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LE PERE MONFORT

3 Juin 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LE PÈRE MONFORT

LES FEMMES ONT LA LANGUE MIEUX PENDUE

QUE LES HOMMES

 

250 000 FRANCS POUR UNE ROBE

4 500 FRANCS POUR UN CHAPEAU

 

L'oublieuse

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                             LE PÈRE MONFORT

Nouvelle dramatique de Michel CORDAY

Dans quelle administration de petite ville cela s'est-il passé ? Peu importe car tous les bureaux se ressemblent, d'un bout de la France à l'autre, par l'atmosphère, les mœurs et l'esprit. Sachez seulement qu'on s'y ennuyait ferme, parmi les expéditionnaires, et que, sans la présence de Suquet on s'en fût ennuyé plus encore. Mais Suquet secouait d'un peu de fantaisie l'existence monotone des employés. La silhouette longue et courbe, le profil pointu, l’œil rieur, il était doué d'une verve spéciale ; il excellait à, « monter des bateaux ». L'expression n'est pas académique, mais je n'en sais pas dans la langue officielle, qui rende exactement ce mélange de mystification tenace et d'ironie. Taquin sans méchanceté, Suquet n'épargnait personne. Tour à tour il prenait pour cible chacun de ses compagnons. Pourtant il avait une victime préférée ; le père Monfort le vétéran, l'ancre du bureau.

Tout en effet désignait le petit Monfort à la malice de Suquet ; sa taille menue sa grosse tête penchée sur l'épaule droite, les yeux myopes humides et saillants effarés et vagues, sa maladresse au contact de la vie, son esprit borné d'apparence jusqu'à l'extrême timidité qui lui faisait endurer en silence les facéties de son jeune camarade.

Un matin, Suquet qui lisait son journal, s'écria soudain en relevant la tête :

Ah ! Messieurs j'en apprends de belles ! Monfort a tué, hier, un gardien de villa dans la banlieue parisienne.

Tout le bureau éclata de rire. Le père Monfort assassin ! Pour qui le connaissait, cette seule association d'idées portait en elle-même sa force comique. La vie du vieux bureaucrate avait-elle jamais été traversée de la moindre aventure ? Les plus anciens employés assuraient pourtant qu'il avait été marié jadis. Mais la légende voulait qu'il n'eût pas été heureux en ménage. Sa femme si l'on en croyait les vagues souvenirs de ses contemporains avait quitté la ville après quelques années de mauvaise entente. Avait-il eu des enfants ? On ne savait plus. D'ailleurs lui-même déjà taciturne par nature ne faisait jamais allusion à ces temps lointains. Il vivait seul, on ne savait comment et passés ses congés on ne savait où.

Cependant le journal circulait de main en main. Il s'agissait d'un crime banal. Trois cambrioleurs surpris par une ronde pendant le pillage d'une villa avaient poignardé le gardien. Le plus compromis, un nommé Monfort avait été arrêté dans sa fuite.

On devine quel effets certains devait tirer Suquet de cette similitude de noms, en feignant de confondre le père Monfort avec l'assassin lui-même. Le plus drôle c'est que, dans le premier moment, le vieil employé montrait en parcourant l'article une mine inquiète effarée, comme s'il prenait vraiment au sérieux l'accusation fantaisiste de Suquet. Celui ne manqua pas de signaler ce trouble à ses camarades.

Voyez, messieurs. Déjà les remords et la crainte du châtiment se peignent sur cette face sinistre.

Désormais, Suquet chercha tous les jours dans les feuilles les quelques lignes consacrées à l'affaire Monfort. Il était toujours le premier renseigné, car il courait prendre les journaux à la gare, dès leur arrivée. Et, à chaque incident nouveau sa verve rebondissait :

 

LE PERE MONFORT


Ah ! Ah ! Monfort à fait des aveux complets, s'écria-t-il, il paraît qu'il est plus bavard avec le juge qu'avec nous.

Le père Monfort, en effet, revenu de son trouble initial, avait retrouvé devant les taquineries de Suquet sa manière ordinaire. Courbant le dos rentrant sa tête, muet, il semblait insensible aux coups d'épingle comme sous une carapace. Mais Suquet avait pour lui les rires de la galerie. L'indifférence apparente du patient ne le rabattait pas. Il continuait. Une semaine après le crime, on arrêtait les deux complices de Monfort, des bandits chevronnés.

C'est ici, prêcha Suquet qu'apparaît le détestable effet de contagion. Monfort n'était pas un malhonnête homme. Mais il est faible. Il lie connaissance avec ces deux chenapans. On l'entraîne dans un cambriolage. Le gardien surgit. Il faut se frayer passage couteau au poing. C'est Monfort qu'on a mis en avant. C'est lui qui frappe, Messieurs, que l'exemple de notre camarade nous soit une leçon.

Puis peu à peu, ce drame vulgaire fut oublié par les journaux. Mais Suquet lui ne l'oubliait pas. Il suppléait par l'imagination à la pénurie de nouvelles. Parfois il figurait un grand effroi à la vue du père Monfort. Il lui demandait s'il fréquentait des apaches notoires, insistait pour connaître son surnom de guerre. Il se renseignait jovialement sur la marche de l'instruction.

— Êtrevous content de votre avocat, Monfort ?Méfiez-vous de cette espèce ; des arrivistes qui se font de la célébrité sur le dos du client.

A l'approche du procès, l'affaire bénéficia d'un regain d'actualité. Suquet redoubla de fantaisie. Il multiplia les conseils au vieil employé qui, de plus en plus, se repliait, se refermait sur lui-même, s'obstinait dans un silence inerte.

