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MOINEAUX SANS NID N° 82

24 Novembre 2011, 09:00am

Publié par nosloisirs

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82 LA PREMIERE LETTRE

 

Quelques jours s’écoulèrent et le temps se fit plus doux. A une longue période de neige et de pluie, succédaient de merveilleuses journées ensoleillées ; Paris semblait revivre avec l’annonce du printemps. Les rues, les boulevards, les quais rengorgeaient d’une foule animée et joyeuse.

Pour Mireille et Pierrot, la vie, hélas ! N’était guère facile.

Le petit garçon vendait ses journaux et Mireille ses billets de loterie . Cela leur suffisait pour subsister, mais les pauvres moineaux vivaient sans cesse dans la crainte d’être découverts par « l’Araigne » qui les cherchait partout, et pouvant compter, pour les retrouver, sur la complicité de certains commerçants du quartier.

Tourmentés par cette menace, les deux enfants ne songeaient qu’à ce cacher, négligeant leur gais au profit de leur sécurité.

Deux fois déjà, ils avaient été » à l’hôpital pour rendre visite à Valérie, mais on leur en avait interdit l’entrée. D’autre part, l’abbé Louis, convaincu de l’honorabilité de Paul Macaire, avait fini par croire à l’absurdité des affirmations de Pierrot concernant sa parenté avec Julien Delorme et ses prétentions d’héritage.

Ces raisons firent que les deux enfants se trouvaient plus seuls que jamais. Cependant, Pierrot ne se laissait pas intimider, et, au contraire, il ne cessait de chercher comment démasquer la méchanceté et la mauvaise foi de ses cousins et de faire valoir ses droits.

Les deux enfants décidèrent donc un beau jour d’aller voir Robert Montpellier à son atelier, mais, là également, la chance refusa de leur sourire ; le concierge ne les laissa pas monter, prétextant que le peintre était en voyage.

Les pauvres continuèrent donc à vivre leurs songes irréalisables, ne parlant plus que de « leur héritage », faisant des projets les plus fous et les plus merveilleux ...

Cependant, Mireille se tourmentait à cause de Valérie dont elle n’avait aucune nouvelle, sachant seulement qu’elle était toujours à l’hôpital, mais ignorant si son état s’était amélioré ou, au contraire, aggraver.

— Et si nous lui écrivions une lettre ? Proposa la petite fille.

— Mais nous savons à peine écrire, répondit tristement Pierrot.

— Quelqu’un pourra très bien le faire pour nous, assura la fillette. Je connais une personne qui acceptera de nous aider pour très peu d’argent.

— Parfait ! S’exclama Pierrot. Et que lui dirons-nous dans cette lettre ?

— Uniquement que nous avons essayé de la voir, et qu’on nous en a empêchés, et que nous l’aimons et ne l’oublions pas.

— Alors, dépêchons-nous et allons vite voir cette personne.

Ils se dirigèrent aussitôt vers une petite rue presque déserte du côté de la République, puis s’arrêtèrent devant une boutique dans la vitrine de laquelle étaient exposes des machines à écrire d’occasion. Ils pénétrèrent à l’intérieur du magasin ou régnait le plus profond silence et qui montrait une saleté repoussante.

Les deux amis attendirent un moment, puis Pierrot demanda en haussant la voix :

— Il n’y a donc personne, ici ?

Un vieil homme poussa la porte vitrée du fond et s’avança en boitillant vers les deux enfants.

— Que désirez-vous, mes petits ? demanda-t-il à ces clients inattendus.

— Monsieur, répondit aussitôt Mireille, nous venons vous demander si vous accepteriez d’écrire une lettre que nous voudrions envoyer à une personne malade.

Le vieillard la dévisagea, stupéfait.

— Comment ? S’exclama-t-il en fronçant sévèrement les sourcils, vous ne savez pas encore écrire à votre âge ? Vous n’avez pas honte ?

Les deux amis échangèrent un regard confus ? Pierrot faillit répondre avec impertinence, mais Mireille l’en empêcha en reprenant vivement :

— Ce n’est pas de notre faute si nous ne savons presque pas écrire, expliqua-t-elle. Jamais personne ne nous a envoyés à l’école ; nous sommes deux orphelins, Monsieur

Cette explication parut calmer l’indignation du boutiquier. Il leur sourit et répondit avec fois avec indulgence.

— Je dois vous dire, mes enfants, qu’ici on ne fait pas ce genre de travail ; c’est uniquement un e maison de copies et ...

