COMMENT REUSSIR DANS LA VIE ?
<!-- @page { margin: 2cm } TD P { margin-bottom: 0cm } P { margin-bottom: 0.21cm } A:link { so-language: zxx } -->
COMMENT RÉUSSIR DANS LA VIE ?
Médecins pharmaciens & herboristes
Ces trois professions sont ouvertes aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Les préjugés contre la femme médecin disparaissent peu à peu. Le métier d'herboriste convient tout particulièrement aux femmes car il leur permet de surveiller leur intérieur, tout en s'occupant de leur commerce.
Nous allons examiner aujourd'hui les professions de médecin, de pharmacien et d'herboriste en faisant remarquer immédiatement qu'elles peuvent être exercés par les femmes et par les hommes.
Nous nous occuperons plus tard des dentistes, sages-femmes, infirmiers et masseurs.
Sans nous attarder à des considérations générales qui serait la négation même de ces articles essentiellement « pratiques » nous pouvons dire que la douleur est aussi ancienne que le monde, et que le médecin est aussi ancien que la douleur ; cette profession est donc la doyenne des professions libérales.
Jusqu'à ces seize dernières années, les médecins partageaient en deux grandes catégories ; les docteurs en médecine et les officiers de santé qui ne pouvaient exercer que dans une région déterminée.
Actuellement il n'existe plus que des docteurs en médecine. La seule raison de la suppression de l'officiat de santé a été le nombre de jour en jour plus considérable des jeunes gens se destinant à la médecine.
On a voulu pour le limiter faire une sélection ; on n'y est pas arrivé. On dirait que le nombre des médecins croit en même temps que les dénominations nouvelles des maladies.
Mais le nombre des malades (heureusement pour nous) ne suit pas la même proportion en sorte qu'actuellement les jeunes médecins ne savent pas où se caser.
On nous citait, dernièrement, une rue de Paris assez courte cependant, où l'on ne compte pas moins de quarante médecins.
En province et à la campagne, on trouve des docteurs en médecines là où un officier de santé n'avait jamais voulu s'établir il y a un demi-siècle.
Certes, on consulte beaucoup plus volontiers le médecin qu'autrefois, mais il n'en est pas moins vrai que cette profession est effroyablement encombrée.
Nous écrivons cet article à une époque de l'année où nombre de jeunes gens, à la sortie du collège, vont se demander quelle profession embrasser ; s'ils sont attirés ou plutôt s'ils croient attirés par la profession de médecin, qu'ils ne pénètrent bien les lignes précédentes, surtout s'ils sont sans fortune ; c'est là un bon conseil que nous leur donnons, à eux et à leurs parents.
Pour se faire inscrire ans une Faculté de médecine en vue du diplôme de docteur, il faut posséder le baccalauréat lettres philosophie, ou un diplôme assimilé et, en outre, un certificat spécial, appelé couramment le P.C.N. Et qui remplace l'ancien baccalauréat des sciences restreint.
La durée des études est théoriquement de quatre ans ; dans la pratique on en peut compter cinq.
Les frais d'examens s'élèvent à quinze cent francs environ, non compris, bien entendu, les frais d'entretiens de l'étudiant qui s'élèvent au moins à deux mille francs par an.
Les trois premières années peuvent se passer dans une école préparatoire de médecine ; les familles affectionnent volontiers cette façon de faire, afin d'avoir l'enfant plus près d'elles.
C'est là une illusion respectable mais une simple illusion ; avec les moyens de communications de l'heure actuelle, aucune ville n'est éloignée, aucun voyage ne coûte cher. Le seul avantage réel de l'école préparatoire et le prix moins élevé de la vie.
A Paris et dans certaines grandes villes (Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier, Nancy, Toulouse) des prix en argent provenant de fondations philanthropiques sont décernés aux étudiants en médecine spécialement méritants.
Des bourses peuvent aussi être accordées mais il faut, avant tout, avoir obtenu un minimum de 75 points à l'examen du certificat P.C.N. D'autre part beaucoup d'étudiants font des remplacements généralement bien rémunérés.
