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MOINEAUX SANS NID N° 140

16 Mai 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE 140Après sa visite à Robert, Alice s’était sentie en proie à la plus grande détresse.

Au lieu de l’accueil très tendre quel elle s’attendait, les dures et froides paroles du jeune artiste l’avaient plongée dans le désarroi, provoquant également sa rage et sa rancune.

Et maintenant au lieu de pouvoir recueillir le fruit de ses louches manœuvres, la perfide femme devait admettre l’évidence des faits et reconnaître que ces tentatives au lieu de lui assurer un triomphe éclatant, lui avaient fait complètement perdre le cœur de l’homme qu’elle idolâtrait.

Elle n’avait obtenu de lui que mépris, et plus elle réfléchissait, plus elle réalisait qu’elle avait fait, en agissant de cette manière, le jeu de sa rivale détestée ! Ainsi, sa visite à robert avait uniquement servi à donner l’avantage à Valérie Labeille.

Malgré ses astuces les plus subtiles et ses tentatives les plus audacieuses pour ternis l’honneur de sa rivale avec la complicité de Bertil, elle n’avait réussi qu’à s’attirer la colère de Robert.

Pourquoi s’être donné tant de peine ?

N’aurait-il pas été préférable de vivre dans l’ombre et d’attendre patiemment l’occasion de démontrer au peinte l’étendue de son erreur, de lui faire comprendre au moment favorable, combien lui était funeste sa passion pour celle sur qui, jusqu’ici, pesait le soupçon de sa complicité dans le meurtre de la rue Lakanal ?

Alice, à présent se mordait les lèvres, comprenant l’inanité de sa manoeuvre, due au fait qu’elle avait voulu atteindre trop vite le but désiré ... Elle rentrait chez elle humiliée, vaincue, et même soupçonnée par celui qui occupait toutes ses pensées !

Mais l’intrigante fille n’était pas femme à supporter avec résignation une telle défaite ; il lui fallait se venger, oui, se venger à n’importe quel prix, par n’importe quel moyen !

Ah ! Robert la repoussait, lui préférait cette stupide Valérie Labeille ! Eh bien ! Cela lui coûterait fort cher !

Elle était décidée à le perdre, à le voir même mourir, plutôt que de le céder à une autre à cette femme qu’elle haïssait de toutes ses forces !

Toutefois, Alice était forcée de reconnaître qu’elle ne pouvait agir pour l’instant. Que faire tant que cet homme serait en prison et Valérie complètement disparue de la circulation ? Elle pensa qu’il lui fallait avant tout découvrir Valérie. Mais comment ?

Telles étaient les pensées qui s’agitaient dans la tête de la méchante femme, alors qu’elle se reposait dans son boudoir, pensées qui la faisait trembler de rage et de jalousie, prête à pleurer, mais retenue par son orgueil démesuré ...

Petit à petit, elle arriva à ce calmer, car l’espoir et la perspective de nuire à sa rivale par la suite, finissaient par lui donner quelques réconfort ... Oui, c’était la meilleure de toutes les solutions ... Et puisque robert Montpellier la repoussait, lui retirant jusqu’à l’amitié qu’il n’avait jamais encore cessé de lui témoigner, eh bien ! Elle lui montrerait de quoi elle pouvait être capable !

Pour cela, il lui fallait retrouver Valérie Labeille, la persécuter, la couvrir de boue, et réussir enfin à convaincre le jeune peintre de l’indignité de celle qu’il s’obstinait à aimer !

Soudain, son visage s’éclaira et un cruel sourire se dessina sur ses belles lèvres. Alice quitta vivement le divan sur lequel elle s’était allongée ; elle se souvenait brusquement de la folle passion qu’Anselme nourrissait pour Valérie. C’était là le plus sûr moyen de la retrouver très vite et de recommencer à la persécuter.

Elle sortit précipitamment de la pièce et parcourut la maison cherchant son frère qui, à cette heure de la journée, devait certainement s’y trouver.

En effet, le marquis d’Evreux était installé devant son bureau occupé à vérifier certains comptes qui semblaient l’inquiéter sérieusement, à en juger par le pli qui creusait son front.

Lorsqu’il vit apparaître sa sœur sur le seuil de la porte de la bibliothèque qu’elle avait ouverte sans avoir frappé auparavant, il la fixa d’un air contrarié.

