MOINEAUX SANS NID N° 106
Ce fut le lendemain de ces dramatiques événements que Valérie et Mireille partirent à la recherche de Pierrot.
Le trajet sur la route s’effectua paisiblement, et nul de ceux qui y passaient ne pouvait imaginer que, tout près de là, un pauvre petit garçon était attaché au tronc d’un arbre, la bouche écrasée sous un bâillon exposé à toutes les intempéries.
Valérie Labeille et la fillette atteignirent rapidement le pavillon de chasse du marquis d’Evreux sans aucun incident.
Ce fut Nicolas, le mari de Juliette qui les accueillit, vivement surpris de revoir Mireille.
— Toi petite ? Qu’est-ce qui t’amène donc dans ces parages ? S’écria-t-il vaguement inquiet de son arrivée avec une « dame » .
— Pierrot n’est pas venu ici ? Questionna tout de suite l’enfant d’une voix tremblante d’angoisse.
— Pierrot ? Répéta-t-il en haussant les épaules. Je ne connais pas.
— Ne mentez pas ! Vous savez fort bien de qui je veux parler, s’exclama-t-elle avec force.
— En tout cas, je n’ai vu personne, affirma Nicolas avec obstination.
A cet instant, la fillette aperçut Marius, le père de Nicolas, qui arrivait en tirant l’âne à sa suite.
— Ne niez plus ? S’exclama Mireille avec assurance, Pierrot est venu ici ; voici l’âne qu’il vous a ramené. Pourquoi continuez-vous à mentir ?
Notre âne est rentré tout seul, déclara Nicolas furieux.
— C’est faux ! Protesta la petite fille. C’est Pierrot qui est venu vous le ramener. Qu’avez-vous fait de lui ?
— Et que veux-tu que nous en ayons fait, petite ? Grogna l’homme.
— Peut-être l’avez-vous enfermé comme l’autre fois ... ou tué !...
Et, sans attendre sa réponse, Mireille se mit à crier de toutes ses forces :
— Pierrot !... Pierrot !...
Valérie Labeille appela de nouveau Pierrot, mais bien sûr nul ne répondit. Elle se tourna alors vers Nicolas :
— Vous allez me dire où est cet enfant, dit-elle sur un ton qui n’admettait aucune réplique ; sinon, je vais de ce pas prévenir les gendarmes.
Cette fois, le garde-chasse perdit patience.
— Je vous répète fit-il énergiquement que je n’ai jamais revu Pierrot depuis qu’il est parti d’ici !
Attirée par les cris, Juliette sortit de la maison et, reconnaissant l’enfant, elle s’approcha, étonnée.
— Toi ! S’écria-t-elle.
Mireille leva vers elle un visage baigné de larmes et murmura d’une voix hachée par les sanglots :
— Vous qui n’êtes pas méchante, je vous supplie de me dire où est Pierrot !
La femme recula vivement, je tant un regard furtif du côté de son mari, puis elle dit à vois basse :
— Tais-toi ! Nicolas n’est au courant de rien ... Je te dirai tout dans un instant.
— Alors, vous l’avez vu ?
— Oui, il est venu, et je vous suis entièrement acquise. Mais, chut ! Ne dis rien car mes hommes ne sont pas au courant, je viens de te le dire.
— Je ... je ne vous crois pas ! Assura la petite fille en la dévisageant avec méfiance.
— Je te jure, petite, que je te dis la pure vérité ! Affirma la paysanne.
— Non, je ne puis vous croire ! Répéta l’enfant après une légère hésitation.
— Tu me juges donc tellement méchante ? Demanda Juliette, vexée.
— Les personnes qui ont pu traiter Pierrot et moi comme vous l’avez fait ne peuvent être bons, répliqua la fillette avec conviction.
Comme la femme de Nicolas ne put trouver de réponse à un tel argument, elle se tut.
— Qui donc est la dame qui t’accompagne ? Demanda-t-elle, après quelques secondes de silence.
— C’est une seconde Maman pour Pierrot et pour moi expliqua Mireille.
Valérie s’approcha de la femme du garde.