Voilà donc notre étudiant munit de son titre de docteur.
Qu'en fera-t-il ? Comment maniera-t-il cet instrument pour son plus grand profit et pour le moindre danger de ses malades ?
Il peut être « médecin général » c'est-à-dire soigner toutes les maladies sans exception.
Il peut aussi à Paris et dans les grandes villes être « spécialiste »
Le spécialise qui réussit à tout de suite une grosse situation, soit pécuniaire, soit professionnelle ; que les futurs médecins le remarquent bien. Cette situation cette tendance actuelle à la spécialité est d'ailleurs chose excellente pour le malade ; il paie plus cher, mais il a de grosses chances d'être mieux soigné.
Citons comme spécialiste à titre d'indication : le chirurgien, l'oculiste, l'accoucheur, le médecin des voies urinaires, celui du nez, gorge et oreilles, celui des maladies nerveuses, etc, etc.
citons aussi le médecin des eaux minérales qui généralement ne réside ans sa station d'eaux que pendant le temps de la saison ; c'est là une spécialité fort agréable ; mais demandant une certaine fortune permettant d'attendre la clientèle, qui ne se recrue guère que par les indications des confrères.
Faire de la spécialité; voilà à quoi doit tendre le jeune médecin qui veut réussir.
Un autre conseil à l'étudiant en médecine ; qu'il s'efforce de passer le difficile concours de l'internat.
Une fois interne, il touchera une indemnité fort appréciable (de 600 à 1 200 francs) sans compter le logement, mais en plus, il aura un entraînement merveilleux au point de vue professionnel et se fera des relations précieuses.
Il est rare qu'un interne ne « réussisse » pas.
Quand un médecin de province s'il a — et il doit l'avoir, il faut qu'il l'ait — la vocation, le goût de sa profession, s'il possède les admirables qualités de dévouement et de désintéressement qu'il font de lui l'ami, le conseiller, le consolateur, il remplira le rôle le plus beau et le plus noble qui soit et nulle reconnaissance ne pourra s'élever à la hauteur des services qu'il aura rendus !
C'est celui-là qui pourra dire vraiment qu'il a « réussi » !
Ce que nous disions tout à l'heure du nombre croissant des médecins peut se dire aussi des pharmaciens, malgré la suppression des pharmaciens de seconde classe en 1898. quel est le petit chef-lieu de cantons, aujourd'hui, n'a pas son ou même ses pharmaciens ?
Néanmoins la situation présente un peu moins d'aléa que celle du médecin.
D'ailleurs le pharmacien joint souvent une autre corde à son arc ; nous voulons parler de la consultation.
Les médecins protestent bien un peu, quelquefois même très vertement ; mais avec un peu d'adresse et de dextérité, le pharmacien arrive généralement à conjurer l'orage, et à garder une source de revenus très fructueux.
Il faut reconnaître d'ailleurs que certains pharmaciens acquièrent une expérience dont les résultats sont parfois fort utiles.
Les études de pharmacie durent six ans, mais les trois premières années se passent dans une officine ; elles sont suivies d'un examen dit de « validation de stage » Frais d'étude environ 1 500 francs.
Comme le futur médecin, le futur pharmacien peut trouver des remplacements à faire ; il existe même des « remplaçants » en quelque sorte professionnels, qui soit par goût, soit par suite de l’impossibilité où ils se sont trouvés de terminer leurs études, font des emplacement toue leur vie.
Tout ce que nous avons dit ci-dessus des écoles préparatoires où se peuvent commencer les études, des prix en argent et des bourses, est applicable aux étudiants en pharmacie.
Mais, naturellement ici, nous n'avons pas comme en médecine de spécialistes.
Quant à l'internat, il a moins d'importance pour le pharmacien que pour le médecin.
Néanmoins l'étudiant en pharmacie trouvera tout profit à passer ce concours.
Rappelons en passant — et plus d'un étudiant sans fortune a trouvé là d'utiles subsides — qu'il existe aussi des internes en pharmacie dans les divers services de l'Administration pénitentiaire de la Préfecture de police.
