MOINEAUX SANS NID N° 309
CHAPITRE 309
ROBERT MONTPELLIER EST ENCORE
VISITE PAR UN FANTOME
Depuis la nuit où Robert Montpellier avait vu se pencher sur lui le fantôme de Valérie Labeille, il se sentait beaucoup mieux. Le médecin constata avec joie cette amélioration.
— Vous êtes d’une constitution robuste, mon ami ! S’écria-t-il joyeusement, après l’avoir ausculté avec le plus grand soin.
— Suis-je guéri, docteur ? Demanda le jeune artiste.
— Guéri, c’est trop dire, mais vous vous portez bien mieux que je ne pouvais l’espérer !
— Vous trouvez ?
— Certainement ! Affirma le praticien, depuis hier vous avez fait d’énormes progrès.
Le moral de Robert s’en trouva relevé.
Cependant une idée subite sembla l’inquiéter.
— Docteur, pensez-vous que je jouisse de toutes mes facultés mentales et intellectuelles ? Demanda-t-il au médecin.
Ce dernier le fixa stupéfait.
— Pourquoi me posez-vous cette question ? Auriez-vous constaté quelque chose d’anormal dans votre comportement ?
— Je le crains, docteur ! Soupira Robert.
— Dites-moi de quoi il s’agit !
— Je ... j’ai eu des visions ... des apparitions de ... de personnes mortes, expliqua Robert avec embarras.
Le docteur éclata de rire.
— J’espère que ce n’est pas cela qui vous trouble, mon ami, et que vous ne croyez pas aux fantômes !
— Bien sûr que non ! Affirma Robert, légèrement vexé. Je ne suis pas complètement idiot !
— Je n’ai jamais voulu dire une chose pareille, cher Monsieur ! Protesta le médecin et je ne veux pas vous froissez, croyez-le bien !
— Docteur ! Reprit Robert avec fermeté, je vous affirme que je viens de vous dire la vérité !
Le médecin le dévisagea perplexe, puis ajouta :
— Vous affirmez que vous avez eu une apparition la nuit dernière ?
— En effet, docteur, j’ai vu une morte !
— Une morte ? Répéta le médecin.
— Oui, affirma Robert agacé, la jeune femme qui s’est jetée à la mer de l’avion dans lequel elle se trouvait avec son père et moi !
— Vous voulez parler de mademoiselle Labeille ? S’exclama le médecin qui était au courant.
— Oui, répondit Montpellier.
— Cher Monsieur, n’y attachez aucune importance, car je suis persuadé qu’il ne s’agit que d’un rêve, ajouta avec bonté le médecin.
— Pas du tout, docteur, ce n’était pas un rêve ! Insista énergiquement le jeune peintre.
— Qu’est-ce que vous dites ?
— Je répète docteur, que je ne rêvais pas, affirma Robert en le fixant dans les yeux et que Valérie était près de moi comme vous y êtes en ce moment !
— Je ... je ne comprends pas ! Murmura le médecin. Toutefois, comme vous êtes encore très faible, vous avez peut-être déliré, acheva-t-il songeur.
— Docteur, je m’attendais à cette conclusion de votre part. C’est justement pour cela que je vous ai tout d’abord posé la question qui a paru vous surprendre, reprit Robert sur un ton glacial.
Le médecin se pencha sur lui et l’examina longuement. Le sourire aux lèvres, il affirma :
— Je vous garantis, cher Monsieur, que votre raisonnement est normal ... toutefois si vos ... visions recommencent, nous ferons appel à un psychiatre.
— C’était justement ce que je pensais ! Murmura Robert.
— Je vais prier John de coucher dans votre chambre cette nuit, poursuivit le médecin.
— Il y était la nuit dernière, précisa Robert.
— Ah ?
— Mais par une malheureuse coïncidence, il dormait profondément au moment de cette ... apparition, ajouta le jeune artiste.
— Je dois vous avouer que tout cela me paraît invraisemblable ! Dit le médecin en fixant son patient avec une évidente incrédulité.