— Vous êtes Juliette n’est-ce pas ? Demanda-t-elle en la fixant de son regard clair et limpide.
— Oui, Madame.
— Alors vous allez me dire tout ce que vous savez sur Pierrot, car il ne peut y avoir aucun doute ; cet enfant est venu jusqu’ici, dit-elle à la paysanne avec sévérité.
Juliette répondit tout bas :
— Je vous supplie, Madame, de ne pas parler de cela devant mon mari et mon père. Je vais tout vous expliquer dès que nous serons seules.
— Je vous préviens, reprit Valérie avec énergie que je dévoilerai tout ce que vous avez fait à ces enfants si je ne retrouve pas le petit garçon.
— Soyez patiente, je vous en conjure, Madame. Je vais tout vous raconter dans un instant.
Et après avoir fait entrer Valérie et Mireille dans la salle commune, elle pria son mari de se rendre au village voisin pour y acheter du pain et demanda à son beau-père d’aller ramasser du bois bien sec pour le feu.
Ainsi, après avoir très intelligemment éloigné les deux hommes, elle revint dans la pièce et s’installa entre les deux visiteuses auxquelles elle confia, ne cessait de surveiller le couloir qui menait à la porte d’entrée !
— En effet, Madame, Pierrot est venu me voir avant-hier, me ramenant notre âne que cette petite coquine m’avait enlevé. Il m’a raconté toute son histoire. Je dois avouer qu’il m’a entièrement gagné à, sa cause et ...
— Alors, interrompit anxieusement Valérie, dites-moi où est cet enfant à présent.
— Il est reparti avant la fin de l’après-midi pour Paris.
— C’est faux ! Nous l’aurions vu, ou tout au moins croiser sur la route en venant, protesta Valérie avec énergie.
— Je vous assure, Madame, que je ne mens pas ! Affirma avec force la paysanne.
Valérie et Mireille échangèrent un regard inquiet et incrédule. Puis Valérie reprit avec autorité :
— Je regrette, mais avant de pouvoir être convaincue de votre sincérité, je vous demande à visiter ce pavillon.
Juliette se leva avec empressement.
— Mais avec plaisir, Madame, tout de suite ... Suivez-moi ...
Après avoir scrupuleusement examiné tous les coins et recoins de la maison, Valérie et Mireille durent se rendre à cette triste évidence : Pierrot n’était pas là !
Juliette alors, leur rapporta avec force détails sont entretien avec le jeune garçon et ajouta :
— Je tiens à ce que mes hommes ignorent tout cela, car ils sont très dévoués au marquis et seraient capables de faire échoués vos plans. Pour le reste, vous pouvez rentrer tranquillement chez vous et y trouverez certainement l’enfant. Soyez convaincues que j’exécuterai à la lettre tout ce qu’il m’a demandé. C’est un petit bonhomme sympathique et intelligent, bien différent du marquis et de son frère, si intéressés et si méchants.
— Cela ne vous a pourtant pas empêcher de vous entendre avec eux contre cet enfant, lui reprocha sévèrement Valérie.
— C’est vrai, je le reconnais admit la femme, et je le regrette à présent.
— Evidemment car vous êtes maintenant certaine que jamais vous n’obtiendrez un seul sou de ces misérables ! Constata Valérie avec amertume.
— C’est juste aussi, convint Juliette franchement ; je ne le nie pas. Et j’ai tout à gagner en me rangeant du côté de Pierrot. Je pense que, si tout marche vous le désirez, vous ne m’oublierez pas.
— Comment ? S’écria Mireille indignée ; après tout ce que vous nous avez fait, vous voulez encore de l’argent ?
— Tais-toi chérie, ordonna Valérie. Si Juliette accepte de raconter que Pierrot a été retenu ici sur l’ordre de ses maîtres elle mérite une récompense.
— Le faut est que je cours le risque d’être chassé, objecta la paysanne, et cela vaut bien quelque chose !
— Soyez sans crainte, nous ne vous oublierons pas, affirma Valérie, et maintenant au revoir ... Nous allons retourner à Paris, mais si nous n’y retrouvons pas Pierrot, je dévoilerai tout, séance tenante à la police.
