Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

APACHE ROI N° 9

15 Juin 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

N° 9  APACHE ROI

<!-- @page { margin: 2cm } P { margin-bottom: 0.21cm } -->

Mon cher Roulisse, je ne crois pas avoir besoin de vous rappeler ce que j'ai fais pour vous.

Je ne l'oublie pas, monsieur Dolabelle, c'est grâce à vous que j'ai pu m'établir, je vous dois ma situation... mais c'est me la faire payer un peu cher...

— Comment ! Comment ! Une chose si simple.

— Si simple... si simple...

— Mais oui ! Vous ne voyez que les choses comme il faut les voir. Au fond vous êtes un grand sentimental, Roulisse. Cette intervention qui vous répugne s'impose ; elle mettra tout,le monde à l'aise. Voyons ! Sans parler plus longtemps de nous, songez donc que cette fille sera, toute sa vie, embarrassée de son enfant, qu'elle ne pourra pas se marier... Et enfin je ne vous demande pas de aire la chose vous-même ; si elle vous répugne tant que ça, faites-là faire par un autre, payer ce qu'il faudra, payez sans compter mais qu'elle soit faite. Il le faut et je compte sur vous.

La fin tomba, tranchante comme un couperet et Roulisse ne s'y trompa pas, c'était un arrêt que prononçait M. Dolabelle.

— Ou je lui cède, ou il me fait sauter.

Il s'inclina ou parut s'incliner.

— C'est bien. Ce que vous désirez sera fait.

— Vous me le jurez ?

— Je vous le jure...

c'était de Jacqueline qu'il était question, de Jacqueline et de son enfant ; M. Dolabelle tenait parole à Henry, il s'arrangeait pour assurer la tranquillité du prince.

Il était arrivé depuis une quinzaine de jours, l'enfant le petit Jules, un gros garçon qui ne demandai qu'à vivre.

A cette heure Jacqueline était remise de la terrible épreuve ; elle avait oublié les souffrances et ne sentait plus que le bonheur sorti pour elle du supplice subi.

Mère, elle était mère ! Et elle était complètement et ne vivait plus que pour son enfant, au point d'en oublier aussi l'abandon du père et ce besoin de vengeance qui, un moment l'avait transfiguré et quand maman Dary, qui ne désarmais pas, elle, le lui rappelait, elle écartait cela.*

— Laissez, maman. Mon Jean est là, je suis consolée. Ne me gâtez pas mes joies maternelles. Se venger ! On y pense quand on souffre ; je ne souffre plus et ceux qui m'ont fait du mal n'existent plus pour moi ; je suis maman et ne veux être que maman.

Et elle faisait des projets, elle bâtissait des châteaux autour du cher innocent.

— Dans quelques jours nous pourrons rentrer à Paris ; je reprendrai ma chambre chez vous, je me remettrai au travail. Oh ! Vous verrez je serai courageuse ! Une idée m'est venue en songeant que, pour travailler comme jadis, il me faudrait me séparer toute la journée de jean ; je montrerai un atelier de copistes chez nous, on prendra un logement plus grand et moins haut. Je chercherai des travaux et j'en trouverai et je gagnerai de l'argent beaucoup. Et nous élèveront Jean et nous le gâterons comme un petit roi...et nous serons heureuses, allez, maman Dary, très heureuses. Nous aurons jean entre nous, mon Jean qui ne nous quittera jamais, lui...

Elle en revenait toujours là, à son Jean donc elle ne voulait pas se séparer.

Un jour pourtant elle dut le quitter quelques heures. Elle avait reçu une lettre adresse à son ancien domicile, chez maman Dary aux Batignolles et réexpédiée par la concierge à Saint-Mandé — une lettre qui la convoquait d'urgence à Pa ris pour le règlement d'une affaire, qui intéressait la mémoire de son père.

Son père ! Elle hésita pas et comme elle n'était pas encore très forte, elle se fit accompagner de maman Dary, laissant son petit Jan sous la garde de la bonne.

Il dormait quand elle partie et ne se réveillerait qu'à son retour dans deux heures.

— Mais ça me fait rien, restez auprès de lui, ne le quittez pas une seconde, n'es-ce pas ?

A Paris, à l'adresse que lui donnait la lettre de convocation elle trouve un homme d'affaires qui après lui avoir longuement parlé des éclats de service du colonel Myra, son père, lui offrit de se mettre en campagne pour lui faire obtenir un bureau de tabac.

Elle accepta en bénissant l'homme d'affaires toute frissonnante de plaisir à l'idée de ce que cette rente inattendue lui permettait d'ajouter aux gâteries qu'elle réservait à son petit Jean.

Et elle repartit pour Saint-Mandé la tête pleine de projets nouveaux.

— Vous voyez, maman Dary, vous voyez comme tout s'arrange, comme l'avenir nous sourit...

