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MOINEAUX SANS NID N° 182

20 Septembre 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-182--.jpegUn groupe motorisé s’immobilisa le long de la grille du jardin des Labeille, bien loin d’imaginer la tournure dramatique qui ne tarderaient pas à prendre les événements qui allaient se dérouler sous leur toit ?...

Un capitaine sortit de sa voiture et s’approchant de la porte de lia maison, cria d’une voix rauque :

Y a-t-il quelqu’un ici ?

Michel Labeille se dépêcha d’accourir et lui adressa un léger salut de la tête.

— Je disais bien que cette maison n’était pas vide ; murmura l’Allemand. (Puis dévisageant Labeille il poursuivit soupçonneux) : Qui êtes-vous ?

— Michel Labeille, s’empressa de répondre son interlocuteur.

— Vous êtes de la région ? Questionna l’officier allemand.

— Non. J’y suis venu pour des raisons de santé et la guerre m’y a surpris. J’étais trop malade pour bouger d’ici lorsque les événements se sont précipités ces jours derniers.

L’allemand lui adressa un nouveau regard, aussi méfiant que le précédent et répliqua sèchement :

— Je ne crois pas un mot de ce que vous me racontez !

Michel eut bien du mal à retenir son indignation.

— Ah !... dit-il pourtant, simplement.

— Oui, car il y a des quantités d’espions dans ce coin, expliqua l’allemand et chaque fois qu’ils sont découverts, ils racontent tous le même genre d’histoire.

— Pour une fois, vous vous trompez, mon capitaine ! Répondit avec calme Michel Labeille, s’exprimant dans un allemand parfait, et mes papiers peuvent témoigner de ma bonne foi. Je vous affirme que, s’il m’était possible de partir d’ici sur-le-champ, je le ferais sans hésiter !

Pendant qu’il parlait, l’officier ne cessait de le dévisager avec la plus grande attention.

— Vous parlez admirablement bien notre langue, remarqua-t-il.

— Il n’y a rien d’extraordinaire à cela, répliqua Michel Labeille en haussant les épaules. J’ai beaucoup voyagé et je parle de la même façon l’anglais, l’italien et l’espagnol.

Tandis qu’ils parlaient, les hommes étaient descendus de leurs véhicules et cernaient entièrement la maison.

Soudain l’officier pénétra dans le vestibule, puis dans la salle à manger où il s’assit en ordonnant sèchement :

— Donnez-moi un verre d’eau !

Furieux de cette façon de faire, Labeille se mordit les lèvres ; il nez pouvait supporter de recevoir ainsi des ordres d’un aussi grossier personnage ! Il sut toutefois se dominer et s’empressa d’obéir. Il se rendit à la cuisine et revint avec le verre d’eau demandé, sans que l’autre lui adressât le moindre remerciement.

— Viviez-vous seul dans cette maison ? Questionna l’allemand.

— Non, répondit Michel Labeille ; j’ai avec moi ma fille et un domestique qui a été blessé.

— Blessé ? S’étonna l’autre en fronçant les sourcils.

— Oui, il y a quelques noirs, un noir l’a blessé d’un coup de fusil, expliqua le père de Valérie. Il n’avait sans doute pas compris ce que mon jardinier lui répondait.

— Vous voulez parler, sans doute d’un soldat sénégalais de l’armée française ! Insista l’allemand.

— Oui, c’est cela.

Un sourire méprisant se dessina sur les lèvres de l’officier.

— Ce sont des sauvages ! Déclara-t-il avec dégoût.

Labeille ne répondit pas. L’aptitude provocante et bizarre de cet homme l’inquiétait et l’humiliait en même temps.

— Vous m’avez bien dit, n’est-ce pas, que vous avez avec vous votre fille ainsi que ce domestique ? S’informa de nouveau l’allemand.

— Oui, mon capitaine, ce malheureux est couché. Cependant si vous désirez le voir ...

— Il ne m’intéresse pas ! Qu’il aille au diable ! S’écria l’allemand. Mais je veux voir votre fille !

— Ce n’est pas possible ! Se défendit Labeille, indigné d’une pareille demande. Elle est extrêmement impressionnable et elle a été épouvantée par tous les combats qui se sont déroulés si prés d’ici, et même dans le jardin. Je vous prie de bien vouloir le comprendre, Monsieur, et de lui épargner un ... interrogatoire.

