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MOINEAUX SANS NID N° 238

7 Mars 2013, 09:00am

Publié par nosloisirs

 

CHAPITRE-238--.jpegLorsque la malheureuse revint à elle, son père avait été emporté à l’hôpital. Elle se trouvait étendue sur son lit, la femme de chambre à son chevet.

Valérie s’assit, cacha son pur visage entre ses mains, et éclata en sanglots.

— Ne pleurez pas ainsi, Mademoiselle, essaya de la consoler la jeune domestique, très émue.

— Mon pauvre papa ! Murmura Valérie.

— Ne vous désespérez pas, Mademoiselle, reprit la brave fille, je suis certaine que Monsieur guérira !

— Que Dieu vous entende, Maria ! S’exclama la fille de Michel Labeille.

— Sa maladie est grave, je le sais, mais on meurt rarement d’une fièvre typhoïde.

— C’est que mon pauvre papa était très affaibli ! Se désespéra Valérie.

— Eh bien ! Mademoiselle, je ne lui ai pas trouvé un mauvais visage, affirma la jeune fille.

— Vous étiez là lorsqu’on l’a emporté ? Questionna Valérie.

— Oui, Mademoiselle.

— Vous croyez qu’il s’en est rendu compte ? Insista encore Valérie.

— Certainement pas, répondit la femme de chambre.

Valérie se remit à pleurer doucement. La jeune domestique essaya de la réconforter, puis se retira discrètement, n’osant insister davantage.

Cette nuit-là, l’infortunée Valérie ne put trouver une heure de sommeil. Elle ne cessa de songer à son père, et se lamenta à l’idée qu’il pouvait être emporté par son mal.

Le lendemain aux premières heures de la matinée, elle se rendit chez le médecin pour lui demandez l’autorisation de voir son père.

— Je veux bien vous donner mon consentement, lui dit-il avec bonté, mais je ne puis vous affirmer qu’on vous permettra de le voir car n’oubliez pas qu’il s’agit d’une fièvre typhoïde et qu’il a été placé dans le pavillon des contagieux.

— Mais je suis sa fille ! Protesta avec force Valérie.

— Allez-y et vous verrez bien ! Conclut-il avec embarras.

Valérie le remercia, puis se dépêcha de se rendre à l’hôpital.

— Je désire parler au médecin-chef, demanda-t-elle au concierge

— Il est absent pour le moment, Mademoiselle, déclara aimablement le vieil homme en admirant le beau visage de la jeune visiteuse. Comme il vit la grosse déception qui se lisait dans son regard, il ajouta avec empressement : mais vous pouvez vous adresser à son secrétaire.

— C’est ça ! S’exclama vivement Valérie.

— Alors, Mademoiselle, voulez-vous suivre l’infirmier qui vous y conduira, reprit le brave homme, en faisant signe à un jeune homme auquel il expliqua que la visiteuse venait de la part du professeur Rodier.

Le secrétaire, un gros homme très affable, la reçoit avec la plus grande courtoisie, surtout lorsqu’il connut le nom du célèbre praticien qui la recommandait.

— Pourriez-vous avoir la gentillesse de me renseigner sur monsieur Michel Labeille, atteint de typhoïde, que le professeur Rodier a fait transporter ici ? Demanda Valérie, en lui adressant son plus gracieux sourire.

— Un instant, Mademoiselle, répondit le gros homme après l’avoir invitée à s’asseoir.

Il ouvrit un tiroir, en retira un immense registre noir qu’il consulta.

— Ah ! Voilà, s’exclama-t-il, oui ce malade est entré ici hier à trois heures de l’après-midi, il se trouve dans le pavillon des contagieux, la salle neuf.

Valérie soupira et demanda au secrétaire du médecin-chef :

— Savez-vous si son état s’est un peu amélioré depuis la nuit dernière ? Je vous supplie de vous renseigner, Monsieur, je suis sa fille et ...

— Bien, répondit doucement le gros homme, touché par les beaux yeux implorants de son interlocutrice.

Il saisit le téléphone intérieur et après avoir parlé quelques secondes il s’adressa de nouveau à Valérie :

— Son état est stationnaire, Mademoiselle. Il n’est là que depuis hier et ...

