MOINEAUX SANS NID N° 311
P { margin-bottom: 0.21cm; }
CHAPITRE 311
LE VISITEUR INATTENDU
A PARTIR DU 1er NOVEMBRE RENDEZ-VOUS SUR
WordPres.com histoiresautrefois
Avec le secours « du Dragon » le docteur Mollet avait effectué une nouvelle prise de sang à l’infortunée Edwige. Puis il l’avait transportée dans une chambre de la maison.
Alors qu’elle était sans connaissance à la suite de sa grande frayeur, les deux hommes l’étendirent sur un lit.
— Vite ! Cria le diabolique médecin à son domestique, dépêche-toi de clouer les volets de cette fenêtre, afin qu’il soit impossible à cette sotte de recommencée une nouvelle évasion.
Le muet s’empressa de le satisfaire et sortit de la pièce en courant.
En l’attendant, à l’aide de courroies de cuir, le docteur Mollet attacha solidement la jeune femme à son lit, puis ricana, content de ce qu’il venait de faire.
— Là ! S’exclama-t-il, comme cela si elle reprend connaissance, elle aura beau se débattre, elle ne pourra pas délier ses liens, et ainsi « le Dragon » disposera du temps nécessaire pour condamner cette fenêtre !
Il venait à peine d’achever de prononcer ces paroles que le muet revint avec le matériel qu’il fallait pour procéder à la clôture des volets. Il se mit aussitôt à l’œuvre.
Il prit deux petites planches qu’il appliqua soigneusement sur les volets et qu’il clou solidement.
Edwige n’avait pas encore donné le moindre signe de vie. Elle était toujours allongés sur le lit, semblant dormir profondément, retenue par les courroies, tandis que le docteur Mollet la fixait de temps à autre en ricanant.
Lorsque le muet eut achevé son travail, son maître contrôla attentivement ce qu’il avait fait, puis lui tapota affectueusement l’épaule.
— Parfait ! Je vais la détacher à présent, décida-t-il, et l’enfermer à clé dans cette chambre. Lorsqu’elle se réveillera, elle pourra s’époumoner à son aise sans que nous ayons à nous en inquiéter !
Le gardien sourit et aida son maître à défaire les liens de la prisonnière.
Ce travail achevé, le docteur Mollet déclara en faisant allusion à René Tonnerre !
— Maintenant, allons nous occuper de l’autre imbécile !
Ils quittèrent la chambre d’Edwige dont le médecin referma la porte à clé. Il confia cette dernière « au Dragon » et tous deux descendirent au sous-sol où se trouvait le laboratoire.
René Tonnerre était assis et sérieusement ligoté sur sa chaise. En apercevant le docteur Mollet, il lui lança un regard haineux, mais ne prononça pas un seul mot.
Le médecin s’approcha de son collaborateur.
— Tu n’es qu’un pauvre crétin, mon ami ! Lui dit-il en hochant la tête, tu m’as trahi pour une femme qui n’est pas digne de toi ! C’est d’ailleurs pour cette raison que je te pardonne. Toutefois, je suis forcé de prendre certaines précautions, car je suis persuadé que tu es encore sous l’effet de ta passion pour elle et furieux d’avoir raté votre évasion !
René frémit de rage impuissante et faillit lui lancer des injures ; il se domina à temps et garda le silence, mais son regard en disait long sur la haine que lui inspirait son ancien ami.
— Je ne me trompe pas, reprit en souriant le docteur Mollet qui avait remarqué son coup d’œil, tu es toujours aussi furieux. Je vais donc attendre et te laisser seul le temps qui te sera nécessaire pour réfléchir et réaliser où se trouve ton intérêt.
— Comme madame Ramier est toujours en mon pouvoir, je vais me montrer généreux envers toi. Me comprends-tu René ? Tu peux remercier la Providence que cela se soit passé ainsi, dans le cas contraire, tu aurais pu le payer de ta vie !
René ferma les yeux quelques secondes pour ne pas céder à une irrésistible envie de hurler.
— « Dragon » dit le docteur Mollet à son serviteur qui assistait impassible à cette scène, défais les courroies !
Le muet s’approcha de René et exécuta l’ordre du médecin.
Pendant ce temps, le docteur Mollet avait sorti un revolver de la poche droite de sa veste et en pointant le canon sur René Tonnerre.
— N’aie pas peur ! Lui dit-il d’une voix étrangement douce, je ne tiens pas l’utiliser, à condition bien entendu que tu te montres raisonnable. Lève-toi à présent !
« Le Dragon » avait délié René et la courroie de cuir était tombée aux pieds de la chaise. Ce dernier se leva, impassible.
