Le Dernier Boulon - Pour alimenter la conversation
Au-dessus des bruyères que la gelée nocturne avait poudrées de diamants, la tête de Jean Bastien, allongé sur le talus du chemin de fer qui borde l'Armançon.
Le jour allait poindre ; une lueur rose filtrait à travers les brumes de la rivière, du côté de Chenay et de Dannemoire. Au loin sur la droite les lampes de la gare de tonnerre pâlissaient.
Jean Bastien soulevé sur les mains, le cou tendu, écouta ; il n'entendit d'abord que le murmure frais de l'eau qui glissait au bas du talus le long des vernes et des saules. Un Angélus tinta derrière lui dans le clocher de Vezinnes, la tour de Junay répondit et ce fut, pendant quelques minutes, un murmure de cloches qui parlaient entre elles au-dessus des grands arbres nus.
Puis dans le silence qui suivit, un grondement accourut de Laroche ; un train aux wagons noirs et rouges, enveloppé d'une écharpe de fumée blanche, passa devant Jean Bastien, soudainement tapi dans la bruyère.
— Le 133, fit-il entre ses dents. Il va se garer à tonnerre, puis ce sera le train de marchandises et enfin le rapide.
Des flammes aussitôt dansèrent devant ses yeux et sa main se crispa sur une lourde clé anglaise dissimulée dans l'herbe. Ah ! Tout à l'heure dans cette vallée calme, quel fracas !... quels cris !... quelle épouvante.
Son plan lui apparut très simple : le mécanicien Jules conduisait la machine du nouveau rapide e Nice entre Laroche et Dijon ; sur la voix descendante, le rail de gauche déboulonné faisait sauter cette machine hors du talus et précipitait le train dans l'Armançon.
Une joie intense avec une flambée de haine, illuminait le visage tourmenté de jean Bastien à la vision de son ennemi broyé sous les roues, éventré par les éclats de la locomotive, où gisant ensanglanté au fond de la rivière.
Renvoyé depuis deux jours sur le rapport du mécanicien que, dans un soir de ribote, il avait injurié et frappé en cours de route, Jean Bastien venait de prendre sa place de chauffeur.
Il n'avait pas voulu rentrer chez lui, dans son petit logis de Laroche, et avait erré, le ventre vide, la tête en feu, le long du canal de Bourgogne, comme un fou, ne songeant pas à s'accuser, ayant sans cesse devant lui le visage grave et un peu dur de Jules, accumulant mille griefs contre celui qu'il jugeait seul responsable de ce désastre.
Car s'était un désastre ; qu'allaient devenir sa femme paralysée et ses deux sœurs. Pour la vieille mère c’était la mort à brève échéance et un avenir de honte, pire que la mort, attendait les filles déjà jolies et un peu coquettes. Il exagérait comme à plaisir les malheurs qui devaient suivre son renvoi et, avec la haine qui prenait dans son âme simples des proportions démesurées, le désir de se venger se précisait, s'imposait et voici qu'il n'était plus maître de sa volonté et qu'il avait décidé cette chose horrible dont il souriait ; supprimer Jules en faisait dérailler le rapide !... Après ? Eh bien ! Après il serait bien content !
Derrière le « 133 » le train de marchandises s'en alla vers tonnerre, lourd, essoufflé, cahotant. Aucun convoi maintenant ne devait passer sur la voie descendante, avant l'arrivée du rapide.
D'un regard jeté autour de lui, Jean Bastien constata qu'il était bien seul ; en rampant il vint sur le ballast et méthodiquement, déboulonna l'extrémité d'un rail.
Il avait le temps, il allait sans hâte, les lèvres serrées, mettant dans ses poches les écrous qu'il dévissait. Il dut pour aire sortir le rail des traverses, se servir de sa pince comme d'un levier ; ses mains noueuses craquèrent sous l'effort. Le lourd ruban de fer soulevé fut écarté de la place qu'il occupait. C'était assez...
d'ailleurs il fallait se cacher encore. De Dijon maintenant montait vers Paris un rapide qui se croisait habituellement avec le train mené par Jules. Ce dernier était en retard... Mais patience !
Jean Bastien entendit le rapide de Dijon filet en gare de tonnerre, avec un fracas qui remua toute la vallée. En se rapprochant des coups de sifflets répétés indiquèrent un ralentissement. Jean comprit qu'un signal avait été négligé à l'entrée d'une courbe et le tain au lieu de passer comme une trombe, glissa doucement vers lui.
Il aperçut d'abord le mécanicien le corps à demi sorti de la machine, les yeux fixés en avant... puis le wagon restaurant, vide à cette heure, enfin les voitures de luxe, salon et sleepings.
Ici et là des glaces baissées laissaient entrer l'air vif du matin dispersant l'atmosphère épaisse de la nuit du voyage.
Il put voir distinctement un grand Anglais roux, la casquette sur les yeux, allumant une coure pipe puis des gens qui s'étiraient et bâillaient le long des couloirs.