— Que me veux-tu, Alice ? Questionna-t-il sèchement. Tu ne vois-tu pas que je travaille ?

Pour toute réponse, elle sourit ironiquement, car, d’un simple coup d’œil, elle avait remarqué l’agitation de son frère. Elle s’approcha de lui, et désignant les papiers qui recouvraient la table, elle répliqua en riant :

— J’ai l’impression, mon pauvre frère, que les questions financières recommencent à te tourmenter ?

Cestvrai,Alice,reconnut-ilenlevantsurelleunregardperplexeetagacé.Aquoibonlenier !Mevoicidenouveautrèsennuyé.Jesuisactuellementendettéjusquaucou ;meséchéancesarriventàtermeetjenesuisplusà,quelsaintmevouer !

Alice s’assit dans un confortable fauteuil placé devant le bureau du marquis, alluma une cigarette, envoya deux longues bouffées qu’elle regarda s’élever vers le plafond en spirales bleues, l’air tout songeur, puis fixa de nouveau Anselme.

— Je suis forcée de te dire, mon cher, que tu te conduis comme un véritable imbécile ! Fait-elle d’une voix cinglante et dure. Dire que je m’illusionnais sur toi ! Je te croyais sérieux et habile ! J’étais persuadée qu’après tes dernières escapades, tu aurais montré plus de prudence et de sagesse et, au contraire, tu retombes exactement dans les mêmes et stupides erreurs !... Par sottise, très certainement, et à cause de tes funestes passions !

Anselme gardait le silence des plus embarrassés. Le ton sur lequel parlait Alice lui déplaisait d’autant plus que ce qu’elle avançait ne signifie rien, car ces reproches ne pouvaient remédier à l’état de choses dans lequel il se débattait. Il lui fallait trouver une solution et non ne perdre en remarques inutiles.

Il releva la tête et répliqua, les yeux étincelants de colère :

— Naturellement, il t’est facile de me sermonner, car toi tu n’as pas l’angoisse de te dire que, dans vingt quatre heures, tu auras à payer une traite de cinq millions !

— Quoi ? S’exclama-t-elle en sursautant ; tu dis cinq millions ?

— Oui, confirma-t-il en soupirant.

La jeune fille écrasa nerveusement sa cigarette dans le cendrier de cristal de Bohème posé sur le bureau du marquis ; puis elle se leva et s’approcha d’Anselme.

— Cette fois, ta conduite est inqualifiable ! Qu’as-tu fait de tout ton argent ? Je pense que tu as dû en emprunter pas mal pour devoir faire face à pareille échéance. Tu as donc gaspillé l’énorme avance que t’avait consentie le notaire sur ta part d’héritage ? Je t’avais pourtant tellement recommandée d’être prudent ! Que vas-tu devenir si, par hasard, le véritable fils naturel de notre oncle Julien se présentait ?

— Qu’est-ce que tu racontes ? S’exclama Anselme en dévisageant Alice avec stupeur. Tout n’a-t-il pas déjà été arrangé ? Et n’a-t-il pas été prouvé également que le petit sot que nous avions fait passer pour notre jeune cousin n’était qu’un imposteur et que, par conséquent, il n’avait aucun droit sur la fortune laissée par l’oncle Julien qui, maintenant, doit nous revenir entièrement !

— C’est en partie juste, et ...

Un éclat de rire sarcastique du marquis l’interrompit.

— Alors, reprit Anselme avec colère, pourquoi ne pouvais-je disposer comme je l’entendais de l’avance qui m’avait été accordée ?

— Avant tout parce que, même s’il a été prouvé que Guy n’est pas le fils de notre oncle, la possibilité de voir se présenter le vrai ne peut être écartée, répondit la jeune fille avec mépris. Ensuite, je trouve grotesque de gaspiller de la sorte ton argent et te couvrir de dettes !

— Mais ...

— Laisse-moi achever ! Il faut être prudent ! As-tu déjà oublié toutes nos tribulations lorsque nous n’avions pas le sou et que nous dépendions totalement de l’oncle Julien ? Vois-tu, mon pauvre Anselme, rien que de songer à cette odieuse époque, aux poursuites de nos créanciers, j’en ai la chair de poule !

Le marquis repoussa bruyamment son fauteuil et se leva en tendant vers Alice un index menaçant.