— Avance ! Ordonna le docteur Mollet en lui désignant de sa main armée une petite porte dans le fond à droite du laboratoire.
L’autre obéit docilement.
Il fit quelques pas et pénétra dans une pièce minuscule ayant l’apparence d’un cachot, uniquement aérée par un soupirail solidement muni de barreaux de fer. Une ampoule accrochée au plafond répandait une faible clarté sur le maigre mobilier constitué par une table et une chaise.
René Tonnerre jeta un regard autour de lui et sursauta brusquement au bruit fait par la porte qui venait de se refermer avec violence.
En entendant tourner deux fois la clé dans la serrure, il grinça des dents de dépit et se laissa tomber découragé sur la chaise. En proie à une grande dépression, il prit sa tête entre les mains !
Pendant ce temps, après avoir donné des ordres « au Dragon » le docteur Mollet s’approcha du petit lit sur lequel gisait toujours l’infortuné « Boiteux ».
Il se pencha sur lui et l’examina attentivement, puis sourit, satisfait.
« Tout semble aller à merveille » pensa-t-il.
Il se dirigea vers la petite table et enfila des gants de caoutchouc qu’il venait de prendre, saisit une ampoule à moitié remplie d’un liquide roux brun et en versa les trois quarts dans une éprouvette. Il ajouta un second liquide de la même teinte que le premier et provenant d’une ampoule qu’il retira du frigidaire. Il agita longuement et avec de grandes précautions le récipient, tout en l’examinant avec beaucoup d’attention.
Il déposa ensuite le tout sur la table, prépara une seringue de grande taille, la remplit du mélange et revint près « du Boiteux ».
Il lui saisit alors le bras gauche et lui injecta lentement le liquide contenu dans la seringue.
Cette petite opération dura près de deux minutes.
Le docteur Mollet resta penché sur son patient, retenant son souffle. Il demeura ainsi longtemps, commençant à s’inquiéter lorsque, brusquement, son visage s’éclaira.
Celui cadavérique « du Boiteux » commençait à se colorer légèrement.
— Enfin ! S’exclama triomphalement le docteur Mollet. C’est bien ce que je pensais ! Ca va nettement mieux ! Maintenant je n’ai plus la crainte de le voir succomber d’un instant à l’autre !
Il lui souleva délicatement une paupière et éclaira la prunelle de sa torche électrique, examinant attentivement la contraction de la rétine et de la pupille.
— Parfait ! S’écria-t-il.
Il prit un mince thermomètre qu’il glissa après entre les lèvres « du Boiteux et attendit quelques minutes.
— Trente six deux ! Murmura-t-il en le consultant. C’est peu ! Il faut absolument faire monter sa température de quelques degrés afin de ne pas avoir une mauvaise surprise.
Il baissa la tête, réfléchit au moyen d’alimenter efficacement « le Boiteux » puis se décida pour une piqûre de son invention.
Il s’affaira de nouveau autour de ses multiples instruments médicaux et après une dizaine de minutes, injecta dans la cuisse du malheureux le liquide de son choix.
Cela fait, il approcha le tabouret du petit lit, s’y assit et serra les doigts de sa main autour du poignet du malade pour en contrôler les pulsations.
« Il est encore très faible ! Se dit-il mais ce n’est pas très grave dans un instant son pouls battra plus fort et alors, je pourrai vraiment crier : « Victoire ! ».
Il se releva et alla examiner un cahier rempli de formules et de chiffres qu’il étudia longuement. Il demeura silencieux pendant près d’une heure. Il revint ensuite près du « Boiteux » et se montra satisfait.
Il lui tapota affectueusement une joue en murmurant comme si le malheureux pouvait l’entendre :
« Te voilà sorti d’affaire, mon ami. Trente sept de température et un pouls régulier. Tu as encore de longues années de vie devant toi ! »
Il retourna à sa table, saisit son stylo et ajouta quelques notes à son journal qu’il tenait scrupuleusement à jour et qui traitait uniquement que de ses travaux scientifiques.
Il était sur le point de terminer ses inscriptions, lorsqu’il leva un regard furieux sur la porte qui s’était ouverte sans bruit, laissant apercevoir la disgracieuse silhouette « du Dragon ».
— Qu’est-ce qu’il y a ? Gronda-t-il contrarié, tu sais bien que je ne veux sous aucun prétexte être dérangé pendant mon travail !
Le muet poussa une série de cris inarticulée, mais suffisants pour faire comprendre à son maître qu’il s’agissait de quelque chose de sérieux.
Il se précipita vers lui et le prenant par un bras le secoua rudement en s’écriant :
— Que veux-tu dire ? Explique-toi vite !
