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MOINEAUX SANS NID N° 175 suite

30 Août 2012, 09:10am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE 175La jeune fille lui sourit tendrement et expliqua :

— Ce n’est pas du tout pareil, Claude, comme nous ne tarderons pas à vous marier, elle te considère déjà comme mon fiancé et ...

Ces paroles achevèrent d’exaspérer Lornier qui l’interrompit en jetant des injures si grossières qu’elle recommença à pleurer, puis elle s’écria soudain :

— Je descends ... Je constate que ma présence t’importune puisque tu me parles de la sorte et que tu me préfères un journal. Je dirai également à maman que tu n’as aucune envie de m’épouser et qu’elle ne s’illusionne pas trop là-dessus ...

Lornier tressaillit en songeant à la réaction certaine de madame Gérard lorsque sa fille lui répéterait ce qu’elle venait de déclarer. Il n’avait aucune envie de subir une scène pareille à celle de l’autre jour et comme, probablement d’ici peu, il quitterait cette maison, il se dit qu’il fallait user de ruse et de patience. Il prit donc la main de la jeune fille et murmura avec plus de douceur :

— Non, Christine, ne parle de rien de tout cela à ta mère et essaye plutôt de me comprendre ; je suis très énervé et aussi bien las. Et puis, il me faut m’habituer à l’idée du mariage. Tu ne te rends pas compte de ce que cela peut signifier pour moi et du changement total qui va survenir dans ma façon de vivre ... Allons, ma petite, va donc te coucher à présent. Nous reparlerons de toutes ces choses demain.

Ces paroles prononcées avec tant de gentillesse, effacèrent d’un coup les craintes et les angoisses de Christine. Elle se haussa sur la pointe des pieds, et posa un léger et tendre baiser sur la joue de Lornier en disant :

— Je t’obéirai chéri. Ne m’en veuille pas trop de t’avoir agacé. Tu as tout à fait raison, mais je suis tellement impatience. Il y aura encore tout demain à attendre, puis, après-demain, ça sera dimanche ! Tu déjeuneras chez nous et nous passerons ensemble tout le reste de la journée ! Tu ne peux t’imaginer combien cette perspective me rend heureuse !

Elle le quitta complètement rassurée, persuadée que son beau rêve ne tarderait pas à se réaliser ...

« Pauvreidiote ?PensaClaudeLornierenvoyantChristineséloigner.Elleenferaitunetêtesielleconnaissaitmesvéritablessentimentsàsonégard !Pourlemoment,jedoiscontinueràjouerlacomédieafindavoirlapaix.Dailleurs,jenepeuxdireàmadameGérardquellepeutgarderpourellesonimbéciledefille.Cettefemmeestunevraieharpieetilvautmieuxnepasexcitersacolère. »

« Jevaiscommencerparleurfairedécouvrirquejaidestasdedéfautsetlesconvaincreensuitequejesuisloindêtrelegendrerêvé ...Quisait !Peut-êtrequeceseraelle,lapremièrequinevoudraplusdemoi ! »

« Entoutcas,jedoiscesserdemetourmenterpourlemoment,carcettesombrehistoireaégalementsonboncôté ;pourcommencer,jevaisprofiterdesrepasquellestiendrontàmoffrir.CommelamèreGérardestunecuisinièreremarquable,jeseraigâtéàcepointdevue !... »

Petit à petit l’optimisme l’envahit de nouveau, et il s’endormit en faisant quantités d’agréables projets.

Le lendemain, contrairement à ce qu’il pensait, il ne reçut aucune nouvelle d’Alice.

« ElleasûrementrenonceràrevoirMontpellier,sedit-ilavecinquiétude,onpeut-êtreveut-ellelaisserpasserunpeudetempsavantdesedécideràmefairesignedenouveau ! »

Notre fat personnage avait la conviction que mademoiselle d’Evreux ne tarderait pas à se manifester ; il avait fini par oublier complètement la scène désagréable au cours de sa visite chez elle !

Ce soir-là quelques instants avant d’achever son travail, il eut encore la visite de Grégoire dont l’expression bizarre l’intrigua.

— Qu’y a-t-il encore, Morel ? S’informa-t-il froidement, évitant de montrer son inquiétude.

— J’ai à vous parler de quelques chose qui, je crois, vous intéressera beaucoup, monsieur Lornier, expliqua le gardien, en le fixant attentivement, tandis que l’autre le dévisageait, de plus en plus perplexe.

— Figurez-vous, reprit-il après quelques instants de silence, qu’aujourd’hui à mon heure de repos, je suis allé prendre un rafraîchissement au petit bar d’en face et j’ai eu la surprise et le plaisir d’y trouver mademoiselle d’Evreux !

— Qu’est-ce que vous dites ! S’écria Claude Lornier en levant sur lui un regard stupéfait et incrédule.

Maisoui !AffirmaGrégoire,amusédelaréactiondujeunehomme.Ellemafaitsigneetellemapriédaccepteruneconsommationpuismademandé defairepasserunelettreaudétenuMontpellier.

— Ah ! S’exclama Lornier d’une voix étranglée. Et qu’avez-vous répondu ?

— J’ai refusé, monsieur Lornier ! Je ne lui ai pas caché qu’elle m’avait attiré trop d’ennuis déjà et que je ne voulais pas manquer au règlement pour leur seul plaisir !

— Vous ne lui avez pas expliqué, j’espère, quel genre d’ennuis elle vous avait causés ? Questionna Lornier, très effrayé.

