L'AUTOMOBILE * LES BAVARDS * LES IVROGNES * ELES ROSES
L'AUTOMOBILE GUERIT LES ANÉMIQUES
La mode médicale s'oriente décidément vers l'auto. Les médecins voient dans l'auto un élément nouveau patinologie et... de thérapeutique.
L'auto guérisseur d'abord : Un médecin a constaté que la vitesse développe des conditions de respiration spéciales et qu'on peut comparer un voyage en auto à une cure d'altitude. Très recommandé aux anémiques, aux surmenés, aux neurasthéniques.
Par contre un médecin américain a découvert une nouvelle maladie qu'il a baptisé « automobile fever » la fièvre automobile. Cinquante personne ne sont déjà atteintes. Cette maladie causée par l'absorption de saletés huileuses soulevées par le passage des autos. La plupart des maladies sont atteintes d'un délire violent.
Et enfin, il y aussi... les écrasés.
POUR EMPECHER LES BAVARDS DE PARLER TROP LONGTEMPS
Voilà une coutume qui est de tradition dans une peuplade de l'Afrique centrale et qu'il serait parfois avantageux d'appliquer en Europe.
Quand un membre de la tribu veut parler en public il n'y est autorisé qu'à la condition de se tenir sur une jambe pendant toute la durée de son discours.
Cette excellence précaution oblige les orateurs trop prolixes à une concision que nos orateurs devraient bien imiter quelquefois.
DES ANGES GARDIENS POUR LES IVROGNES
Il vient de se fonder, en Brabant une société dont le but est de aire prendre et de reconduire à leur domicile les buveurs attardés ou surpris par la chaleur communicative des banquets.
Le prospectus fort alléchant de la société anonyme informe les amateurs que les prix pour les adhérents seront les suivants :
Sans ménagements : 0.75 F
Très délicatement : 1 F
Sur chaise à porteur 1.50 F
Brouette recouverte d'un sac : 1.75 F
Charrette à bras : 1.90 F
Voiture : 2.25 F
Le matériel est désinfecté après chaque opération et la plus grande politesse est exigée du personnel. Les employés doivent en s'adressant aux gens du monde ivres-morts, dire avec une courtoisie raffinée :
« Je demande à Monsieur la permission de brouetter Monsieur... »
On peut prendre des abonnements.
Les Roses Fanées
Dans notre premier mois, et par ses belles nuits
Qui suivent les soirs de septembre
Je vous quitterai très tard, et, le cœur plein d'ennuis
Je m'acheminais vers ma chambre.
Les maisons du village où nous passions l'été
Vers neuf heures du soir sont closes ;
La route était déserte et tournait à côté
D'un grand jardin planté de roses ;
Et là, seul sans souci d'un regard importun
Accoudé sur le mur de pierre,
Je restai à rêver de vous dans ce parfum,
Quelquefois plus d'une heure entière.
Et les roses tremblaient se semblaient se paner
Aux caresses du clair de lune
Je pensais à vos yeux en écoutant la mer
Sangloter derrière la dune.
Ces parfums sont éteints pour longtemps et l'hiver
Viens sur nous à grandes journées,
Les rosiers ont gardé quelque feuillage vert
Mais les roses se sont fanées
Paul Bourget
de l'Académie française
REVUE NOS LOISIRS DU 28 JUIN 1908