De retour à la villa, elle se précipita vers le berceau de Jean.

— J'ai bien fait de te quitter, mon amour ! Je te rapporte du bonheur, ton avenir assuré.

Dès le seuil, elle s'arrêta ; la bonne affalée dans un coin, son visage dans son mouchoir pleurait.

— Qu'est-ce qu’il y a ? qu'est-ce qui est arrivé ? Qu'avez-vous à pleurer ? Mon fils... mon fils...

Elle n'attendait pas la réponse de la bonne, elle courrait au berceau, elle se penchait sur la couche rose et poussant un rugissement de lionne à qui, pendant son absence on a volé ses petits.

Le berceau était vide ; Jean n'étais plus là.

Jean n'étais plus là et, secoué par le cri de la mère, la bonne expliquait la disparition de l'enfant ou plutôt disait ce qu'elle en savait.

— J'étais assise à côté du berceau, je regardait M. Jan dormir comme madame me l'avais recommandé. Je ne le quittai pas une seconde. Mais on a sonné à la grille. J'ai regardé. Un monsieur très bien décoré l'air d'un officier en civil. Je suis allé à la grille et avant d'ouvrir, j'ai eu comme toujours, la précaution de demander : « Que désire monsieur ? » il m'a répondu « Parler à votre maîtresse » Je lui ai dit que madame était absente pour le moment mais qu'elle ne tarderait pas beaucoup à rentrer. Alors il m'a dit : « Je reviendrai...mais en attendant vous pourriez toujours me fournir quelques indications qui me sont indispensables » Et il m'a expliqué qu'il s'agissait de faire accorder quelques chose à madame par le gouvernement. Et il m'a demandé l'âge de madame... son état de fortune, ses ressources, un tas de question qui me gênaient tellement qu'à la fin je lui ai dit : « Demande pardon monsieur, mais madame vous dira tout ça mieux que moi » et je suis retournée auprès de M. Jean et quand je suis arrivée au berceau, il était comme il est maintenant, vide. M. Jean avait disparu.

Tout ce récit avait été coupé, haché de supplications et de « et puis ? Et puis ? » haletant par la mère affolée.

Il était terminé et Jacqueline pressait encore.

— Et puis ! Vous vous êtes mis à sa recherche ? Vous avez couru au jardin. C'est par le jardin que les ravisseurs étaient entrés pendant que vous étiez à l'entrée, occupée à répondre à cet homme.

— Oui, madame... oui... C'est bien comme ça que la chose a dû se faire ; la porte du jardin était encore ouverte.

— Et puis ? Et puis ? Vous vous êtes mise à la poursuite des voleurs.

— J'allais m'y mettre, madame et d'abord crier à l'aide quand regardant encore une fois le berceau j'y ai trouvé une lettre pour madame... une lettre que les voleurs, sans doute, y avaient déposée.

— Et cette lettre... où est-elle cette lettre ? Qu'attendez-vous ?

La bonne sortit la lettre qu'elle avait dans son corsage.

— La voici, madame.

Jacqueline s'en empara, déchira l'enveloppe et lut à travers ses larmes ; ces lignes d'une écriture inconnue et sans signature.

« C'est pour son bien que votre enfant vous a été enlevé et toutes les recherches que vous pourrez faire ou ordonner, resteront vaines. Inclinez-vous vous aurez un jour, la récompense de votre résignation. Croyez l'ami caché mais sincère qui vous &écris ses lignes, l'heure de la justice pour vous, comme elle sonne, tôt ou tard, pour tout le monde... »

Et ayant lu cela, Jacqueline s'écroula.

Jusqu'à cette minute elle avait ardé une lueur d'espoir ; maintenant c'était fini. Elle se rendait compte qu'elle n'avait pas affaire à d'ordinaires voleurs d'enfants, mais à des ravisseurs payés qui avaient longuement préparé leur coup et pris toutes leurs mesures pour la réussir.

Et tenant les bras à maman Dary qui accouru au cri de la mère, avait entendu le récit de la bonne.

— Ah ! Maman ! Maman : ils m'ont tué.

Elle ne s'était pas arrêtée à ce que disait la lettre du bien que les ravisseurs voulaient à Jean ; elle n'avait rien retenu des promesses de récompense et de justice. Elle n'avait vu, elle ne voyait que le fait brutal, écrasant, mortel pour elle.

 

26-JANVIER-1908--N--1--.jpeg


On lui avait enlevé Jean et quoi qu'elle fit, elle ne le retrouverait pas.

Maman Dary ne perdit pas son temps à essayer de consoler la pauvre inconsolable ; pratique et ne renonçant pas, elle, à retrouver le disparu, elle sauta sur la bonne.

— Vous, vous allez me dire toute la vérité ou je vous fais arrêter.