Au lendemain des assises, Suquet pénétra dans le bureau avec une mine funèbre.

Messieurs, le jury s'est montré sévère mais juste ; Monfort est condamné à la peine capitale.

D'instinct et tout en riant, chacun regarda le père Monfort. Il se taisait toujours. Mais il eût été réellement condamné à mort qu'il n'eût pas montré une face plus exsangue et plus démontée. Un petit froid passa. Ans doute, le bonhomme était excédé par la plaisanterie. Pour la première fois, Suquet n'obtint pas son succès accoutumé.

Cependant il ne voulut pas abandonner la partie. Il encourageait le père Monfort Tout n'était pas perdu. On pouvait casser le jugement ou commuer la peine, gracier le condamné mais il ne parvenait pas malgré sa belle humeur, à dissiper complètement cette sorte de gêne qui maintenant pesait sur le bureau. Chose curieuse, quand le pourvoir en cassation fut rejeté, quand les jours passant, l'espoir d'une commutation de peine sembla devenir plus précaire, le malaise augmenta. Les facéties e Suquet sonnaient faux. Et sans doute cette singulière angoisse était-elle parvenue à le gagner, car ce fut ton ton joyeux où vibrait une émotion sincère, qu'il s'écria un matin dès le seuil :

— Monfort est gracié !

Alors pour la première fois depuis le jour du crime le père Monfort parla :

Il releva la tête et la voix étranglée :

— C'est vrai ?

— Oui, fit Suquet interdit par l'émotion du vieil employé.

Maintenant on devinait une tragédie vraie. Chacun attendait la poitrine serrée, le cœur en suspens :

— Eh bien ? Dit quelqu'un.

Et le vieillard qui avait trouvé la force de se taire de cacher son secret dans la douleur et la honte, se livra dans la détente. Son grand cri en sanglotant éclaira tout le drame, le mariage lointain, le passé oublié, ignoré, le long supplice que lui avait infligé inconsciemment Suquet :

— C'était mon fils...

 

LES FEMMES ONT LA LANGUE MIEUX PENDUE

QUE LES HOMMES

En règle générale une femme peut parler beaucoup plus vite, beaucoup plus longtemps et beaucoup plus facilement qu'un homme. On affirme soyons galants que les femmes doivent cette... supériorité à une plus grande solidité de la poitrine. Un physiologiste a calculé que quand un homme parle il se fatigue quatre fois plus vite qu'une femme.

 

250 000 FRANCS POUR UNE ROBE

4 500 FRANCS POUR UN CHAPEAU

Les budgets que certaines mondaines affectent à leur toilette deviennent chaque jour plus considérable. C'est ainsi que les robes de 25 000 francs autrefois encore des exceptions deviennent de moins en moins rare. Douze cent cinquante francs pour un corset, 1 000 où 1 200 francs pour un chapeau, 375 francs pour une voilette de dentelle, 75 francs pour un mouchoir, 50 francs pour une paire de bas sont des prix couramment relevés.

Il semble d'ailleurs infiniment modeste lorsqu'on songe que Mme Mackay femme du milliardaire américain payaq 250 000 francs une toilette de soirée. Il est vrai que les dentelles à elles seules représentaient une somme de 12 500 francs. Le chapeau le plus cher est sans doute celui qui fut exécuté par un grand modiste de la rue Royale à Paris pour le sultan de Johor. Ce chapeau (loutre et entelle) atteignit 4 500 francs.

Quelques trousseaux sont également célèbres pour les prix qu'ils atteignent. On cite celui de mme Louise Pierpont Morgan payait 250 000 francs et celui de la princesseMarie Bonaparte 1 550 000 francs.

 

L'oublieuse

 

Bien que nous nous aimions, je m'éperds aujourd'hui

Et je rêve qu'un jour pareil à de la nuit

Peut-être ma présence et mon cœur t'auront fui

Sans que leur fuite ne revienne.

 

Est-ce possible ! Un autre alors, m'occuperait

Capable de biffer gestes, ton attrait ?...

Nulle mémoire en mon esprit ne survivait

Assez pour que je m'en souvienne.

Et celle, maintenant qui m'inonde le corps

Comme un unique son fait de plusieurs accords,

N'évoquerait plus rien, personne ou décors

Rien qu'une image obscure et louche !...

 

C'est possible. Dans un misérable avenir

Quelque chose d'à peu près fini va finir ;

Et je n'aurai pas su garder ton souvenir

Pas même le goût de ta bouche !

 

Et j'ai peur que l'oubli ne m'étreigne demain !

Car soyons francs ce soir de mélisse, dormir

Déjà j'ai beau reprendre avec toi le chemin

Qu'est un long regard en arrière.

 

Je ne découvre plus de charme de tes yeux

Ta force, ta beauté, ni ton calme joyeux

Ni ce reflet profond que l'on tient des aïeux

Et de leur grâce devancière.

 

Ta voix ?... Qu'est donc ta voix ! Jai perdu sa chanson

S'il me restait au moins d'en contenir le son !

Mais par un bruit, par un écho, par un tronçon ;

Je suis de marbre et non plus femme.

 

A peine sera-tu mieux oublié le jour

Où de tout être ayant aimé, de tout amour

Il ne demeurera, vis-à-vis du ciel sourd

Qu'une forme raide et qu'une âme.

 

                                  Nicolette Hennique

 

REVUE NOS LOISIRS DU 27 SEPTEMRBRE 1908

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