Il posa encore quelques questions à Montpellier concernant son état physique puis, après avoir ordonné une alimentation très légère, il lui promit de revenir le lendemain.
Peu après, lord Richmond — le deuxième titre que portait lord Master — entra dans la chambre.
— Bonjour, mon cher Montpellier ! S’écria-t-il cordialement. Le médecin vient de me confier qu’il vous trouve en bien meilleur état. Il m’a également rapporté ce qui vous est arrivé la nuit dernière !
— Ah ! Bredouilla Robert gêné.
— Ne vous tourmentez pas à ce sujet, insista le jeune lord.
— Pourtant ... voulut insister robert, agacé à l’idée de passer pour un faible d’esprit.
Mais l’Anglais l’interrompit.
— Nos sens, expliqua-t-il avec conviction, sont parfois troublés et nous avons des hallucinations provoquées en grande partie par une immense faiblesse ce qui est votre cas !
— Cette nuit, je me sentais reposé et détendu, insista robert.
— Il est possible que vous ayez eu cette impression, alors que la réalité était différente, reprit l’Anglais.
Robert ne répondit pas, cette discussion lui déplaisait. Son hôte le sentit et garda, lui aussi, un silence embarrassé.
— Vous m’avez bien dit, reprit Robert, que pendant une nuit de délire, je m’étais levé et avais peint le portrait de Madame votre mère ?
— En effet, c’est exact !
— Pourrais-je voir cette toile ? ajouta robert après une légère hésitation.
— Certainement ! Affirma le jeune lord.
Il se tourna vers le valet de chambre qui l’avait suivi dans la chambre de Montpellier, et lui ordonna :
— John ! Allez, je vous prie, chercher la toile peinte par monsieur Montpellier.
Le domestique s’empressa d’obéir et revint quelques instants après portant le portrait en question.
Robert le contempla longuement avec la plus vive attention.
— C’est juste, murmura-t-il. Bien que cela me paraisse incroyable, c’est moi qui ai peint ce tableau !
— Et je trouve que vous avez un grand talent, mon cher Montpellier ! S’exclama avec enthousiasme l’Anglais.
— Cette toile est inachevée ! Répliqua robert avec modestie.
— C’est possible, cependant ma mère y est vivante et tellement naturelle ! Affirma le lord avec émotion.
— Je retoucherai ses mains et modifierai quelques détails, décida Robert, qui fixant toujours son œuvre avec stupéfaction.
— Vous le ferez lorsque vous serez complètement rétabli, reprit son hôte. Je vais vous remettre un chèque de cinq cent mille francs pour votre travail !
— Je crains que ce ne soit excessif ! Protesta robert en souriant.
— Jamais de la vie ! S’exclama le jeune lord.
— Pourtant, je vous ai donné beaucoup de soucis ! Insista Montpellier.
— Je vous prie de ne jamais prononcer de telles paroles mon cher ami, protesta l’Anglais, et c’est une grande joie pour moi que de vous avoir sous mon toit.
Les deux hommes continuèrent à s’entretenir pendant un quart d’heure. Le jeune lord se retira en promettant à l’artiste de revenir le voir.
Resté seul, Robert pensa de nouveau avec angoisse à Valérie. Brusquement, il se souvint également de Mireille et du sympathique Pierrot.
Où étaient ces deux enfants ?
Robert décida que dès son retour en France il prendrait soin de ces deux moineaux sans nid.
Puis, par association d’idée — fort logique d’ailleurs — il songea également au marquis Anselme d’Evreux.
« L’odieux homme ! Et Alice, pense-t-elle toujours à moi ? » Se demanda-t-il avec mélancolie.
Cette nuit-là, il dormit paisiblement, auprès de John qui, installé dans une grande bergère, ne quitta pas son chevet jusqu’au matin.
Robert avala avec plaisir la tasse de thé au lait qui lui fut servie à son réveil, ainsi que l’aile de poulet qu’on lui apporta pour son déjeuner.
L’après-midi le médecin lui rendit sa visite habituelle et lui exprima sa vive satisfaction en constatant la sensible amélioration de son état.
