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LA VENGEANCE POSTHUME DU DOCTEUR MAC-STINSON

6 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

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LA VENGEANCE POSTHUME DU

DOCTEUR MAC-STINSON

Comte fantastique par HUBERT-FILLAY

Les funérailles de l'honorable docteur Mac-Stinson étaient terminées chacun se disposait à regagner sa demeure, lorsque le vieux Toby Turner, ancien valet de chambre du docteur, se dressa sur un monticule de terrain et demanda humblement le silence :

Mesdames et messieurs, j'aurai moi Toby Turner à faire une petite communication — très intéressante — aux respectables personnalités amies de feu mon maître. Ce soir, messieurs et dames Toby, the old Toby, parlera... et le vieux Toby dira des choses imprévues et dignes d'être entendues.

Que chacun vienne l'écouter dans une salle réservée à la Pinte d'Étain... près du logis de Josuah Walker le gendre de mon regretté maître.

Toby prononça ce petit discours sans trouble, salua, puis dans un sourire triste et cérémonieux qui découvrit des dents longues et jaunes.

— Ce soir à huit heures à la Pinte d'Étain ! Il dit et descendit de son piédestal improvisé.

 

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La foule l'avait écouté sans s('étonner de la bizarrerie de l'allocution. Un mystère entourait la mort du docteur Mac-Stinson. On l'avait trouvé dans on cabinet de travail, un poignard enfoncé dans le cœur. On avait cru à un suicide, car ce poignard servait d'ordinaire de coupe-papier au docteur.

Du reste aucun bruit n'avait éveillé les domestiques. Aucune trace de lutte ou d'effraction. Le vol n'avait pu être le mobile du crime.

Le cadavre avait été découvert le matin par le gendre du docteur : Josuah Walker.

Le docteur s'était tué dans une crise de tristesse ou de folie., la veille au soir vers dix heures ; telle était la voix de l'opinion publique. On l'avait vu grognon, pensif, préoccupé. Sans doute la folie le menaçait. Les gens de science sont souvent des malades.

 

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Il y avait une grande affluence dans la salle de la Pinte d'Étain. Le vieux Toby se multipliait en préparatifs étranges, inexplicables.

Sur le mur qui faisait face aux auditeurs il avait étendu un drap blanc.

Toby courait de ce mur au fond de la salle et là, montait sur une estrade ou des boites de formes bizarres étaient alignées.

Quand huit coup tintèrent à l'horloge, Toby toussa pour affermir sa voix, puis débuta hardiment :

Mesdames et messieurs, je ne vous ai pas convoqué pour vous jouer une farce ridicule. J'ai des révélations à vous faire sur la mort de mon maître le docteur Mac-Stinson. Elles intéresseront certainement la justice.

Les paroles de Toby furent interrompues par l'arrivée du juge d'instruction qui était un ami personnel du docteur.

— Un peu avant sa mort, continua Toby, mon maître me prit à l'écart et me dit amicalement :

— Toby, me voici bien vieux, bien surmené, je crois que je n'en ai pas pour longtemps. Il faut que les tu jures de m'aider... Voici une enveloppe cachetée qui contient des instructions précises sur ce que j'attends de toi après ma mort. Cette enveloppe ne dois être ouverte qu'après ma mort, par toi seul.

Je jurai sur la sainte Bible et le docteur me remit ce manuscrit cacheté que j'ai ouvert, immédiatement après sa mort. Je vais le lire si l'honorable assistance m'y autorise.

Toby consulta l'assemblée d'un coup d’œil. Un cri unanime le rassura :

— Lisez, lisez ! Toby !

 

Ce dix sept juin mille cent quatre vingt dix sept, moi, Charles Mac-Stinson, sain de corps et d'esprit, j'écris et je signe ces instructions destinées à Toby, mon fidèle serviteur. Je compte sur le serment qu'il me fera et sur son honnêteté pour accomplir mes dernières volontés. S'il y manque, que Dieu bon le punisse suivant les lois de sa sainte justice.

