LA VASQUE
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La Vasque
Je sais un frais bassin où le silence écoute
Parmi les peupliers dorés
L'eau calme de la nappe effeuiller goute à goute
L'obscur feuillage d'un cyprès
L'heure penche sur l'eau ses pensives prunelles
Sous son masque d'aube et de soir,
Et le blanc vol aérien des tourterelles
Y navigue aquatique et noir.
Les Naïades d'argent et les Sirènes bleues
Ne gonflent plus dans le bassin
En volutes d'azur, les écailleuses queue
De leur corps nautique et divin.
Mais lents, furtifs, les yeux ronds et la bouche ouverte
Des poissons rouges et dorés
Riches émaux vivants, glissent dans l'onde inerte
Où flotte l'ombre du cyprès.
Et doucement, ce soir, enlacés, joue à joue
Nous avons incliné tous deux
Sur le sombre miroir où se penche et se joue
L'ombre du cyprès ténébreux.
Effigie inconstante, une amoureuse image,
Et l'amour furtif aussitôt
Cisela tout à coup notre double visage
Sur la fraîche médaille d'eau.
Edmond Gojon
Revue Nos Loisirs du 19 janvier 1908