LE SECRET DU DOCTEUR
LE SECRET DU DOCTEUR
Nouvelle dramatique par Charles LE GOFFIC
Oui, oui... je n'ai plus cet écran de ténèbres devant les yeux.
— Que voyez-vous ? Dit le docteur Abivain tressaillant malgré lui et tout inondé de cette joie sainte du savant qui vient d'arracher un de ses secrets à la nature.
— Oh ! Pas grand-chose encore... des clartés... de vagues fluorescences... et parmi elles des ombres ce me semble... une silhouette... la vôtre peut-être docteur.
— attendez dit le praticien qui se recula légèrement... Distinguez-vous toujours cette silhouette, mon cher Jagoury ?
— Oui... Elle va elle vient... elle agite les bras... elle.... Ah ! Mon Dieu, si je pouvais guérir !
— Vous guérirez, dit gravement le docteur Abivain.
O O o o O O
Il ramassa ses instruments —une petite fiole à tubulure et une seringue de Pravaz, qu'il coucha soigneusement dans leur boite —donna un tour de clef à la boite et la déposa dans le tiroir d'un secrétaire de forme ancienne.
Comme il pénétrait dans la pièce voisine, une main lui saisit le poignet ; Marthe Jagoury était derrière la porte d'où elle avait entendu la conversation des deux hommes.
—Tu mentais, n'est-ce pas ? C'était une plaisanterie ? Maurice ne va pas recouvrer la vue ?
—Si, dit le docteur Abivain, après un court moment d'hésitation.
—Tu as dit si. Mais tu es donc fou ? Tu veux donc absolument nous perdre ?
—Par exemple !
—Ou bien tu en as assez de moi ?
—Marthe !...
—Il faut que ce soit l'un ou l'autre pour que tu agisses comme tu fais. Mais réfléchis donc ! s'il retrouve la vue, c'est fini de notre intimité, de notre amour peut-être... Nous ne pourrons plus l'éviter. Il deviendra un mari comme les autres. Il pourra nous suivre, nous épier...
—Nous userons de précautions.
—Trop tard. Le pli est pris. Nous sommes trop habitués, toi et moi, à ne pas nous gêner devant lui ; nous nous trahirons à chaque instant.
—Enfin, tu ne veux pourtant pas que je me fasse criminel pour assurer notre sécurité ?
—Oh ! Criminel !
—Et quel autre nom veux-tu que je donne à un médecin qui pouvant guérir un malade, refuserait de lui accorder ses soins ?
—Il y a deux ans que tu soignes Maurice et tu m'as toujours dit qu'il était incurable.
—Je le croyais aussi.
—Et depuis quand ne le crois-tu plus ?
—Depuis un mois.
—Et tout ce mois tu m'as rien dit. Pourquoi m'as-tu caché la vérité ? Pourquoi ne m'as-tu pas prévenue que Maurice allait guérir ?
—Je voulais te faire la surprise.
—Jolie surprise.
—Je pensais, dit d'un ton piqué le docteur Abivain que tu me verrais avec satisfaction réparer d'une certaine manière le préjudice que j'ai causé à ce pauvre Maurice.
—En d'autres termes tu lui prenais sa femme mais tu lui renais la vue... Laisse-moi rire ; il n'y a vraiment que les hommes pour établir des balances pareilles.
—Ris tant que tu voudras. J'ai fais mon devoir et si c'était à recommencer, je t'assure que je le referais encore.
—Ton devoir. Qu'en sais-tu ? Si tu m'aimes comme je t'aime, ton devoir est de me garantir contre tout ce qui peut gêner ou entraver notre amour. Voici là ton devoir. Et, quand à mon mari, j'estime qu'en la circonstance, tu lui rends un singulier service, le pauvre homme, tant qu'il était aveugle était parfaitement heureux ; il ne savait rien, ne se doutait de rien. Maintenant qu'il va voir clair... sois tranquille nous ne le tromperons plus longtemps sans qu'il sache. Et si c'est là ce que tu appelles une réparation !...
Le docteur Abivain ne répondit pas.
—Mais parle donc ! Reprit Marthe. Dis quelque chose … Tu vois que ton silence me tue...