— Et s’il lui était arrivé des ennuis en chemin ? Fit remarque la femme du garde.
— Nous le saurons, car nous demanderons partout où on l’a vu ou si on lui a parlé, répondit Valérie.
— Je suis sûre que vous allez le rejoindre sans tarder.
Valérie et Mireille remontèrent en voiture, et la jeune femme pria le chauffeur de s’arrêter à toutes les mains qui se trouveraient sur leur trajet en bordure de la route.
Elle craignait que Juliette leur ait menti et se sentait fort inquiète au sujet de Pierrot.
Mais à aucun arrêt, nul ne sut donner le moindre renseignement sur l’enfant. La fille de Michel Labeille et la petite Mireille commençaient à perdre tout espoir lorsque dans une chaumière on leur déclara enfin que, deux jours plus tôt, ils avaient vu passer un gamin d’une dizaine d’années suivi d’un chien.
Cette nouvelle les réconforta et elles comprirent que la femme de garde ne leur avait pas menti.
Un peu plus tard, elles atteignirent la ferme auberge où s’étaient déroulés les dramatiques événement cités plus haut et y entrèrent pour s’enquérir de Pierrot.
— Vous voulez parler d’un petit gars pauvrement mis qu’accompagnait un chien ? Demanda le patron de l’endroit.
— C’est cela même ! S’écrièrent en même temps Valérie et Mireille.
— Il est en effet, venu ici avant-hier, Madame. Il y a même dîné et couché dans la grange.
Le beau visage de Valérie s’éclaira de joie.
— Il ne lui est rien arrivé de mal, j’espère ? Demanda-t-elle pourtant, encore anxieuse.
— Hélas ! Je le crains, ma bonne dame.
— Mon dieu ! s’écria Valérie, effrayée. Dites-moi vite ce qui s’est passé.
— Des Bohémiens sont venus ici et ont provoqué une bagarre, raconta l’aubergiste. J’aurais dû leur interdite ma porte, mais il faut vivre, n’est-ce pas et ...
— Oui, oui, je vois, coupa Valérie mais je vous supplie de mieux vous expliquer.
L’homme obéit.
— Oh ! Ce petit garçon n’avait rien à voir avec leur querelle ! S’exclama Valérie.
— En effet, reconnut le fermier. Seulement, d’après ce que m’a rapporté une femme qui avait, elle aussi, couché dans la grange le petit a été emmené par l’un des Bohémiens, un borgne, le plus mauvais de tous, celui qui m’avait menacé de son couteau.
— Et le chien n’a pas cherché à défendre son jeune maître.
— Si, il l’a mordu au mollet, poursuivit l’aubergiste et la pauvre bête a été blessée d’un coup de couteau qui a été à deux doigts de le tuer. Le Bohémien semblait en vouloir au gamin, je ne sais pas au juste pourquoi, et ...
— Et alors ? Questionna Valérie avec impatience.
— Je ne peux vous en dire davantage, répondit l’homme. Je m’étais éloigné pour appeler les gendarmes et, à mon retour, je n’ai plus retrouve les Gitans. Tout ce que j’ai appris m’a été raconté par cette femme.
Valérie se tut un instant, puis demanda :
— Et où est cette femme ?
— Elle est partie pour Bonnières dans un camion.
— Et les Bohémiens ?
— Ils ont été arrêtés par les gendarmes.
— Alors, l’enfant aussi a dû être arrêté ?
— Non, Madame, répondit l’homme ; personne ne sait ce qu’il est devenu. J’ai vu partir le car emmenant les Gitans à Evreux, accompagnés par des gendarmes, mais l’enfant ne s’y trouvait pas.
— Logiquement, ils ne pouvaient l’emmener, car il n’a rien fait de mal conclut Valérie.
— Son chien a mordu l’un de ces hommes, objecta l’aubergiste.
— Comment avoir des renseignements ? Murmura la jeune femme perplexe.