— De mieux en mieux, cher Monsieur ! S’exclama-t-il. Je pense pouvoir vous autoriser à vous lever demain, et à vous promener dans votre chambre !
— Voilà des paroles qui me font réellement plaisir, docteur, répondit Robert.
— Il faut savoir patienter, mon ami. Désormais, ce n’est qu’une question de jours pour que vous soyez complètement en forme ! Affirma le médecin en s’éloignant.
A cinq heures, John lui apporta une tasse de thé et un toast beurré et lui apprit que son maître ne passerait pas le voir, s’étant absenté jusqu’au lendemain.
— Ah ! Dit Montpellier, légèrement déçu.
— Oui, Monsieur, Mylord ne rentrera pas avant demain soir, ajouta le vieux serviteur.
— Je le regrette, murmura §Robert, car j’aime beaucoup m’entretenir avec lui et la sympathie qu’il me témoigne me réconforte grandement.
— Et vous avez raison, Monsieur, Mylord est si bon et si loyal ! Désirez-vous quelque chose ?
— Non, merci beaucoup, John, répondit le jeune artiste. (Puis il ajouta) : Est-ce que lord Richmond à des enfants ?
— Diable ! S’écria John en éclatant de rire.
— Ma question est-elle si drôle ? S’étonna Robert.
— Mylord s’est marié il y a à peine un mois, Monsieur ! Expliqua John en riant toujours.
— Je l’ignorais ! Dit Robert.
Lorsque la nuit commença à tomber, John se retira pour se reposer et ce fut Maurice, le second valet de chambre qui vint le remplacer auprès du malade.
— Monsieur désire-t-il boire une tisane avant de s’endormir ? S’enquit respectueusement le domestique.
— Non, merci, répondit aimablement Montpellier.
— Si Monsieur le permet, je vais m’installer dans le fauteuil près du lit, ajouta le serviteur, auquel on avait ordonné de ne pas quitter Robert de la nuit.
Ce dernier se plongea dans ses pensées, tandis que Maurice s’asseyait dans le fauteuil. Mais il ne put trouver le sommeil. Très énervé, et ayant soif, il appela le valet de chambre.
— Maurice ! Dit-il d’une voix basse.
Mais le valet de chambre ne bougea pas.
— Maurice ! Appela plus fort le jeune artiste.
Maurice continua à dormir profondément.
Brusquement, Robert remarqua que la lumière de la chambre baissait lentement et se souvint, à la fois avec joie et avec une légère crainte, que ce fait s’était produit la nuit où Valérie lui était apparue.
La reverrait-il ?
Tout semblait se répéter de la même façon ; Maurice dormait aussi profondément que John l’avait fait au cours de cette inoubliable et récente nuit.
La chambre peu après, fut plongée dans les ténèbres.
« Cela me semble mystérieux » se dit Robert, dont le cœur battait à grands coups.
Il tressaillit violemment. Il entendait craquer le parquet !
« C’est elle » pensa-t-il, tandis qu’une joie intense l’envahissait.
— Valérie ! Appela-t-il d’une voix vibrante de passion.
Il ne reçut aucune réponse, mais il sentit des lèvres chaudes et frémissantes se poser sur sa bouche.
— Mon âme adorée ! Soupira Montpellier avec extase.
— Tu m’aimes ? Murmura la voix que Robert prenait pour celle de Valérie.
— Plus que ma vie ! Répondit passionnément Robert.
— Pas autant que je t’aile, reprit la douce voix.
Une joue plus veloutée qu’une pêche se posa contre celle du jeune homme, tandis que des bras, nus et ronds, entouraient tendrement son cou.
— Que veux-tu ? S’exclama Robert.
— Je veux te chérir !
— Est-ce bien toi, mon cher amour ? Balbutia robert, en proie à une extase ineffable.
Un baiser plus ardent que le précédent scella les lèvres de l’artiste.
— M’aimes-tu ? Reprit tendrement la voix.
— Oh ! Oui, gémit Robert, ma chère âme, il m’est impossible de vivre sans toi !
— Tu ne veux plus vivre ?
— Non, Valérie !