Une femme en deuil, très blonde et pâle souriait à un jeune enfant à demi-éveillé. Il entrevit encore une fillette dont le doigt traçait des mots sur la vitre humide, un couple élégant et jeune échangeant le premier baiser du matin. A côté un prêtre son bréviaire sous le bras, esquissait un signe de croix. Enfin une jeune fille penchée au dehors de la portière les cheveux bruns dénoués buvait la fraîcheur de l'aube. Ses lèvres entrouvertes devaient jeter au vent quelque amoureuse chanson...
Elle aperçut Jean Bastien qui la regardait.
Elle lui sourit, découvrant la blancheur de ses dents, et du bout des doigts laisser tomber sur lui un baiser.
Le geste était si joli, si câlin qu'il semblait répandre un peu de pitié, semer une pincée e bonheur sur la misère qui se vautrait là dans l'herbe et ce baiser frais passa sur la colère de Jean Bastien comme un souffle de caresse et de douleur sur une brûlure ardente.
Le rapide avait repris sa course normale, que l'ancien chauffeur demeurait encore là, gardant dans ses yeux la vision souriante... « L'autre » allait venir maintenant emportant aussi des existences humaines, des êtres heureux de vivre, un cortège d'autres sourires et d'autres baisers.
Et soudain dans l'intelligence obscure de Jean Bastien, une horreur de l'acte monta comme un flot de boue.
Lui qui n'avait jamais été un malhonnête homme, allait-il en cet instant devenir meurtrier et criminel et joncher cette voie de cadavres et de mutilés.
Le sursaut de sa conscience réveillée le troubla au point qu'un tremblement de fièvre agita tout son corps.
Sa haine, son âpre désir de vengeance disparurent effacés sous la pourpre terrifiante du sang qu'il allait répandre.
D'un bond il fut debout sur la voie. D'un geste hâtif et puissant, il rapprocha le rail, le remit en place et sortit des écrous de sa poche.
Rapidement il les posait sur les boulons sa clé virait dans sa main et, à genoux, sur le ballast il se traînait le long du rail, anéantissant l’œuvre sinistre.
Il avait peur de n'avoir pas le temps !... Le tain aurait dû passer depuis quelques minutes et il se félicitait de ce retard comme si une chose heureuse lui fût survenue.
Vers Flogny du côté de Laroche, un coup de siffler bref l'effara. Il leva la tête ; un long ruban de fumée flottait là-bas au-dessus de la vallée. Mais il ne lui restait plus qu'un dernier boulon à serrer. Il souriait maintenant sûr que le train était sauvé ; et, soulagé de son désir de meurtre comme un poids étouffant , il vissa son écrou avec tranquillité, sans hâte par une sorte de vanité, de défi à la haine donneuse de mauvais conseils.
Les rails frémissaient sous les trépidations prochaines... encore quelques secondes et il allait sa besogne achevée se rejeter en arrière et le regarder fuir, ce tain, dont il avait rêvé l'anéantissement.
Et il songea à la jolie voyageuse de tout à l'heure.
Sûrement dans le rapide de Jules, il s'en trouait d'autres qui partaient, frileux d'oiseaux, vers des pays de fleurs et de soleil. Elles ignoraient toujours ces mystérieuses étrangères, que leur vie heureuse et facile avait failli se briser là, violemment et que de ce dernier boulon qu'il avait remis, avaient dépendu toutes leurs joies à venir, tous les plaisirs raffinés et les sensations délicates qui les attendaient sur des plages lointaines.
Et pendant qu'il restait brisé d'émotion, très las avec un attendrissement étrange qui lui mettait aux yeux une buée de larmes piquantes, le rapide franchit l'espace d'un élan formidable de bête grondante et fantastique et jean Bastien surpris encore, agenouillé la main posée sur son outil, fut emporté broyé comme dans une étreinte brutale et rejeté sur les bruyères du talus.
Un service d'un genre nouveau a été célébré en église méthodiste de la Trinité, à Toronto. Les oiseaux et les fleurs y jouaient le rôle principal. L'autel était entièrement garni de branches de roses, d’œillets alors qu'aux galeries étaient suspendues sept cages, contenant chacune l'oiseau chanteur favori d'un des assistants. Quand les membres de la congrégation entrèrent dans l'église il furent joyeusement accueillis par un chœur chanté par les oiseaux
● ● ● ●
La facture que la tsarine acquitté chaque année pour ses parfums s'élève à 100 000 francs. L'essence de violette est son parfum favori et pendant plusieurs semaines, au commencement du printemps, on peut voir à Grasse, des centaines de femmes et de jeunes filles qui cueillent la modeste fleur bleue dont le parfum délicat servira pour l'essence renommée.
L'impératrice d'Allemagne dont les épaules sont célèbres, donne ses préférences à un savon au spermaceti qui a une odeur rafraîchissante?
La reine Alexandra aime l'eau de lavande et la reine d'Espagne l'eau de Cologne. La reine de Hollande également ; une pinte de la plus fine essence est versée chaque matin dans son bain et l'on trouve toujours sur ses toilettes une grande bouteille d'eau de rose.
● ● ● ●
Presque tout le monde fume au Japon les fillettes commencent à dix ans et les garçons un an plus tôt.
REVUE NOS LOISIRS DU 17 NOVEMBRE 1907
|
LE DERNIER BOULON Nouvelle par Pierre VERNOU
|
|
POUR ALIMENTER LA CONVERSATON
|