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VOTRE OPINION ET LA NOTRE * TRAINS DE BANLIEUE

5 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LES PENSÉES QUE JE PENSE

Il est pénible de penser qu'aujourd'hui encore dans notre beau pays de France, quelques millions de soi-disant civilisés ne se baigneront pas sous prétexte qu'ils se sont déjà baignés il y a quelques temps.

 

Évidemment les femmes qui veulent conquérir le droit de voter sont dans le vrai. Souhaitons-leur bonne chance. Il y a lieu de se demander toutefois si elles ne s'illusionnent pas quant aux bénéfices immédiats qu'elles retireront de leur carte d'électeur. Il y a des masses de pauvres mâles qui votent et dont, en admettant qu'ils fassent trois repas par jour, le seul plaisir au monde est de s'offrir, le dimanche, une ballade aux fortifs et un crapulito maduro à deux pour trois sous.

 

Parmi les gens réputés malins parce qu'ils ont gagné de l'argent — il y en a des tas qui seraient incapables d'une idée neuve, même au prix d'un effort qui leur ferait éclater le cerveau.

 

Que les dieux prennent en pitié et protègent le pauvre diable qui espère ne pas se faire d'ennemis en essayant de plaire à tout le monde.

 

A propos d'ennemis : Soyez sans rancune et pardonnez ! Mais tout de même, ayez l’œil, ne les perdez pas de vue !

 

VOTRE OPINION ET LA NOTRE

 

L'avenue de l'aviation est désormais si sûr que l'humanité se voit obliger de prévoir, à bref délai, des modifications importantes dans ses habitudes. Il ne s'agit plus d'une imagination de Jules Verne ou de Wells ; il ne s'agit même plus d'un sport à l'usage de quelques amateurs de sensations rares ; la navigation aérienne sera, pour la prochaine génération une réalité pratique.

Or, cet instrument d'actions est quelque chose de tout à fait nouveau ; la vapeur appliquée aux transports par terre ou par eau n'a fait qu'en accroître la rapidité et la sécurité; sans rien changer d'essentiel aux mœurs des hommes ; tandis que la prise de possession de l'air entraîna toute sorte de révolutions. Les frontières deviendront des lignes chimériques, en ce qui concerne les douanes et la police.

Appliqué en grand à la guerre l'aviation centuplera les moyens d'invasion, les moyens de destruction, et surtout les effets de démoralisation. Plus de sommeil pour les peuples belligérants à la surface de la terre ; il n'y aura de salut que dans les caves et casemates profondes.

Les habitants de la terre, ne fût-ce que pour éviter les chutes d'aéronefs en panne, vivront dans les entrailles de leur planète comme on a supposé quelquefois que vivent les martiens, ou les fils de Nicodème dans la lune.

Y aurait-il du gibier cette année ? Cela dépend de ce que vous chassez ; le chevreuil et le lièvre disparaissent ; la caille et la bécasse abondent pour la perdrix , année moyenne.

Ce qui augmente c'est le nombre des chasseurs et le nombre des braconniers. Il n'est donc pas surprenant que le gibier diminue ; il est plutôt surprenant qu'on en trouve encore. Plus de cinq cent mille Français prennent maintenant un permis, parcourent les monts et prairies, font parler la poudre, étonnent leur famille au retour par le récit de merveilleux exploits. Faute de grives, ils tuent les merles, et même les pigeons ramiers, les geais, les cochons de lait. Quand ils ont le fusil à la main, ils ne font grâce à rien de ce qui porte plume ou poil. Ils fournissent de belles recettes au Trésor, qui leur vend les ports d'armes et la poudre.

Comme les fumeurs, les chasseurs sont des contribuables volontaires ; on ne saurait trop encourager leur zèle civique.

Une question posée au ministre de l'Intérieur sur les loteries à provoqué de la part du gouvernement des révélations très intéressantes.

On voyait bien que les autorisations de loteries se multipliaient de plus en plus, mais on n'imaginait pas jusqu'à quel point. Depuis trois ou quatre ans on a demandé l'autorisation pour des loteries s'élevant au capital total de 600 millions ! Le gouvernement en autorise annuellement pour 50 millions. Mais l'irrégularité des opérations, le continuel ajournement des tirages font que le public devient de plus en plus défiant ; il est avide de tenter fortune ; il n'aime pas à être trompé.

Le rapprochement de ces deux traits suggère de nouveau l'idée de la loterie d'État qui fonctionne en plusieurs pays, qui procure au budget des ressources considérables, qui n'est pas immorale que la pari aux courses, qui satisfait le goût du public et qui lui offre des garanties sérieuses.

 

T R A I N S D E B A N L I E U E

Quand vous arrivez à Paris, venant de la Province ou de l'étranger par un train rapide, vous rattrapez et vous dépassez toujours plusieurs autres trains dans les abords de la capitale. Tantôt ces trains sont garés dans une station pour vous livrer passage ; tantôt cheminant vers une voie parallèle à la vôtre, ils sont « brûlés » par votre convoi comme une charrette par une automobile.

Pourquoi ?

Les habitants de la banlieue — Seine et Seine-et-Oise — au nombre de plusieurs millions, n'ont pas moins de droit à la commodité que les voyageurs à longue distance. Peut-être y ont-ils plus de droits car ils sont des clients fréquents ; presque quotidiens, de la Compagnie qui les dessert ; un très grand nombre font même deux fois par jour le double trajet de leur domicile à Paris et de Paris à leur domicile. Le temps que leur fait perdre la lenteur du transport est énorme, en proportion d'un court voyage ; et il es multiplié dans l'année par trois, quatre, six cent répétitions de parcours.

La pratique des Compagnies est donc absurde , le public en aurait depuis longtemps imposé l'abandon s'il était habitué à défendre ses droits.

La rapidité du transport et l'exacte observation des horaires sont plus nécessaires encore dans les services de banlieue que sur les grandes lignes. Le voyageur qui doit passer de longues heures dans le train arrive toujours en avance, et il a rarement un rendez-vous précis à l'arrivée. Au contraire le voyageur de banlieue arrive toujours à la dernière minute et son atelier, son bureau, son client, l'attendent à une heure déterminée.

D'autre part les Compagnies font circuler toute la journée quelle que soit l'affluence ou l'absence de clients,, des trains composés du même nombre de voitures. Elles brûlent inutilement de charbon, elles usent inutilement le matériel et ces dépenses inutiles leur servent de prétexte pour résister aux demandes d'améliorations.

Encore une routine qu'il faut abandonner. Des trains légers, comprenant deux ou trois voitures, suffiraient dans le courant de la journée quand le voyageur est rare. Aux heures d'affluences au lieu d'allonger les convois, il faudrait les multiplier de manière que la gare de départ ne fut jamais encombrée ; les voyageurs seraient enlevés dès leur apparition ; cinq trains de quatre voitures, à cinq ou six minutes d'intervalle, même à deux ou trois minutes, vaudraient beaucoup mieux que deux trains de dix voitures à une demi-heure de distance.

Les Compagnies semblent vivre encore au temps où l'usage du chemin de fer était un acte important de la vie qui demandait des préparatifs, une résolution, des adieux à la famille. Il faudrait qu'on pût prendre les trains de banlieue comme on prend un train électrique et que les conditions de prix et de vitesse fussent pareilles.

 

REVUE NOS LOISIRS DU 16 AOUT 1908

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