— Rien n’est plus facile ; puisque vous avez une voiture, pourquoi ne pas aller à
la gendarmerie où l’on vous dira ce qu’est devenu ce petit gars ? Pour sa part, je serais ravi de le savoir sain et sauf, car il
était bien gentil.
— Vous avez raison. Partons tout de suite ! S’exclama Valérie.
— Attendez ! J’ai une autre idée ; vous pouvez téléphoner avant d’y aller, dit l’aubergiste.
— Vous avez le téléphone ?
— Pas moi, mais à côté, à l’usine de ciment, ils l’ont. Venez, nous allons leur demander la permission de donner un coup de fil.
— Ensemble, ils se rendirent à l’usine toute proche et, ayant aussitôt obtenu ce qu’ils désiraient, ils communiquèrent avec la gendarmerie.
« Brigadier, commença l’aubergiste qui connaissait fort bien tous les Pandore, dites-moi ce que vous avez fait du petit gars qui se trouvait avec les Bohémiens que vous avez arrêtés ? »
« Nous n’avons vu aucun autre enfant que les leurs » Répondit l’interlocuteur à l’autre bout du fil.
« Pourtant ils ont emmené avec eux un petit garçon d’une dizaine d’années qui avait couché dans ma grange »
« Je vous répète que nous n’avons pas vu cet enfant »
« Vous les avez tous arrêtés ? »
« Oui, tous »
« Vous en êtes bien certain ! »
« Attendez un instant ... Il manque en effet une femme nommée Trinidad mais elle s’était enfuie avant la bagarre »
— Demandez-leur s’il s n’ont pas croisé sur la route un enfant que suivant un chien, dit Valérie.
L’aubergiste répéta cette demande.
« Nous avons vu un chien, mais pas l’enfant » Lui fut-il répondu.
Valérie saisit l’appareil avec une folle d’impatience.
« Monsieur le brigadier ! S’écria-t-elle, je crains qu’il ne soit arrivé malheur à cet enfant. Nous n’avons pu le retrouver et suis sûre que les Bohémiens l’ont emmené pour le maltraiter. »
« Vous êtres sa mère ? » S’enquit le gendarme, en entendant maintenant une vois féminine.
« Non, mais tout comme » Répondit Valérie.
« Deux de mes hommes se trouvent dans vos parages. Dites-leur qu’ils procèdent immédiatement à des recherches. Mais je crois que vous vous trompez, Madame, car ces Bohémiens n’ont certainement rien à gagner à maltraiter ce petit. »
« Nous avons conduit ceux qui ont été arrêtés à la prison de Bonnières. Je vais téléphoner tout de suite afin de les faire interroger. Veuillez attendre quelques minutes et, pendant ce temps, tachez de joindre mes hommes. »
Mireille ne cessait de sangloter. Comme Pierrot lui avait raconté l’histoire du coup de pierre du gitan, elle avait la certitude que c’était cet homme qui l’avait enlevé pour se venger. Elle avait si peur des Bohémiens !
Valérie n’avait plus la force de la consoler, car le sort de l’enfant la tourmentait beaucoup, elle aussi.
Quelques minutes après, les gendarmes arrivèrent. Elle s’empressa de les interroger, mais, hélas ! Ils n’avaient pas vu l’enfant. La jeune femme leur confia ses craintes, et Mireille leur raconta la querelle de Pierrot et de José.
— Ce que nous dit cette petite est très important, reconnut l’un des gendarmes, car l’un de ces Gitans, celui qui semble être le chef de la tribu, a été sérieusement blessé au visage. Nous l’avons capturé après les autres, avec deux hommes et deux femmes.
— Aucun d’eux n’a parlé du petit garçon ? Questionna Valérie avec angoisse.
— Non, Madame. Nous allons voir ce que va nous apprendre l’interrogatoire qu’ils sont en train de subir en ce moment.
Et tous attendirent, en proie à la plus vive impatience, pendant plus d’une heure.
Le pauvre Pierrot était attaché au tronc de l’arbre depuis déjà plus de vingt-quatre heures ; ses forces étaient complètement épuisées et il ne se rendait presque plus compte de rien.
