Votre opinion et la votre 3/4
On arrête un des recéleurs de la bande de Limoges. Et son premier cri , c'est « Arrêtez aussi Z... X... Y... ; ils en ont fait autant que moi ». La justice n'a plus qu'à marcher.
Les romans de Gaboriau, de Xavier de Montépin, de Conan Doyle, et de toute cette école ont entouré à la fois des malfaiteurs et les policiers d'un prestige excessif. Les malfaiteurs sont la plupart du temps d'une maladresse insigne ; et pour les attraper la police n'a qu'à se tourner les pouces en laissant faire : 1° les reporters des journaux ; 2° les femmes.
Dans presque toutes les affaires « sensationnelles » des vingt dernières années, l'arrestation des coupables a été procurée par la sagacité des journalistes spéciaux.
Et dans les milliers d'affaires banales qui encombre les tribunaux, la police est renseignée à domicile par les femmes. C'est au quai des Orfèvres un défilé continu — lus de deux cent cinquante mille par an — des femmes qui viennent accuser, dénoncer, livrer des coupables (et mêmes des innocents) par jalousie, par vengeance, par manie romanesque. M. Lecoq et Sherlock Holmes n'ont qu'à les écouter. Ensuite ils s'attribueront en d'ingénieux rapports des prodiges de déduction et de divination.
Un des groupes politiques de la Chambre, mécontent du gouvernement, a pris la cruelle résolution de rester muet dans les discussions prochaines, il privera le Parlement de son éloquence.
Voilà une fameuse idée . Nous sommes submergés sous le bavardage. Les harangues et les palabres remplissent d'innombrables colonnes du Journal officiel, mais les lois les plus utiles restent vingt ans de suite à l'ordre du jour sans aboutir. « Je vis de bonne soupe et non de bon langage » dit le bonhomme Chrysale. Et le langage qu'on nous offre à la place de soupe est rarement beau.
Le bruit du Parlement coûte encore plus cher que le bruit de l'Opéra, sans avoir même le suffrage des mélomanes. Un peu plus de besogne avec beaucoup moins de paroles ferait bien mieux notre affaire.
REVUE NOS LOISIRS DU 1er DÉCEMBRE 1907