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MOINEAUX SANS NID N° 297

31 Août 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

CHAPITRE 297

LE TROUSSEAU DE CLE RETROUVE

Victor Regaud le chauffeur que le docteur Mollet avait pris pour les transporter à Melun, était reparti aussitôt après avoir déposé ses étranges passagers.

Ce qu’il avait vu et entendu durant le parcours, avait provoqué en lui les suppositions les plus inquiétantes, mais comme le docteur Mollet l’avait grassement payé, il ne perdit pas de temps à réfléchir sur les mystérieux procédés de son bizarre client.

Le brave homme avait hâte de rentrer chez lui et d’oublier totalement cette aventure qui, il le sentait, cachait des dessous louches et dangereux.

A présent, tout en conduisant sa voiture sur la route du retour, il se félicitait que ce voyage se soit bien terminé.

Soudain, une exclamation de colère lui échappa. Il se souvint qu’il avait égaré son trousseau de clés !

— Quelle guigne ! S’écria-t-il furieux. Comment vais-je faire pour rentrer chez moi puisqu’il n’y aura personne pour m’ouvrir ? Je vais aller chez ma belle-mère et demander les clés à ma femme.

Il songea aussi que s’il trouvait un serrurier dans les environs, il aurait vite fait d’ouvrir la porte.

Après tout, tant pis pour l’argent que ça lui coûterait !

Il hésita entre ces deux solutions. Il arriva à Paris alors que la nuit approchait.

Il avait très faim, aussi décida-t-il de se rendre immédiatement dans un restaurant situé en face de chez lui.

Après le dîner, il rait rejoindre sa femme et ses enfants. Oui, c’était certainement ce qu’il avait de mieux à faire ! En rentrant à Paris, le lendemain matin, il commanderait une seconde clé au serrurier.

Tout en raisonnant de la sorte, il arriva à destination et stoppa sa voiture, ravi à l’idée de se mettre à table.

Il allait entrer dans le restaurant lorsque, machinalement, il lança un rapide coup d’œil vers sa maison. Ahuri, il remarqua que les fenêtres de son appartement étaient éclairées.

— Sapristi ! S’exclama-t-il en traversant la chaussée, ma famille n’est donc pas partie !

C’était exact. Un banal contre temps avait empêché sa femme de quitter la capitale et elle avait été forcée de renvoyer sa visite à sa mère à plus tard.

Victor frappa à la porte avec beaucoup de satisfaction. Sa femme qui s’attendait à le voir grogner à cause de ce changement de programme, fut agréablement surprise de le trouver si calme.

— Tu as eu une excellente idée, ma chérie, lui dit-il en l’embrassant bruyamment sur les deux joues. Figure-toi que j’ai perdu mon trousseau de clés et que je me préparais à aller te rejoindre chez ta mère. Comme cela, tout est arrangé !

En l’apercevant, ses deux enfants se précipitèrent vers lui.

Après les avoir caressés et embrassés, il s’installa devant la table que sa femme venait de dresser en s’écriant :

— Et maintenant, Huguette sers-moi le repas ! Je meurs de faim car je n’ai rien pris depuis ce matin !

Lorsqu’il eut terminé son dîner, le brave garçon alluma une pipe qu’il fuma tout en lisant son journal.

Victor se coucha de bonne heure, car ce voyage, avec ses multiples péripéties et ses émotions, l’avait fatigué. Il oublié vite la contrariété que lui avait causé la perte de ses clés.

Il était loin de se douter que ce détail pèserait sérieusement dans la dramatique aventure d’Edwige Ramier, de René Tonnerre ainsi que de tous ceux qui se trouaient mêlés aux diaboliques expériences du docteur Mollet.

Marius se réveilla de très bonne heure dans la chambre qu’il occupait chez madame Bonnet.

Bien que sa nuit eût été aussi agitée que les précédentes à cause de l’angoisse que lui occasionnait l’inexplicable absence d’Edwige, il se sentait beaucoup mieux que les autres jours.

Il appela « la Grosse » et, dès qu’elle eut pénétré dans la pièce, il lui demanda de lui apporter ses vêtements.

— Je veux me lever aujourd’hui, dit-il et me rendre au commissariat de police.

— C’est bien imprudent ! S’exclama-t-elle.

— Je veux aller au commissariat de police et j’irai ! Dit Marius. Je vous prie de me passer mes vêtements !

Madame Bonnet alla à l’armoire et en retira le complet que demandait l’amoureux d’Edwige.

Pendant ce temps, ce dernier avait quitté son lit et enfilait sa chemise ne pouvait éviter une grimace de douleur. La logeuse s’approcha de lui pour l’aider, tout en le grondant affectueusement

— A mon avis, monsieur Marius, vous commettez une grande imprudence, murmura-t-elle doucement.

