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ON PEUT FABRIQUER DES RUBIS

18 Mai 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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ON PEUT FABRIQUER DES RUBIS

Le rêve des anciens alchimistes qui prétendaient, à l'aide d'invocations magiques et de paroles cabalistiques, créer des pierres précieuses est devenu une réalité. Les savants d'aujourd'hui obtiennent par des procédés rationnels, ce que leurs précurseurs ont en

vain cherché avec des moyens mystérieux et des connaissances rudimentaires.


Depuis que nous avons cessé de croire aux superstitions les plus grossières comme au plus poétiques, la religion des pierres précieuses où plutôt la croyance en leurs vertus magiques à peu à peu diminué et elles ne valent plus que par le « prix marchand » comme le colza banal où la graine de moutarde.

Cependant la pierre précieuse pouvoir espérer une autre destinée, elle qui avait fait les délices de magnifiques et avaricieux Salomon, elle qui avait allumé tant de soleils dans l'opulente chevelure de l'impératrice Lollia Paulina et qui avait servi de parure à tant de charmeuses grecques, égyptiennes et byzantines.

Les anciens avaient sur la constitution des pierres précieuses des idées plutôt amusantes. On lit dans un ouvrage d'autrefois cette bizarre définition :

« La matière des pierreries est un suc très pur, et non pas une exhalaison sèche »

Si après cela on n'est pas absolument édifié sur la constitution des pierres précieuses c'est qu'on y met de la mauvaises volontés.

Pendant longtemps les esprits crédules ont pensé qu'avec leurs formules mystérieuses les alchimistes en bonnet pointu étaient capables de créer des pierres précieuses. Et depuis qu'aux esprits crédules ont succédé les esprits forts on a répété que jamais la science ne pourrait heureusement les imiter, et cependant l'imitation des pierres précieuses par les procédés de fusion est aujourd'hui un fait accompli, que dis-je, une industrie nouvelle.

Le verre ordinaire peut imiter la transparence et la pureté de la pierre précieuse et c'était que sa dureté est inférieure, il n'y aurait guère de différence entre les véritables gemmes et les perles de verre de belle venue.

Il faut tenir compte aussi de ce que les savants appellent l'indice de réfraction. Or, plus l'indice de réfraction est élevé, plus le nombre de rayons lumineux réfléchis est considérable. Et pour parodier une boutade de molière : « Voilà pourquoi les pierres précieuses ont tant d'éclats ! »

La dureté des pierres précieuses répond de leur durée, les poussières de l'air ne dépolissant pas leurs facettes, il va sans dire qu'il n'en est pas de même pour le verre.

Ainsi une pierre précieuse doit posséder une dureté capable de résister aux poussières de l'air et un indice de réfraction élevé pour que son éclat soit supérieure à celui des verroteries.

L'imitation parfaite de la pierre précieuse doit donc, avant tout, recherches ces deux qualités.

Mais pourquoi me direz-vous, imiter les pierres précieuses puisque leur valeur a diminué ? Nous vous répondons que leur valeur est une question de mode et qu'il suffirait d'un « lancement » pour donner aux corindons, rubis, saphirs, topazes une vogue nouvelle.

En réalité la question n'est pas neuve, puisque les premiers essais ont été fait en 1837. Cependant il y a seulement quelques années que M. Paquier grâce aux travaux de M. A. Verneuil et de M. Marc Paquier, son élève, est parvenu à donner au commerce parisien des pierres d'alumines à l'état transparent et qui pourrait faire une concurrence victorieuse au rubis naturel.

Le rubis d'alumine chromée est une merveille produite par l'industrie humaine et il est difficile quoi qu'en disent certains joailliers intéressés de le distinguer du rubis vrai.

Il se fabrique simplement en réglant sur une baguette d'alumine, sur laquelle est dirigée la flamme d'un chalumeau, la chute d'une poudre d'alumine chromée.

Pourquoi maintenant puisque l'on fabrique le corindon, c'est-à-dire le rubis, le saphir, la topaze, etc... à des prix raisonnables, et qu'il est difficile à un œil exercé de les reconnaître, pourquoi les cours des vrais corindons déchus de leur valeur primitive ne fléchissent-ils pas et pourquoi enfin la foule ne se précipite-t-elle pas sur le rubis artificiel ?

Pour les mêmes raisons que nous donnions dans un précédent article sur la crise de diamant. Le marché est encombré, mais le diamant conserve son prix de par la volonté d'un syndicat de détenteurs. Allez dire à un joaillier d'enchâsser dans une monture de prix un corindon artificiel, il s'y refusera en assurant, avec un air de dignité blessée, qu'il déshonorerait son ouvrage et que tout le monde s'en apercevrait. Et cependant que les pierres artificielles circulent mettons en Chine pour ne froisser aucune susceptibilité sans que les clients s'en aperçoivent.

Si nous ne jouissons pas pleinement de ces découvertes c'est que des intérêts matériels coalisés s'y opposent momentanément.

Mais un jour viendra peut-être où les hommes ne se soucieront plus de l'origine des pierres précieuses et s'occuperont seulement de leur éclat, de leur limpidité, de leur coloration, de leur beauté en un mot. Ce jour-là on aura substitué à la valeur marchande de la pierre la notion de sa valeur réelle ; c'est-à-dire le plaisir qu'elle peut donner à nos yeux et son utilisation décorative.

Jean Paul ANDRÉ

 

REVUE NOS LOISIRS DU 12 AVRIL 1908

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