— J’exige qu’elle vienne sur-le-champ ! Répliqua durement l’allemand.

— Mais, mon capitaine !... S’exclama le malheureux père avec effroi.

L’officier qui ne pouvait supporter aucune résistance à ses ordres, hurla d’une voix tonnante :

— Je veux que vous m’obéissiez immédiatement ! Sinon ...

Labeille comprit qu’il compliquerait dangereusement la situation déjà très délicate, en s’obstinant donc son refus. D’ailleurs Valérie qui du haut de l’escalier avait tout entendu, et réalisait le danger qui les menaçait, s’empressait de les rejoindre.

Elle adressa un léger salut de sa jolie tête à l’allemand en pénétrant dans la pièce, puis, s’approchant de son père, glissa tendrement sa main dans la sienne.

A la vue de cette femme ravissante, l’officier rougit de plaisir et ses petits yeux d’un bleu de porcelaine étincelèrent de cupidité.

— Fraüllein ... Murmura-t-il avec admiration en se levant et s’inclinant avec raideur devant Valérie.

— Ma fille ne comprend pas un seul mot d’allemand, déclara sèchement Labeille.

— Mais je parle couramment le français ! Riposta le visiteur indésirable, l’air ravi.

— En effet ! Murmura Labeille entre ses dents.

— Je vous adresse tous mes compliments, Mademoiselle ! Ajouta très aimablement l’officier à Valérie.

Cette dernière baissa les yeux, muette.

— Vous refusez de me parler, Mademoiselle ? Demanda l’allemand après un léger silence, tout en continuant à la dévorer des yeux.

— Mais pas du tout, Monsieur. Désirez-vous quelque chose ? Répondit-elle de sa voix douce et mélodieuse.

—Votre père m’a confié que vous étiez terrorisée par ce qui vient de se dérouler dans ce secteur, poursuivit l’allemand en riant.

— C’est la stricte vérité, affirma Valérie.

— Il y a longtemps que vous habitez ici ! Interrogea encore le capitaine après un second silence.

— Nous sommes venus un peu avant le débit de la guerre, mentit la fille de Michel Labeille, qui pensa que mieux valait faire une entorse à la vérité devant cet homme.

— Et de quelle région de France êtes-vous ?

— De Paris.

— Quelle merveilleuse ville ce doit être ! s’exclama l’officier. J’aime à croire que toutes les Parisiennes sont aussi jolies que vous !

L’allemand était visiblement frappé par la grande beauté de Valérie. Quant à Labeille, il en verdissait positivement de rage, tremblant pour son enfant, se demandant avec épouvante comme il s’y prendrait q’il lui fallait la défendre contre les avances de cette brute ... Sûrement, tous les soldats interviendraient au premier geste qu’il oserait.

— Si c’est tout ce que vous désirez savoir, Monsieur, reprit la jeune femme avec froideur, permettez-moi de me retirer.

— Non, non, attendez une minute ! S’écria l’officier sans cesse de la fixer.

Valérie obéit.

— Accepteriez-vous de me faire la cuisine durant tout le temps que je séjournerai dans ce village ? Demanda-t-il, toujours fort aimable.

La jeune femme fit un signe négatif de la tête.

— Je ne sais si cela me sera possible, Monsieur, rétorqua-t-elle vivement. A cause de sa récente maladie, mon père est encore très faible et çà besoin de tous mes soins. De plus, notre domestique vient d’être gravement blessé ... Je suis donc toute seule pour m’occuper d’eux et de la maison.

L’homme ne put dissimuler sa profonde déception.

— Votre refus me navre, Mademoiselle, grommela-t-il. (Puis, la fixant avec insistance il poursuivit) : N’est-ce pas plutôt la haine que vous ressentez pour nous autres, allemands, qui vous en empêche ?

La jeune femme ne se démonta nullement et répondit en souriant avec une imperceptible ironie dans la voix :

— Vous vous trompez, Monsieur, car pour moi tous les hommes sont frères !

L’officier la dévisagea, puis reprit avec un accent de reproche :

— Je dois vous rappeler, Mademoiselle qu’en temps de guerre, on ne doit rien refuser à un soldat.

