terreur.

— Capitaine ! Cria alors le colonel en s’adressant à Lefort, allez vite avec vos amis vous abritez dans la tranchée à quelques pas d’ici. Tournez à droite en sortant de la maison.

Il se mit à courir, tandis que se déchaînait un véritable enfer.

— Venez vite ! fit Lefort.

Eclairés par les lueurs rouges du combat de plus en plus acharné, tous trois se précipitèrent vers la tranchée située à une centaine de mètres de la maison et ils s’y engagèrent en soupirant de soulagement

Valérie tremblait comme une feuille et Labeille souffrait de la voir ébranlée à un tel point. Lefort lui, très calme, prêtait l’oreille essayant d’imaginer d’après les différents tirs d’artillerie, le déroulement des opérations engagées.

— Courage, Mademoiselle ! Murmura -t-il soudain à la jeune femme ; on dirait que la lutte se calme un peu. Ecoutez donc ; les tirs se ralentissent. N’ayez pas peur ; ici, nous sommes en sûreté.

— Vous croyez que les Allemands abandonnent ? Balbutia Valérie d’une voix hachée.

— J’en ai bien l’impression ! Répondit le jeune officier.

Les détonations maintenant étaient moins fréquentes et le canon se tut finalement. Un silence absolu ne tarda pas à régner.

— Qu’est-il donc arrivé ? Demanda Valérie, essayant de dominer le tremblement de sa voix.

— Rien de mauvais, je pense, répondit gaiement Lefort ; les Allemands ont dû se retirer et le calme est rétabli dans ce coin.

Mais quelques instants plus tard.

— Ecoutez !... Mon Dieu ! On dirait que ça recommence ! dit la jeune femme avec épouvante.

Dans le lointain, en effet, une mitrailleuse recommençait à crépiter.

— Sans doute n’est-ce qu’un tank qui s’acharne contre l’ennemi, expliqua doucement Lefort. Cela peut encore durer un bon moment. Toutefois, j’ai l’impression que l’attaque allemande a complètement échouée.

Comme pour prouver ces paroles, un groupe de soldats français quittait la tranchée pour aller occuper de nouveau ses positions après le récent combat. Le tir continua, spasmodique, quelque temps encore comme venait de le supposer fort justement Lefort, puis il finit par cesser complètement.

Vers l’aube alors que Michel, Valérie et le capitaine Lefort avaient regagné leur maison, le colonel les rejoignit.

— Vous n’avez sûrement pas pu prendre le moindre repos ! dit-il.

— en effet, mon colonel c’était impossible par une telle nuit ; répondit Lefort en souriant.

Epuisé l’officier supérieur se laissa tomber sur une chaise et murmura en passant avec lassitude une main sur son front :

— Nous avons eu le dessus, mais hélas ! A quel prix !

— Mon Dieu ! S’exclama douloureusement Valérie.

— Oui, les Allemands se sont retirés en laissant de nombreux morts sur le terrain ... et beaucoup des nôtres !

— C’est affreux ! S’exclama la jeune femme avec tristesse.

— Que voulez-vous, Mademoiselle, c’est la guerre ! Constata l’officier.

Valérie ne fit pas d’autre commentaire ... Son âme sensible et tendre ne pouvait songer sans frémir à ces cruelles horreurs !

Le lieutenant-colonel se leva, murmura quelques aimables paroles d’adieu et quitta la maison. Après son départ, Michel dit au jeune capitaine.

— Saviez-vous quand ils nous permettront enfin de nous en aller ?

— Je n’en sais rien, hélas ! Cher Monsieur. Peut-être demain ... Cela dépendra certainement du calme du secteur. Je pense qu’après ce nouvel échec les Allemands se tiendront tranquille pendant quelque temps.

— Alors, attendant avec espoir, conclut Labeille en soupirant.

Il s’approcha de Valérie qui, assise sur un e chaise tout au fond de la pièce, semblait dormir. Il se pencha sur elle, tendrement, puis fit signe à Lefort, et, tous deux limitant la jeune femme, finirent à leur tour par s’endormir, la tête appuyée contre le dossier de leur chaise.

