LE CIGARE * LA MALADIE DE M. BOEUF
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POUR AVOIR DE BONS CIGARES
Un grand amateur de tabac nous recommande un procédé extrêmement simple pour communiquer une saveur exquise aux cigares, même ordinaire. Placez dans le fond d'une boite un certain nombre de pommes ; ajoutez par-dessus des cigares en les séparant par une planchette pour éviter le contact. Remettez le couvercle. Au bout de quelques heures, le tabac s'est imprégné d'une odeur particulière et a acquis, un goût très apprécié de certains amateurs.
Il st avantageux d'employer des cigares bien secs ; ils reprennent un peu d'humidité et acquièrent la souplesse exactement suffisante pour les rendre très agréables à fumer.
On peut remplacer les pommes par des mandarines ; l'arôme spécial qui s'en développe est également très apprécié de certaines personnes.
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LA MALADIE DE M. BŒUF
Il y a de cela quinze ans, M. Boeuf a été nommé commis auxiliaire permanent au lieu de temporaire. 9A a été le seul fait saillant de sa morne existence de petit employé. Ses collègues les jeunes surtout, le taquinent bien un peu mais il y est habitué depuis longtemps. Non, ce qui inquiète depuis quelques jours e n'es pas son avancement, il en espère un peu ce n'est pas sa femme, il n'en a jamais espéré, c'est sa santé. Oui, décidément depuis quelques jours cela ne va pas.
Au surplus, il n'est pas le seul à s'en apercevoir. L'autre matin en entrant au bureau, le petit Buvard s'est récrié sur sa mine :
— Comme vous êtes rouge, monsieur Boeuf, comme vous avez les yeux battus ! Il faut faire attention monsieur Boeuf, l'apoplexie vous guette !
Et il a raison, le petit buvard, M. Boeuf se sent la tête lourde, son chapeau le gêne, il étouffe. Ce n'est pas qu'il soit jeune ni qu'il espère quoi que ce soit, mais tout de même il voudrait mieux ne pas mourir encore, il ferait si bon passer commis expéditionnaire ! Ah ! La folie des grandeurs ! Pouvoir écraser sa concierge, ses voisins, sous le poids de ses titres ! Mais non M. Boeuf s'emballe. Il n'espère plus rien que la santé.
Le lendemain les jours suivants, les collègues de M. Boeuf le regarde avec une sollicitude qui l'inquiète, il sent qu'il va plus mal, que cela doit se voir. A la fin le petit buvard domptant son émotion, s'est approché de lui, lui parlant à voix basse :
— Je ne voudrais pas vous inquiéter Monsieur Boeuf mais il me semble que votre tête enfle tous les jours, vous devriez faire attention.
M. Boeuf reste atterré.
C'est vrai ce qu'on lui dit, il le remarque bien à la gêne, de plus en plus grande, qu'il éprouve chaque jour à mettre son chapeau : O ! mourir hydrocéphale.
Et le soir en sortant M. Boeuf constate avec terreur qu'il ne peut plus du tout mettre son chapeau, la mort le guette !
Le pharmacien consulté a dit qu'il n'avait rien mais dans son regard de pitié M. Boeuf a compris le pieux mensonge que l'on fait aux désespérés. Morne il s'est rendu chez son chapelier.
— Il me faudrait un grand grand chapeau pour un hydrocéphale, le mien est trop petit maintenant, tenez regardez.
Le chapelier tourne et retourne le chapeau, défait la coiffe.
— Votre chapeau vous irait très bien monsieur Boeuf si vous ne mettiez pas quatre journaux dans la coiffe.
Le voile se déchire ! Patiemment jour après jour le petit Buvard a collé des bandes de papier dans son chapeau ! Ah ! Le gredin ! Joyeux et furieux. M. Boeuf court son bureau. Son chef l'y attend.
— Je sais monsieur Boeuf que vous êtes souffrant.
— Ah ! Monsieur balbutie l'autre troublé des montagnes de papier
— Je sais, je sais, interrompt le chef paternel ; il y a eu beaucoup à faire ; pour vous récompenser je vous nomme au grade de commis expéditionnaire.
M. Boeuf pleure de joie mais depuis ce jour ses idées sur la filière administrative se sont singulièrement embrouillés.
REVUE NOS LOISIRS DU 26 JANVIER 1908