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LE FILON D'OR

8 Octobre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LE FILON D ' OR

Nouvelle par G. CASELLA

J'avais fait la connaissance, la veille à Viège de ce gentleman sec et barbu que je retrouvai soudain à Zermatt

à l'heure du café sur la terrasse du Lac Noir, d'où l'on apercevait le Lyskomm, le glacier du Gorner et le Monte-Rosa. C'était un homme interminable, aux jambes minces et sans forme, aux mains larges, aux épaules tombantes ; il avait le regard perçant qu'il fixait à travers les lunettes cerclées d'or ; sur un point de l'horizon avec une telle insistance que je m’intriguais.

— N'est-ce pas le Breithorn que l'on aperçoit à gauche du Théodule ?

Mon voisin se leva comme si un serpent venait de le piquer. Il balbutia :

— Le Matter-joch, le col de Sainte Théodule. Pourquoi me parlez-vous de cela ?

Sans doute poursuivit-il sa songerie à voix haute. Ma stupéfaction l'éclaira :

— Pardonnez-moi monsieur, dit-il c'est bien le Beithorn... une très belle pointe... 4 171 mètres, cinq mètres de plus que la Jungfrau.

Cette phrase-là je me souviens de l'avoir lue dans un guide. Mon homme était décidément troublé. Je l'observai. Il s'installa à une table éloignée, qu'une lampe électrique éclairait avec violence, et se mit à étaler des plans, des cartes qu'il marquait de nombres épingles échelonnées. Ce n'était qu'un alpiniste, il n'y avait plus pour moi que l'espoir de me joindre à une expédition périlleuse. C'était encore quelque chose de tentant, mais je m'en voulus d'avoir trouvé à ce brave touriste des allures étranges. Maintenant il me parlait à lui-même.

— Le Monte-Rosa... le Monte-Rosa... J'aurais mieux fait de le prendre par l'Italie.

— On peut vous y conduire d'ici, monsieur, fis-je malgré moi.

L'homme me regarda longuement, comme s'il allait m'envoyer au diable, puis...

— Vous connaissez le chemin ?

— Certes.

— Pouvez -vous me l'indiquer sur ce plan ?

— Avec plaisir, mais vos guides...

— Je ne prends pas, je ne peux pas prendre de guides.

Il avait murmuré cette phrase avec un accent mystérieux et sourd. A la bonne heure ! Je ne m'étais pas mépris. Il se leva sur ses jambes en baguette et s'inclinant :

— Docteur Mausel, de Viedricht !

Je me nommai. Il me serra la main.

— A minuit venait dans ma chambre. N'ayez l'air de rien ; quand je vous aurai parlé, vous verrez que vous pouvez me rendre un grand service. Je compte partir cette nuit.

— Ah ça ! Êtes-vous fou ?

Le docteur devint blême, ses sourcils me mire à sautiller nerveusement. Il recula de trois pas.

— Chut !... fit-il . Et venez tout, à l'heure dans ma chambre. Nous causerons.

Il partit. J'allumai un cigare et je m'en fus attendant minuit, par les sentiers bordés d'arolles et de mélèzes qui dominent la vallée de Zermatt lumineuse et bruyante, avec ses hôtels aux fenêtres éclairées d’où s'envolaient des airs tziganes.

 

 

 

 

Je fus au rendez-vous. Le docteur Mausel vint m'ouvrit la porte et m'introduisis dans une chambre un peu sombre, dont les chaises, le lit, la table étaient encombrés d'objets nombreux, dont je ne distinguai pas la forme.

D'abord il rôda dans la chambre, l'oreille aux écoutes, comme un indien Sioux. Il tira les rideaux ouvrit la seconde lampe électrique, ferma la porte à double tour, me contempla sans n e parole , étala encore ses plans sur la table et posa en travers d'eux un revolver d'ordonnance. Je me sentais mal à l'aise. Après avoir marché de long en large il commença :

