A L'ASSAUT DE LA COUPOLE * Un Napolitain mange 1800 km de nouilles
A L'ASSAUT DE LA COUPOLE
L'Académie Française va procéder dans quelques jours à l'élection de trois nouveaux immortels. On sait combien sont vives les compétitions pour ces sièges. Les visites obligatoires de candidats aux électeurs sont souvent l'occasion de scènes amusantes. Il nous a paru intéressant d'en rappeler quelques-unes.
Aux multiples candidats de l'immortalité qui se disputent les fauteuils vacants sous la sacrée Coupole, nous nous contenterons de rappeler les paroles que Théophile Gautier adressait à un confrère en littérature désireux de revêtir l'habit vert.
Si tu dois être de l'Académie, lui disait-il en substance, ne te préoccupe de rien, tu en seras ta place y est marquée, retenue. Ne prend pas la peine d'écrire un livre, une ligne, c'est absolument inutile. Tu peux même si la plume te dérange, t'amuser à lancer des pamphlets contre elle, cela n'empêchera pas ton élection, si le sort en est jeté.
Mais si tu n'est as prédestiné, si tu ne dois pas t'asseoir sous la Coupole, trois cents volumes et vingt chef-d'oeuvre reconnus pour tel par l'univers prosterné et même par elle, ne feront point sortir ton nom de l'urne. On naît académicien comme on naît archevêque, cuisinier ou sergent de ville et celui qui doit être meurt pas avant de l'avoir été.
Et Théo ne manquait pas de donner en exemple son propre cas. Chaque fois qu'il se présentait, à l'en croire il s'assurait de toutes les voix : Guizot et Sainte-Beuve, les politiques et les littéraires, les jeunes et les vieux, tous lui éraient dévoués. Les promesses étaient formelles ; on lui affirmait même que l'Académie était heureuse de s'acquitter d'une dette sacrée en l'élisant.
Le jour venu tous votèrent comme un seul homme, les trente neuf bulletins portant son nom, cela ne fat pas l'ombre d'un doute et, pour moi, j'en suis encore convaincu à l'heure qu'il est. Cependant mon concurrent fut élu à l'humanité.
Et le maître loin de garder rancune à ces parjures affectait à leur égard du respect et même de la reconnaissance. Très certainement ils avaient voté pour lui tolus ; mais voilà ! La mauvaise fée, celle qui s'opposait à l'élection, avait changé les bulletins dans l'urne, évidemment.
Et voilà comment le poète impeccable le « le parfait magicien des lettres françaises » ne put jamais revêtir l'habit vert.
Du moins prit-il l’événement avec sérénité, avec une humour qui désarme toute hostilité. Il n'en fut pas de même du brillant chroniqueur, du nouvelle se spirituellement paradoxal de Léon Gozlan, l'auteur très applaudi d'Une tempête dans un verre d'eau. En matière de vengeance peut-être, Théophile Gautier se plaisait à raconter l'unique tentative qui se permit son confrère. C'est le gendre du bon Théo, Émile Bergerat l'auteur du Plus que Reine, qui nous a transmis cet amusant récit.
A l'âge critique malgré l'instinct qui lui criait comme à moi qu'il n'avait pas prédestiné Gozlan se laissa convaincre de hasarder quelques visites. Mais en fine mouche qu'il était, il voulu savoir d'abord comment sa candidature serait prise, et il se présenta tout de suie chez les plus grincheux, le plus rébarbatif, le plus momifié, le plus atro-classique, des quarante d'alors. Ce vieillard l'accueilli sans gloire.
—Ah ! Vous êtes monsieur Gozlan ? J'en suis charmé mais je ne connais pas vos ouvrages a mon âge on relie Racine !
Et autres aménités. Sans se laisser démonter, Gozlan formula sa demande.
—Vous voulez un fauteuil... quel fauteuil ? Fait l'autre en humant une prise de tabac. Il n'y a pas de fauteuil libre à l'Académie que je sache.
—Monsieur, dit Gozlan en se levant et avec une voix terrible, celui que je vous demandais, c'était le votre !
UN NAPOLITAIN MANGE 1800 KILOMÈTRES DE NOUILLES
Les Napolitains ne mangent pas de macaroni, c'est une légende. En réalité, ils mangent des nouilles, qu'ils appellent des tagliarini. Un bon Napolitain — ces gens-là sont sobres — se nourrit une journée entière avec une livre de ces tagliarini. Or, ce statisticien a calculé que dans une livre rentraient 80 mètres e nouilles. E qui que dans une année, tout bon Napolitain en absorbe 30 kilomètres et que s'il vit soixante ans à ce régime, il aura avalé une nouille assez longue pour relier sa ville natale avec Paris soit mille huit cents kilomètres.
REVUE NOS LOISIRS DU 8 MARS 1908