— Je n’ai rien oublié, Alice ! S’écria-t-il, furieux, mais je ne te reconnais nullement le droit de me faire la morale. Tu es tout à fait libre de disposer de ton argent et moi de faire ce que bon me semble du mien !

La jeune femme éclata de rire.

— Ne te fâche pas ! Conseilla-t-elle. Pourtant, il est logique que je te fasse observer combien tu agis stupidement !

— Je ne te permets pas de ma parler sur ce ton ! Rétorqua-t-il avec colère.

— Je ne cherche pas à te vexer, Anselme, je te dis simplement ce qui est. Puis, se penchant au-dessus du bureau, elle demanda :

— Puis-je savoir à qui tu dois une telle somme, et pourquoi ?

Déconcerté, le marquis se passa une main sur le front, garda le silence, puis poussa ensuite un soupir de découragement.

— Ne discutons pas, veux-tu ? Fait-il sourdement. Comme je ne peux toucher encore à mon argent, je suis bien forcé de trouver cette somme pour faire face à mes engagements !

Une idée se présenta brusquement à son esprit. Il fixa très attentivement sa sœur et hasarda timidement :

— Alice, ne pourrais-tu, toi, me prêter ces cinq millions ?

Surprise par cette demande inattendue, la jeune fille le dévisagea comme si elle ne comprenait pas, puis, éclatant du rire de nouveau, elle se laissa retomber dans le fauteuil qu’elle occupait auparavant.

Furieux, Anselme s’écria, cramoisi de colère :

— Cesse donc de rire aussi stupidement ! Que trouves-tu de si drôle dans ce que je viens de dire ? Explique-moi plutôt ce que tu exigerais de moi en retour ?

Alice s’efforça de reprendre son sérieux et déclara avec mépris :

— Ne te creuse pas la cervelle de la sorte, mon pauvre Anselme ! Tu sais très bien que jamais je ne te demanderai un seul sou d’intérêt et que je ne traite pas ses affaires de ce genre !

Le marquis ne put retenir un geste de contrariété. Il sentait qu’en ce moment, il haïssait sa sœur de toutes ses forces.

La belle Alice devina parfaitement ce qui se passait dans l’âme du marquis. Elle faillit lui la lancer une réflexion ironique, mais connaissant, par ailleurs, les réactions violentes et ... et dangereux d’Anselme, elle se tut.

De son côté, il parvint également à se calmer. Il alla s’asseoir dans le fauteuil qui faisait face à celui où se trouvait sa sœur et murmura :

— Tu es réellement méchante et égoïste, Alice ! Je me doutais bien que tu refuserais, mais j’ai parlé ainsi dans un moment de faiblesse comme le naufragé qui chercher à s’agripper à son épave pour ne pas couler !

— Et tu t’es brusquement rendu compte que cette épave t’échappait ? Railla Alice avec méchanceté.

Un pénible silence suivit ...

— Ecoute, Anselme, reprit la jeune fille, soudain plus conciliante ; ce n’est pas tant que je tienne à ta considération, mais je ne veux pas que tu sois injuste envers moi. Tu n’as pas le droit de m’en vouloir de te refuser ce secours. Si j’agis ainsi, c’est uniquement pour t’éviter d’autres catastrophes car, hélas, je te connais et je suis très bien que tu recommenceras à la première occasion. Sache pourtant qu’il me serait égal de perdre cette somme si j’étais sûre qu’elle te tirerait réellement d’embarras et que tu ne retomberais pas dans les mêmes erreurs !

Le marquis essaya de protester, mais elle poursuivit :

— Je n’ai pas fini !Je sais ce que tu veux dire, mais hélas ; tu m’as donné la preuve que, dans un temps record, tu as gaspillé l’avance considérable que t’avait consentie le notaire et cela me fait grand peur.

— C’est parce que j’ai tenté, une spéculation, des plus malheureuses, chercha à expliquer Anselme. Toutefois, je n’ai pas tout inverti. Je manque seulement d’argent liquide, car j’ai fait d’autres placements très sérieux, ceux-là, et qui, bientôt, me rapporteront gros ...

— Alors, insista sa sœur, comment se fait-il que tu sois gêné à ce point ?

Le marquis haussa les épaules, soupira et baissa les yeux, agacé par le regard pénétrant d’Alice.