— Mais tu ignores où je suis ? Poursuivit la voix mystérieuse.
— Je n’en sais rien, et ça m’est égal. Je veux que tu m’emmènes avec toi !
— Même si je te conduisais en enfer ?
— Même à l’enfer ! Affirma-t-il avec force.
— Tu m’aimes donc tellement ?
— Tu ne peux savoir à quel point ! Soupira-t—il d’une voix vibrante de passion.
Le mystérieux fantôme poussa un grand soupir et deux lourdes larmes tombèrent sur la main du jeune homme qui frissonna.
— Comment ? Tu pleures ? S’exclama-t-il stupéfait.
— Oui ! Gémit la voix.
— Emporte-moi avec toi ! Supplia Robert.
— C’est impossible !
— Pourquoi ?
— Laisse-moi t’embrasser comme je le désire, Robert !
Et le fantôme couvrit son visage de baisers doux et passionnés.
Le jeune artiste touchait de ses mains cet être d’outre-tombe, sans ressentir la moindre crainte. Au contraire, effrayé à l’idée qu’elle pût le quitter, il l’étreignit de toutes ses forces.
— Ne pars pas, mon amour, implora-t-il en respirant le doux parfum qui s’exhalait de ce mystérieux fantôme.
— Tu veux donc me garder auprès de toi ? Questionna la douce voix.
— Oui ! Etouffe-moi entre tes bras, la mort sera belle pour moi ! Répondit-il avec élan.
— Non, Robert ! Tu ne dois pas mourir !
— Je ne peux vivre sans admirer ton beau visage, sans entendre le son de ta voix, plus harmonieuse pour moi que celles de tous les anges du ciel ! Ajouta-t-il avec désespoir.
— Il faut cependant te résigner, Robert !
— Je ne le peux pas, mon amour !
— Tu le dois !
— Tu ne sais pas le mal que tu me fais en me parlant ainsi ! Protesta le jeune artiste.
— Ne te désespère pas, mon bien-aimé et donne-moi un dernier baiser, reprit la voix avec un accent d’amour infini.
— Un dernier baiser ? Répéta Robert.
— Je dois te quitter, murmura avec une tendresse indicible l’être mystérieux.
— Reste encore près de moi, mon cher amour ! Implora Robert.
— Je ne puis faire autrement !
— C’est trop atroce !
— Robert ! Mon Robert ! Balbutia la tendre voix.
— Valérie, mon cher trésor !
— Donne-moi un dernier baiser !
— Je te supplie de me laisser admirer une fois encore ton merveilleux visage, demanda Robert.
— C’est impossible, répliqua énergiquement la voix.
— Pourquoi ? Ne me refuse pas cette grâce, je t’en conjure, mon amour.
— Non ! Il m’est interdit de montrer mon visage !
— Valérie, je ...
— que voulais-tu me dire encore ?
— Te verrai-je la nuit prochaine ? Questionna-t-il avec angoisse.
— Non ! Fut la réponse inflexible qui retentit douloureusement aux oreilles de Montpellier.
— Alors, quand reviendra-tu ? S’enquit-il bouleversé.
— Je ne reviendrai plus, Robert.
— Jamais ?
— Jamais ! Répondit la voix chérie.
Le jeune homme étouffa un cri de désespoir, puis ajouta, farouche :
— Alors, je ne te laisserai pas repartir, mon amour !
Et bien qu’il fut très affaibli par sa maladie, il étreignit fortement dans ses bras l’être mystérieux, baissant longuement, passionnément ses lèvres.
— Laisse-moi ! Laisse-moi ! Pria la douce voix.
— Non, je ne veux pas me séparer de toi !
— Je dois partir, Robert, il le faut !
— Je ne te le permets pas.
— Il le faut, Robert ! Je le dois.
Robert l’étreignit de toutes ses forces, mais il avait présumé de sa résistance ; terrassé par une émotion trop intense, il s’évanouit.
Lorsqu’il reprit ses sens, il était seul ... le doux fantôme de Valérie avait disparu.