— Non, Monsieur. D’ailleurs, elle ne me l’a pas demandé, expliqua très calmement le gardien. Mais je suis venu vous le rapporter aussitôt pour bien vous montrer que je ne vous en veux plus du tout de ce qui s’est passé entre nous !

— Merci, Grégoire. Je ne vous cache pas que cela me cause le plus vif plaisir ! Répondit Claude Lornier en poussant un grand soupir de soulagement.

Il dévisagea silencieusement Grégoire puis conclut en souriant :

— Vous êtes un très brave homme, Morel, et je vous reconnais bien volontiers.

Grégoire eut un sourire énigmatique.

— Puis-je me retirer, Monsieur ? Demanda-t-il.

— Bien sûr ! S’empressa de répondre Lornier. Et si jamais mademoiselle d’Evreux revenait à l’attaque n’oubliez pas de m’en prévenir sur-le-champ.

— Je n’y manquerai pas, promit le gardien ; et il sortit de la pièce.

Une fois seul, Claude Lornier, réfléchit longuement, tandis qu’un léger sourire se dessinait sur ses lèvres.

— Ainsi, murmura-t-il, Alice a essayé de soudoyer Grégoire une deuxième fois ! Elle n’a pas cru ce que je lui ai dit. Eh bien ! Elle ne tardera pas à comprendre que, sans mon appui, elle ne peut rien, et elle sera ainsi forcée de m’adresser de nouveau à moi !

Une idée soudaine se présenta à son esprit. Il demeura quelques minutes songeur et silencieux, puis se décida et forma sans plus hésiter le numéro de téléphone d’Alice d’Evreux.

Il reconnut immédiatement la voix de la jeune femme à l’autre bout du fil.

« Ici,ClaudeLornier,annonça-t-il.JereconnaisMademoiselleavoireudetrèsgravestortsenversvousetjevoussuppliedemepardonner.Jevousinformeégalementquesivousavezbesoindemoi,jesuistoujoursàvotreentièredisposition ... »

« Vouspouvezalleraudiable ! »

Telle fut la décevante réponse que cria Alice d’Evreux en raccrochant aussitôt.

Lornier en demeura tout d’abord interdit et déconcerté. Puis une impression d’humiliation pénible l’envahit.

Non !Ilestimpossiblequellenaitfaitunetelleréponse !Jaicertainementmalcomprendre !Balbutia-t-ildéconfit.

Pourtant, il ne pouvait en douter ; c’était bien la sœur du marquis qu’il venait d’entendre prononcer ces paroles si méprisantes.

Ilsoupiraprofondémentoffensé.Toutàprésent,sécroulaitlamentablement !SonbeauchâteauenEspagne,fruitdesonimaginationdébordanteseffondrait,lecouvrantderidicule.

Impossible de le nier ; Alice d’Evreux lui faisait mesurer durement toute la différence de leur situation sociale !

Claude Lornier réalisant soudain qu’il n’aurait plus jamais le courage de la revoir, et il se sentit brusquement ravalé à son niveau de petit fonctionnaire ; secrétaire du directeur d’une prison ...

Jamais il n’aurait dû téléphoner et s’attiré une réponse aussi cinglante, aussi humiliante ! Malgré ses efforts, il n’arrivait pas à dissiper sa consternation ...

Plus tard en quittant son bureau, il se dépêcha de rentrer chez lui et grimpa vivement dans sa chambre sans faire de bruits, afin d’éviter Christine et sa mère.

Le lendemain matin, après une nuit presque blanche, il se leva harassé, découragé, se disant que cette fois, il ne pourrait jamais revoir Alice ! Il l’avait perdue à jamais !

Dorénavant, il lui faudrait se contenter des petites et misérables satisfactions d’une vie grise et morne.

C’était dimanche ... Il fut soudain réconforté à la pensée qu’il était invité à déjeuner par les Gérard. La mère de Christine voulait sans doute fêter les fiançailles de sa fille.

Cette perspective amusa soudain Claude. Pourquoi se dresser contre le mariage ? Après tout, Christine était une très brave fille qui l’adorait. Il l’épouserait et renoncerait pour toujours à ses rêves de grandeur. Auprès d’elle et de sa mère, il jouirait d’une quantité d’avantages, car les deux femmes lui témoigneraient un dévouement total, et seraient même disposées à l’aider financièrement s’il en avait besoin !

Un peu avant midi, il descendit pour frapper à la porte de madame Gérard mais il se ravisa et, auparavant courut jusqu’à l’angle de la rue pour acheter quelques fleurs. En revenant il croisa un marchand de journaux qui criait les dernières nouvelles concernant les tristes événements actuels, mais Lornier n’y prêta aucune attention. Il était trop absorbé par ses égoïstes et mesquines pensées pour s’occuper d’autre chose, indifférent à l’immense tragédie qui allait de nouveau s’abattre sur la tête. Il avait été réformé au moment de son service militaire, pour « pieds plats » on ne l’avait pas récupéré ... Il était sans inquiétude !

Nul encore ne pouvoir prévoir l’ampleur de se cataclysme, les armées en présence continuaient à se terrer derrière leurs lignes défensives, leur activité se déroulant dans « no man » s land » entre patrouilles. Seuls les avions intensifiaient leurs vols tandis que les premiers bombardiers commençaient à répandre la mort parmi les civils.

 

( A SUIVRE LE 2 SEPTEMBRE )

 

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