Aux premières lueurs du jour, nos trois amis furent éveillés par des soldats qui leur apportèrent des quarts de café brûlant.

— Le colonel désire vous parler, annonça l’un des hommes, en s’adressant à Michel Labeille.

Un instant après ils rejoignirent l’officier qui les accueillit très cordialement.

— Monsieur Labeille vous êtes libre, ainsi que Mademoiselle de quitter ce village. Quant à vous capitaine, poursuivit-il vous devrez rejoindre l’hôpital le plus proche. Il y a justement une ambulance qui va arriver ; vous pourrez en profiter tous les trois.

— Je vous remercie infiniment, mon colonel ! S’écria Lefort. Mais j’espère qu’on ne me gardera pas trop longtemps là bas, car j’ai hâte de reprendre ma place parmi mes hommes !

— Je pense que l’on vous accordera une petite permission de convalescence, et que vous pourrez ainsi aller voir les vôtres, poursuivit le colonel. J’ai eu des renseignements à votre sujet ; on m’a affirmé que vous vous êtes conduit très courageusement, acheva-t-il en lui tendant la main avec élan.

— Mes compliments, capitaine Lefort ! Ajouta-t-il.

Ensuite l’officier échangea quelques propos avec Michel Labeille et Valérie.

— Vous m’avez raconté que vous étiez venu par ici pour essayer de vous documenter sur des scènes de guerre pour un scénario. Eh bien ! Apprenez cher Monsieur, que plusieurs jeunes opérateurs sont arrivés ces temps derniers ici mandatés par le service cinématographique aux armées et ils sont déjà à l’œuvre.

— Pas possible ! S’exclama Labeille. Me permettez-vous de leur parler, mon colonel ?

— Bien volontiers ...

Michel et Valérie, en quittant la maison quelques minutes après aperçurent assez loin d’eux, un petit groupe d’hommes chargés de lourds appareils de prise de vue.

— Les voilà ! S’écria Labeille, très excité.

— Nous n’avons pas le temps de les rejoindre, papa ! S’écria Valérie en le retenant par la manche, car l’ambulance venait tout juste de stopper devant eux.

Michel était désolé, mais il comprit que sa fille avait raison. Ils revinrent donc sur leurs pas et tous trois s’installèrent dans la voiture sanitaire qui repartit immédiatement.

Pendant ce temps, deux des opérateurs s’entretenaient de leur travail.

— Nous avons eu une veine incroyable de nous trouver là au moment de cette terrible attaque. C’était justement la scène capitale dont nous avions besoin pour le montage du film !

— Surtout renchérit le premier que j’ai pu, grâce à la lueur de ces terribles combats, prendre la photo de la femme qui s’est réfugiée dans la tranchée.

L’autre ne fit aucun commentaire, très occupé à relire certaines notes, et ne prêta pas attention aux propos de son collègue.

Les deux hommes se dirigèrent lentement vers la tente qui leur avait été réservés, impatients de connaître le résultat de leur travail.

Après avoir retiré avec précaution le rouleau impressionné, ils le plongèrent dans une cuvette emplie de fixatif. Puis une fois cette opération terminée, ils commencèrent à examiner les diverses images avec la plus vive curiosité.

— Nous avons fait là une excellente besogne, s’exclama l’un des deux garçons. Vois donc cette photo ; elle est réellement saisissante !

Il s’agissait d’un obus qui avait percuté et fait sauter un gros tank.

— Oh ! S’écria l’autre. Voici la femme dont tu m’as parlé. Elle saute dans la tranchée ! C’est magnifique ! Et ces autres photos que tu as prises d’elle ... Oh !... Oh !...

— Mais qu’est-ce qui t’arrive, Jean ? Demanda son collègue en le dévisageant stupéfait. Te sens-tu mal ? Veux-tu une gorgée d’alcool ?

Celui qui s’appelait Jean refusa d’un geste de la main, continuant à fixer la pellicule les yeux exorbités, le visage crispé. Puis un nom s’échappa de ses lèvres tremblantes.

— Valérie !

 

( A SUIVRE LE 2 OCTOBRE )

 

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