Jamais la solitude de ces bois n’avait été aussi terrifiants pour cet enfant ! Au fur et à mesure que la nuit approchait, le froid se faisait plus cruel et mordant.
De temps à autre, un bruit léger lui rendait une bride d’espoir, mais il comprenait vite et tristement qu’il ne s’agissait que du passage d’un petit animal familier de ces lieux.
A travers les arbres dépouillés il apercevait les étoiles cloutant le ciel, et il lui semblait être plus proche d’elles que de cette terre cruelle et dure.
Elles étaient les seuls témoins de sa lente agonie ; Mireille et Valérie ignoraient tout de lui ! Son seul espoir était de penser que peut-être le remords se glisserait dans le cœur d’un Gitan et qu’il reviendrait le libérer ou bien révélerait aux gendarmes la méchante action de José.
Mais hélas ! Les heures s’écoulaient et nul n’approchait de ce coin perdu.
Une autre nuit tomba, encore plus cruelle que la fin de l’autre, où, glacé de froid, le corps endolori, la corde meurtrissait de plus en plus la chair tendre de ses poignets et de ses chevilles.
Finalement après une angoisse indescriptible, les premières lueurs blafardes de l’aube apparurent et le pauvre enfant espérait encore qu’elles lui rendraient avec la lumière et la chaleur d’un pâle soleil d’automne la liberté et la vie ...
Mais lorsque le premier rayon de l’astre du jour se glissa à travers les branches des arbres et que les oiseaux commencèrent à voleter et gazouillés, lorsque la nature se réveilla de sa torpeur nocturne, le pauvre Pierrot avait perdu jusqu’à la notion du danger et des heures ...
Dans son délire, il évoquait le doux visage de sa petite Mireille, ainsi que celui de Julien Delorme, longuement contemplé au cimetière.
A force de bouger, le petit garçon avait réussi à faire tomber son bâillon, ce qui lui permettait de respirer très librement, mais il ne pouvait ni crier ni appeler ; son corps exténué était presque inerte, incapable du moindre mouvement ... Seul, de temps à autre, un gémissement à peine perceptible s’échappait de sa gorge enrouée. La mort le surprendrait à son insu et, ainsi, mettrait fin à la souffrance intolérable de ses poignets et de ses chevilles.
Soudain l’après-midi malgré sa prostration, il ouvrit les yeux, percevant un bruit de branches cassées non loin, de lui et il distingua une grande ombre avançant sur la mousse, puis il sentit sur son visage une caresse humide, suivie presque aussitôt d’un aboiement joyeux ; c’était le fidèle Vaillant !
— Sauve-moi !... Sauve-moi !... Murmura le pauvre Pierrot.
La brave bête se traînait littéralement, son pelage était maculé de sang coagulé. Malgré cela, elle agitait la queue en tournant tout autour de son jeune maître, frottant sa tête contre lui comme pour l’inciter à le suivre.
Puis comprenant qu’il ne pouvait le faire, Vaillant se dressa contre lui et lui lécha le visage. Pierrot à son tour, l’embrassa tendrement et murmura avec effort :
— Délie la corde, Vaillant, vite !
Et le bon chient se mit effectivement à mordiller le lien de ses chevilles.
— Non, lui dit l’enfant, mes mains d’abord ...
Vaillant ne comprenait pas, bien sûr, mais finalement il devina ; il commença à tourner tout autour du petit martyr, essayant de saisir la corde serrant le corps de l’enfant, mais il ne pouvait y glisser ses dents sans le blesser, tant elle était serrée et il gémissait doucement.
Brusquement, le chien s’immobilisa, humant l’air, puis, après s’être frotté contre Pierrot, il s’éloigna aussi rapidement que le lui permettait sa blessure et disparut aux yeux de Pierrot dans l’épaisseur du bois.
Un voile obscurcit tout à coup la vue de l’enfant, les arbres, la mousse, le ciel s’effacèrent dans une sorte de brouillard et toute rumeur cessa également de parvenir à ses oreilles bourdonnantes
( A SUIVRFE LE 7 FEVRIER )
