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APACHE ROI N° 3

28 Mai 2012, 11:00am

Publié par nosloisirs

APACHE ROI EN TETE

 

 

La jolie Jacqueline jeune orpheline sans fortune a été confié, après la mort de ses parents à Madame Dary, une brave ménagère parisienne. La jeune fille a obtenu une place de dactylographe dans une grande maison de commission. Madame Dary a un fils Pierre, brave ouvrier un peu fruste qui, sans oser le déclarer, s'est épris de Jacqueline. Il veille sur elle avec un soin jaloux et s'inquiète autant que le pourra faire la plus tendre mère. Ayant surpris le manège du jeune homme blond qui, depuis quelques temps déjà, s'efforce de circonvenir Jacqueline, il redouble de vigilance. Mais un soir ayant attendu la jeune fille à la sortie de son bureau, il apprend avec stupéfaction qu'elle a quitté la maison. Jacqueline partie ! Pierre rentre chez sa mère désespéré.

 

DEUX CHUTES

 

Pendant des heures, il battit Paris, comme un fou.

Son imagination surchauffée lui montrait Jacqueline fiancée déjà dans la grande vie parisienne.

Il courut surveiller l'entrée d'un grand restaurant et comme Jacqueline ne paraissait pas, il fila vers un autre, puis un autre.

Des restaurants, il passa aux théâtres, aux concerts, à tous les lieux de plaisir.

A trois heures du matin, l'heure où le boulevard s'endort enfin, il se retrouva effondré sur ce banc où il avait déjà, l'avant-veille, écouté saigner son cœur.

Un agent qui passait le secoua :

— Qu'est-ce que vous faites-là ?

Il se leva, regarda l'agent et, un moment la vie de ce gêneur ne tint qu'à un cheveu.

Pierre avait besoin d'étrangler quelqu'un.

Il ne toucha pas à l'agent ; il s'en alla docilement mené par son idée fixe.

— Non, on m'arrêterait et je ne pourrais plus la retrouver.

Dans la fraicheur de l'aube sa fièvre s'apaisait il pouvait raisonner.

Il reprit le chemin de Batignolles ; au jour levé il sonnait chez la mère.

Maman Dary vint lui ouvrit :

— C'est toi... tu m'a inquiétée... Tu découches donc maintenant ?

Et le voyant tout défait et blafard avec de l'égarement dans les yeux, en titubant un peu, les jambes cassées.

— Ah ! Mon Dieu ! Voilà qu'il se met à boire comme son père !

Il lui ferma la bouche.

— Tais-toi ! C'est toi qui dérailles.

Et s'affalant sur une chaise, il laissa sortir ce qui l'étouffait :

— Jacqueline... perdue ! Je te le disais bien. J'ai passé la nuit la chercher.

— Tu as passé la nuit à chercher. C'est bien vrai, ça ?

— Puisque je te le dis... tu ne vois donc pas que je n'en puis plus. Ah ! La malheureuse fille.

— Pourquoi malheureuse ?

— Tu... tu demandes !

— Oui. Je la trouve très heureuse moi. Elle a ce qu'il lui fallait.

Maman Dary répétait là exactement, mais sans goguenarder, elle, ce qu'avait dit le garçon de bureau.

Pierre faillit lui sauter à la gorge :

— Tu dis... Tu oses dire...

— La vérité. Elle a ce qui lui était dû, cette autre place dont lui parlait son patron. Une place de choix, en province, son avenir assuré, peut-être la fortune. On est venu l'engager aujourd'hui ; il fallait partit tout de suite, elle est partie.

— Tu... tu... es sûre ?... bégaya Pierre.

— Aussi sûre que si j'étais partie avec elle. Je l'ai aidée à faire sa malle, je l'ai accompagnée à la gare , mise dans le train. Mais qu'est-ce que tu supposais donc ?

— Ce que... Je ne sais pas... Je ne sais lus... Je ne veux plus savoir.

Il retombait assis, mais il respirait mieux et sa face de brute s'attendrissait et il y avait des larmes dans sa voix.