— Mais sa fièvre aurait pu baisser ! Interrompit-elle avec des larmes dans la voix. Je suis très malheureuse à l’idée de ne pas le voir, d’être ainsi séparée de lui et de ne pouvoir continuer à le soigner moi-même !

— C’est une chose impossible ici, Mademoiselle, lui fit remarquer doucement le secrétaire, en hochant la tête.

— Pourtant ! S’exclama-t-elle, une idée subite lui ayant traversé l’esprit ... Je sais que vous manquez de personnel, et j’ai mon diplôme d’infirmière de la Croix-Rouge !

L’homme ne répondit pas tout de suite. Il réfléchit. Puis il ajouta en souriant :

— Evidemment, par les temps actuels, bien des formalités sont aplanies et je crois qu’il vous suffira, pour être engagée, d’adresser une demande par écrit à nos bureaux, sans être obligés de passer par le Ministère de la Santé. Je la soumettrai immédiatement avec un avis favorable, ajouta-t-il à notre médecin directeur, et s’il est de mon avis, vous pourrez prendre votre service dès demain matin !

— Voulez-vous que je remplisse une formule ? Proposa la jeune femme.

— Oui, je vais vous en donner tout de suite, répondit-il en se levant.

Il alla à un classeur, sortit des papiers d’un casier qu’il posa ensuite sur son bureau. Il pria Valérie de s’asseoir à sa place. La jeune femme remplit aussitôt la formule.

— Maintenant, Mademoiselle, laissez-moi votre numéro de téléphone si vous l’avez, afin que je puisse vous communiquer la réponse de notre directeur, car il rentrera tard dans la soirée.

Valérie le renseigna joyeusement.

— Je dois, toutefois, vous prévenir qu’à la fin de la guerre, vos fonctions ne seront vraisemblablement pas maintenues, à moins d’un renouvellement d’engagement de votre part au Ministère de la Santé, l’informa très aimablement le gros homme.

— Parfait, Monsieur, répondit Valérie en souriant, et à moins d’un contrordre par téléphone de votre part, je serai ici demain matin à sept heures, pour prendre mon service.

— C’est très bien ! Au revoir, Mademoiselle et j’espère vivement avoir le plaisir de vous compter parmi nous, répondit non moins aimablement le secrétaire de l’hôpital.

Valérie le quitta et rentra rapidement chez elle.

Elle se mit aussitôt à préparer ses valises, appela ses domestiques auxquels elle régla trois mois de gages en les récompensant largement de leurs services dévoués. Elle ajouta qu’ils pouvaient continuer à loger chez elle, mais à la condition de travailler ailleurs, étant dans l’impossibilité matérielle d’assurer un tel train de maison, après la ruine de son père.

Ensuite, elle écrivit très longuement à Robert Montpellier, ignorant que jamais cette lettre ne l’atteindrait, l’infortuné garçon se trouvant en prison, au fond d’une cellule.

Elle lui expliqua tout ce qui lui était arrivé depuis le moment où elle avait été forcée de quitter Paris, pour se rendre à Barcelone au chevet de son père.

Sa missive terminée, elle boucla sa valise, fit l’entière inspection de la maison et rangea soigneusement dans son portefeuille l’argent qui lui restait. Tout étant bien en ordre, elle se sentit soulagée.

La nuit était fort avancée. La jeune femme se décida à se coucher. Elle eut beaucoup de mal à s’endormir, tant elle était inquiète sur la santé de son cher papa.

Le lendemain matin à sept heures, Valérie Labeille sonna à la porte de l’hôpital.

Le secrétaire l’accueillit avec beaucoup d’empressement et l’accompagna jusqu’à la chambre qui lui avait été désignée, puis lui remit un papier, concernant diverses instructions, ainsi que son emploi du temps.

— Voici vos vêtements, ajouta-t-il en ouvrant un petit placard, où étaient rangés le linge et les effets que lui fournissait l’hôpital. Lorsque vous serez prête, revenez me trouver, afin que je vous présente à notre médecin directeur. Je vous conduirai ensuite dans les services.

Quelques minutes plus tard, Valérie portait son nouvel uniforme, qui mettait encore plus en valeur sa fine et exquise beauté, et pénétrait dans la salle numéro neuf.

 

( A SUIVRE LE 10 MARS )

 

 

 

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