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MOINEAUX SANS NID N° 305

24 Septembre 2013, 09:00am

Publié par roman

CHAPITRE 305

Le mariage d’Alice d’Evreux

Lord Jim Master avait quitté la Principauté de Monaco rappelé chez lui par une dépêche, mais il y revint une semaine plus tard.

Il se précipita à l’hôtel où Alice était descendue et demanda à être reçu par la perfide sœur d’Anselme d’Evreux.

Lorsqu’il fut introduit auprès d’elle, il courut à sa rencontre et lui baisa passionnément la main.

— Ma merveilleuse amie ! S’exclama-t-il en l’enveloppant d’un regard ébloui, quelle joie de vous revoir !

— Cher Jim ! Répondit-elle je ... (mais elle s’interrompit en s’écriant) : Mon Dieu !... (Elle venait de remarquer les vêtements de deuil du jeune lord).

— Alice, je vous prie de ne pas m’en vouloir d’avoir été absent plus longtemps que je ne l’avais pensé. Mais ce sont les circonstances qui l’ont voulu !

— Qui ... Qui avez-vous perdu, Jim ? Murmura la jeune femme avec inquiétude.

L’Anglais poussa un profond soupir puis répondit le visage brusquement crispé de chagrin :

— Ma chérie, j’ai la douleur de vous annoncer que mon frère a été tué en service commandé. Il a été abattu dans le ciel d’Angleterre à bord de son avion de chasse, au cours d’une attaque. Il est mort en héros, comme sont morts mon père et mon grand-père.

— Oh ! Jim, je suis peinée pour vous ! S’exclama Alice très émue.

— Mon arrière grand-père fut, lui aussi, tué aux Indes, continua lord Master, car nous appartenons à une famille de guerriers !

La jeune femme garda le silence.

— Cessons de parler des disparus, murmura Jim en levant de nouveau les yeux sur la ravissante jeune femme qui le fixait avec une émotion évidente, et occupons-nous de nous deux ! Vous le voulez bien, n’est-ce pas, ma chérie ?

— Bien sûr, Jim.

— Même mon immense douleur n’a pu éloigner une seule seconde, votre adorable image de mon esprit, poursuivit le jeune lord, en l’enveloppant d’un regard plein d’une adoration infinie.

Ces paroles flattèrent la vanité de la sœur du marquis Anselme d’Evreux.

— Jim ! Répliqua-t-elle en lui souriant avec douceur, vous ne perdez jamais l’occasion de témoigner votre exquise galanterie.

Le visage de l’Anglais redevint brusquement très sérieux, et il reprit d’une voix légèrement hésitante et presque craintive :

— Alice ! Avez-vous réfléchi à votre réponse ?

La jeune femme s’attendait à ce qu’il lui posât cette question, car ses magnifiques yeux sombres étincelèrent de joie, et elle répondit d’une voix caressante :

— Vous voulez sans doute, me parler de la demande en mariage que vous m’aviez adressée il y a quelques jours, Jim ?

— Oui, Alice ! Il me tarde tant de savoir quel est le sort que vous me réservez ! S’écria-t-il en la fixant anxieusement.

— Ma réponse est oui, Jim ! Murmura-t-elle tout bas. J’ai très longuement soupesé le pour et le contre, puis, considérant que nous appartenons au même monde et que ...

— Vous acceptez ? Dit-il en exultant de joie.

— Oui, Jim ! Reprit-elle tendrement.

Alors, le visage du jeune anglais exprima un bonheur indicible. Il s’approcha d’Alice, les yeux brûlants de passion, saisit la main de la jeune femme qu’il couvrit de baisers et ajouta d’une voix que son intense émotion faisait trembler :

— Ma chérie ! Vous faites de moi l’homme le plus heureux de la terre !

Alice sourit et répliqua, un tantinet ironique :

— Jim ! Je vous trouve bien passionné pour un Anglais !

Lord Master éclata de rire.

— C’est possible, mais ne vous en étonnez pas trop, ma chérie, car les Anglais sont capables de grands amours, affirma-t-il énergiquement.

— Je n’en doute pas, répondit la jeune femme, mais ils ont tellement la réputation d’être froids et impassibles !

— C’est vrai, reconnut-il, cependant il existe toujours des exceptions à la règle !

— Alors, Jim, je dois vous avouer que j’en suis heureuse, s’exclama Alice, car je suis une latine et possède le tempérament des femmes du midi de la France.

Jim sourit.

— Tout ce qui est français m’enchante, dit-il, et je ne pouvais m’éprendre que d’une Française ?