Il s’interrompit en remarquant le visage consterné de la petite fille.

— Bien, bien, ronchonna-t-il, je ferai exception pour vous.

Cette fois, les deux amis échangèrent un regard de triomphe.

— Combien nous demanderez-vous pour écrire cette lettre ? Questionna la fillette.

— Ne te fais pas trop de bile à ce sujet, la rassura le vieil homme en riant. Vous me donnerez une feuille de papier à lettre avec son enveloppe et vous m’offrirez ensuite un bon apéritif. Ca vous va-t-il ?

— Ca coûte cher un bon apéritif ? S’enquit Mireille, légèrement inquiète pour leurs finances.

Pierrot intervint cette fois :

— Voici cinq cent francs, Monsieur. Oh ! Ne craignez rien ils sont très honnêtement gagnés ; je vends des journaux dans la rue et ma petite sœur des billets de loterie.

L’homme sortit de sa poche des pièces de monnaie qu’il posa sur une table derrière lui et reprit :

— Très bien, les enfants. Cent francs me suffiront largement, car je ne veux pas vous voler. Tenez, voici la monnaie.

Pierrot ramassa les quatre cent francs qui lui revenaient et les glissa dans la poche de sa veste, tandis que le propriétaire de la boutique s’installait devant une table, son stylo à la main. Puis levant les yeux sur ses jeunes clients, il demanda :

— A qui écrivez-vous cette lettre ?

— A Mademoiselle Valérie Labeille qui est à l’hôpital, expliqua Mireille.

L’homme chaussa ses grosses lunettes, fixa le petite fille et demanda :

— Eh bien ? Vous ne me dictez rien ?

— Quoi ? Interrogea la fillette ahurie.

— Tu ne sais pas ce que veut dire « dicter » ? C’est me communiquer ce que tu veux écrire à cette demoiselle.

— Ah ! Je comprends ! S’exclama-t-elle avec soulagement.

— Alors, commençons, reprit le vieil homme.

Les deux enfants se dévisagèrent, hésitante, mais Pierrot murmura en se grattant la tête :

— Ce que c’est compliqué !

Le boutiquier sourit, patient, et ajouta :

— Qu’avez-vous l’intention de lui raconter ?

— Voilà, je sais ! S’écria le petit garçon, et je vais vous ... vous ...faire ce que vous avez dit tout à l’heure.

— Me dicter ...

— Oui, je commence : « Chère Mademoiselle Valérie, j’espère que lorsque vous recevez ma lettre ...

Le vieil homme leva sur lui des yeux stupéfaits et ne put s’empêcher de remarquer :

— Ce n’est donc pas la première fois que tu dictes une lettre, mon garçon ?

Pierrot haussa les épaules et poursuivit :

— J’espère que lorsque vous recevrez cette lettre, vous serez tout à fait rétablie. Mireille et moi nous portons tous deux à merveille ...

— Ta lettre débute admirablement, approuva le marchand de machines à écrire, Continue :

Pierrot réfléchit quelques secondes, puis reprit sa dictée :

— Je vous fais savoir que nous sommes venus pour vous voir à l’hôpital mais on a refusé de nous laisser entrer ...

— Ce qui nous a beaucoup peinés, intervint Mireille.

L’homme la regarda sévèrement :

— Non, un seul de vous deux doit dicter. Continue, mon petit gars.

— Bien, fit Pierrot. Ecrivez alors : « Nous sommes également allés cher monsieur Robert à deux reprises, mais il est actuellement absent. Sachez aussi que la mère Picquet cherche Mireille partout et sachez que ...

— Cesse donc de dire tout le temps « sachez » interrompit le boutiquier.

— Alors, que dois-je dire ?

— Il ne faut pas toujours répéter les mêmes mots.

— C’est à vous de vous débrouiller, trancha Pierrot, moi je vous dicte simplement ce que nous désirons lui faire savoir.

Au bout d’une demi-heure, l’homme lut à haute voix le texte définitif de la lettre :

 

Chère Mademoiselle Valérie,

J’ai le plaisir de vous apprendre que nous gagnons notre vie en vendantdes journaux et des billets de la loterie Nationale. Nous avons maintenant un âne et un chien qui s’appelle Vaillant, ainsi qu’une maison pour nous abriter. Mireille pleure en pensant à vous et j’ai bien envie d’en faire autant, mais je me retiens parce que je suis un homme.

