GARDE ROBES ROYALES
GARDE – ROBES ROYALES
CHACUN SON MÉTIER
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GARDE – ROBES ROYALES
Nul souverain ne peut mettre en ligne autant de costume que l'empereur d'Allemagne. Il détient le record du vestiaire. Habits à revers d'or d'amiral espagnol, dolman macabre de colonel de hussards de la Mort, cuirasses d'argent, casques ailés et à pointe, costumes de feld-maréchal et de général autrichien, de major italien, uniformes de toutes les armes, sa garde-robes va du manteau de cour au burnous qu'il portait lors de son pèlerinage au Saint-Sépulcre.
Le roi d'Italie n'a aucune prétention et n'a guère qu'une variété de vestons militaires.
L'empereur d'Autriche s'en tient volontiers à l'uniforme clair des archiducs et le roi des belges ne revêt que lorsqu'il y est forcé l'habit du général auquel il préfère d'habitude la jaquette fleurie au revers d'une fleur rare.
Nous ne parlons pas bien entendu des rois nègres qui paradent avec gravité dans des fracs rutilants de broderies d'or et d'argent, mais oublient le plus souvent de mettre un pantalon et des souliers, et mangent en habit militaire et en chapeau haut de forme les savonnettes que leur apportent des voyageurs occidentaux ?
Mais l'arbitre des élégances est assurément et à son insu peut-être, le roi Édouard VII d'Angleterre. Il est le souverain que l'on copie. Parce qu'il sortit un matin, à Paris, et qu'il alla vers la Madeleine acheter un chien en chapeau marron, cette couleur fut à la mode en France.
Pourtant il y a quelque exagération dans tout ce qu'on lui attribue et le Chamber's Journal met les choses au point. « Sa Majesté dit cette feuille, à la réputation à l'étranger de ne jamais porter deux fois le même costume » C'est absurde, attendu que le roi change en général trois fois par jour de vêtements, ce qui représenterait plus de 1000 costumes par an.
Le roi ne porte pas plus de 30 costumes neufs par année et dans ses résidences de Buckingham, de Windsor ou de Sandringham, il a toujours 200 costumes complets. Les valets de chambre se partagent les anciens costumes lorsque les nouveaux arrivent. Il exige toutefois que les fournisseurs de son auguste personne poussent la recherche de la perfection jusqu'à ses dernières limites.
Certains souverains ont une réputation d'avarice nettement établie ; mais Édouard VII s'il est exigeant, ne marchande pas. Ainsi, l'ouvrier cordonnier qui attache les semelles aux empreignes des chaussures de Sa Majesté reçoit pour ce travail dix huit francs par paire de bottines. Voilà donc la vérité. Il ne faut pas toujours juger les monarques d'après l'étalage de costumes qu'ils font lors de leur passage à Paris. Ils changent souvent et apportent ce qu'ils ont de mieux. Ils sont comme dit le peuple, vêtus chez nous de leur dimanche.
CHACUN SON MÉTIER
Le prince de Sagan qui vient d'épouser l'ex-comtesse de Castellane (née Anna Gould) raconte l'histoire suivante sur Ysage le fameux violoniste : Un fabricant de bottines millionnaire invita Ysage dîner l'an dernier à Nice. Après le dîner, le millionnaire apporté un violon et demanda à Ysage de jouer. Le musicien se mordit les lèvres ; mais prenant l'instrument, joua plusieurs beaux morceaux. Plus tard à Paris, Ysage invita à son tour le millionnaire à dîner. Il y avait là beaucoup de gens éminents. Après le dîner comme on prenait le café dans le salon, domestique apporta au maître de céans une paire de vieilles bottines. Ysage pris les bottines et les tendit bravement à son invité millionnaire.
— Mais que voulez-vous que je fasse de cela ? Demanda le convive, tenant gauchement les bottines d'une main et de 'l'autre sa tasse.
Ysage sourit délicieusement et dit en rejetant ses longues boucles en arrière :
— A Nice , vous m'avez demandé après le dîner de jouer ; maintenant je vous demande de raccommoder des bottines.
Chacun son métier.
REVUE NOS LOISIRS DU 26 OCTOBRE 1908