La chambre n’était plus plongée dans une totale obscurité. Le lampadaire placé près de la fenêtre diffusait sa clarté rose dans toute la chambre.
Encore bouleversé, Robert regarda autour de lui et aperçut Maurice, le valet de chambre, dormant encore profondément dans son fauteuil.
Certainement, il n’avait rien entendu ni rien vu.
« Valérie était ici ? Songea le jeune artiste. Et je l’ai tenue entre mes bras ! »
Une brusque frayeur l’envahit et un grand frisson parcourut son corps de la tête aux pieds.
« C’était elle ! Répéta-t-il. C’était sa voix douce et tendre, son cher fantôme ... et pourtant ! »
Il réussit finalement à se calmer et regarda le valet de chambre.
— Maurice ! Appela-t-il à voix basse.
— Maurice ! Appela-t-il à voix basse.
Mais l’autre ne bougea pas.
« C’est vraiment bizarre, se dit-il songeur. Mais, après tout, ces hommes travaillent sans arrêt et ils ont probablement le sommeil lourd ! »
Il se replongea dans ses méditations.
« Je ne parlerai de rien au médecin ni çà quiconque ! Décida-t-il, car ils me prendraient pour un fou ! »
Il regarda l’heure à la petite pendule de marbre blanc posée sur la cheminée ; elle marquait trois heures du matin.
Robert Montpellier se retourna, essayant de dormir, mais il ne put trouver le sommeil. Les événements de la nuit ne cessaient de hanter son esprit, l’énervant au plus haut point.
Maurice se réveilla aux premières lueurs du jour, et fixa Robert avec ahurissement.
— Je crois, bredouilla-t-il embarrassé, que j’ai dormi longtemps !
— Vous avez dormi à poings fermés toute la nuit, mon ami, précisa Robert en éclatant de rire.
— Oh ! S’exclama le valet de chambre, rouge de confusion.
— Et vous n’avez pas bougé une seule fois ! Ajouta ironiquement le jeune artiste.
— Je prie Monsieur de m’excuser, balbutia Maurice embarrassé et vexé.
— Cela n’a aucune importance, mon ami, répondit Robert avec gentillesse.
— Je n’arrive pas à comprendre ce qui m’est arrivé !
— Moi non plus. Je vous ai appelé à diverses reprises et très fort, ajouta Robert.
— Oh ! Monsieur ! Je suis confus ! S’excusa Maurice. Je vous supplie de ne pas le répéter à Mylord !
— Soyez tranquille, mon ami, votre maître n’en saura jamais rien, affirma Montpellier.
— Merci, Monsieur, merci infiniment ! Vous êtes bon et généreux ! S’exclama avec reconnaissance la valet de chambre. John va venir me remplacer dans quelques instants.
Lorsque le médecin visita son malade, il ne put que constater l’amélioration de l’état de santé de Robert. Il lui ordonna une nourriture plus substantielle.
— A présent, cher Monsieur, il s’agit de reprendre des forces, conclut-il.
— J suivrai scrupuleusement vos directives, docteur, répondit le jeune peintre.
Le médecin le fixa attentivement puis lui demanda :
— Avez-vous eu la visite de votre fantôme ?
— Non, répliqua vivement Montpellier d’une voix cassante, que nota le médecin.
Mais il ne fit aucune observation, attribuant cette nervosité excessive à la faiblesse de son sympathique patient.
— Cet après-midi, lui dit-il aimablement, si vous le désirez, je vous autorise à quitter votre lit et à faire quelques pas dans votre chambre.
— Enfin ! S’écria robert avec une évidente satisfaction.
Le médecin inscrivit un solide reconstituant sur son ordonnance.
L’après-midi Robert se leva et se promena dans sa chambre. John reprit son poste auprès de lui et lui offrit avec empressement son bras que Robert refusa.
— Merci beaucoup, John, répondit-il, mais je crois être assez fort pour me déplacer seul.
— C’est que vous pourriez être pris brusquement de vestige, Monsieur, objecta le valet de chambre.
— Je ne le pense pas !