Si vous ne savez où aller en quittant l’hôpital, venez chez nous. Nous essayerons encore d’aller vous voir dimanche, et, de votre côté, intervenez pour qu’on nous permettre d’entrer. Mireille et moi pensons toujours à vous qui êtes si bonne et que nous vous aimons tant

Comme nous n’avons plus rien d’autre à vous dire, nous arrêtons cette lettre en espérant que votre santé est meilleure et que vous pourrez très vite quitter l’hôpital. Nous vous embrassons tendrement.

Pierrot Delorme et Mireille

 

— Maintenant il faut ajouter votre adresse afin que cette personne puisse vous répondre, proposa le propriétaire de la boutique.

— C’est que ... nous ne possédons pas de domicile, répondit le petit garçon.

— Pourtant, tu viens de parler de ta maison dans cette lettre.

— Ce n’est pas ma maison, Monsieur. Mais ...cela vous ennuierait que nous demandions de répondre chez vous ?

— Pas du tout, si ça peut vous rendre service, mes petits, répondit gentiment le vieil homme.

Et il écrivit sa propre adresse au dos de l’enveloppe qu’il remit à l’enfant.

— Tiens, dit-il en riant, poste-là tout de suite ; comme ça, votre lettre parviendra demain matin à votre amie ;

Les deux petits compagnons le remercièrent vivement et quittèrent la boutique en courant, ravis, car bientôt ils auraient des nouvelles de leur protectrice.

Le dimanche suivant, Pierrot et Mireille se rendirent à l’hôpital et découvrirent stupéfait, Valérie qui les attendait devant l’entrée principal.

Le juge d’instruction avait décidé de la remettre en liberté ; les preuves contre elle manquaient, et sa conscience ne lui permettait ps d’emprisonner la pauvre femme, alors que le véritable criminel jouissait de sa liberté. En outre, il espérait ainsi découvrir Jean Marigny, pensant que Valérie s’empresserait certainement de le rejoindre.

Lorsque Mireille aperçut Valérie, elle se précipita vers elle, folle de joie et lui jeta les bras autour du cou. La jeune femme malgré sa grande faiblesse la prit dans ses bras, et couvrit le joli visage de baisers fous, incapable de prononcer un seul mot tant elle se sentait bouleversée. Puis elle la déposa à terre et embrassa Pierrot.

Quelques minutes plus tard tous trois se dirigeaient vers l’ancienne pension de Valérie.

— N’ayez aucune crainte, Madame, dit Valérie en pénétrant dans le vestibule de l’hôtel et en apercevant la propriétaire assise dans le bureau de réception ; je viens uniquement pour reprendre mes affaires, car je n’ai nullement l’intention de me réinstaller ici.

— Vous m’en voyez ravis ! Répliqua sèchement la mégère, car je n’ai que faire de clients tel que vous.

— Ne soyez pas si désagréable, Madame ! S’écria Valérie très vexée. Pourtant, je vous pardonne ces paroles parce que vous ne savez pas le mal que vous faites !

Suivie des deux enfants, elle pénétra dans la chambre qu’elle avait occupée quelques semaines plus tôt et décrocha ses vêtements qui avaient été enfermés à clé dans un grand placard.

— Mes pauvres chéris ! S’écria-t-elle avec angoisse, je me demande ce que je vais devenir à présent ?

— Surtout, ne vous inquiétez pas, mademoiselle Valérie, la rassura Pierrot avec élan ; tous vos ennuis passeront, et la chance vous sourira de nouveau.

— Je n’y crois plus, hélas ! Soupira la pauvre jeune femme. J’ai même perdu toute espérance ! Et je crois quez vous feriez mieux de me fuir comme la peste !

— Oh ! Ne parlez pas ainsi, je vous en supplie ! Dit Mireille en se pressant tendrement contre elle.

— Dieu sait combien j’aimerais vous servir de mère, chers petits, reprit Valérie avec douleur, mais un destin trop cruel m’en empêche.

— Mais oui, je ne veux plus jamais vous quitter, mademoiselle ! Protesta Mireille en l’embrassant.

— Ni moi non plus, affirma Pierrot d’une voix vibrante. Notre sort est désormais lié au vôtre.