—Je n'ai rien à te répondre, dit le docteur Abivain. Ma décision est prise, je ne transigerai pas avec ma conscience.
—Tu as bien transigé avec elle quand il s'est agi de tromper ton ami.
—Soit ! Dit le docteur Abivain. L'homme a failli ; raison de plus pour que le médecin ne l'imite pas.
—C'est bien, Martine qui sembla prendre son parti du refus qu'on lui opposait. N'en parlons plus. Après tout c'est peut-être toi qui a raison. Nous autres femmes, tu sais, nous ne voyons pas toujours les choses du même œil que vous. En usant de précautions comme tu disais tout à l'heure, nous pourrons peut-être de jouer les soupçons de Maurice. N'empêche que tu es un vilain monsieur. Être resté un mois sans me rien dire !... Alors, c'est vrai ? Avec cette petite fiole de liqueur blanchâtre et cette seringue e Pravaz que tu caches si jalousement dans le secrétaire de Maurice, tu as trouvé le moyen de guérir le glaucome ?
—Je crois que oui.
—Mais c'est une découverte, cela... une grande découverte... et qui va te rendre célèbre.
—Oh ! Célèbre !... On s'était déjà servi avant moi de ce liquide d'origine organique pour combattre les paralysies du nerf optique... Je n'ai fait que perfectionner la découverte.
—Et combien penses-tu qu'il faudra encore d'injections pour guérir complètement Maurice.
—Cinq ou six peut-être.
—Seulement ?
— Oui, deux gouttes suffisent matin et soir. Les effets du liquide sont très rapides, mais il y a tant de précautions à prendre. Il faut tenir le flacon à l'ombre, éviter tout contact avec l'air extérieur. Songe qu'une molécule infinitésimale d'oxygène peut vicier toute la préparation, qu'est-ce que je dis ? La rendre d'une nocivité terrible. La maladie perdrait définitivement la vue... Heureusement qu'avec des flacons à tubulure il n'y a rien à craindre.
Et comme en parlant à lui-même, le docteur Abivain ajouta :
— Puis, j'ai la clef de la boite sur moi.
Marthe resta un moment songeuse.
— Mais il est facile probablement de savoir si la préparation s'est trouvée en contact avec l'air extérieur ? La couleur du liquide doit changer ?
— Non. Il n'y a d'aucun signe apparent qui révèle la présence de l'oxygène.
— Ah ! Dit Marthe qui n'insista pas.
Et, avec des mobilité d'expression qui était un des charmes de sa nature capiteuse et perverse :
— Tu m'aimes toujours, Georges, toujours ? Tu m'aimera toujours quoi qu'il arrive ?
Elle avait passé ses bras à son cou et, lascive les yeux dans les yeux, elle se collait à lui, l'enveloppait des chauds effluves de son beau corps d'amoureuse. On entendit un léger bruit dans la chambre du malade ; le docteur Abivain se dégagea de l’amollissante étreinte.
— A ce soir ! dit Marthe.
Et il y avait tant de promesse de bonheur dans la façon dont elle prononça ces derniers mots que le docteur Abivain, malgré lui, sentit un frisson courir dans ses moelles.
O O o o O O
Le docteur Abivain et Maurice Jagoury étaient des amis de vieille date, ils avaient fait ensemble à Rennes, leur volontariat et leurs études supérieur ; ils s'étaient retrouvés quelques années plus tard à Lannion, Maurice comme avocat, Abivain comme médecin. Maurice s'était marié ; Abivain était resté garçon. Maurice, brusquement, fut atteint du glaucome et dut quitter le barreau. Abivain le soignait. Il voyait Marthe tous les jours. Il n'avait pas fait attention jusqu'alors à la beauté de la jeune femme; à ses manières enveloppantes et câlines. Il se croyait par sa profession autant que par son amitié pour Maurice, à l'abri d'une surprise de ses sens. Maurice à côté de lui, s'épanouissait dans le même candide optimisme. Et ce qui devait arriver arriva ; un beau jour sans qu'il sût comment Abivain se réveilla l'amant de Marthe.
