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LE MODERNE FINANCIER * LES PAS LOINTAINS

5 Février 2012, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LE MODERNE FINANCIER

Fantaisie humoristique par Alphonse ALLAIS

Les aigrefins de la finance véreuse ont d'ingénieux procédés pour vider les bas de laine. Dans sa cocasserie inattendue, l'histoire qui nous raconte Alphonse Allais est à peine une charge.

 

La soif de l'or auri sacra james est devenu tellement impérieuse au jour d'aujourd'hui que beaucoup de gens n'hésitent pas pour se procurer des sommes, à employer le meurtre, la félonie, parfois même l'indélicatesse.

L'acquisition rapide d'un gros numéraire demeurera la caractéristique de notre fâcheuse époque.

De mon temps, les choses ne se passaient pas ainsi ; les gens travaillaient, touchaient leur modeste salaire, prélevaient sur ce petit pécule les pièces de monnaie nécessaire à l'achat de leur fricot et de leurs hardes, au paiement de leur bail, aux mois d'école des petits, etc.

le reste de l'argent venait s'enfourner dans des bas de laine pourquoi de laine ? Et quand un brave homme avait son bas de laine plein d'écus, les voisins disaient de lui : « Voici quelqu'un qui a du foin dans ses bottes ! »

Cet état de choses valait-il pas entre nous, la mare de fange qui nous sert d'époque ?

Ah ! Si on pouvait remonter le cours du temps !

Pas plus tard d'hiver, on m'a montré un monsieur dont l'aspect est celui d'un parfait gentleman, et qui pourtant, a fait fortune, grâce à des procédés que ma plume se cabre à conter.

Ayant gagné quelques sous à Nice, voilà deux ou trois ans, dans le commerce des confetti et spirales noirs pour personnes en deuil, il alla passer un mois dans un petit watering-place du Calvados qui s'appelle Lion-sur-Mer.

L'idée lui vint de fonder dans cette localité une maison de banque, qu'il baptisa froidement : Crédit Lionnais.

L'idée est simple, me direz-vous.

Parfaitement, mais fallait-il pas moins y songer.

Tout de suite, son établissement prospéra comme un putois.

Les prospectus portaient ces mots alléchants : SEULE MAISON GARANTISSABT 15 OU 20 POUR CENT SUR DES PLACEMENTS DE PÈRE DE FAMILLE.

Auriez-vous hésité vous qui haussez les épaules à porter vos quatre sous vers cette caisse bénie ? Vous auriez été le seul, alors.

Devant l'immense succès de son entreprise, notre financier dut ouvrir plusieurs succursales en province et à Paris, dans un des plus somptueux immeubles du quartier de la Bourse.

Son titre habilement choisi de Crédit Lionnais lui permettait d'établir de petits malentendu, non sans profit pour lui.

Apportait-on de l'argent ? Il l'a cceptait sans que tressaillit un muscle de sa face.

En venait-on toucher ? « Pardon, disait-il gentiment, c'est avec un i que nous écrivons. Adressez-vous en face »

En beaucoup moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, la place de Paris fut envahie par son papier (pour plus d'un million, m'affirmèrent les frères Cohen)

C'est alors qu'il imagina un petit truc, pas vertigineusement délicat, mais plutôt ingénieux, et qui d'ailleurs réussit à merveille.

La caisse du Crédit Lionnais (succursale W) fut installée dans une petite pièce habilement machinée.

Un garçon de la Banque de France supposons, arrivait dans le but de recouvrer un effet de 3 480 francs (trois mille quatre cent quatre vingt francs) ; l'indélicat banquier prenait le papier, puis comptait à haute voix :

Mille... deux mille... trois mille, ça fait trois mille... Cent, deux cents, trois cents, quatre cents, ça fait quatre cents... Vingt, quarante, soixante, quatre vingt... Votre compte y est bien, mon ami.

Imprudent, confiant, le garçon de banque passais sa tête dans le guichet.

A ce moment, un simple déclic abattait une lame très lourde et fort coupante, assez semblable à celle dont on sert la justice française pour déterminer la mort de ses criminels.

La tête, détachée du tronc, roulait dans une sébile placée ad hoc.

Un second déclic ouvrait une trappe et faisait béer le trou d'une cave, également ad hoc, où venait s'effondrer le tronc de 'infortuné.

Et à qui le tour ?

Un beau jour, disparurent trente sept garçons de recette.

Comme il faisait très chaud, l'affaire transpira.

Heureusement pour lui, notre homme était protégé moitié par les francs-maçons, moitié par les jésuites.

Il s'en tira avec seize francs d'amende.

 

S'IL S'AGIT DE BOIRE SEC LES

ÉCOSSAIS SONT LA !...

Les Écossais sont certainement beaucoup de qualités mais il leur manque au moins une. Ce n'est pas chez eux que les sociétés e tempérance trouveront à placer une qualité de leurs brevets.

S'il faut en croire les statistiques judiciaires qui viennent d'être publiées et ce qui rapportent à l'année dernière, une bonne partie de la population s'adonne à l'ivrognerie avec un entrain merveilleux.

La petite ville de Blairgowrie dans le comté de Perth qui compte 5 000 habitants, en a vu condamner 521 pour ivresse manifeste dans le courant de l'année. C'est une moyenne de plus d'un cas pour dix personnes, femmes et enfants compris.

Si l'on songe au nombre de cas qui échappent nécessairement à toute répression pénale, on en arrive presque à croire que l'atmosphère de l'Écosse est comme enveloppée et saturée de lourdes vapeurs de whisky.

 

                            Les pas lointains

Le feu mourant du jour tremble sur la colline

Le ciel fiévreux pâlit de l'espoir de demain.

Le fleuve las se tait — l'arbre sombre s'incline,

Et dans les champs en deuil monte le clair chemin

 

Ou nous allons tous deux goûtant l'heure divine

D'un amour qui s'éveille en le soir qui s'éteint.

Ta bouche dit les mots que mon désire devine,

Et ton œil proche luit d'un doux bonheur lointain,

 

Et chacun de nos pas fait lever sur la route

L'écho de pas anciens que notre rêve écoute

Marcher sans le savoir vers cet unique instant.

 

Tandis qu'à l'Angélus qui là-bas sonne à peine

La marche des troupeaux vagues emplit la plaine

De clochettes qui vont à la cloche, en tintant.

                                                                         Charles Dornier

REVUE NOS LOISIRS DU 8 MARS 1908

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