— Je sais moi, releva maman Dary. Ton idée toujours la même. Tu es allé cherché Mlle Jacqueline à son bureau ; on t'a dit qu'elle avait quitté la maison et tu t'es figuré … ce que tu voulais me faire entendre avant-hier matin à déjeuner, qu'elle avait mal tourné... écouté quelque galant... C'est ça n'est-ce pas ? C'est bien ça ? Eh bien ! C'est mal mon grand ; c'est très mal d'avoir pensé ça, c'est moi qui avait raison. Mlle Jacqueline est incapable de dévier... et puisque qu'il faut te le dire c'est pour ne pas dévier qu'elle est partie comme ça tout de suite. Oui, oui, un soupirant qu'elle avait toujours sur ses talons, dont elle ne pouvait se défaire. Elle m'a tout confié... Elle voulait en finir, elle a saisi l'occasion.

En écoutant la mère lui répéter ce que Jacqueline lui avait dit à lui-même, ce qu'il n'aurait jamais dû oublier. Pierre avait senti crever son cœur.

Et se levant et se jetant au cou de a mère, l'hercule la bue sanglota comme un enfant.

— M'man !... m'man !... Faut pas me gronder... faut pas... J'ai tan de peine.

Et s'arrachant de là et courant à sa chambre.

— Rien... rien... c'est fini... Je vais me reposer, dormir.

Maman Dary le regarda disparaître et un grand soupir s'échappa de sa poitrine :

— Pauvre petit !... Il y était déjà, le malheur que je te disais avant hier ; tu l'aimais déjà, la perle qui n'était pas pour toi.

Pierre s'était jeté tout habillé sur son lit et sa tête dans l'oreiller, il sanglota encore, à plein cœur maintenant :

— Ah ! Jacqueline !... Jacqueline...

 

5-JANVIER-1908-N--1--.jpg

 

● ● ● ● ●

 

Au sortir de la gare, M. Dolabelle monta dans sa voiture qui était venue l'y prendre.

Il rentrait de Paris par le dernier train qui arrive à Tourcoing vers une heure du matin.

— Rien de nouveau, Émile ?

— Non, monsieur... sinon que madame a voulu venir.

— Oh !... à cette heure !

M. Dolabelle le gros industriel du Nord, le directeur d'un peignage qui employait près de douze mille ouvriers, avait passé la cinquantaine ; sa femme était,à peine moins âgée que lui, et elle venait l'attendre à la gare, à une heure du matin, comme une mariée de deux mois.

— Toi ici, ma bonne... C'est vraiment une surprise délicieuse... mais si tard... Voilà toute la nuit perdue... et tu aimes dormir.

— Oui, oui... mais dis-moi vie ce que tu as ait à paris... As-tu vu Henry ?

— Nous avons dîné ensemble.

— Ah !... Il a donc été gentil ?

— Oui, il avait besoin d'argent... Une fois encore , il a fait la grosse bêtise pour quelque femme ou attrapé la forte culotte au Cercle. Il lui faut deux cent mille francs, parait-il...deux cent mille qui, si nous les donnions, porterait à un million ce qu'il nous a coûté depuis un an qu'il est à Paris... Un million... presque cent mille francs par mois... le traitement d'un président de la République.

Mme Dolabelle laissait dire, sans interrompre, attendant la fin pour parler à son tour.

C'était son fils, ce grand dévoreur, le fils unique, l'enfant gâté, le seul héritier, d'une fortune qui se chiffrait maintenant par dizaines de millions.

C'était elle qui l’avait élevé, dans ses jupes, élevé à faire tout ce qu'il voulait, à voir tous ses caprices immédiatement satisfaits.

Quand l'heure était venu de faire son service militaire, elle avait obtenu qu'il le fit à Lille, à une demi-heure du nid qu'il quittait pour la première fois et elle n'avait pas laisser passer un jour sans venir le voir.

Le service terminé le père eût voulu que son fils se mit enfin au travail, étudiât au moins auprès de lui le fonctionnement de cette grande machine qu'il était appelé à diriger un jour.