— Mes pauvres chéris ! S’exclama Valérie, bouleversée par l’attachement que lui témoignaient ces deux si jeunes enfants. Vous êtes deux anges, mais hélas ! Vous ne connaîtriez en ma compagnie que misère et déboire. Repartez vendre vos journaux et vos billets de loterie ; vous pourrez ainsi continuer à vous défendre dans la vie sans traîner un boulet tel que moi !

— Pas du tout, et nous pouvons vivre tous les trois ensemble, insista énergiquement Mireille.

Valérie la serra contre elle et éclata en sanglots. Elle se sentait profondément émue de la protection que lui offraient ces pauvres orphelins, ces deux enfants des rues.

— Il ne faut pas pleurer, mademoiselle Valérie ; ça n’est pas bien, murmura Pierrot doucement.

— Vous savez, reprit-elle à travers ses larmes, j’ai bien essayé de travailler, mais partout j’ai été repoussée !... Maintenant, je ne sais plus que devenir, car, dès que je prononce mon nom je suis chassée !

— J’ai une maison qui m’appartient, moi ! s’écria le petit garçon.

— Mon pauvre mignon, murmura la jeune femme, en caressant tendrement ses cheveux.

— Et elle peut largement nous abriter tous, ajouta-t-il avec assurance.

— Jusqu’au jour où son propriétaire viendra la reprendre et nous en expulsera.

— Il n’existe plus aucun propriétaire, affirma Pierrot ; c’est ce qu’on m’a affirmé ; comme le malheureux était couvert de dettes, il est parti sans prévenir personne ni laisser d’adresse. Maintenant que j’y vis, elle m’appartient, et nul ne me renverra de là, soyez-en sûre, mademoiselle.

Valérie sourit, malgré les larmes qui mouillaient encore ses longs cils bruns.

— Qui t’a raconté cette histoire ? demanda-t-elle au jeune garçon.

— Le concierge très calé sur ses questions. Il m’a dit que je pouvais dormir sur mes deux oreilles, car personne ne se soucierait de me déloger de mon hangar. Alors, à présent cessez de vous faire tant de souci, je vous en prie, mademoiselle Valérie.

— Et puis, ajouta Mireille le plus sérieusement du monde, si on essayait de nous renvoyer, Vaillant saurait nous défendre, je vous en réponds !

— Vaillant ? répéta avec étonnement la jeune femme, qui est donc Vaillant ?

— Un gros chien qui nous a tout a fait adoptés, répondit la petite fille. Nous vous raconterons tout en détail par la suite.

— Oui, en effet, dans votre lettre, vous m’avez parlé d’un chien ... je l’avais oublié ... Eh bien ! Déclara Valérie après quelques secondes de réflexions, je resterai donc avec vous, mes chers petits. Ceci tant que je ne saurai ou aller. J’ai tellement peur de me présenter quelque part ! Là-bas au moins, nul ne m’inquiétera de mon identité.

— Alors, partons, proposa Pierrot.

— Peux-tu aller chercher un taxi ?

— J’y cours, mademoiselle.

Et, cette nuit-là, al fille du richissime Michel Labeille s’installa dans une baraque abandonnée, sous la protection de deux petits moineaux des rues ...

Valérie partagea donc le hangar avec les deux enfants, prenant les plus grands soins pour ne pas attirer l’attention des voisins et éviter toute nouvelle complication à ses jeunes amis.

La jeune femme se demandait non sans angoisse qui pouvait bien être le propriétaire de cette fabrique abandonnée, et si elle n’était pas déjà mise sous séquestre, justement à cause de la fuite du propriétaire. Ses créanciers pouvaient fort bien s’être adressés aux autorités pour faire valoir leurs droits.

En attendant, elle avait accepté de vivre dans ce lieu si misérable où, malgré tout, elle goûtait un calme qui lui avait été refusé depuis bien longtemps.

Pierrot lui, ne perdait pas une seconde, et tout en abritant sa grande amie dans ce qu’il nommait pompeusement « sa maison » il continuait à réfléchir sur la marche à suivre pour mener à bien la réalisation de ses espérances.

— Mademoiselle Valérie, dit-il, je désire que vous me conseilliez sur ce qu’il me faut entreprendre pour faire valoir mes droits sur l’héritage laissé par mon père.

— Cher petit ! S’exclama-t-elle, confuse, mes angoisses et mes souffrances m’ont complètement fait oublier ce qui t’intéresse tant ! Cependant je crains que ce sois bien plus compliqué encore que tu ne peux te l’imaginer, ajouta-t-elle affectueusement.