Un grognement lui répondit, tandis qu’il lui désignait le complet qu’elle avait placé sur une chaise.

— Que voulez-vous ? Je ne peux plus supporter cette incertitude, cette angoisse. Je tiens à savoir, le plus vite possible, ce qui est arrivé à ma pauvre Edwige !

Madame Bonnet prit les vêtements et les remit à Marius en soupirant. Pendant qu’il s’habillait elle ne put s’empêcher de lui demander :

— C’est sans doute à cause de madame Ramier que vous voulez aller au commissariat de police ?

— Naturellement ! Tant pis pour les questions qu’ils me poseront. Mais je suis certain que seule la police pourra éclaircir le mystère de sa disparition. Et comme cette incertitude est plus torturante que n’importe quelle réalité, j’irai parler au commissaire de police et lui exposerai les faits tels qu’ils se sont déroulés.

— Ne craignez-vous pas d’être inquiété ? Demanda-t-elle étourdiment.

— Pourquoi le serais-je ? Répliqua Marius en lui jetant un regard furieux.

— Je ... je ne sais pas ! Par mesure de précaution tout simplement. Vous les connaissez ! Ecoutez plutôt mon conseil monsieur Marius ; n’y allez pas ! Ils pourraient vous accuser de cette disparition ... Non ! Votre idée ne me sourit pas !

— Je n’ai pourtant que cette unique solution ! Soupira-t-il. Je suis résolu à affronter n’importe quoi pourvu que je sache ce qui est arrivé à mon Edwige.

— Ne pouvez-vous attendre encore ? Insista « la Grosse ». Vous n’êtes pas très en forme et vous avez besoin de repos.

— Je vous ai déjà dit que je n’avais pas le choix, marmonna-t-il en cherchant des yeux sa cravate.

L’ayant aperçue sur la commode, il la prit et la glissa sous le col. — Ma Edwige est peut-être en danger et vous voudriez que je continue à soigner ma petite santé, comme un égoïste ?

— Je ne vous donne pas tort, évidemment, monsieur Marius, répondit-elle.

— Si je reste ici, personne n’ira secourir cette infortunée au cas où elle en aurait besoin. Me comprenez-vous à présent, madame Bonnet.

— Je voudrais vous adresser une prière ; tâchez d’éviter que la police vienne mettre son nez chez moi. Je ne veux pas avoir d’ennuis. Je ne m’occupe que de faire marcher ma pension, sans me mêler des histoires de mes pensionnaires, mais ils ne se généraient pas pour contrôler la vie des uns et des autres.

Marius la dévisagea d’un air mauvais.

— Ainsi, madame Bonnet, seule votre tranquillité compte à vos yeux. Je regrette, mais je suis décidé à découvrir où est passée Edwige, dussé-je fouiller tout Paris !

« La Grosse » garda le silence. Elle comprenait à l’accent menaçant et décidé de Marius qu’il était hors de lui et qu’il était préférable de ne pas le contrarier.

— Oui, vous avez raison, soupira-t-elle, et j’espère que vous réussirez à vous procurer de bonnes nouvelles. Toutefois, si vous pouviez m’éviter la visite des policiers ...

— Je ne peux pas prévoir ce qu’ils décideront, objecta Marius. D’ailleurs, je ne suis pas moi-même ce qui va m’arriver, car vous aviez raison tout à l’heure en disant que je suis imprudent d’agir de la sorte. Mais tout est préférable à cette horrible incertitude.

Il se dirigea vers la porte, s’efforçant de marcher droit malgré sa faiblesse.

Avant de quitter sa chambre, il s’adressa à madame Bonnet.

— J’espère revenir dans une heure. Mais au cas où la police me garderait ne vous tourmentez pas à cause de moi, murmura-t-il.

— Qu’est-ce que vous allez chercher ! S’écria-t-elle émue. (Puis elle ajouta généreuse) : Si cela arrivait,, je vous promets de ne pas vous laisser tomber !

Marius commença à descendre l’escalier. Il fut forcé de s’appuyer à la rampe. Finalement, il arriva à la dernière marche et s’apprêta à sortir dans la rue. Soudain, la porte s’ouvrit et un homme le heurta avec violence.

— Oh ! S’écria-t-il effrayé de voir que Marius s’appuyait contre le mur pour ne pas tomber. Je vous demande pardon, Monsieur. Je vous ai fait mal ?

Il s’approcha avec empressement de l’ami d’Edwige pour le soutenir.

Le choc avait augmenté sa souffrance et il jura en jetant un regard furieux à l’inconnu.

— Vous auriez pu faire attention, grogna-t-il. Le moindre heurt me provoque de vives douleurs !

— Je suis vraiment désolé, Monsieur ! S’excusa l’homme. Si je peux faire quelque chose pour vous ... puis-je vous conduire quelque part ? J’ai ma voiture à la porte et si vous acceptez ...