— Monsieur, j'ai laborieusement étudié les langues étrangères et je puis lire les vieux manuscrits français, anglais, italiens ou espagnols, avec la même facilité que vous éprouvez à déchiffrer votre Rabelais. C'est cette science, monsieur, qui me permet de faire fortune aujourd'hui. J'ai découvert dans une vieille auberge du Piémont, un document unique dont je vais vous traduire les premières phrases : « Aujourd'hui 15 mars 1682, j'ai découvert en visitant le Monte-Rosa sur le versant Vallaisan, sous un éboulement, un filon d'or supérieur aux mines de Macugnaga. J'irai seul demain avec ma pioche. Je laisse ce parchemin qui aidera à me retrouver si je ne reviens pas. » Comprenez-vous ? Vous souvenez-vous que ce Zermatt étincelant que nous dominons du Lac Noir n'était jadis qu'une campagne inculte et farouche et que Horace Bénédict de Saussure fut accueilli par les plâtres de la montagne un peu comme un barbare. Il arrivait par le col de Saint-Théodule, le Matterjoch, comme on dit ici que je regardais tout à l'heure. C'était en 1793. Savez-vous, monsieur qu'il trouva sur le col des traces d'anciennes fortifications et qu'un de ses guides ramassa au bord du glacier douze pièces de monnaies romaine à l'effigie reconnaissable ? Cette étendue de glace monsieur fut jadis visité par une civilisation raffinée. Mais ces vestiges de fortifications datent du moyen âge. C'est à cette époque que les Piémontais attirés par le bétail de Praborgne (ainsi se nommait Zermatt) se précipitait souvent par le Théodule, armés et rangés en bataille pour voler les Vallaisans. Cela dura jusqu'au XVIIe siècle. Mon parchemin prouve que les mines d'or de Macugnaga sur le versant italien du Monte-Rosa étaient déjà connus. Quoi d'extraordinaire à ce qu'un de ces bandits sans vergogne ait découvert un filon sur l'autre pente de la montagne ? Il mourut sans doute en voulant extraire l'or des roches.

 

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— Mais quelle indication avons-nous ? M'écriai-je prodigieusement intéressé.

Le docteur se mit à hurler.

— O fougue ! O jeunesse impatiente ! Croyez-vous que le vieux docteur Mausel soit un enfant ? Cette indication cette preuve la voici écrite, sur le même parchemin, et en français cette fois, lisez vous-même !

Et je lus : « Août 1850. ce parchemin n'a pas menti. L'endroit est terrible, mais l'or est superbe. Je repars demain avec deux ouvriers— Jacques LEHUCHET » Suivait le plan.

Le docteur triompha :

V Eh bien ! Qu'est-il arrivé ? La vue de l'or a ébloui les guides. Ils se sont concertés, ils ont jeté Lehuchet dans quelque abîme ; puis jaloux de garder le trésor pour eux seuls, ils ont dû se livrer à un dernier combat qui les a anéantis. Quel drame monsieur, quel admirable drame !

— Alors ? Demandai-je doucement.

— Alors ?... j'ai tout préparé, ces piolets, ces sacs, ces haches, ces pics, ces armes. Nous partons tout de suite.

— Eh là ! Fis-je impatienté. Le mieux est de partir à l'aurore.

Le docteur Mausel se leva, les mains fébriles, les yeux hagards, le bouche ouverte.

— Misérable ! Tonna-t-il je te vois venir, tu veux partir seul, tu as vu le plan, tu veux me sacrifier mais j'ai du génie ! Je saurai te poursuivre . Où plutôt tu vas mourir, comme l'homme du Piémont, comme Jacques Lehuchet... le trésor m'est destiné.

Il s'empara du revolver. Je n'hésitai pas, je me jetai de côté et comme une balle sifflait près de mon oreille, je me courbai pour saisir le furieux par les jambes. Il bascula tandis que trois coups de feu résonnaient et que la glace volait en éclats. Déjà on enfonçait la porte. J'appelai au secours. Un tintamarre effroyable se produisit dans l'hôtel. La porte céda. Des hommes entrèrent. Le docteur fut garrotté. Quelqu'un s'écria : « Mais c'est le docteur Mausel, l'homme au trésor. Il était enfermé à Viedricht l'an passé, un fou dangereux, messieurs... »

Le lendemain, j'étais à Sion. Maintenant je me promène autour du lac de Genève et je ne puis songer à mon aventure sans terreur. Mais j'ai le plan, le plan de Jacques Lehuchet et je compte bien allé à Monte-Rosa pour y découvrir le filon d'or.

 

                                                                                                                  REVUE NOS LOISIRS DU 26 JANVIER 1908

 

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LA MAISON

Mon père a relevé la maison des ancêtres

Blanche, à travers les pins, par-dessus les lauriers,

Elle regarde au loin de toutes ses fenêtres

Se lever le soleil sur les champs d'oliviers

Deux ceps noueux font à la porte une couronne

Et beaux comme des dieux, deux antiques mûriers

Dressent devant le seuil leur rugueuse colonne.

 

Je m'accoude souvent au marbre usé du puits

Et j'entends se répondre, autour de moi, les bruits

De la ferme et des champs qui varient avec l'heure

Et le rouge coteau, tout parfumé de thym,

Comme une ruche en fleurs embaume la demeure.

 

Ayant rempli ma loi s'il faut qu'un jour je meure,

O maison, j'ai bâti dans les murs mon destin

Quand la porte au soleil s'ouvre chaque matin

Je sens mon cœur aussi qui s'ouvre à la lumière

Et nous faisons au ciel une même prière :

« O Provence, à travers les changeantes saisons

Dans le flot incessant des choses et des êtres,

Quand nos fils bâtiront des nouvelles maisons

Qu'ils ne quittent jamais le pays des ancêtres »

Joachim Gasquet

 

 

 

 

 

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