 

Visiblement ému, Toby toussa pour s'éclaircir la voix, puis il continua sa lecture :

 

A la suite d'opérations malheureuses, mon gendre est à la veille d'être complètement ruiné. C'est un garçon violent et sans moralité, qui ferait tout pour arriver à s'enrichir, mais qui manque au premier chef de cette qualité indispensable en affaires ; l'honnêteté. Je l'ai relevé déjà trois fois, mais je ne suis point disposé à crever de faim pour lui. De la fortune que j'avais amassée, il ne me reste que quelques briques insignifiantes, à peine suffisantes à maintenir mon train de maison. Je ne donnerai jamais un centime à mon gendre. Je sais que ce serait un acte d'inutile bonté.

Je sais que le malheureux est acculé à la nécessité d'un emprunt s'il veut faire face à la prochaine échéance. Peu m'importe. Pour ma fille bien aimée j'ai toujours réservé un capitale insaisissable qui lui garantira une existence tranquille après ma mort.

J'ai mille raisons de croire que ce misérable en est venu à souhaiter la disparition. Je ne pense pas qu'il tente de se débarrasser de moi par un guet-apens (je ne sors plus de mon laboratoire) ; mais il cherchera plutôt soit à m'empoisonner, soit à me faire assassiner chez moi. La suite m'apprendra ou apprendra à Toby si je ne trompe ou pas. Il y a des éclairs de fureur et de bestialité dans les yeux de cet homme. Je sens un frisson d'épouvante quand il s'approche et me parle.

Je ne crains pas la mort, mais il me déplairait de mourir sans me venger. Aussi j'ai imaginé un appareil dont j'ai le secret et qui me permettra (quelle que soit l'heure du crime) de dénoncer mes assassins aux juges chargés de les punir. Cet appareil ne mentira pas ; ses déclarations sont fondées sur la photographie et la minute même où il commencera à fonctionner restera masquée au chronomètre qui le complète.

Dans toutes les chambres où je séjourne un peu (chambre à coucher, bureau, laboratoire), j'ai disposé un appareil à objectif de très grande ouverture qui embrasse entièrement la chambre. Au-dessus rayonne une lampe électrique d'intensité lumineuse assez forte pour impressionner une pellicule sensible. Au moment où je pèserai sur un des nombreux boutons que j'ai répandus à profusion sur les meubles et le long des murs, un courant s'établira, mettra l'appareil en marche, l'ouvrira et le fermera, tirera ensuite la portion de pellicule impressionnée et la remplacera par une autre qui s'effarera également devant une troisième, une quatrième, etc.

Je laisse à mon fidèle Toby le soin de développer les pellicules. Il trouvera (si je meurs assassiner) dans l'endroit où le crime aura été commis, un appareil dissimulé derrière les glaces de coin. Il lui suffira de lever un fermoir nickelé situé à la base de l'appareil et de tirer sur un rouleau enveloppé de papier noir pour avoir l'histoire du crime entre les mains.

Qu'il passe alors dans le cabinet photographique et développe la pellicule. Il fera ensuite une projection des photographies obtenues. Le monde saura comment est mort le docteur Mac-Stinson. (Se servir spécialement pour la projection de la lanterne que j'ai construite ces derniers temps.

Signé : Docteur Mac-Stinson.

 

La foule muette de surprise, écoutait.

— L'honorable juge d'instruction peut-il affirmer que cette écriture est bien celle du docteur Mac-Stinson ? Demanda Toby qui mit le manuscrit sous les yeux du magistrat.

— J'affirme que cette déclaration est bien de mon ami défunt le docteur. Toby n'a point menti, dit gravement l'homme de justice.

Une clameur énorme retentit.

— Faites-nous les projections ? Clamait toutes les bouches.