Néanmoins, John le suivit pas à pas prêt à le secourir en cas de besoin. D’ailleurs, robert ne tarda pas à être fatigué.
— John ! Appela-t-il, voudriez-vous, s’il vous plait, approcher ce fauteuil de la fenêtre. Je voudrais m’asseoir.
Le valet de chambre se dépêcha de le satisfaire et robert s’y laissa tomber en poussant un soupir de soulagement.
La fenêtre s’ouvrit sur un côté du jardin qui bordait le bel hôtel particulier de lord Master ; Robert admira avec un vif plaisir, la pelouse d’un vert tendre et reposant, les allées admirablement entretenues et les massifs de fleurs.
Un peu ç gauche de la maison, il y avait un charmant petit étang sur lequel évoluaient gracieusement de magnifiques cygnes.
Un vent léger faisait frissonner les cimes des grands arbres séculaires. Tout était harmonie et beauté !
Montpellier soupira de bien-être.
Soudain son regard se posa sur un promeneur qui circulait dans le jardin, les épaules recouvertes d’un élégant et confortable manteau en poil de chameau.
— Mais ... c’est monsieur Labeille ! S’exclama-t-il agréablement surpris.
En effet, c’était bien le père de Valérie.
— John, reprit Robert en se tournant vers le valet de chambre, monsieur Labeille va donc beaucoup mieux ?
— Mais oui, Monsieur, répondit avec empressement le domestique.
— Je serais très heureux de lui parler !
— Il faudra le dire à Mylord, Monsieur, fit remarquer le vieux serviteur.
— Est-ce qu’il est rentré de voyage ? S’enquit Montpellier.
— Je ne le sais pas encore, Monsieur.
Robert désirait beaucoup retrouver Michel Labeille, afin de s’entretenir avec lui de leur chère Valérie.
« Aura -tr-elle apparu également à son père ? » Se demanda-t-il en songeant à l’incident de la nuit.
Puis il se replongea avec une telle intensité » dans ses pensées qu’il ne remarqua pas que les ombres du soir descendaient peu à peu sur le jardin.
— Monsieur ! Appela doucement le valet de chambre en s’approchant de Robert, l’heure du dîner approche.
— Merci John, je n’ai pas faim, répondit le jeune peintre en s’arrachant avec regret à ses méditations.
— Il faut manger, Monsieur, le médecin me l’a expressément recommandé ! Insista énergiquement le fidèle domestique.
John quitta la chambre après avoir prononcé ces paroles et revint au bout d’une demi-heure, poussant devant lui une table roulante sur laquelle étaient posés différents plats d’ »argent surmontés de leurs couvercles, afin de ne pas laisser refroidir les mets qu’ils contenaient.
— Mais, John, il y a là de quoi nourrir un régiment ! S’exclama Robert, impressionné par tout ce qu’il voyait sur la petite table.
— Je m’excuse, Monsieur, mais vous exagérez beaucoup !
— Je vois cinq à six plats différents ! Insista Montpellier.
— C’est au cas où vous ne les aimeriez pas tous et auriez une préférence, car il faut bien vous nourrir si vous désirez guérir, répliqua John.
Et sans qu’il eût à quitter son fauteuil, Robert commença à dîner, servi par John, attentif à ses moindres désirs.
Il avala une tasse d’excellent consommé chaud et mangea un morceau de poulet.
— Là ! S’exclama-t-il en buvant un verre de Bordeaux, j’ai mangé comme un ogre !
— Vous prendrez bien un, peu de confiture de framboise qui est la grande spécialité de la cuisinière, Monsieur ?
— Non, car j’aurais une indigestion ! Protesta Robert.
— Pas du tout, Monsieur. Le médecin m’a confié que c’était excellent pour vous ! Insista une fois de plus John.
Robert obéit et goûta à la confiture qui était effectivement délicieuse. Il se sentit ensuite beaucoup plus fort et se leva pour se promener dans sa chambre.
Il ne tarda d’ailleurs pas à se coucher et s’endormit profondément. Cette nuit-là, le fantôme ne revint pas le visiter !
{ A SUIVRE LE 9 OCTOBRE }