— Si ce soldat est un gentilhomme, répliqua Valérie, nullement impressionnée, il ne doit pas s’imposer par la force, surtout vis-à-vis d’une femme !

A cette réplique inattendue, l’autre se mordit les lèvres. La jolie femme venait de lui donner une leçon qui froissait son orgueil.

— Bien ! Murmura-t-il en baissant la tête.

Puis il se leva brusquement et se dirigea vers la porte, sans ajouter un mot. Valérie le suivait des yeux, effrayée, tandis que Michel Labeille esquissait un geste de colère impuissante.

— Le goujat ! Gronda-t-il entre ses dents lorsque l’officier fut sortit de la pièce.

Il se dirigea aussitôt après vers la chambre où reposait le blessé. Il le trouva les yeux grands ouverts, semblant beaucoup moins fiévreux.

— Pouvez-vous me comprendre ? Lui demanda-t-il doucement en se penchant vers lui.

— Oui, répondit faiblement le français.

— Avant tout, comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

— Bien mieux, Monsieur, mais très faible encore, soupira le jeune homme.

— Evidemment, après une pareille blessure ! Reconnut Michel Labeille.

— Elle me fait encore souffrir, mais cependant de moins en moins dit le blessé.

— J’en suis ravi ! Dieu n’a pas permis que vous mouriez sous mon toit !

— Je le sais et je l’en remercie.

— Maintenant, mon capitaine, écoutez-moi reprit Labeille en baissant instinctivement la voix ; il y a un important détachement ennemi qui campe autour de la maison et dans le village.

L’officier français ne put retenir un juron et ajouta :

— Que n’ai-je une arme pour en abattre quelques-uns ?

— Cela ne servirait qu’à nous faire tous massacrer, mon pauvre ami ! Fit observer Labeille. Dites-vous à présent que vous n’êtes plus un soldat, mais un domestique à mon service ...

Le visage très pâle du malade exprima la plus vive stupeur :

— Que voulez-vous dire ? Le questionna-t-il ahuri. Je ne comprends pas.

— Voici : j’ai fait croire aux allemands que vous êtes mon serviteur, expliqua Labeille, afin d’éviter que nous soyons tous arrêtés et sans doute passés par les armes.

— Ah ! Murmura le malade en souriant. Merci, Monsieur, merci !

— Vous avez compris, n’est-ce pas ? Ajouta Michel Labeille.

— Bien sûr, Monsieur, et je dois dire que vous avez eu là une idée magnifique ! Approuva le jeune officier.

— Donc, n’oubliez pas que, dorénavant, et pour les allemands, vous êtes à mon service. Si quelqu’un vous interroge, vous vous appelez Antoine et vous avez été blessé par un Sénégalais au cours du dernier engagement.

— Parfait, répondit le malade en souriant de nouveau. Je vous promets de suivre à la lettre vos recommandations, cher Monsieur, et j’espère que ces sauvages me croiront !

— Je l’espère aussi, déclara Labeille pensif. Tout dépendra de votre façon d’expliqua les choses ! N’hésitez jamais, afin de ne pas éveiller leurs soupçons.

— Je vous assure, Monsieur, que je ferai tout mon possible pour m’acquitter au mieux de mon rôle, rassura l’officier avec énergie. En attendant permettez-moi de vous remercier de tout mon cœur de tout ce que vous avez fait pour moi ! Je suis certain que, sans vous, je serais mort à cette heure, ou prisonnier, ce qui à mon avis, eut été encore pire.

— Eh bien ! Maintenant, essayez de vous reposer afin de vous remettre au plus vite possible ! Conclu le père de Valérie en riant.

— Hélas ! Je ne puis rien faire d’autre ! Se plaignit tristement le jeune homme. Espérons que les allemands nous laisserons en paix et que bientôt je pourrai me rende utile de nouveau !

Le père de Valérie le quitta sur ces derniers mots et se rendit jusque sur le seuil de la maison pour voir se qui se passait. Il remarqua que des soldats se dirigeaient vers le champ voisin, armés de pelles et de pioches.

« MonDieu !Sedit-ilavecinquiétude,ilsontdonclintentiondecreuserdestranchéesparici ! »

 

( A SUIVRE LE 23 SEPTEMBRE )

 

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