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COMMENT REUSSIR DANS LA VIE

4 Juin 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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COMMENT REUSSIR DANS LA VIE

Lingères et Brodeuses

Nous nous sommes autrefois occupé de la Dentelle (n° du 2 septembre 1906) et de la Couturière (n° du 21 avril 1907) Aujourd'hui nous allons examiner ce que peuvent donner le métier de Lingère et celui de Brodeuses.

L'industrie de la lingerie est l'une des celles sur lesquelles le goût français a mis sa marque caractéristique ; son chiffre d'affaire annuel dépasse cent millions.

Pour être lingère, il suffit théoriquement de savoir faire l'ourlet et la piqûre ; mais pour être vraiment bonne ouvrière, pour connaître tous les détails du métier, il faut compter un apprentissage de deux à trois ans. On donne généralement tout de suite cinquante centimes par jour aux apprenties. Au bout d'un an, elles peuvent gagner un franc. Elles constituent alors les « petites ouvrières » c'est à ce moment que souvent elles entrent dans une autre maison pour obtenir un prix plus élevé. Mais ce n'est qu'à seize ou dix sept ans que la jeune fille peut-être regardée comme une ouvrière normale.

Nous répétons ici ce que nous avons dit à propos de la couturière ; à savoir que des cours de lingerie sont fait dans les Écoles professionnelles de filles, ans lesquelles l'enseignement est gratuit. Mais comme cet enseignement dure trois ans, il n'est malheureusement pas à la portée de toutes car, généralement les fillettes qui apprennent le métier de lingère ont besoin de réaliser un gain immédiat, si modeste soit-il et n'eut pas le temps de payer trois ans dans une nouvelle École au sortir de la « Primaire ».

Au point de vue exclusivement pratique qui nous occupe, nous diviserons les lingères en deux groupes. D'abord celles qui travaillent dans les ateliers. Ensuite celles qui travaillent à domicile. Mais avant d'aller plus loin, remarquons et signalons la concurrence faite par les prisons et les ouvroirs aux ouvrières libres ; on compte que sur cent douzaines de chemises entrant dans le commerce, les ouvroirs en ont cousu 85 et que le rabais d'environ 25 % sur les prix ordinaires.

Ceci dit, revenons au salaire des lingères d'atelier. L'apprêteuse qui prépare les pièces destinées à être cousues ou piquées, gagnera une moyenne de 1.50 F à 2.50 F par jour. La mécanicienne de 2.50 à 4.00 F. disons en passant que c'est en 1802 à l'exposition de Londres que l'on vit les machines à coudre appliquées « en grand » à la lingerie. Le gain de la finisseuse variera de 1.50 à 2.50 F. celui de la blanchisseuse de neuf, qui ne blanchit que les produit sortant de l'atelier sera de 2.50 à 3.50 F. les « premières mains » peuvent gagner de 4.25 à 6 F et les ouvrières en modèles de 10 à 15 F.

Mais celles-là sont les « aristocrates » de la profession et il faut surtout avoir en vue les premiers chiffres cités, et aussi se rappeler que le chômage dure deux mois en été et deux mois en hiver.

Enfin ces chiffres d'ailleurs fort variables ne concernent que Paris, qui est du reste le centre de la lingerie par excellence. Et cela depuis longtemps puisque dès 1850, les 2000 maisons qui existaient alors à Paris fabriquaient pour plus de 25 millions d'articles de lingerie.

Pour la province voici à titre d'indication le prix de l'heure de travail dans quelques villes, la journée étant d'environ 10 à 11 heures. 12 centimes de l'heure (Brest, Moulins, Chaumont) 15 centimes (Nevers, Auxerre, Marseille) 20 centimes (Montpellier Annecy Épinal) 25 centimes (Nancy Lyon ) 30 centimes (Blois Angers)

 

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Les salaires de la lingère en atelier sont loin d'être élevés, mais que dire de ceux de la lingère qui travaille à domicile ? On va les constater.

D'abord le chiffre des heures de travail est élevé : 43 % travaillent de 10 à 12 heures et 13 % travaillent plus de 12 heures. Ces dernières s'occupent de lingerie de femme et d'enfant. D'une enquête institué tout récemment par l'Office du Travail, il résulte que sur 217 ouvrières interrogées, la moitié gagnent moins de 16 centimes par heure à Paris. Pour un chiffre de 366 ouvrières on a calculé que les trois cinquièmes, c'est-à-dire plus de la moitié ne gagnaient pas 400 francs par an.

Mais un certain nombre d'ouvrières peuvent être aidées par leurs parents si elles sont célibataires ou veuves ou par leur mari si elles sont mariées, et il est permit de penser que ces ressources supplémentaires arrondissent suffisamment leur gain annuel.

Ce calcul a été fait, et voici les résultats qu'il a donnés. Pour les lingères à domicile célibataires ou veuves un peu plus de la moitié n'ont pour vivre, gain et ressources supplémentaires compris, qu'une somme de 300 à 600 francs par an. Pour les femmes mariées, le total du gain de la femme est de celui du mari oscille pour la moitié environ entre 1 500 et 2 500 francs par année. Donc une jeune fille qui en sortant de l'école pense exercer le métier de lingère travaillant à domicile, doit se dire qu'elle pourra plus tard disposer de 2 500 francs par an, si elle épouse un bon travailleur ajoutant ses gains à ceux de la femme.