— J’en suis flattée, murmura en souriant avec beaucoup de grâce la sœur du marquis, et je tiens à vous promettre, Jim, que de mon côté je m’efforcerai de vous aimer de tout mon cœur !

— Vous vous efforcerez ? Répéta l’anglais en fronçant les sourcils. Mais Alice, cela signifie que vous ne m’aimez pas ?

La jeune femme répondit avec fermeté :

— Je déteste le mensonge, Jim, et je tiens à vous faire remarquer que l’amour ne se commande pas !

— J’apprécie infiniment votre grande franchise, même si vos paroles me peinent, répondit l’Anglais dont le regard s’assombrit.

La jeune femme éclata de rire et caressa tendrement de sa petite main la joue du lord dont les yeux étincelèrent de passion à ce contact.

— Jim ! Dit-elle avec beaucoup de douceur dans la voix, il faut m’accepter telle que je suis, avec mes défauts et mes rares qualités.

— Votre franchise n’est pas un défaut, ma chérie, protesta en riant lord Master et vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me plaisez.

— Le jour où vous serez mon mari, je crois que je vous aimerai au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer ! Murmura la sœur d’Anselme d’une voix chaude et vibrante.

— Alice ! S’écria l’anglais en tressaillant, bouleversé par ces propos.

— Et si vous ne me décevez pas, continua la jeune femme en le fixant d’un air étrange, je vous donnerai un amour qui sera éternel !

— Ma chérie ! Dit-il encore, en la contemplant avec adoration.

— Oui, Jim, car mon amour pour vous sera total et infini, murmura-t-elle en baissant la voix.

Complètement retourné par les paroles de celle dont il était follement épris, lord Master, répliqua d’une voix étranglée d’émotion :

— Et moi, mon Alice Adorée, je vous promets de faire de vous la femme la plus heureuse et la plus comblée de l’Angleterre !

— J’en accepte l’augure, Jim, ajouta-t-elle tendrement.

— Je dois vous confier, Alice, que je n’ai jamais aimé une autre femme avant vous ! Poursuivit lord Master.

— Je suis dans le même cas,, Jim, jamais mon cœur n’a encore battu pour un homme ! Mentit effrontément la perfide sœur du marquis d’Evreux.

Tous en achevant de prononcer ces paroles, sa pensée, allait vers Robert Montpellier, tandis qu’une immense tristesse gonflait son coeur déçu.

Fort heureusement pour elle, trop occupé par ses propres sentiments lord Master ne s’aperçut pas du changement survenu chez la jeune femme. Il n’enveloppa d’un regard plein d’amour et s’écria :

— Ces paroles me comblent de bonheur, ma chérie, et les mots sont trop pauvres pour savoir vous l’exprimer !

— Jim ! Appela-t-elle, bien que les élans de nos cœurs nous procurent une grande joie, il faut nous interroger sur la profondeur de sentiments, avant de nous lier pour la vie !

— Vous avez entièrement raison, mon trésor, s’empressa de répondre le jeune Anglais, et pour ma part, c’est déjà fait. Je dois même ajouter que je suis impatient de vous épouser le plus vite possible !

— Jim ! Je vous préviens que je suis une femme moderne ! Dit-elle gracieusement, en agitant un doigt près de son ravissant visage.

— Pourquoi parlez-vous ainsi, ma chérie ? S’exclama-t-il en riant. Me considérez-vous comme un homme du Moyen Age ?

Alice éclata de rire, elle aussi. Elle garda le silence quelques secondes, puis répliqua :

— Non ! Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, Jim, mais vous avez le droit d’être jaloux, égoïste, exigeant une soumission totale de la femme qui portera votre nom !

— Jamais de la vie !

— Vous me laisserez sortir à mon aise et ne me harcèlerez pas de questions quand je rentrerai ? Continua-t-elle.

— Je ...

— Vous m’accorderez quelque liberté, n’est-ce pas ? Poursuivit-elle.

— Voyons, ma chérie ! S’exclama l’Anglais stupéfait, vous oubliez que l’Angleterre est un pays épris de liberté où les femmes possèdent les mêmes droits que les hommes ?

— Je ne l’ignore pas ? Répondit Alice songeuse.

— Alors, pourquoi vous tourmentez-vous de la sorte ?

— Je ne sais pas ! Soupira la jeune femme.

— Ma chérie ! S’exclama Jim, soyez certaine que jamais je ne saurai vous refuser ce que vous me demanderez !

— Et moi, Jim, soyez certain que je me conduirai en femme digne et honnête ! Affirma Alice avec élan.

