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FILMER en 4 épisodes

23 Septembre 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

FILMER Nouvelle par H.G. WELLS

1/4

Wells a souvent imaginé des histoires extraordinaires qui se passent dans les planètes ou dans la lune. Celle-ci se passe surtout dans le cœur d'un savant. C'est l'aventure d'un grand inventeur qui résout le problème de la navigation aérienne, d'un savant génial qui sait traiter les questions théoriques les plus ardues, mais qui et sans audace et sans sérénité devant les difficultés plus simples de la vie.

La solution du problème de la navigation fut l’œuvre de milliers de chercheurs — celui-ci y contribua par une idée, celui-là par une expérience, jusqu'à ce qu'il ne fallût plus enfin qu'un vigoureux effort intellectuel pour achever l’œuvre. Mais l'inexorable injustice du public a décidé qu'entre ces milliers d'hommes, un seul, un homme qui jamais ne s'éleva dans les airs, serait choisi comme l'inventeur unique, de la même façon que le vulgaire attribue à Watt l'honneur d'avoir découvert la force de la vapeur et à Stephenson l'invention de la locomotive.

De tous les noms honorés, aucun à coup sûr, n'est aussi grotesquement et tragiquement célèbre que celui du pauvre Filmer, le savant timide qui résolut le problème devant lequel l'humanité pendant tant de générations, était demeurée perplexe et un peu effrayée — Filmer, l'homme qui pressa le bouton par lequel furent transformées la paix, la guerre et presque toutes les conditions de la vie humaine. Jamais on n'eut pareil exemple de la mystérieuse et éternelle politesse du savant en face de la grandeur de la science. Beaucoup de détails concernant Filmer restent et resteront profondément obscurs, mais les faits essentiels et la scène finale — outres les notes, des lettres et des allusions fortuites — sont assez clairs pour que leur relation forme un ensemble. Voilà donc ce qu'on obtient rassembler ces documents divers : le récit de la vie et de la mort de Filmer.

La première trace authentique qu'on trouve de Filmer, sur les page de l'Histoire, est une demande d'admission comme boursier de physique aux laboratoires de South-Kensington. Dans cette demande il se dit fils d'un « bottier militaire » de Douvres (« savetier » ou « carreleur » en langue vulgaire) et il énumère les diplômes qu'il a déjà obtenus prouvant ses talents en chimie et en mathématiques. Avec un certain manque de dignité, il cherche à renchérir sur ces preuves de savoir en exposant son état de pauvreté et autres désavantages ; il déclare que son admission au laboratoire est le butte de ses ambitions, lapsus calami qui renforce son affirmation de s'être depuis son enfance, consacré exclusivement aux sciences exactes. Le document est accompagné d'annotations et de mentions indiquant que Filmer atteignit facilement ce but sans convoité ; mais jusqu'à ces derniers temps on n'a pu trouver aucune trace de ses succès dans l'institution gouvernementale. Toutefois il est établi maintenant qu'en dépit de son prétendu zèle pour la physique et, moins d'un an après qu'il eut obtenu sa bourse, Filmer se laissa tenter par la possibilité d'accroître légèrement son revenu immédiat. Il abandonna le laboratoire pour devenir un de ces calculateurs à un franc l'heure qu'un fameux professeur employait pour l’aider ans ses recherches concernant la physique solaire — recherches qui sont encore un sujet de perplexité pour les astronomes. Pendant un intervalle de sept ans, on ne possède sur l'existence de Filmer aucun renseignement, on sait seulement grâce aux listes d'inscription pour les examens de l'Université de Londres, qu'il parvint lentement à un double baccalauréat de sciences, première classe en mathématiques et en chimie. Nul ne sait comment ni où il vécut, bien qu'il paraisse fort probable qu'il ait continué à gagner sa vie dans l'enseignement, tout en poursuivant les études nécessaires à l'obtention de son diplôme. Puis on trouve tout à fait imprévue une mention de lui dans la correspondance d'Arthur Hicks le poète.

