LE ROI ALPHONSE * LES PETIS COCHONS
AU GRÉ DES ESPAGNOLS LE ROI ALPHONSE
N'EST PAS ASSEZ JOLI GARÇON
Un commerçant de Madrid avait mis en vente une photographie représentant le jeune roi Alphonse XIII, en pittoresque et fort collant costume sévillan. Mais il paraît qu'on n'a pas trouvé l'image assez décorative et assez impressionnante à la cour d'Espagne, car le marquis de Viana, premier chambellan , c'est hâté de donner des ordres pour qu'on supprime sans retard, la photo un peu trop familière. Ce qui résulte de tout cela c'est que le costume andalou n'avantage pas le jeune souverain.
Au surplus, le costume de chauffeur ne lui est pas plus favorable. Un jour au court d'un arrêt de son automobile, Alphonse XIII se met à causer avec une vieille femme, et, au cours de la conversation, il fut amené à lui dire qu'il était le roi.
La vieille femme le regarda des pieds à la tête, toisa sa peau d'ours et son épaisse casquette et haussa les épaules.
—Le roi ! Fit-elle. Ce n'est pas vrai. Vous êtes trop laid pour ça.
Tout n'est pas gai dans le métier de roi.
IL NE FAUT FAIRE AUX PETITS COCHONS
NULLE PEINE, MEME LÉGÈRE

Saviez-vous les cochons si délicats ? Il paraît que ce sont tous ses animaux incompris. Nous leur prêtons des vices et des défauts dont nous sommes, en réalité responsables. Ils ne sont sales que parce que nous les obligeons à la saleté. Ils ne sont goulus que parce nous leur donnons trop à manger et que nous les gavons de nourriture répugnantes et d'un profit insuffisant.
Mais un agronome vient de s'élever contre cette mauvaise opinion et ces détestables traitements. Il affirme que le porc est le plus méconnu des mammifères. Il est propre et soigneux, à la seule condition qu'on lui donne les moyens d'être propre et qu'on ne l'oblige pas en l'enfermant dans une cabane trop étroite, à patauger ans son auge.
D'ailleurs il en est pour les cochons comme pour les hommes. Une enfance mal soignée et livrée à elle-même à les plus redoutables et les plus lointaines conséquences. Vous savez quels mauvais estomacs conservent toute leur vie, les enfants trop sevrés et qui ont été alimentés dès leur jeune âge avec des nourritures indigeste. Eh bien, les petits porcs sont comme les enfants ; un cochon trop tôt sevré devient rachitique. Il ne faut pas non plus, après le sevrage, lui donner une nourriture trop massive. Il faut procéder avec méthode et progressivement.
Et puis il ne faut pas oublier que le porc mérite comme tout animal, d'être traité avec douceur et avec bonté.
Qui sait ce que deviendrait le porc si nous « nous occupions de lui » C'est du moins ce que prétendent ses défenseurs. On le livre à lui-même. On ne lui donne pas le moyen de satisfaire d'autres désirs que les plus vulgaires et que les plus bas de ses appétits. Il est des animaux privilégiés auxquels on offre ds friandises. Le chenal bien soigné a droit à son morceau de sucre. Le chien reçoit en récompense des gâteaux. Les chiens des riches ont même des gâteaux du bon faiseur. Mais le cochon se nourrit uniquement du détritus et d'épluchures, de pâtées indigestes et sans saveur. Et jamais une caresse. Jamais. Il n'y serait pas sensible ? Qu'en savez-vous ?
L'agronome que nous citions plus haut raconte à ce sujet une curieuse histoire.
Dans un village de Bretagne, un petit paysan d'une dizaine d'années conduisait aux champs un troupeau de cochons. Il y avait parmi ses bêtes un petit cochon qui paraît-il était le plus charmant des petits cochons. Le groin fureteur le museau rose, il trottinait légèrement sur le bord des routes et le long des mares. Le petit berger se prit d'affection pour lui. Il le caressait fréquemment. Le petit animal avait pris l'habitude de venir à l'appel du petit berger, qui ne manquait jamais de tirer de sa musette un morceau de pain pour « son ami »
Au bout de quelques mois, le petit garçon fut « loué » par un fermier d'un hameau voisin et fut chargé de conduire aux champs non plus un troupeau de cochon, mais un troupeau de vaches.
Bientôt le petit porc au museau rose refusa de prendre aucune nourriture. C'était un animal bien venu et qui promettait beaucoup pour « l'engraissement » Le sorcier du pays fut appelé, il prononça des paroles magiques, fit préparer un breuvage composé d'herbes mystérieuses. Rien n'y fit. Le petit cochon ne voulait pas manger.
Trois jours après, le fermier s'aperçut que l'animal avait disparu. On fit des recherches toute la matinée. Personne ne l'avait vu.
On apprit qu'il s'était échappé pendant la nuit et qu'il était allé rejoindre le petit berger, dans la nouvelle étable où celui-ci couchait.
L'aventure paru si extraordinaire que le nouveau patron du petit berger acheta l'animal à son propriétaire.
Et l'on vit dès lors ce spectacle amusant d'un troupeau de vaches que conduisaient aux champs un petit berger et un petit cochon.
REVUE NOS LOISIRS DU 12 AVRIL 1908
TOUS LES LUNDIS A 14 HEURES SERIE DE PHOTOS