L'ensorceleuse qui guettait depuis longtemps l'occasion était parvenue à ses fins ; mais elle n'avait compté sans les retours de conscience de son amant à qui le remords inspira un dessein héroïque ; indifférent à la clientèle, riche d'ailleurs et pouvant négliger le soin de ses affaires. Abivain se voua corps et âme à la guérison de son ami ; il n'eut plus désormais qu'un malade pour ainsi dire, ce Maurice qui visitait tous les jours, à qui il consacrait toutes veilles, tous les instants que ne lui disputait pas le jaloux amour de Marthe. Après deux ans de recherches où il s'était spécialisé dans l'étude des maladies des yeux, il trouva enfin ce qu'il cherchait. Mais soit qu'il ne fut pas sans inquiétude du côté de sa maîtresse, soit qu'en effet il désirait lui « faire une surprise » Il ne parla de a découverte à personne, conjura son ami lui-même de se taire, voulut attendre de lui avoir complètement rendu la vue pour mettre Marthe en présence du fait une fois accompli.
Un hasard avait déjoué ses combinaisons ; Marthe avait surpris son colloque avec le malade. Mais enfin l'aventure avait mieux tourné qu'il ne le pensait ; après une assez vive opposition, la jeune femme s'était résignée. Et une joie profonde, où il ne savait ce qui l'emportait le plus, de l'orgueil du savant ou du contentement de l'honnête homme, pénétrait le docteur Abivain.
Son remords pour la première fois depuis bien longtemps, lui donnait quelque relâche. Il ne put ce jour-là, demeurer dans son laboratoire ; il sortit gagna par la Corderie les bords du Guer, trouva aux choses une jeunesse, une nouveauté, une vertu d'apaisement qu'il n'avait point discernées jusqu'alors. Féerie de l'avril breton avec ses landes magiquement refleuries et pareilles, sur les pentes, à de fabuleuses toisons d'or ! Le clocher de Loguivy pointait entre les ornes ; des barques de goémoniers, sous leurs voiles couleurs de tan, remontaient le fleuve au fil du flux, et les âcres parfums iodés qui traînaient dans leur sillage emplissaient d'une griserie salubre les poumons du docteur Abivain. La voix grêle d'une pastoure sur la berge, entonna la complainte sur la berge entonna la complainte de Marc'haridith a Gerenard :
Une chanson vient d('être écrite
En dialecte léonard
Une chanson sur Marguerite
De Kéronard.
Le docteur Abivain écoute jusqu'au bout la chanson pris à la douceur de cette voix enfantine qui éveillait en lui milles confuses réminiscences. Il flâna encore quelques temps au soleil, sur le chemin de halage, puis revint à petits pas vers la ville, les nerfs détendus, la conscience allègre.
« Maurice est sauvé ! Maurice est sauvé ! » se répétait-il tout en marchant.
Il lui tardait d'être au soir pour retrouver son ami recommencer la bienfaisante injection et le soir venu quand, après avoir examiné le malade, il prit ans le secrétaire la boite où il enfermait son flacon et sa seringue et y introduisit la petite clef qui ne le quittait jamais, sa main avait comme un léger tremblement. Il attribue même à ce tremblement la difficulté qu'il éprouva à faire manœuvrer la clef et comme si, dans l'intervalle, la serrure de la boite avait été forcée. Simple illusion ; le flacon était à sa place, hermétiquement bouché. Il le mira un moment, y plongea la seringue de Pravaz et redevenu maître de lui, se pencha sur Maurice pour lui faire à la nuque la piqûre habituelle.
Le malade eut un sursaut plus violent qu'à l'ordinaire.
— Je vous ai fait mal, mon cher ami ? Demanda le docteur Abivain.
— Oui, dit Maurice.
— Cela va se passer.
— Mais c'est que cela ne se passe pas, docteur... Ah ! Mon Dieu, et les ténèbres qui reviennent... l'écran... le mur... Je ne vois plus rien...
— Ce n'est pas possible ! Faites un effort... regardez-moi.