Henri n'avait pas dit non — il ne disait jamais non, n'en faisant d'ailleurs qu'à sa tête — mais il avait exprimer le désir d'aller passer un mois à Paris pour y apprendre une foule de choses dont la connaissance était indispensable au futur directeur de la grande machine.

Le père avait fait la grimace ; il ne les avait jamais apprises, lui ces choses-là, et il était arrivé tout de même ; mais la mère, encore que son cœurse gonflât à l'idée de la séparation, avait souscrit ce désir.

— Mais tu n'y songes pas, mon ami ! Il faut que notre Henry soit un jeune homme accompli. Et vois comme il est raisonnable ; il ne nous demande qu'un mois !

A cette heure, le mois durait depuis un an et M. Dolabelle qui savait compter, venait de faire cette addition.

— Deux cent mille francs qui, si nous les donnions porteraient à un million ce qu'il nous a coûté.

La mère prit la parole.

— Tu as dit ; si nous les donnions. Tu ne les as donc pas donnés ?

— Non. J'ai refusé tout net.

— Oh ! C'est donc ça.

— Quoi, ça ?

— J'ai reçu une dépêche ce soir... une dépêche où il me supplie d'intercéder... il paraît que c'est très grave et très urgent... qu'il y va de sa réputation... de son honneur. — De sa vie ! Acheva le père. Je la connais cette chanson-là et tu la connais aussi, toi, mais tu ne t'y habitueras jamais ; elle t'a mise dans tous ces états ce soir, et voilà pourquoi tu es venue m'attendre à la gare. Il te tardait de savoir si je m'étais laissé faire. Eh bien ! Non. Tu es fixée ; un refus tout net. Et n'insiste pas tu perdrais ton temps. J'ai décidé d'en finir, je veux que notre fils rentre ici auprès de nous, et il y resteras, il va y rentrer.

— Ah ! Je voudrais te croire ! Mon Dieu ! Je ne demande que cela, qu'il me revienne.

— J'en réponds après-demain il sera ici.

— Tu as donc trouver un moyen.

— Oh ! Il est bien simple, mon moyen, comme je te l'ai dit, je lui ai refusé tout net les deux cent mille francs ; mais je ne m'oppose pas à ce que tu les promettes, toi...

— Mon ami !

— Et dès demain matin, tu pourras répondre à sa dépêche dans ce sens.

— Oh ! Tu es bon !

— Attends donc ! J'ai dit que tu les !... promettes ! J'entends qu'il vienne les chercher ici e d'abord qu'il les gagne.

— Ah !... qu'est-ce que tu entends pas là ?comment veux-tu les lui faire gagner ?

— Mais... comme j'ai gagné notre fortune, moi en travaillant tout bonnement il va accourir sur ta dépêche ; tu me l'enverras au Peignage, je lui répéterait ce que je viens de te dire : « Les deux cent mille francs sont là, et même davantage, si tu veux et tout ce que tu voudras ; mais il faut travailler » tu vois comme s'est simple.

— Simple... simple... tu trouves toi... On dirait vraiment que tu ne connais pas ton fils !

— Je le connais très bien, mieux que toi.

— Alors, tu dois savoir qu'il n'acceptera pas ton marché ce n'est pas la première fois que tu le lui mets à la main...

— Non, mais c'est la dernière.

Ce fut dit si froidement que la mère eut un petit sursaut d'effroi.

Ils étaient arrivés. La voiture entrait dans la cour d'une somptueuse maison bourgeoise — le château pour parler comme là-bas — et venait s'arrêter au pied du perron.

Un quart d'heure après, M. Dolabelle, ce père qui avait décidé de mater son fils, dormait à poings fermés ; la mère méditait la dépêche à envoyer à l'enfant prodige.

A huit heures du main le directeur du peignage était au travail. Il prenait connaissance ce qui avait fait la veille, en son absence, donnait ses ordres pour la journée qui commençait, puis se mettait à dépouiller e courrier.

 

                                                     ( A SUIVRE LE 31 MAI )

 

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