— Parfois, vois-tu on pense avoir fait un placement extraordinaire et on réalise ensuite que ...

— J’ai compris, coupa-t-elle ironiquement ; tu as fait un mauvais calcul ... Tu es réellement impossible, Anselme ! Tu es incapable de gérer même ton propre bien !

— Que vas-tu chercher ? S’écria le marquis, furieux. Il est inutile de continuer cette discussion puisque tu refuses de m’aider ! Dis-moi plutôt maintenant pourquoi tu es venue me parler, tu as certainement une raison ?

— Evidemment, répliqua la jeune fille. Enfin, d’abord, puisque tu m’as confié tes soucis, peut-être consentirai-je à te secourir, mais à une condition ...

Une lueur d’espoir brilla dans les yeux d’Anselme.

— Vrai, petite sœur ? Tu ferais cela ? Voyons un peu cette condition ?...

— Avant tout, il te faudrait réfléchir à la perspective d’un héritier légitime de notre oncle venant un beau jour nous réclamer cet héritage. Il serait alors tout à fait normal de notre part que nous refusions de le reconnaître et que nous défendions notre bien ... Mais il nous faudra, envisageant cette possibilité, nous entourer de précautions.

— Je dois t’avouer, Alice, que je ne comprends pas le premier mot de ce que tu racontes, murmura le marquis. Explique-toi plus clairement, je te prie.

— Voilà : de cette fortune qui nous appartient encore, nous pouvons nous contenter de ne dépenser que les revenus, sans toucher pour le moment au capital ... et en l’augmentant même en faisant de très sérieux placements ... Tout ceci pour nous éviter plus tard, dans l’éventualité dont je viens de te parler, de pouvoir être accusés d’avoir profité de ce qui ne nous appartenait pas !

— Toutefois, nous pouvons nous sentir assez tranquilles pour l’instant, car celui qui s’acharnait à découvrir à tout prix le véritable héritier de l’oncle Julien, se trouve actuellement en prison, donc dans l’impossibilité d’agir pour l’instant.

— En effet, mais lorsqu’il en ressortira, hélas ! Il nous donnera pas mal de fil à retordre ! S’exclama Anselme avec colère, tu le connais encore mieux que moi, et s’il s’(est fourré dans la tête de contrarier nos projets ...

— C’est précisément, pour cette raison que je te conseille tant d’être prudent, interrompît-elle. Je ne sais combien de temps encore il restera emprisonné, mais je souhaite de tout cœur que ce soit le plus longtemps possible !

Son frère la dévisagea, fort étonné.

— Comment ? N’aimes-tu pas ce garçon ?

— Mais si ! S’empressa-t-elle d’affirmer et ce n’est nullement du mal que je lui souhaite ! Cependant, étant en prison, il aura ainsi tout le temps de méditer et de comprendre, peut-être, quelle est la femme véritablement digne de partager sa vie, car il s’est entiché d’une autre qui l’a entraîné dans les pires erreurs. Seulement, il se refuse toujours à l’admettre. Et comme je veux avoir la possibilité de l’en persuader, de perdre irrémédiablement cette maudite Valérie Labeille à ses yeux, c’est ce qui me fait souhaiter qu’il reste en prison le plus longtemps possible !

Un sourire méprisant se dessina sur les lèvres minces et cruelles du marquis.

— Evidemment, murmura-t-il en dévisageant sa sœur avec une expression étrange, elle contrecarre diablement tous les plans amoureux, cette Valérie !

— Tais-toi ! S’écria la jeune fille, furieuse. Tu essayes de la défendre, car tu es toujours aussi stupidement épris d’elle. Je le sais bien, va !

— Je pense que tu ne peux me l’interdire ! S’exclama le marquis d’un air de défi.

— Pas du tout ! Fais ce qu’il te plait, mon cher ! Tu es absolument libre de perdre la tête pour cette mijaurée ! Rétorqua-t-elle dédaigneusement.

— Alors, quelle proposition cherches-tu à me faire ? S’informa Anselme.

— Vu les circonstances, expliqua Alice, je pense que nous devrions nous aider mutuellement.

— Ah ! Et de quelle façon ?

— Robert Montpellier m’intéresse, tu le sais, commença la perfide Alice après un court silence, tandis que toi, c’est Valérie Labeille, sa propre rivale, qui te plait ...