Tous ces gens criaient comme au spectacle, frappaient du pied et se démenaient comme des diables.

— Je suis à la disposition de l'assemblée, dit lentement Toby pour faire les projections, si toutefois Son Excellence le juge d'instruction le permet ?

— Ils l'ordonne ! Hurlèrent cinquante voix impatiente.

Le juge accora l'autorisation demandée.

Aussitôt Toby monta sur l'estrade placée au fond de la salle et disposant ses appareils, annonça :

 

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— Les choses que vous allez voir sont horribles. Elles sont vraies cependant puisqu'elles ne sont reproduites d'elles-mêmes sur la pellicule que prépara mon regretté maître.

M. Walker le gendre du docteur, est-il parmi vous ?

Des yeux fouillèrent la salle.

— Il n'est pas parmi nous.

— J'aime autant, murmura Toby.

Il dit et fit la nuit sur la salle. Des femmes haletaient.

Une lampe flamba près de l’opérateur et après un tremblement de peu de durée, l'histoire du crime s'inscrivit sur le drap blanc.

Debout près de la table, dans son cabinet de travail, le docteur Mac-Stinson écoutait son gendre. Walker parlait, s'agitait marchait à grands pas dans la pièce. Il se posa enfin devant le vieillard et les yeux fixes, la bouche méchante, attendit. Le docteur secoua la tête. L'autre leva la main dans un geste menaçant... Le docteur haussa les épaules...

Walker s'était reculé, il dressait les doigts, indiquant ainsi le chiffre. Ce devait être le chiffre de sa demande. Il implorait...

le docteur s'était assis à son bureau. Son regard alla droit à l'appareil, c'est-à-dire face au public, auquel il sourit énigmatiquement.

« Ce ne sera donc qu'une expérience » devait penser le pauvre homme car Walker avait déjà pris son chapeau pour se retirer.

Mais non ! Soudain Walker bondissait saisissait le couteau-poignard et le plongeait dans la poitrine de son beau-père renversé.

Au moment où Walker se relevait, le visage décomposer par la peur ou par la haine, l'obscurité se fit sur la toile.

Un hurlement de rage et d'épouvante était monté de la foule. Ce fut un rugissement de folie furieuse qui déborda de la salle à travers la taverne, quand les lampes électriques à nouveau flambèrent.

— Chez Walker ! Chez Walker !

On gesticulait on se pressait aux portes . En un clin d’œil, il n'y eut plus dans la salle que le juge d'instructeur, quelques vieilles gens et le valet de chambre Toby Turner.

Gravement le juge tira son calepin de sa poche et pria Toby de lui décliner ses nom, prénoms, qualité, domicile. Puis il essaya de recueillir les mêmes renseignements touchant le docteur Mac-Stinson et Josuah Walker.

Satisfait de sa soirée, l'honorable magistrat plaçait son stylographe dans sa poche et disait gravement « Toby vous tiendrez ce témoignage à la disposition de la justice » lorsque la porte vitrée s'ouvrit toute grande.

Satisfait de lui-même, un gentleman d'une absolue correction s'inclina devant le juge instructeur.

— Monsieur. J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. Ils sont en train de pendre Josuah Walker.

— Pas possible, courons vite..; grommela le juge inquiet.

— Inutile ! Reprit le nouvel arrivant, qui ne pouvait dissimuler sa joie. Le docteur est vengé. Nous venons de pendre Walker à un bec de gaz.

M. le juge perplexe, se gratta le bout du nez.

— Alors je pense que nous pouvons aller nous coucher... Qu'en dites-vous, Toby ?

— Je vous remercie, monsieur, je dormira bien cette nuit.

Déjà la foule revenait.

— Vive le vieux Toby ! Hourrah pour Toby ! Cria un gros monsieur chauve.

— Hourrah ! Répétèrent les autres

Ce fut ainsi que se vengea après sa mort l'honorable docteur Mac-Stinson.

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