Le malade obéit ; la légère humeur vitrée qui recouvrant le globe des yeux s'était soudainement épaissie ; les pupilles s'étaient complètement déformées. Tâtonnant dans le noir, les mains de l'aveugle s'accrochèrent à la redingote du docteur.
Celui-ci avait pâlit. Il se rappela cette résistance qu'il avait éprouvée en faisant jouer la clef dans la serrure de la boite et, brusquement il comprit tout ; la condescendance inattendue de Marthe, le subit intérêt qu'elle avait montré pour sa découverte quand elle avait vu que son parti était pris et que rien ne l'en ferait changer, les questions qu'elle lui avait adroitement posées pour savoir si le contact de l'air extérieur se modifiait pas la couleur du liquide. Ne pouvant l'astreindre à se faire criminel, Marthe avait pris le crime à son compte, ouvert la serrure de la boite avec une fausse clé, débouché puis rebouché le flacon. Il avait suffi ; Maurice Jagoury était condamné à la cécité perpétuelle.
Le docteur Abivain fut trouvé mort le jour même dans son laboratoire ; sur le plancher, à côté de lui gisaient les débris d'un flacon de cyanure de potassium dont il avait absorbé le contenu.
<!-- @page { margin: 2cm } TD P { margin-bottom: 0cm } P { margin-bottom: 0.21cm } A:link { so-language: zxx } -->
ON EUT BEAU LEUR COUPER LA TETE LES
MANDARINS PARLERENT QUAND MEME
Il y avait autrefois en Chine un conseil composé de douze mandarins, chargé d'écrire jour par jour l'histoire des empereurs. Ce conseil s'assemblait tous les jours et dans un lieu de son assemblée se trouvait un grand coffre cerclé de fer, et percé en dessus d'une ouverture par laquelle on jetait les mémoires qui devaient servir à l'histoire du règne.
La loi prescrivait que ce coffre ne fut ouvert qu'après la mort de chaque empereur.
Cependant il y a cent cinquante ans environ, un de ces empereurs voulut voir comment il était traité dans ces mémoires.
Part son ordre, on ouvre le coffre sacré et il s'indigne d'y trouver la peinture vivante de l'injustice de son administration.
Furieux il fait appeler le chef du conseil et après lui avoir reproché sa témérité, il lui fait couper la tête.
Les mémoires du lendemain mentionnant cette atrocité et le nouveau président subi le même sort de son prédécesseur et un troisième est également sacrifié.
Quand vint le tour du quatrième d'être introduit devant l'empereur, il se fit précéder d'un esclave qui portait son cercueil et il dit : « Je ne crains pas la mort. C'est en vain que tu espères imposer silence à la vérité et par ma bouche, parleront ceux que tu as fait décapiter »
L'empereur ému par ce courage, renvoya le mandarin chargé de présents et désormais ne fut plus fouiller dans le coffre.
DE PETITS NEZ POUR SE MOUCHER
DEPENSENT 3 000 F PAR AN
Si les chiffres des dots des riches héritières de New-York sont imposants, ceux de leurs dépenses ne le sont pas moins et montrent qu'elles savent dépenser l'argent qu'elles ont.
D'après des statistiques américaines il y a à New-York 6 000 dames dont les dépenses totale pour leur toilette es de 200 millions. Voici d'ailleurs le budget annuel d'une de ces dames.
Fourrures............................ 25 000 F
Robes de dîner..................... 25 000 F
Robes de bal et théâtre......... 40 000 F
Manteaux............................ 12 500 F
Toilettes de ville................... 15 000 F
Robes du matin blouses........ 15 000 F
Costumes d'automobile......... 10 000 F
Peignoirs............................. 4 000 F
Lingerie.............................. 7 500 F
Chapeaux........................... 6 000 F
Costumes et sac de voyage... 3 750 F
Chaussures......................... 4 000 F
Bas.................................... 2 500 F
Éventails, dentelles, bijoux... 12 500 F
Gants................................ 2 250 F
Mouchoirs.......................... 3 000 F
Nettoyage etc...................... 5 000 F
-----------
Total........ 193 000 F
Il y a à Paris des midinettes qui sont élégantes et qui dépensent moins.
REVUE NOS
LOISIRS DU 19 JUILLET 1908