— C’est vrai, reconnut le marquis. Pourtant, puisque tous les deux, hélas ! S’aiment, je ne vois pas du tout de quelle manière nous pourrions les en empêcher !

— Il nous faudrait avoir recours à des moyens efficaces sans trop nous embarrasser de préjugés. Alors et seulement, il nous serait possible d’atteindre notre but ! Déclara avec conviction Alice.

— Tu crois ? Je suppose que tu as un plan ? Demanda Anselme.

— Ecoute-moi, reprit sa sœur ; je suis tout à fait disposée à te verser la somme que tu viens de me demander si tu consens à t’engager à ton tour vis-à-vis de moi !

— Enfin, de quoi s’agit-il ? Parle vite, car je suis prêt à vendre mon âme au diable pour obtenir cet argent !

— Eh bien ! Voici ce que tu vas faire, reprit Alice très satisfaite ; tu vas te mettre immédiatement à la recherche de Valérie Labeille ; tu tâcheras de savoir aussi comment elle vit et tu la calomnieras de nouveau. Je tiens à ce que Robert soit tout à fait convaincu que cette femme est indigne de son intérêt. M’as-tu bien compris ?

— Oui ! Soupira le marquis, mais je crains que tout cela ne serve à rien. Je ne pense pas que robert Montpellier soit homme à croire des calomnies. Ne viens-tu pas de me rappeler qu’il aime éperdument cette femme ? Donc, il ne pourra jamais croire ce qui pourra être dit contre elle !

— Il ne faut tout de même pas exagérer l’intensité de cette passion ! S’exclama Alice. Je le connais très bien aussi, moi. Mais figure-toi qu’après m’avoir témoigné jusqu’ici une très sincère et vive amitié, il en est arrivé au point de me mépriser, m’accusant de s’être livrée à des louches manœuvres contre cette fille ! En bref, il n’a pas voulu croire à l’histoire de la fausse lettre écrite par Bertil et il prétend que je suis la principale responsable !

— Dans ce cas, tu l’as irrémédiablement perdu ! Conclut Anselme. Pourquoi alors t’acharner de la sorte ? Crois-moi essaie plutôt de l’oublier !

— As-tu, toi, tout à fait renoncé à cette Valérie ? Répliqua Alice avec colère. Non, Anselme, je me suis juré de conquérir l’amour de cet homme, et j’y arriverai ! Si je n’y parvenais pas, alors, il n’appartiendra jamais à une autre !

— Tu ne peux être aussi catégorique ! Ironisa le marquis. Résumons maintenant ; tu me demandes de traîner dans la boue, la femme dont je suis précisément épris.

— C’est l’unique façon pour toi de l’obtenir plus tard ! N’y as-tu pas songé ? Riposta alice. Préférerais-tu continuer à l’estimer et à soupirer vainement auprès d’elle ? Non, Anselme en agissant de la sorte, tu irais à la plus totale défaite !

— Mais je ne veux pas la salir ! Protesta Anselme avec force.

— Parfait ! Admit Alice en se levant. Je ne veux plus insister. Je saurai bien trouver quelqu’un d’autre pour m’aider à réaliser mon plan. Mais, naturellement, il n’est plus question de ce que tu m’as demandé tout à l’heure !

— Attends ! S’exclama Anselme en lui saisissant le bras et la forçant ainsi à s’arrêter. Es-tu sûre qu’en agissant comme tu me le demandes envers Valérie, elle finira, malgré cela, par m’accorder plus tard son amour ?

— A condition de savoir t’y prendre, répondit-elle avec assurance. Voyons réfléchis donc un peu ; lorsque tous la repousseront avec encore plus de mépris qu’en ce moment, crois-tu qu’elle pourra encore dédaigner l’affection et l’intérêt que toi seul lui témoigneras ?

Un éclair de joie passa dans les prunelles du marquis.

— Je comprends à présent ! S’écria-t-il, et je reconnais que tu raisonnes admirablement, Alice ... Et si Robert refusait, de son côté, de croire aux preuves que nous lui fournirons ?... Etant tellement épris d’elle, il sera plutôt enclin à pardonner.