Marius le dévisagea soupçonneux, se demandant qui était cet inconnu qui lui témoignait tant de sollicitude après l’avoir bousculé.

Il n’eut pas le temps de se poser plus longuement cette question. Son interlocuteur prit son bras pour l’aider à avancer, tout en s’exclamant :

— C’est inouï tout ce qui m’arrive depuis le moment où j’ai mis les pieds dans cette maison !

— Que voulez-vous dire ? Questionna l’ami d’Edwige, légèrement intrigué.

— Remarquez que ce n’est pas bien grave ! Pour commencer, j’ai perdu les clés de mon appartement ! Heureusement que la concierge les avait ramassées et que j’ai pu les récupérer. Maintenant que je les ai dans les mains, voici que, bien malgré moi, je vous le jure, je vous bouscule !

Marius sourit à ces propos.

— Mais je ne vois rien de très extraordinaire dans ce que vous dites, remarqua-t-il.

L’homme ouvrit la portière de l’auto, devant laquelle ils venaient de s’arrêter.

— Montez ! Dit-il aimablement et dites-moi où vous désirez que je vous conduise.

— au commissariat de police le plus proche, répondit l’ami d’Edwige.

Cet ordre étonna le chauffeur qui n’était autre — nos lecteurs l’ont certainement déjà deviné — que Victor Regaud. Il hocha la tête et ajouta en s’installant au volant de sa voiture :

— Très bien, Monsieur.

Il mit le contact et le véhicule démarra lentement.

— Comme je vous le disais tout à l’heure, reprit le chauffeur, les choses les plus insensées me sont arrivées dans cette maison. Pour commencer, j’y ai découvert une femme déguisée en homme !

Marius sursauta.

— Une femme habillée en homme ! Répéta-t-il anxieusement. Savez-vous quel est son nom !

— Bien sûr que non. Les deux hommes qui étaient avec elle pensaient sans doute, que je ne m’en apercevrais pas. Figurez-vous qu’ils m’ont raconté qu’il s’agissait d’un jeune malade ... Mais j’ai vu qu’ils mentaient et j’ai également remarqué que cette malheureuse dormait d’un sommeil qui n’était pas naturel.

Marius tressaillit de nouveau.

— Que savez-vous encore ? Qui étaient les hommes qui se trouvaient en compagnie de cette femme ? S’exclama-t-il avec une telle angoisse dans la voix que Victor en fut stupéfait.

— Je crois, bougonna-t-il, que j’aurais mieux fait de me taire, mais comme tout ce trafic m’a semblé très louche ...Bref il s’agit du docteur Mollet qui m’avait demandé de le conduire à la campagne. En montant chez lui pour prendre ses bagages, j’ai trouvé cette femme habillée avec un complet d’homme. Mais je n’ai pas osé faire de remarque !

— Le docteur Mollet ! S’écria Marius angoissé. (Et il ajouta aussitôt) : Quel idiot suis-je ! Comment n’y ai-je pas pensé ?

— Que voulez-vous dire ? S’étonna le chauffeur.

— Rien ! Où avez-vous conduit le docteur Mollet et ses compagnons ?

— A Melun ou plutôt dans les environs. Ce médecin y possède une propriété assez isolée. Je ne vous parle pas du voyage ! Vous ne pouvez vous imaginer ce qu’il a été, d’autant plus ...

— Voulez-vous m’y conduire immédiatement ? Demanda anxieusement Marius. Enfin ! Je sais maintenant où se trouve ma chère Edwige !

— Retourner à Melun ? C’est que ... Oui, après tout, c’est mon métier, accepta Victor Regaud. Cependant, je dois vous prévenir que ça vous coûtera cher !

L’ami d’Edwige sortit vivement son portefeuille et vérifié, l’argent qui s’y trouvait. Ce n’était pas bien lourd, mais il devait suffire pour régler le chauffeur.

— Combien désirez-vous ?

L’homme lui indiqua une somme et Marius soupira de soulagement car elle était inférieure à celle qu’il possédait.

— Partons tout de suite ! S’exclama l’ami d’Edwige, et roulez le plus vite possible, car c’est une question de vie ou de mort !

Impressionné par l’accent et les paroles de son client, Victor posa le pied sur l’accélérateur et augmenta la vitesse de sa voiture, mais au premier tournant les pneus grincèrent dangereusement sur l’asphalte et ils faillirent capoter. Le chauffeur ralentit, puis, fixant Marius, il marmonna :

— Je tiens à vous dire, Monsieur, que je vous conduis là-bas, mais que je ne veux pas être mêlé à vos histoires !

Ne vous tourmentez pas à ce sujet s’empressa de répondre Marius. Mais ne perdez pas de temps, je vous en conjure.

Et l’auto continu sa route vers Melun.

{ A SUIVRE LE 3 SEPTEMBRE }

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