VOTRE OPINION ET LA NOTRE 2/3
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VOTRE OPINION ET LA NOTRE
Comme les cambrioleurs déjouaient par leur audace la surveillance dans tous les musées, le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts : « Ma foi je donne ma langue au chien » Et cette exclamation lui suggéra aussi l'idée d'employer des gardiens à quatre pattes.
Les critiques d'art discutent gravement quelles espèces canines seront les plus aptes à conserver nos collections nationales, et s'il convient d'affecter des chiens courants au Louvre, des chiens d'arrêt à Cluny, des chiens chinois au Luxembourg. Les zoologistes examineront plus tard les effets de la peinture sur la mentalité sur l'idiosyncrasie du meilleur ami de l'homme. Peut-être l'instinct du chien se développera-t-il au point de reconnaître un vrai Corot d'un Trouilebert ce qui n'ont jamais pu faire les experts officiels.
En tout cas, les idées subversives ne pénétreront point chez cette nouvelle catégorie de fonctionnaire ; ils pousseront même la discrétion jusqu'à mourir avant trente ans de service, pour ne pas grever le budget d'une pension.
Quand vous rentrez de la campagne à Paris le coucher de soleil avez-vous mis la tête à la portière du wagon pour regarder l'atmosphère de la capitale ? Oui pour regarder l'atmosphère ?
L'air que nous devions respirer ne se voit pas, mais l'air que nous respirons à Paris se voit du dehors, tant il est saturé de poussières impalpables.
A quelques kilomètres des fortifications, on aperçois au-dessus de la ville une buée, une fumée, on ne sait quoi d'opaque et de sale, où sont plongés plusieurs millions d'êtres vivants hommes et bêtes pourvus de poumons normaux. Ce brouillard opaque et sale est le résidu de millions de respirations animales et de combustions variées ; on y trouverait toutes sortes de gaz avec une proportion infime d'oxygène.
Pour vivre là-dedans, il faut une adaptation acquise par plusieurs générations. Les provinciaux surtout les paysans qui viennent s'établir dans la capitale payent un tribus terrible à la tuberculose. L'honneur d'être Parisien coûte cher. Et les vrais Parisiens n'ont pas tort de se regarder comme une race à part, car ils vivent en dépit des lois physiologiques.
REVUE NOS LOISIRS DU 16 FEVRIER 1908