— C’est possible admit Alice, sans se laisser le moins du monde émouvoir par cet argument, mais nous lui avancerons, cette fois, des preuves irréfutables, écrasantes ... Lorsqu’il se rendra compte que Valérie est réellement une femme indigne, malgré la souffrance que cette découverte provoquera en lui, il la chassera à tout jamais de son cœur.

— Ce qui me laissera la voix libre ! Acheva Anselme en riant.

— Et me permettre d’essayer, moi, une fois de plus, de le reconquérir, compléta Alice.

Tous deux se turent quelques secondes, puis le marquis rompit le premier le silence :

— D’accord, poursuivit-il. Je vais tout de suite entreprendre ce travail. Pour commencer, je rechercherai Valérie, je la surveillerai et j’étudierai la meilleure façon de la compromettre définitivement. J’aurai certainement besoin de quelqu’un de sûr, afin de rester dans l’ombre pour ne pas éveiller ses soupçons.

— Je te recommande de me mettre au courant de tout ce que tu entreprendras, fit Alice. Je sais combien tu es impulsif et je ne veux courir aucun risque. Tu me soumettras toutes tes idées, et ensuite seulement, nous prendrons une décision. Qu’en penses-tu ?

— C’est parfait ! S’exclama Anselme en lui tendant la main. Mais, continua-t-il, et ... et mon argent ?

— Je monte tout de suite dans ma chambre te signé un chèque. Comme il s’agit d’un prêt, tu me feras une reconnaissance de dette en règle, mon cher.

A1nselme ne put retenir un geste de dépit à ces derniers mots.

— Comme je n’ai pas le choix, grogna-t-il, j’obéirai ! J’ai un besoin trop urgent de cette somme, hélas !

— Tu l’auras ! Affirma Alice. Dans d’autres circonstances je ne t’aurais jamais demandé de reçu, mais, envisageant la possibilité d’avoir un jour à rendre compte de cet héritage, au cas où l’héritier légitime de l’oncle Julien se présenterait, je ne veux pas être soupçonnée ou critiquée, comprends-tu ?

Il se passa la main sur le front, songeant qu’il était loin de pouvoir remplir de pareilles conditions !... Impossible pour lui de remonter la pente sur laquelle il commençait à glisser.

— Je reviens dans un instant avec ton chèque, annonça Alice en se levant.

— Merci, ma chérie, murmura le marquis avec reconnaissance. Pendant que tu l’établiras, je préparerai le papier. Je te confesse que sans ton intervention, je ne sais ce que je serai devenu !

— Mon pauvre Anselme, comment as-tu fait pour en arriver là une fois de plus.

— N’en parlons pas, veux-tu ? Pria-t-il. Ce qui compte, c’est surtout d’être tiré d’affaire. Et je te jure qu’à l’avenir, jamais plus on ne roulera !

— Vraiment, Anselme, je ne te comprends pas ! Constata sa sœur en se dirigeant vers la porte. Parfois, tu fais preuve d’une intelligence supérieure, et parfois aussi, tu agis comme un enfant.

Il ne répondit que par un soupir à cette réflexion désobligeante. Lorsque Alice l’eut quitté, il se précipita ver son bureau, prit une feuille de papier, son stylo et rédigea rapidement la reconnaissance de dette que sa sœur lui avait demandée, en échéance de soin argent. Ensuite, il sourit, satisfait en se frottant les mains.

 « Riennestencoreperdu ! »pensait-il.

Cinq minutes plus tard, la jeune fille revenait dans la pièce et lui tendait le chèque.

— Tu peux constater que je tiens mes promesses, dit-elle gaiement.

— Voici ton reçu, Alice.

— Maintenant, s’écria la terrible intrigante, mets-toi immédiatement à l’œuvre ! Et surtout, ne t’avise pas de me trahir autrement tu le paierais très cher !

( A SUIVRE LE 19 MAI )

TOUS LES LUNDIS A 14 HEURES SERIE DE PHOTOS

 

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Nous commencerons à partir

du 22 mai la publication d'un

GRAND ROMAN INÉDIT

 

L' APACHE-ROI

Par Paul SEGONZAC

 

Le romancier si aimé du public n'a jamais écrit de pages plus passionnées. Tous nos lecteurs suivront avec émotion les péripéties d'un drame qui se déroule dans des milieux extraordinairement pittoresques et qui met en scène des personnages de grandes envergures

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