— Je n’en doute pas, mon amour ! S’écria-t-il avec passion, et je suis sûr que vous serez la plus adorable de toutes les ladies Master !

— Je m’efforcerai, Jim, de ne jamais vous décevoir, ajouta la jeune femme.

— Merci, ma chérie, répondit-il. Je dois aussi vous avouer que dans ma famille, nous sommes inflexibles et impitoyables lorsqu’il s’agit d’honneur !

Alice tressaillit imperceptiblement.

Elle ne pouvait en dire autant ! Mais lord Master était loin de se douter des perfides manœuvres commises par sa fiancée avec la complicité de ces deux frères ...

L’Anglais continua à bavarder avec Alice d’Evreux et ils décidèrent de se marier à la fin du mois.

— Comme mon deuil est récent, j’espère que ça ne vous contrariera pas trop que nous nous mariions dans la plus stricte intimité, ma chérie ! Demanda lord Master, avec une soudaine inquiétude.

— au contraire, Jim, je désire que la cérémonie ait lieu ici, à Monte-Carlo, avec la plus grande simplicité.

— N’avez-vous pas un frère à Paris ? S’enquit-il.

— Oui, mais je ne lui demanderai pas de venir, répondit sans hésiter la jeune femme.

— Comment ? Et pourquoi ? Je m’excuse d’insister, reprit-il étonné mais je pense que ...

— Ne parlons pas de lui, je vous en prie, Jim ! Je sais ce que je fais ! Trancha sèchement Alice.

— Comme vous voudrez, ma chérie, murmura-t-il. (Puis il ajouta) : Je ne veux surtout pas vous contrarier !

— Merci, Jim ! Répondit-elle en souriant gracieusement, et elle changea immédiatement de sujet de conversation.

Profondément épris d’Alice d’Evreux, lord Master s’occupa activement des formalités nécessaires pour se marier le plus rapidement possible.

Bien que très frappé par la mort de son jeune frère qu’il aimait tendrement, Jim Master offrit de somptueux cadeaux, à sa fiancé, ainsi qu’une magnifique toilette de mariée et de nombreux bijoux qui la ravirent.

Adolphe Perjol servit de témoin à Alice d’Evreux et deux secrétaires de l’ambassade d’Angleterre furent ceux du lord Master.

Le jeune Anglais, d’origine Irlandaise, était catholique et leur union fut bénie à l’église.

Tout de suite après la cérémonie, les deux époux déjeunèrent dans un des cabinets particuliers de l’hôtel de paris, en compagnie de leurs témoins.

Quelques jours plus tard, lord Master fut invité à dîner avec sa jeune femme à l’ambassade de Grande-Bretagne où Alice remporta le succès dû à son incomparable beauté.

Après le dîner, en fumant un cigare sur la terrasse, le premier secrétaire d’ambassade, un ami de collège de Jim, lui demanda :

— Ou comptes-tu passer ta lune de miel ? A cause de la guerre, tu ne peux avoir un grand choix !

— En effet, soupira lord Master, impossible de songer à une croisière car je ne tiens pas à faire courir le moindre danger à ma femme.

Alice, qui venait précisé—ment de les rejoindre, sourit tendrement à son mari, en entendant ces dernières paroles.

— Oui, reprit Jim, un voyage en mer risquerait de nous placer sur la route d’un sous-marin allemand !

— Tu as raison, approuva le secrétaire d’ambassade.

— Après la fin de cette guerre, reprit le jeune lord, nous entre prendrons de magnifiques et intéressantes croisières sur mon yacht et nous ferons le tour du monde.

— J’adore les voyages en mer, ajouta la jeune femme.

— Hélas ! Pour le moment ...

— Je le sais, Jim, murmura-t-elle.

— Pour le moment, reprit-il nous n’allons pas tarder à rentrer en Angleterre et nous irons à Paris plus tard.

— Tu as raison, approuva courtoisement son ami.

— Je viens d’envoyer un message au commandant de mon yacht lui ordonnant de me rejoindre ici. Mon bateau se trouvait dans un port d’Amérique au moment de la déclaration de guerre et je me suis arrangé pour qu’il rejoigne Gibraltar.

— Comment ? Ne viens-tu pas de me dire qu’il ne serait pas prudent de faire un voyage en mer ? S’écria l’attaché d’ambassade, stupéfait par les propos de lord Master.

— C’est vrai ! Mais ça me contrarierait trop de ne pas me trouver à bord de mon bateau lorsqu’il rentrera dans la Tamise, expliqua Jim. J’ordonnerai au commandant de ne jamais s’écarter des côtes ...