Le malheureux ne put répondre que par des grognements.
— Imbécile ! Hurla rageusement le docteur Mollet, comme si l’infortuné était coupable de son infirmité.
Brusquement, il poussa « le Dragon » vers la table, le força à s’asseoir sur le tabouret et posa une feuille de papier devant lui en lui tendant un stylo.
— Inscris ! Lui ordonna-t-il. Je sais que tu es incapable d’écrire de longues phrases, mais tâche tout de même de m’expliquer de ton mieux ce que tu as à m’apprendre. Allez ! Dépêche-toi !
Le gardien saisit gauchement le stylo entre ses gros doigtes, puis leva un regard suppliant sur son maître.
— Je t’ai dit d’écrire ! Hurla l’autre avec colère. Tu sais comment on fait ! Tu n’as pas pu complètement oublier ! Eh bien ? Qu’attends-tu ?
Le muet pencha sa grosse tête sur la feuille de papier, faisant un effort pour écrire avec application, mais ne parvint à tracer que des lettres informes, ce qui déchaîna une rage folle chez le médecin.
— Crétin ! Eclata ce dernier. Ne perds pas la tête à ce point ! Je ne veux pas te torturer, poursuivit-il d’une voix subitement très douce, je te demande seulement de m’expliquer ce qui est arrivé. Allons, fais un effort, mon ami !
Stimulé par cette douceur inaccoutumée de la part de son maître, le malheureux réussit à écrire un peu plus lisiblement ce seul mot :
« Sonnette ! »
Le docteur Mollet lui arracha le papier des mains et fronça les sourcils tout en lisant et relisant ce mot puis il s’exclama :
— Je comprends ! Tu as entendu la sonnerie d’alarme ?
Ravi « le Dragon » répondit par de nombreux signes de tête affirmatifs.
Perplexe, le médecin réfléchit. Tout était clair à présent. La sonnerie d’alarme de la maison du garde avait fonctionné. Elle avait été placée non loin de la grille de façon à signaler l’entrée de tous ceux qui passeraient clandestinement devant le pavillon.
Et, à moins d’en connaître l’existence et l’emplacement exact, il était impossible de l’éviter.
— Ainsi, quelqu’un est entré dans le parc ! Murmura le docteur Mollet. Qui est-ce ?
Le muet haussa les épaules en signe d’ignorance.
— Bon ! S’écria son maître. Viens vite avec moi, nous allons être immédiatement renseignés.
Il s’élança dans l’escalier suivi « du Dragon ». Ils arrivèrent sur une étroite terrasse installée sur le toit où se trouvait un périscope télescope tournant sur son axe, permettant d’explorer les quatre coins du grand parc entourant la maison.
Le docteur Mollet colla un œil à la lunette de l’appareil, le tourna dans toutes les directions puis poussa une exclamation désappointée.
— Lui ! J’aurais dû m’en douter tout de suite ! Murmura-t-il en s’écartant de l’appareil d’observation. Comment a-t-il réussi à savoir que nous étions ici ?
« Le Dragon » le fixait d’un regard interrogateur. Son maître le mit en quelques mots au courant de ce qui se passait.
— Je ne tiens pas du tout à discuter avec cet homme, conclut, car il est dangereux. Sa visite peut m’attirer de très graves ennuis et aller jusqu’à interrompre mes expériences, sans compter qu’elle pourrait se terminer par l’intervention de la police ... ce qui serait désastreux pour moi !
Le muet l’écoutait sans trahir sa pensée.
— J’ai trouvé ! S’écria le docteur Mollet, je ne discuterai pas avec cet imbécile, mais je l’aurai par la ruse !
— Cours vite le rejoindre ! Tu feras semblant de sortir du pavillon et tu essayeras de le retenir près de toi pendant quelques instants, afin de me laisser le temps de m’organiser !
— Surtout ne lui donne pas l’impression qu’il est indésirable, bien qu’il se soit introduit dans le parc comme un voleur.
— Obéis vite et tu vas voir que nous allons confondre cet idiot sans aucune difficulté !
« Le Dragon » quitta la terrasse en courant pour exécuter les ordres de son maître.
Ce dernier descendit lentement l’escalier, réfléchissant attentivement à ce qu’il allait faire.
Peu après, il regagna son laboratoire, tandis que « le Dragon » se glissait dans le souterrain le conduisant au pavillon de garde.
— Ah ! Ah ! Ricana le diabolique médecin, tu vas avoir une drôle de surprise en entrant chez moi, pauvre imbécile !
{ A SUIVRE LE 15 OCTOBRE }