Mais elle doit se dire aussi, on vient de constater que si elle ne se marie pas et n'a pas la chance de tomber sur une bonne maison, il faudra qu'elle se tire d'affaire avec un budget de 300 à 600 francs par an. Aussi le logement se ressent-il fatalement e la maigre importance de ces gains ; l'enquête dont nous parlions tout à l'heure, a porté sur cette question de logement et elle a établi que sur 500 logements visités, 133 consistaient en une pièce unique.

Sur ce nombre 24 étaient occupés par des ménages de trois personnes et plus ; on a constaté entre autres la situation suivante : dans une chambre unique, une femme de 45 ans habite avec son mari et deux enfants, ceux-ci tuberculeux, de même que le mari a dû abandonner toute occupation. Cette ouvrière travaille pour une entrepreneuse de lingerie fine ; en travaillant 15 heures par jour, elle arrive à gagner 730 francs par an.

Toutes les lingères à domicile ne se trouvent point heureusement dans cette abominable situation ; néanmoins comme on a pu se rendre compte le métier est pénible. On peut se demander dans ces conditions pourquoi nous en parlons ; d'abord, c'est précisément pour que nos lectrices puisent de s'y engager qu'en connaissance de cause ; ensuite ce qu'il peut, malgré tout rendre service à celles qui sont malades ou infirmes, ou qui étant mariées, ne cherchent que dans leur gain qu'un salaire d'appoint. D'autre part, les jeunes filles qui ont fait leur apprentissage de lingère peuvent plus facilement trouver une place de femme de chambre et leur situation sera infiniment meilleure ; ne l'oublions pas, tout est relatif et l'on peut « réussir » dans les situations sociales les plus modestes.

 

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Aussitôt qu'une lingère dispose d'un petit capital ne serait-il que de quelques centaines de francs, elle aura pour profit à s'établir entrepreneuse c'est-à-dire à employé un certain nombre d'ouvrière sur le travail desquelles elle prélèvera un bénéfice.

Voici quelques chiffres :

On paiera à une entrepreneuse une douzaine de tabliers 4.20 F - 3.60 F – 2.70 F et 1.80 F et elle les paiera à ses ouvrières : 3 F – 2.80 F – 2 F et 1.20 F c'est-à-dire qu'elle réalisera un bénéfice de vingt quatre sous, seize sous, quatorze sous, douze sous par douzaine, suivant les cas. Pour les chemises, l'entrepreneuse retiendra un sous par article à son ouvrière, ce qui lui rapportera environ cinquante centimes par jour et par ouvrière, soit six francs par jour pour une douzaine d'ouvrière.

Une autre entrepreneuse qui s'occupe des déshabillés et peignoirs et donne à ses ouvrières de 1 à 3 F par jours, réalise un gain annuel d'environ 1 500 francs. Somme toute la situation d'entrepreneuse est encore préférable à celle d'ouvrière mais que celle qui nous lisent nous permettent de les supplier de ne point chercher à « profiter » de leurs modestes collaboratrices, et à faire comme celle qui proposait 2.50 F pour trois jours et trois nuit de travail. (Le fait est exact mais nous ne le citons qu'à titre de monstrueuse exception)

Il existe des places de lingères dans les diverses administrations. Afin d'être complet voici quelques chiffres mais nous faisons remarquer que ces places sont peu nombreuses et très difficile à obtenir :

Ministère des Finances — 1 200 francs par an.

Ministère de l'Instruction Publique — 1 000 à 1 200 francs.

Sénat — 1 600 à 2 000 francs.

Arrivons maintenant aux brodeuses.

Les broderies se peuvent diviser en trois catégories : broderies en couleur à la main, broderie blanche à la main, broderie mécanique.

L'avantage de la profession c'est qu'elle peut s'exercer chez soi et qu'elle est fort agréable puisque qu'elle est un art véritable. L'inconvénient c'est la concurrence qu'on y rencontre, étant donné le nombre considérable de jeunes filles ou de veuves sans ressources qui s'y adonnent.

Un bon conseil ; s'efforcer d'entrer en relations plutôt avec des maisons de commerce qu'avec des Associations ou des Œuvres quelles qu'elles soient. Le temps d'apprentissage varie suivant le genre de travail. La broderie de soie d'or ou d'argent comporte un apprentissage de trois à quatre ans ; la broderie en tapisserie un apprentissage de deux ans ; la broderie blanche trois ans environ (très relatif) Pour les différents métiers à broder un an environ.

Une remarque pour des raisons techniques qu'il serait oiseaux d'expliquer, les ouvrières gauchères sont très recherchées pour la broderie à la main. Les salaires varient avec les divers genre de travaux. Pour la broderie blanche où l'on commence généralement de très bonne heure, une fillette de douze ans commencera déjà à gagner de 0.25 à 0.75 f par jour.

Malheureusement cette marche ascendante ne continue pas et l'une de nos lectrices de Meurthe-et-Moselle (un des centres de la broderie française) nous écris que ces ouvrières gagnent 1.50 F à 2 F par jour, 3 F en cas de presse mais aussi vingt sous en mauvaise saison. A Paris une bonne ouvrière peut gagner de 3.50 F à 4 Francs.

La broderie de soie ou de tapisserie est en général mieux rétribuée, surtout s'il s'agit de broderies de personnages. A propos de broderie qu'on nous permette de signaler la modeste mais utile machine à tricoter dont on peut apprendre le maniement en quelques semaines ; on peut faire dans sa journée ne douzaine de bas d'enfants qui sera payée de 2.50 à 3 F. les hommes, vieux ou infirmes peuvent aussi être employés à la machine à tricoter et c'est, je crois, être utile à beaucoup que de l'indiquer.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 27 SEPTEMBRE 1908

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