— Quant à ma femme, elle pourra, si elle le désire, prendre le train pour me rejoindre dans un port de la manche, où j’irai la chercher. Toutefois, ce voyage sera long et fatigant à cause des nombreuses et longues haltes auxquelles sont soumis les trains de voyageurs pour laisser passer les convois militaires.

— Je crois que tes renseignements à ce sujet sont très exagérés, mon cher, déclara l’attaché d’ambassade. Les voyages en chemin de fer ne sont pas aussi rapides qu’autrefois, mais tout de même !

— Après tout, c’est à Alice de décider ! S’exclama Jim, en se tournant vers sa femme. Qu’en penses-tu ma chérie ? Demanda-t-il Préfère-tu prendre le train ou faire ce voyage en mer qui, s’il offre du danger, sera extrêmement agréable, car mon yacht est une véritable œuvre d’art ?

— Du moment que tu seras sur ce bateau, je t’y suivrai, chéri ! Répliqua Alice sans hésiter. Je préfère cent fois voyager en mer et puis, penser que nous risquons d’être coulés, ne manque pas d’un certain piquant.

Ces dernières paroles furent accueillies par un grand éclat de rire de la part des deux hommes.

Jim était fier de la décision courageuse que venait de prendre sa femme.

— Tu verras, chérie, que notre voyage sera un enchantement, affirma-t-il en lui adressant un regard plus caressant qu’un baiser. En, outre, nous serons chez nous et nous jouirons du confort le plus raffiné !

— Je n’en doute pas, Jim, répondit la jolie femme, et cette perspective me ravit.

Quelques instants plus tard, les jeunes époux quittaient l’ambassade de Grande-Bretagne et se dirigèrent vers la corniche pour admirer la mer, scintillant comme de l’argent sous la pâle clarté de la lune.

Jim Master était ravi du succès qu’avait remporté Alice au cours de cette réception.

« J’ai épouse une femme absolument exceptionnelle » se dit-il.

Quant à la jeune femme, elle pensait qu’en épousant Jim, elle avait réalisé la plus belle affaire de sa vie.

Mais malgré ce succès, la perfide et ambitieuse sœur du marquis d’Evreux songeait toujours, avec une profonde tristesse, à Robert Montpellier.

« Où est-il ? Se demandait-elle avec angoisse. Est-il mort ? »

Cette pensée lui fut si douloureuse qu’elle se mordit les lèvres pour ne pas créer.

Alice ne parvenait pas à oublier le jeune artiste et ne pouvait pas admettre qu’il fût à jamais perdu pour elle.

Pourtant, elle n’ignorait pas combien il la méprisait et que seule Valérie Labeille comptait à ses yeux.

Tout au fond de son cœur, sa passion pour Robert semblait être entretenue par un e flamme qui se ranimait sans cesse, et elle espérait qu’un jour, il s’étreindrait entre ses bras !

Heureusement que les événements qui suivirent réussirent à la distraire de ces sombres et douloureuses pensées, la plongeait dans une réalité trépidante.

Le jour qui suivit la réception de l’ambassade de Grande-Bretagne, le commandant du yacht de lord Master se présenta à l’hôtel de Paris demandant à parler au propriétaire. Jim le reçut sur-le-champ.

— J’arrive, Mylord et je viens prendre vos ordres, dit l’officier en s’inclinant.

Master lui serra chaleureusement la main et le félicita d’avoir traversé l’Océan sans aucune difficulté.

Ensemble, les deux hommes établirent leur plan en vue de retour immédiat en Angleterre.

La belle toile de la « Maya », peinte par Robert Montpellier avec Alice comme modèle, fut soigneusement emballée et transportée à bord du fameux navire.

Le lendemain, le jeune couple embarqua. Le yacht quitta aussitôt Monte-Carlo.

La traversée commença et le bateau de lord Master ne s’éloigna pas des côtes car une rencontre avec un sous-marin ennemi était toujours à craindre.

Les passagers rejoignirent les eaux territoriales espagnoles où ils se sentirent en sûreté et atteignirent ainsi Gibraltar. Après une escale d’une journée, le luxueux bateau s’engagea dans l’Atlantique.

Très souvent, Alice montait sur le pont du navire qui fendait allégrement les eaux bleues et profondes. Appuyée au bastingage, elle fixait longuement l’horizon, triste et songeuse.

« Robert est-il mort ? » se demandait-elle avec effroi.

Cette pensée hantait toujours son esprit et lui étreignait le cœur d’une angoisse insupportable.

{ A SUIVRE LE 27 SEPTEMBRE }

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