— Ah ! S’étonna-t-il, car, il était ferment persuadé du contraire.

- Oui, affirma la jeune femme en caressant la joue velouté du petit garçon, ce sera difficile, et je pense que tu ferais bien d’aller voir monsieur Montpellier pour commencer.

— Mais nous avons été chez lui déjà deux fois sans le trouver, objecta Pierrot.

— Ca ne fait rien, il faut y retourner.

— Et pourquoi ne nous accompagneriez-vous pas, mademoiselle Valérie ? Intervint la fillette.

Valérie secoua tristement la tête et baissa les yeux afin de cacher son trouble aux deux enfants.

— Non, dit-elle tout bas, je ne puis y aller. Voyez-le vous tout seuls,et racontez-lui en détail tout ce qui vous est arrivé.

— Et vous croyez qu’il s’occupera de moi ? demanda Pierrot incrédule.

— J’en suis certaine, répondit Valérie en souriant, car il a été chargé par son ami de prendre soin de son fils. Lorsqu’il saura qui tu es et lorsqu’il connaîtra les ignobles agissements de tes cousins à ton égard, il ne doutera plus de tes paroles.

— Et s’il refusait de nous recevoir ? Ajouta l’enfant, auquel les tristes expériences de sa jeune vie avaient appris à ne pas être trop optimiste.

— Dans ce cas, vous lui direz que vous venez de ma part, dit la jeune femme après une imperceptible hésitation.

— Mais pourquoi refusez-vous de nous accompagner ? insista la petite fille étonnée.

La malheureuse poussa un profond soupir et garda le silence, puis elle prit dans ses mains celles de Mireille et répondit enfin avec un visible embarras :

— C’est que Monsieur Montpellier me ... me méprise, lui aussi à présent !

Sa voix se brisa et elle retint ses larmes avec difficultés. Elle acheva cependant :

— Tu comprends maintenant les raisons pour laquelle je veux éviter de le revoir, n’est-ce pas ? Allons, préparez-vous à partir mes petits ; ne perdez pas de temps.

— Oui, mademoiselle, nous y allons tout de suite, dit Pierrot, obéissant.

— Comme je te l’ai déjà dit, Robert Montpellier était le plus intime ami de ton père, reprit la jeune femme tristement. Tous les deux s’aimaient et s’estimaient beaucoup. Tu verras quelle sera sa joie lorsqu’il découvrira que tu es l’enfant qu’il a tant cherché.

— Ce sera magnifique ! S’écria-t-il ravi.

Valérie le serra tendrement contre elle, très émue, se disant que sans doute, ce pauvre enfant obtiendrait finalement la récompense des souffrances endurées si injustement jusqu’alors.

Elle exigea ensuite qu’ils fissent une toilette soignée et les arrangea de son mieux, puis tendrement, les poussa dehors.

— Dépêchez-vous, mes chéris, et que Dieu vous protège car vous le méritez ! Je vais attendre très impatiemment votre retour.

Après leur départ, la jeune femme se replongea dans ses douloureuses méditations.

De toutes les souffrances, de toutes les humiliations subites, celle qui lui était la plus pénible et qu’elle ne parvenait pas à s’expliquer, c’était l’attitude de Robert à l’hôpital. Pourquoi avait-il agi si bizarrement ? Certes, comme tous les autres, il la croyait coupable !

Cette pensée la torturait, car elle l’aimait toujours éperdument. Dans les nombreuses catastrophes qui l’avaient si cruellement accablés, les unes à la suite des autres, la compréhension et l’affection du jeune homme lui avaient donné le courage et la force de supporter toutes ces épreuves.

Et si, à présent, il venait à lui manquer, que lui resterait-il ? Rien que la tendresse et la confiance de ces deux enfants, qui, peut-être à leur tour, se détourneraient également d’elle, s’ils pouvaient comprendre la gravité des accusations qui l’accablaient ...

Elle avait été laissée en liberté provisoire à cause d’un manque de preuves suffisantes, mais ceci ne pouvait effacer le soupçon terrible qui pesait sur elle, ni proclamer son innocence à la face de tous, comme elle le désirait.

Comment parvenir à cela ? Plus elle y songeait, plus elle se persuadait que c’était chose presque impossible ; toujours elle passerait pour la complice de ce voyou !

Hélas ! Cette terrible histoire continuerait à la poursuivre jusqu’à la mort ?

                                                                                                                                     ( A SUIVRE LE 24 NOVEMBRE )

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