« Vous souvenez-vous de Filmer ? Écrit Hicks à son ami Vance. Eh bien, il n'a pas changé ; il a toujours son marmonnement hostile et son menton mal rasé. Comment s'arrange-t-il pour donner sans cesse l'impression qu'il n'a pas vu le coiffeur depuis trois jours ! Il a gardé cet air furtif de coupable surpris. Sa redingote et son col éraillé eux-mêmes, ne semblent pas avoir souffert des injures du temps. Il travaillait dans la bibliothèque et, au nom de la charité divine, j'allai m'asseoir à côté de lui ; sur quoi, il me fit simplement l'injure de recouvrir avec grand soin ses notes. Il est, paraît-il lancé sur la voie d'une brillante découverte, et c'est moi qu'il soupçonne de vouloir la lui voler ! »

C'est là une curieuse esquisse représentant Filmer peu de temps, sans doute avant sa grande découverte.

Un peu plus tard nous retrouvons Filmer débitant devant la Société des Arts une conférence sur « Le caoutchouc et ses substituts » Il dirigeait alors ne manufacture de substances plastiques et l'on sait qu'à cette époque il était membre de la Société Aéronautique, bien qu'il ne prit aucune part aux discussions de cette Société, préférant sans doute amener sans aide à maturité sa grande conception. Moins de deux ans après sa conférence, il prenait hâtivement un certain nombre de brevets et proclamait par divers moyens un peu tapageurs l'achèvement des recherches diverses qui rendaient possible sa machine volante. La première déclaration, à cet effet parut dans une gazette du soir — feuille populaire à un sou — par l'intermédiaire d'un journaliste qui logeait dans la même maison que Filmer. Cette subtile précipitation, après la longue patience de son secret labeur, semble avoir de la conséquence d'une panique inutile. L' Américain Bootle le fameux charlatant scientifique, à l'époque, de soi-disant découvertes sensationnelles que Filmer interpréta à tort comme devançant son idée.

Quelle était exactement l'idée de Filmer ? En réalité une idée très simple. Avant lui l'aéronautique avait suivi deux lignes divergentes ; d'un côté on perfectionnait les ballons, vastes appareils plus légers que l'air, présentant de grandes facilités d'ascension et une sécurité relative dans la descente, mais inévitablement contraints à dériver au gré de la moindre brise ; d'un autre côté, on expérimentait les machines volantes — qui ne volaient qu'en théorie — vastes structures plates, plus lourdes que l'air, mues par de lourds engins et, pour la plupart s'écrasant sur le sol à la première descente. Mais en négligeant le fait que leur inévitable démolition finale les rend impraticables, le poids des machines volantes leur donne cet avantage théorique qu'ils peuvent naviguer à l'encontre du vent, condition nécessaire pour que la navigation aérienne acquière une valeur pratique. Filmer eut ce mérite particulier de concevoir la façon dont les avantages jusqu'ici incompatibles du ballon et de la lourde machine volante pouvaient être combinés en un appareil unique qui serait, au choix, plus lourd ou plus léger que l'air.

Il s'inspira des vessies natatoires des poissons et des cavités pneumatiques des oiseaux et imagina un système de ballon contractiles et absolument fermés. En se dilatant, ces ballons pouvaient aisément enlever l'appareil volant ; en se contractant sous la musculature compliquée tressée autour d'eux, ils se repliaient presque entièrement dans le cadre. Le vaste châssis qui soutenaient ces ballons fut construit de tubes creux rigides d'où l'air, par un mécanisme ingénieux était automatiquement expulsé quand s'opérait la descente ; ces tubes restaient vides aussi longtemps que l'aéronaute le désirait. A l'encontre de ce qui avait été fait pour les précédentes aéroplanes, ni ailes ni propulseurs ne furent adaptées au châssis ; le seul mécanisme exigé fut le puissant petit appareil nécessaire à la contraction des ballons. Avec son cadre vide et ses ballons dilatés, cet appareil devait, selon Filmer, s'élever o une hauteur considérable. En contractant alors les ballons, en remplissant d'air les tubes du châssis et par un maniement spécial de ses poids, la machine glisserait dans l'atmosphère selon la direction voulue. Cette conception exigea avant d'être réalisé, un énorme labeur pour la mise au point d'une infinité de détails. Comme il;le répétait aux innombrables interviewer qui le harcelaient quand il fut à l'apogée de sa gloire. Filmer fournit ce labeur « sans hésitation et sans réserve » C'est le revêtement élastique des ballons contractiles qui présenta la plus grande difficulté. Il s'aperçut qu'il lui faudrait une substance nouvelle et la découverte et la fabrication de cette substance, affirme-t-il à tous les interviewer lui furent « un travail beaucoup plus ardu que l'établissement définitif de la machine, invention en apparence plus importante »

(A SUIVRE LE 25 SEPTEMBRE)

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