Si l'étudiant en pharmacie n'a pas pu, ou n'a pas voulu, préparer l'internat, qu'il tâche de faire de sérieuses études e bactériologie.
Il ne perdra ni son temps, ni son argent car, une fois établi, il pourra faire payer assez cher ses analyses et deviendra un collaborateur plus direct et par conséquent plus indispensable du médecin.
Maintenant quelles sont les chances de réussite du pharmacien ?
Le vieux Guy Patin disait de lui : « Homo lucrans mirabiliter » ce qu'on peut traduire par : « Un type faisant bigrement bien ses affaires »
La situation a un peu changé et tous les pharmaciens auxquels nous nous sommes adressé pour cet article se sont plaints amèrement du nombre toujours croissant des concurrents et aussi des « spécialités » ou produit tout préparés sur lesquels le gain est minime.
La première question qui se pose pour le jeune pharmacien est la suivante : Faut-il acheter une officine ou en fonder une ?
Il est impossible de répondre d'une façon générale à cette question. Il est évident qu'il existe encore même à la campagne (on pourrait dire surtout à la campagne) pas mal de coin où il est possible de fonder des pharmacies mais il est évident aussi qu'on ne saurait être trop prudent.
Il faut alors pour prendre des renseignements s'adresser à la fois aux médecins de la région (ici être très circonspect) aux diverses missions de produits pharmaceutiques et de droguerie et surtout aux pharmaciens qui ne seront pas atteints par votre concurrence. Voir aussi les sages-femmes, les vétérinaires et même (il faut bien le dire) les rebouteux. La clientèle de ces derniers n'est pas d'un ordre très scientifique, mais elle est excellente !
Considérer aussi que l'on admet maintenant que la moyenne de la population « pharmaceutique » c'est-à-dire le nombre des habitants nécessaire pour faire vivre une pharmacie est d'environ 1500 à 2000.
Si, au lieu de fonder on achète une officine, bien examiner les livres de commerce ; voir la facilité plus ou moins grande de faire rentrer les fonds, enfin voir si la maison est une « pharmacie d'ordonnance » ou une maison « faisant » surtout des spécialités et des eaux minérales, ce qui est moins rémunérateur.
Beaucoup d'élèves en pharmacie non pourvus de diplômes, fondent ou achètent des fonds d'herboriste, ce qu'on peut faire avec un petit capital de 2 à 4 000 francs.
Le métier est bon, surtout quand on y peut joindre un peu d'épicerie et de parfumerie ; on nous a signalé à Paris une bonne maison moyenne qui réalisé une partie de ses appréciables bénéfices avec la seule vente de la réglisse.
Le certificat d'herboriste de 1er classe subordonné à un examen préparatoire dont dispense le brevet simple comporte 180 francs de droit ; celui de 2e classe 130 francs à paris et 110 francs en province. Pour les deux, l'âge minimum est de 21 ans.
Les trois professions dont nous venons de parler sont accessibles aux femmes.
Le préjugé ou plutôt l'appréhension à l'égard de la femme médecin n'existe plus guère. Néanmoins une jeune fille ne devra faire sa médecine que si elle possède quelque fortune ; l'étudiant peut s'offrir le luxe d'être pauvre ; l'étudiante ne le doit pas. D'ailleurs cette profession est encore dans la période transitoire.
Plus récente encore est la pharmacienne ; les résultats sont encore de trop fraîche date pour être appréciée, mais néanmoins il semble bien que cette profession, sédentaire par excellence exigeant avant tout des qualités d'ordre, de méthode et de soin, est appelée à devenir une profession féminine. Que nos jeunes lectrices veuillez bien y réfléchir.
Quant à celles qui, moins favorisées par la fortune penseraient à un fonds d'herboriste, elles n'auraient point tord, d'autant plus que cette profession leur permet de veiller à leur intérieur et d'épouser un mari travaillant au dehors. Elles pourront ainsi avoir une vie tranquille et assurée.
REVUE NOS LOISIRS DU 19 JUILLET 1908