Elle n'avait pas cru au récit de la bonne ; elle soupçonnait cette fille de s'être vendue aux voleurs.

Elle se trompait ; tout s'était bien passé comme l'avait dit la bonne ; cette dernière n'avait eu aucune accointance avec les auteurs du rapt, elle avait été leur première victime, et ses larmes étaient sincères comme son récit.

Aussi bien, à la réflexion, il apparaissait évident que les ravisseurs n'auraient pas commis la faute de laisser derrière eux cette complice qui pouvait manger le morceau et donner pour le moins leur signature à la police — et maman Dary qui était une femme de tête, ne s'obstina pas à arracher à la bonne un aveu que la pauvre dupe ne pouvait faire qu'en l'imaginant.

Elle dut se contenter de recueillir du portrait de l'homme qui avait sonné à la grille, ce portrait que la bonne avait déjà fait sa maîtresse et, un moment, elle se crut sur la piste des voleurs.

Cet homme qui, à n'en pas douter, était le vrai complice charger d'attirer la bonne dehors, et de l'y garder pendant que les ravisseurs opéraient avait parlé de faire accorder quelque chose à Jacqueline par le gouvernement ; c'était sûrement un émissaire de l'homme d'affaire qui avait convoqué Jacqueline à son cabinet et il devenait clair que la faveur à obtenir du gouvernement n'était qu'un expédient pour attirer Jacqueline à Paris, lui faire quitter quelques heures le berceau de son enfant et que cet homme d'affaires était l'organisateur du rapt.

Il ne s'agissait plus que d'aller dénoncer les faits au commissaire de police, qui aurait tôt fait, lui d'arriver à la vérité et, par elle, à l'enfant enlevé.

Maman Dary partit pour le commissariat et Jacqueline s'y rendit avec elle, galvanisée par l'espoir soudain recouvré de retrouver son petit Jean.

Une épreuve cruelle l'attendait au commissariat.

Elle y fut accueillie avec toute la sympathie que commandait son infortune et sur-le-champ le commissaire lança ses inspecteurs en chasse ; mais il retint la pauvre mère pour commencer l'enquête obligatoire.

Et, d'abord elle dut donner son vrai nom, le nom de son père, Myra et confesser qu'elle n'était pas mariée et reconnaître sa faute.

Puis ce fut tout son roman lamentable et ses déceptions et ses hontes, que le commissaire fouillis devant elle, avec l'indiscrétion froids et résolue de l'homme qui a besoin de tout savoir.

La plainte recueillie, le magistrat était arrivé tout naturellement à poser cette question :

— Soupçonnez-vous quelqu'un ? Voyez-vous quelque personne qui aurait un intérêt à s'emparer de votre enfant ?

Et comme elle restait bouche bée :

— Vous n'avez pas eu le temps d'y réfléchir, n'est-ce pas ? Où le coup dont vous êtes victime vous a tellement bouleversé que vous voyez encore trouble. Permettez que nous essayions de réfléchir ensemble, et de voir clair. Je vous prie de répondre franchement à tout ce que je vous demanderai, il y va du succès de recherches qui vont êtes faites. Voyons ! Vous connaissez-vous des ennemis personnels, des jaloux, quelqu'un à qui un besoin de vengeance aurait pu souffler l'idée abominable de ce rapt ?

Jacqueline secoua la tête.

— Non, monsieur. Je n'ai que je sache, jamais fait de peine, jamais causé de tort à personne et partout où j'ai passé, je ne me suis vue entourée que de sympathie.

— Bien, mademoiselle. Cela étant l'idée de vengeance écartée, deux hypothèses restent à examiner. La première ; vos voleurs seraient des professionnels qui aurait enlevé l'enfant pour ne le rendre que contre une forte somme.

— Je ne pourrais pas la donner monsieur ; je n'ai aucune fortune.

— Oui, par vous-même, vos voleurs ont pu se tromper, à en juger que par les apparences ; la villa que vous habitez est une demeure riche. Nous pouvons en outre admettre qu'il ont pénétré le secret de la naissance de votre enfant, découvert le père qui est certainement un homme fortuné. Je ne vous demande pas de me le faire connaître ; vous pouvez vous borner à me fixer sur sa position sociale.

— Il est riche, très riche même.

— Ah !

— Mais les voleurs frapperaient en vain à sa porte, il nous abandonné son enfant et moi et les voleurs ne peuvent pas l'ignorer, s'ils sont parvenus à découvrir son nom, et ils doivent avoir aussi que, réduite à mes seules ressources, je suis pauvre, obligée de demander au travail, la vie de mon enfant et la mienne. Votre hypothèse tombe, monsieur le commissaire.

 

 

(A SUIVRE LE 18 JUIN)

 

041

 


Commenter cet article